lundi 23 août 2021

CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCÉE (3). E.PARISET - 1939 : ECHEC DU FRONT DE LA PAIX, ALBANIE, POLOGNE, LE "PACTE".

 



Ce troisième fascicule des Chroniques d'une guerre annoncée de E.PARISET regroupe les articles, écrits pour le quotidien La Voix du Peuple, traitant  essentiellement des évènements de 1939, qui ont directement précédé la IIe guerre mondiale. 
Les agresseurs de l'Axe Berlin-Rome et leur allié japonais, encouragés par la capitulation de Munich de septembre 1938 et l'abandon sans combattre de la Tchécoslovaquie, ont multiplié, en 1939,  leurs menaces, coups de force et agressions. 
Ils ont effacé complètement la Tchécoslovaquie de la carte par l'annexion de la Bohême-Moravie le 15 mars,  occupé la zone lituanienne de Memel le 20 du même mois, envahi l’Albanie le 6 avril, annoncé fin avril, à la face du monde, la prochaine agression contre la Pologne en hurlant leur détermination à récupérer la " Ville Libre " de Dantzig. 
Le tout cimenté par « le pacte d’acier » entre l’Italie et l’Allemagne.
En Extrême-Orient, le Japon, lié à l’Allemagne et l’Italie par le pacte anti-Komintern, attaquait, en mai 1939, à partir de l’état fantoche du Mandchoukouo, la frontière mongole défendue par l’Armée Rouge.

Seule, une "alliance de la dernière chance" (1), basée sur un traité tripartite politico-militaire de sécurité collective entre la Grande-Bretagne, la France et l' Union Soviétique, étendant les garanties de ces trois grandes puissance aux grands et petits États menacés d'agression ou de "changement de régime " aurait pu les faire reculer, et assurer la Paix. 
Les articles de Pariset présentés dans ce fascicule sont traversés, de la première à la dernière ligne, par cet espoir porté par le combat quotidien : la Paix en Europe et dans le monde par la sécurité collective.
Les négociations menées à cet effet entre Londres, Paris et Moscou, pendant six longs mois, de mars à août ,échouèrent; et le  23 août 1939, était signé à Moscou le pacte de non-agression germano-soviétique. 
 Des dizaines de milliers d’articles et de livres ont été écrits sur l’année 1939, les prémices de la guerre, les négociations des grandes et petites puissances européennes, le pacte germano-soviétique et son protocole secret, l’agression nazie en Pologne, les déclarations de guerre française et britannique, « la drôle de guerre », la résistance farouche et solitaire de l’armée polonaise, l’occupation soviétique de la Biélorussie et de l’Ukraine polonaises.
Ces écrits alimentent depuis 80 ans des polémiques ininterrompues, fondées sur des interprétations contradictoires des faits historiques ; la résolution récente du Parlement Européen sur « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » en est une illustration (2).
Ce 23 août, devrait, selon les partisans de cette résolution, amalgamer dans une même condamnation,   les nazis et ceux qui, comme les partisans aux quatre coins du monde, parmi lesquels les communistes, et comme l'Armée Rouge, de Moscou à Stalingrad et Berlin, leur  résistèrent avec le plus de force et de succès, pour finalement les anéantir. 
En ce qui me concerne, la publication de ces chroniques, en ce 23 août, est ma contribution de militant au combat de notre temps contre les falsificateurs de l’histoire, qui voudraient les ranger dans le même tiroir, étiqueté « communisme=nazisme », que ceux qu’ils combattaient.
La lecture de ces chroniques de Pariset ne peut qu’inciter chacun à « rechercher la vérité dans les faits » et à profiter de l’accès diversifié à ces multiples recherches historiques, pour se forger sa propre opinion.

(1) C’est le titre d’un ouvrage d’un historien canadien qui analyse les rapports entre les hommes d’État et diplomates britanniques, français et soviétiques, acteurs des négociations d’un pacte de sécurité collective entre leurs trois pays et de leur échec, qui a induit la signature du fameux pacte de non- agression du 23 août 1939. S’y ajoutent les interférences des acteurs allemands, italiens, polonais et tchèques dans ces négociations. 
L’auteur livre son interprétation des évènements de 1939, à partir du dépouillement des archives diplomatiques et autres, et met en avant dans cet échec, la responsabilité écrasante, souvent occultée, des dirigeants occidentaux britanniques et français, sans nier une certaine impatience rigide dans le chef des dirigeants soviétiques.

