lundi 7 août 2017

1917: UOMINI CONTRO - DE STOCKHOLM A PETROGRAD

Le centenaire de la Grande Guerre se poursuit dans un silence plutôt assourdissant : comme si dans "14-18", il n'y avait que deux dates,1914 et 1918 , alors qu'il y eu 4 longues années de massacres,         ( comme ceux de PLASSENDAELE - 600000 morts !)  de deuil, de faim et de misère.
1917  est une de ces années. Quand les consciences se réveillent, quand des voix de plus en plus nombreuses se font entendre contre les marchands de canon et les partisans de la guerre "jusqu'au bout" . - en quelque sorte les néo conservateurs de l'époque.
Ces voix , les unes  appellent à la cessation des hostilités et à la  la paix, d'autres veulent la paix par la révolution.

ROUGEs FLAMMEs, ( "DES HOMMES CONTRE") a abordé dés 2014- l'histoire des minoritaires socialistes de Gand - les JGS de "de Rode Jeugd"- et  d'Anvers, autour de Jef Van Extergem
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/12/1914-1918-uomini-contro-les-jgs-sjw-de.html
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/12/1914-1918-uomini-contro-kameraad-jef.html

De même , pour  le message de  Karl Liebknecht et des "Zimmerwaldiens" - dont Lénine - qui , dés 1914 avaient proclamé :

L'ENNEMI PRINCIPAL DE CHAQUE PEUPLE EST DANS SON PROPRE PAYS"    

https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

https://rouges-flammes.blogspot.be/2015/09/1914-1918-uomini-contro-zimmerwald.html


Aujourd'hui , je reviens sur le grand débat en Belgique dés l'été 1917- il y a 100 ans-  sur la participation à la conférence pour la paix de STOCKHOLM, conférence par ailleurs,  jamais convoquée.

Manifestation pour la paix à STOCKHOLM
La conférence de Stockholm, au centre de l’action des minoritaires en 1917-1918, est une tentative née au printemps 1917 au sein de partis sociaux-démocrates de la 2e Internationale (les Néerlandais et les Scandinaves — pays neutres — et le Belge Camille Huysmans) de réunir une conférence de la paix regroupant les partis socialistes de tous les pays, belligérants des deux camps et pays neutres. Camille Huysmans, ancien secrétaire de l’Internationale en devient le principal organisateur.
C’est sans doute à la fois une réponse aux conférences anti -guerre de Zimmerwald et Kienthal, qui avaient lancé un appel à la paix immédiate et une tentative des centristes pacifistes au sein de la 2e Internationale de profiter de la nouvelle donne créée par la révolution russe de février 1917 .
En effet,  l’éphémère gouvernement russe de Kerenski et les sociaux démocrates mencheviks soutenaient leur tentative de ressusciter  l’Internationale assassinée en août 1914. 
Mais c’est avant tout, contraints et forcés par la volonté de paix immédiate qui monte dans toute l’Europe, et en particulier de Russie, des tranchées, des usines et des faubourgs.
Camille Huysmans : Dans l'ombre des titans"
Mise sur les rails, cette conférence de paix, sorte de Versailles social-démocrate avant la lettre, met en place une consultation préalable à l’été 1917 de tout ce que l’Europe compte d’organisations socialistes — y compris toutes les minorités nationales des empires moribonds, y compris les minoritaires pacifistes des différents pays, y compris des partisans de la guerre jusqu’au-boutistes. Mais, finalement, le projet avorte.
Lénine et les bolcheviks russes, prônant depuis 1914 et dans toutes les réunions internationales une rupture radicale et définitive avec les sociaux patriotes de la 2e Internationale, boycottent la conférence — non sans débat interne puisqu’un dirigeant de Petrograd Kamenev appelle à y participer.
Les fous de guerre, imbibés de nationalisme et de chauvinisme, tels nos dirigeants POB, Vandervelde De Man et De Brouckère,  s’ils participent aux consultations de l’été 1917, refusent jusqu’au bout de s’asseoir à la même table que leurs ennemis (les sociaux-démocrates allemands et autrichiens, fussent-ils même opposés à la guerre).
De plus, les dirigeants impérialistes des gouvernements français et anglais, tels Lloyd George, Clemenceau ou Wilson ne sont pas prêts à laisser aux sociaux-démocrates la main sur la guerre ou la paix. Dans une belle unité, les gouvernements italien, anglais, français et américain refusent d’accorder des visas aux congressistes. Le moment venu, après encore quelques millions de morts, à Versailles, ils imposeront eux-mêmes leur odieuse paix.
Il n’empêche. Dans le climat de nationalisme belge chauvin, de haine de tout ce qui est « boche » qui traverse toute la société, entretenu aussi bien par le gouvernement du Havre que par la direction du POB, la volonté de paix immédiate, montant