Michaël J. Carley. 1939. L’alliance de la dernière chance Les presses de l’Université de Montréal septembre 2001   https://books.openedition.org/pum/17689?lang=fr
(2) Texte de la résolution : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html

Texte intégral en pdf -90 pages
1939 - CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCÉE (3). E.PARISET (1933-1939)
ECHEC DU FRONT DE LA PAIX, ALBANIE, POLOGNE, LE "PACTE" .


Le fascicule 3 est aussi édité  en version imprimée .
Pour le commander, cliquer sur le lien et remplir le formulaire ci joint:
Les fascicules 1 et 2 des Chroniques seront  réimprimés en septembre.




Table des matières - Fascicule 3
Arthur Tondeur, dit E. Pariset 5
Articles de E. PARISET 7
Espoirs de fin d’année 7
Menaces de guerres et d’exterminations des Juifs : le discours de Hitler à l’opéra Kroll 8
1939 — L’alliance de la dernière chance » 13
L’Albanie : un peu d’histoire 15
Articles de E. PARISET 20
Les agresseurs fascistes préparent fébrilement de nouveaux coups de force 20
La tension européenne s’aggrave rapidement 22
Les avions fascistes détruisent des villes, assassinent les femmes et les enfants 24
Les accords bilatéraux ne suffisent pas à garantir la paix. Il faut rétablir la sécurité collective 27
La Pologne : un peu d’histoire 29
Articles de E. PARISET 37
« Pologne toujours ! » 37
Monsieur Delbos à Varsovie 38
Nouvelle offensive contre la Société des Nations 40
La Pologne, isolée, aperçoit soudain le gouffre où l’a menée la politique de Beck 42
Le glaive hitlérien est levé sur la Pologne 44
La menace allemande sur Dantzig et la Pologne : Varsovie reste ferme 46
La Pologne s’oppose à l’annexion de Dantzig ; elle ne se laissera pas couper de la Baltique 49
Le Vatican prendrait l’initiative d’un nouveau Munich, pour forcer la Pologne à capituler 51
Le commissaire Potemkine accueilli à Varsovie 53
La provocation allemande de Kalthof à Dantzig 55
Sécurité collective contre les agressions 57
Articles de E. PARISET 59
La sécurité collective doit englober l’URSS         La paix est à ce prix 59
Le monde entier approuve le message du président Roosevelt 61
Retour offensif de la politique munichoise, renforcement de l’axe de guerre 63
Le gouvernement britannique instaure le service militaire obligatoire 65
Pas de paix avec les hommes de Munich ! 67
L’accord d’assistance anglo-franco-turc 70
Paul Langevin : « Trouver un langage commun contre le fascisme et la guerre » 73
La place de l’URSS dans le Front de la Paix (Réponses à « L’Écho de la Bourse » et à « La Dernière Heure ») 75
Le Danemark « socialiste » se prête au jeu de Hitler 79
Le pacte de non-agression germano-soviétique :  recherchons la vérité dans les faits ! 81
Articles de E. PARISET 82
Débandades dans le camp fasciste 82
Notre politique communiste n’a pas changé ; plus que jamais nous sommes contre Hitler 84











samedi 8 mai 2021

LA TCHECOSLOVAQUIE , MUNICH - CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE (2) - E. PARISET 1933-1939

 

Ce deuxième fascicule de « Chroniques d’une guerre annoncée » regroupe les articles écrits de 1936 à 1939 par E. Pariset, nom de plume de Arthur Tondeur (1), pour le quotidien « La Voix du Peuple », consacrés à la crise de Tchécoslovaquie et à la conférence de Munich en 1938.

Un demi million de praguois le 21 septembre 1938, dans la rue pour protester contre le plan anglo-français de Daladier et Chamberlain consistant à forcer le gouvernement tchécoslovaque à livrer à Hitler, sans combat,  30% du territoire et 1/3 de sa population, les fortifications de Bohême, une bonne part des ressources naturelles et des installations industrielles .


Texte intégral (96 pages)

 CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE fascicule2

A la demande de nombreux lecteurs, je vous propose aussi une version papier  imprimée , illustrée et reliée des fascicules 1 et 2  

 photo brochures.jpg

Pour commander les fascicules, cliquez sur le lien ci-dessous et renvoyez le formulaire.
N'oubliez pas de mentionner votre adresse e-mail.

***
    Le 30 septembre 1938, Neville Chamberlain, Premier ministre de Grande Bretagne, Edouard Daladier, président du conseil français, Adolf Hitler, Chancelier du Reich allemand et Benito Mussolini, président du Conseil italien signaient les « accords de Munich », qui autorisaient le IIIème Reich à annexer les territoires de la République tchécoslovaque habités majoritairement par des « Allemands des Sudètes », et ce par occupation militaire dès le lendemain 1er octobre !

« Ce pacte de Munich constitua le tremplin des agressions futures » déclarait en 1946 le tribunal de Nuremberg. Et « Munich » est devenu dès lors synonyme de capitulation et de trahison de ses alliés.

Curieusement, alors qu’il se sont penchés récemment, en septembre 2019, sur     « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » et sur les causes de la IIème guerre mondiale (2), les députés de la majorité du Parlement Européen sont restés muets sur cette question.

Munich tremplin des agressions futures ? L’annexion des Sudètes en octobre 38, Hitler à Prague en mars 39, des actes de guerre ? Circulez, il n’y a rien à voir ! 

On peut les comprendre, car ils devraient réexaminer le rôle de leur propre pays, de leurs élites et partis politiques - dont ils se proclament souvent les héritiers - dans la constitution de ce tremplin : en France et en Grande Bretagne, les Parlements ont approuvé Munich à de très larges majorités (3).

La Pologne et la Hongrie, d’autre part, ont participé avec empressement et sans scrupules au festin hitlérien et les nationalistes fascistes slovaques en ont profité pour proclamer leur « indépendance » sous protection du Reich.

Ils devraient aussi reconnaître que le seul pays européen à s’être opposé à Munich a été l’Union Soviétique, qui prônait des accords de sécurité collective et une conférence internationale de la Paix, mais avait été écartée de toute négociation, et qui, jusqu’au bout a assuré de sa fidélité au pacte d’assistance qui la liait à la Tchécoslovaquie.

Plus facile d’effacer une partie du film, de faire commencer le scénario le 23 août 39, date de la signature du pacte de non-agression germano-soviétique, et d’’établir ainsi une relation exclusive de cause à effet avec l’agression contre la Pologne le 1er septembre suivant.

C’est Clausewitz (4) qui disait pourtant : « La guerre n’éclate jamais de façon tout à fait soudaine, sa propagation n’est pas l’œuvre d’un instant. »


Outre le fait, bien sûr, de rendre hommage à mon père et à son courageux
engagement politique dans ces sombres années 30, je vois plusieurs intérêts à la publication de ces « Chroniques d’une guerre annoncée ».                                                     
D’abord de saisir l’approche des évènements en temps réel. Il est évidemment facile, en 2021, d’être « anti munichois », révolté par la livraison à l’ennemi de la Tchécoslovaquie. Cela semblait moins évident au moment - même, alors que les foules, et la presse acclamaient comme des "sauveurs de la paix" ceux qui avaient vendu leur allié pour un chiffon de papier.             De même, l’Union Soviétique, qui aura un rôle décisif dans la victoire de 1945, voyait, en 1938-39, ses propositions de paix ignorées par les Occidentaux, avant que, vainqueur décisif de la guerre antifasciste, elle ne soit glorifiée en 1945, pour aujourd’hui, être diabolisée ( en Occident) comme co-responsable, avec les nazis, de la guerre!                                      

    Ensuite de saisir la complexité des situations politiques qui ont engendré la IIème guerre mondiale. Celle-ci est souvent décrite en noir et blanc, comme une guerre entre les « bons » (en général les Anglo-saxons) et le « très méchant » (Adolf Hitler).          « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » ; cette formule de Clausewitz est parfaitement illustrée par les articles de Pariset, qui décortiquent en détail les contradictions entre tous les protagonistes, les nuances de leur évolution, les retournements d’alliance en fonction de leurs intérêts de classe et des rapports de force.                 Enfin de comprendre que, si l’histoire ne se répète pas, les grands fonda-mentaux des guerres contemporaines à l’époque de l’impérialisme restent les mêmes.                    Il y a toujours la course aux matières premières, aux ressources et aux nouveaux marchés. La Tchécoslovaquie avait une économie développée qui ne pouvait qu’intéresser un IIIème Reich conquérant, et sa domination par un « changement de régime » ouvrait grande la porte vers le bassin danubien et le pétrole roumain.

Pour ce faire, le recours fallacieux aux grands principes de justice et d’équité justifie les agressions et camoufle leurs véritables objectifs : « le droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » était le prétexte au démantèlement de la Tchécoslovaquie, comme le droit d’ingérence peut l’être aujourd’hui.                                                                                                Avec un but final, le « changement de régime », l’agresseur provoque la subversion interne pour déstabiliser sa proie, présentant la victime comme le bourreau : c’étaient les Allemands des Sudètes qui étaient opprimés, maltraités voire torturés par l’affreux Monsieur Benes, président de la Tchécoslovaquie, le diable en personne, « homme des bolcheviks », et qui seraient libérés de leur esclavage par leurs frères de sang.                        Les agresseurs, comme l’axe Berlin-Rome Tokyo qui a multiplié dès 1931, aux 4 coins du monde, guerres, interventions et coups de force (dont celui de Munich), se proclament toujours d’ardents défenseurs de la paix et de la liberté. C’est en leur nom, qu’ils désignent depuis maintenant un siècle, leur ennemi irréductible : « le bolchévisme », le « péril rouge » ou demain, peut-être, on ne sait quel « axe du mal », allant de  Cuba socialiste et son allié vénézuélien au   « parti communiste chinois » , en y englobant au passage – guerre froide oblige- la Russie ex- soviétique !

« Hommes, je vous aimais ; soyez vigilants ! »(5)                                                           

[1] Arthur Tondeur (1908-1999) a été chroniqueur de politique étrangère à « La Voix du Peuple » de 1936 à 1939 (voir  https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/05/arthur-tondeur-boma-1908-menton-1999.html)

[2] Voir sur la résolution du Parlement Européen Chroniques d’une guerre annoncée fascicule 1 p.3

[3] En France seuls les 73 députés communistes (rejoints par 2 autres) s’y sont opposés, et à Londres, la démission du ministre de la Marine, le vote négatif des travaillistes et l’abstention des conservateurs du groupe de Winston Churchill[3] ont sauvé l’honneur bafoué par la majorité conservatrice de Chamberlain.

[4] Carl von Clausewitz (1780-1831) général prussien ; auteur d’ouvrages sur la stratégie militaire.

[5] Dernière ligne de « Ecrit sous la potence » de J. Fucik (Seghers Paris 1947), dirigeant communiste tchèque, assassiné par les nazis eu juin 1943.



Texte intégral (96 pages)

 CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE- fascicule 2 TCHECOSLOVAQUIE- MUNICH



PARISET - 01/10/1938 VduP

Article de E. PARISET - Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre.(1) La Voix du Peuple - 1/10/1938

L'équipe de La Voix du Peuple" 1937-
 1er à gauche Pariset (Arthur Tondeur)
Personne, espérons-le, ne se fait d'illusion sur la véritable portée de l'accord de Munich, pour parler clair. L'histoire de ces dernières années nous montre avec assez d'éclat que les capitulations ne font qu'augmenter l'audace et l'appétit des agresseurs, étendre et multiplier leurs exigences, resserrer leur union et consolider leurs forces.

Par ce fait même, elles affaiblissent les puissances et les forces de paix, ébranlent leur union, réduisent leur supériorité économique et militaire jusqu'ici écrasante.

Les capitulations, en augmentant les chances de succès du bloc fasciste, reconnaissent par là même le danger d'une guerre générale.

Il ne sera pas toujours possible, en effet, aux grandes puissances démocratiques de l'Europe occidentale de capituler…aux frais des petits Etats, leurs alliés, d'abandonner sans combat leurs positions avancées. De recul en recul, d'abandon en abandon, elles seront bientôt acculées à leurs derniers retranchements, qu'il leur faudra défendre dans des conditions désastreuses, alors qu'aujourd'hui l'affirmation claire et sans réserve de leur solidarité complète face aux entreprises de conquête des Etats totalitaires pourrait encore contraindre ces derniers, eux, à capituler sans combat.

 La réalisation, mardi, du bloc de la Paix(2) jetait déjà la division dans la Triplice guerrière Rome-Berlin-Tokyo. Le Japon affolé sentait venir sa défaite. L'Italie allait laisser tomber le IIIème Reich : selon une nouvelle répandue avec insistance et qui n'est pas démentie, le roi d'Italie s'appuyant manifestement sur l'opposition profonde du peuple italien à une guerre aux côtés de l'Allemagne, avait refusé de signer le décret de mobilisation préparé par Mussolini et déclarait, dit-on, qu'il abdiquerait en faveur du Prince de Piémont (3), plutôt que de voir son royaume entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne contre la France... et la masse colossale du bloc démocratique. Des milieux très influents de la société italienne se rendaient compte, en effet, que c'était entraîner leur pays au désastre.

 Hitler, isolé, aurait-il mis à exécution ses menaces guerrières en Europe centrale ? Il est permis d'en douter, et l'on peut en tout cas affirmer avec certitude que, dans la pire éventualité, le Reich aurait été rapidement défait. Dans un cas comme dans l'autre, l'effondrement des dictatures totalitaires et des forces d'agression en serait bientôt résulté.

Une fois de plus, ils (4) ont voulu sauver le fascisme en sacrifiant la chair vivante des peuples libres…

Mais c'est précisément ça que n'ont pas voulu Daladier et Chamberlain, chefs de gouvernements par la grâce des financiers de la City et des 200 familles françaises. Une telle défaite du fascisme provoquerait, en effet, un essor impétueux du mouvement ouvrier, l'extension considérable des conquêtes sociales, la restriction et peut-être l'abolition, dans certains pays, des privilèges exorbitants du grand capital. Une fois de plus, ils ont voulu sauver le fascisme en sacrifiant la chair vivante des peuples libres, en lui abandonnant de nouvelles positions économiques et stratégiques, en ressoudant l'axe de guerre déjà fêlé, en ouvrant la voie pour très bientôt à de nouvelles et plus graves violences, en préparant pour les grands Etats démocratiques, après le déshonneur, une guerre désastreuse.

Est-il besoin de rappeler les étapes sanglantes qui nous y conduisent à pas

de plus en plus pressés, depuis la conquête de la Mandchourie par le Japon, en 1931 ?

 Au Mandchoukouo,(5) les militaires ont trouvé de nouvelles ressources économiques : du charbon, du fer, des graines de soja. Ils y ont trouvé des populations nombreuses où lever de nouvelles divisions, peu sûres sans doute, mais néanmoins renfort considérable. Ils y ont trouvé des positions stratégiques qui leur ont permis, il y a un peu plus d'un an, d'envahir la Chine du Nord et la Chine Centrale, d'occuper Shanghaï, d'en évincer les puissances étrangères, la Grande-Bretagne en particulier, et de s'attaquer même, sans succès il est vrai, à la grande Union Soviétique. Et l'on voit aujourd'hui les clans militaristes les plus agressifs forcer le général Ugaki (6) à démissionner et exiger une politique de violence à l'égard des grandes puissances intéressées en Chine et à l'égard de l'U.R.S.S., ce bastion de la paix, en même temps qu'une alliance plus étroite avec les agresseurs italien et allemand.

 En 1935, ce fut l'affaire d'Ethiopie.

 En sabotant l'application des sanctions à l'agresseur italien, en paralysant la résistance de l'Abyssinie, à qui furent refusées les armes nécessaires à sa défense, les gouvernements de France et d'Angleterre, non seulement sauvèrent le fascisme mussolinien d'un effondrement certain, mais lui assurèrent au coeur de l'Afrique des positions stratégiques formidables qui dominent l'Egypte et les communications impériales britanniques et françaises dans la Mer Rouge, En même temps, ces gouvernement» réactionnaires sapaient l’édifice pacifique de la S. D. N. et ruinaient la sécurité collective, garantie essentielle de la paix en même temps qu'ils provoquaient la formation de l'axe de guerre Berlin-Rome.

Comme il fallait s'y attendre, cette capitulation, ou plutôt cette trahison de la paix ouvrait la voie à une guerre plus vaste et plus sanglante : le 18 juillet 1936, éclatait en Espagne la rébellion franquiste organisée de commun accord par les nazis et les fascistes romains qui devaient la transformer bientôt en guerre d'invasion. Refusant toute assistance à la victime et toute sanction à l'agresseur, les gouvernements de Londres et de Paris inventèrent la « non-intervention », capitulant à nouveau devant l'agression.

 Le résultat est connu : l'Allemagne et l'Italie se sont assurés déjà, au détriment de l'Angleterre et de la France, la riche production de fer du Pays Basque et du Maroc, les pyrites et le cuivre d'Huelva et de Rio-Tinto, le zinc et le plomb des Asturies, l'huile d'olive d'Andalousie, etc., etc.

Installés au Maroc et au Cap Tarifa, elles tiennent Gibraltar sous le feu de leurs canons lourds ; à Majorque, elles dominent les routes impériales françaises vers l'Afrique du Nord ; sur les Pyrénées, de Saint Sébastian à Andorre, elles prennent la France à revers et créent un « troisième front au sud ».

En novembre 1936, le Japon se lie à l'axe Berlin-Rome par le « pacte anti-komintern »(7), tandis que   la S. D. N. déboute la République espagnole de ses légitimes requêtes et la renvoie devant le Comité de Londres dont on la tient écartée.

Les uns après les autres, les Etats membres de la S.D.N. se dérobent à. leurs obligations et se réfugient dans une neutralité » propice à l’agression.


Croit-on vraiment qu'on puisse sauver la paix en persévérant dans cette voie de capitulations honteuses ? Le moment viendra où il n'y aura plus moyen de reculer…La guerre sera devenue inévitable. Elle sera désastreuse.

 

Et c'est en mars dernier l'Anschluss, l'invasion de l'Autriche par la Reichswehr avec le consentement tacite des cabinets de Londres et de Paris. Le Ille Reich y trouve notamment le fer et le bois. L'armée autrichienne vient grossir la Reichswehr, la Tchécoslovaquie est prise dans l'étau hitlérien. L'axe Rome-Berlin devient une réalité géographique qui coupe l'Europe en deux et ouvre la Méditerranée à la puissance allemande. Le front des Alpes et le front du Rhin n'en font plus qu'un. L'axe projette son ombre sur la, Hongrie et la Yougoslavie

 

 En vain l’URSS dont l'aide généreuse a permis à. l'Espagne de tenir tête à l’assaut fasciste, propose-t-elle la réunion d'urgence d'une conférence internationale pour sauver la. Paix. Paris comme Londres la « laissent tomber ». En revanche, à Copenhague, les petits Etats du Nord-Ouest européen, proclament leur neutralité et ouvrent une brèche dans le front de la paix et réduisent pour l'agresseur hitlérien le risque d'un blocus.

Voici enfin l'affaire tchécoslovaque. On ne sait que trop quelle solution vient de lui être apportée et les lourdes menaces qu'elle contient peur la paix de l'Europe.

Croit-on vraiment qu'on puisse sauver la paix en persévérant dans cette voie de capitulations honteuses ?

Le moment arrivera forcément où les intérêts vitaux de la France et de la Grande-Bretagne seront en jeu. Le moment viendra où il n'y aura plus moyen de reculer ou de faire des concessions nouvelles. Mais à ce moment, si on laisse aller les choses jusque- là, la puissance des agresseurs sera tellement accrue, celle des puissances pacifiques tellement réduite, que l'union la plus étroite et la fermeté la plus grande ne suffiront plus à faire reculer la guerre. Il ne restera qu'une seule issue : le recours à la force.

 La guerre sera devenue inévitable. Elle sera désastreuse. Et l'on se tromperait étrangement en imaginant qu'il faudra, pour en arriver là, du train dont vont les choses, beaucoup d'années ou même beaucoup de mois. C'est pourquoi il est urgent de changer de méthode et de répondre à l'appel des Etats-Unis et de l'U.R.S.S. pour une conférence internationale qui rétablisse la paix sur les fondements stables du droit et du respect des traités.

 

PARISET - 01/10/1938


[1] Nous mettons cet article publié au lendemain de « Munich » en exergue de ce fascicule, tant il synthétise, en quelques lignes, l’ensemble de la période des années 30, et tant aussi il est prémonitoire : « La guerre sera devenue inévitable. Elle sera désastreuse »

[2] Allusion à l’appel à la réunion d’une conférence internationale lancé par le président Roosevelt le 28/09 et appuyé par l’Union Soviétique.

[3] Prince du Piémont : Humbert II de Savoie, prince de Piémont (1904-1983) fils du roi Victor Emmanuel III. Il épousera la princesse Marie-José de Belgique, sœur de Léopold III. Ephémères roi (et reine) d’Italie du 2 au 13 juin1946, date du référendum favorable à la proclamation de la république italienne.

[4] Daladier et Chamberlain

[5] Manchoukouo : « empire » créé de toute pièce par les envahisseurs japonais dans les provinces du Nord Est de la Chine de 1932 à 1945. Le dernier empereur de la dynastie des Qing, Pu Yi, déchu par la révolution de 1911 en Chine y fera office « d’empereur ». C’est le sujet du film « Le dernier empereur » de Bernardo Bertolucci.

[6]Général Ugaki (1868-1956) : général japonais, ministre de la Guerre, puis nommé premier ministre, en février 1937.Il ne put en fait jamais exercer ce poste, suite aux conflits entre clans plus ou moins nationalistes et militaristes au sein de l’armée.

Texte intégral (96 pages)

 CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE- fascicule 2 TCHECOSLOVAQUIE- MUNICH


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Table des matières

Article de E. PARISET - Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre. La Voix du Peuple - 1/10/1938. 5

Introduction. 9

La Tchécoslovaquie - un peu d’histoire. 11

Articles de E. PARISET. 17

Un nouveau défi de Hitler aux puissances européennes. 17

Goebbels appelle à la guerre contre l’URSS, la Tchécoslovaquie….. 19

La Tchécoslovaquie, nouvelle Espagne ?. 22

Le véritable réalisme, c’est celui des Tchèques. 23

Contre la Tchécoslovaquie, l’appui de l’Italie fasciste paraît acquis au IIIème Reich. 25

La Tchécoslovaquie rappelle deux classes de réserve. 27

Calme et digne, Prague a voté pour la Paix. 29

Les Hess et les Goebbels n’ont qu’insultes et menaces à la bouche. Ils veulent anéantir la République tchécoslovaque. 32

Les pourparlers de Prague avec les nazis sudètes sont dans l’impasse. 35

Il ne faut pas que Mr Chamberlain puisse sacrifier la Tchécoslovaquie à son amitié pour Hitler 36

Préparatifs d’invasion : l’URSS répond. 41

Le chancelier de l’Echiquier renouvelle le vague avertissement de Chamberlain. 43

De Prague à Munich… 1938 – un peu d’histoire. 47

Articles de E. PARISET. 53

Premières conséquences de la capitulation de Munich. 53

La conférence de Munich n'est autre chose que l’assemblée constitutive du « Club des charcutiers ». 56

Le plan de Munich, la fascisation de l’Europe. 59

La « Paix de Munich » : La tension guerrière renait au sujet de la Russie subcarpathique. 61

L’asservissement de la Tchécoslovaquie et le « Drang nach Osten ». 63

Les Tchèques et les Slovaques serviront ils de chair à canon au IIIème Reich ?. 65

Le canon tonne à la frontière hongroise. C’est la « paix de Munich ». 67

…et de Munich à Prague – 1939 : un peu   d’histoire. 69

Articles de E. PARISET. 71

Hitler réalise son plan : la Slovaquie proclame son indépendance, le gouvernement de Prague démissionne ! 71

La Bohème et la Moravie sont incorporées à la Grande Allemagne. 74

La politique munichoise s’effondre. 77

Pour la honte de l’Europe, Hitler soumet les Tchèques à un humiliant statut colonial 79

Date terrible que ce mercredi quinze mars mil neuf cent trente- neuf ! 82

Attitude trouble de la Hongrie. 85

L’Union Soviétique propose une conférence immédiate des nations démocratiques. 86

Les atermoiements des Munichois mal repentis permettent à Hitler d’asservir d’autres peuples. 88

Le film de la semaine : agir vite pour le Front de la paix. 90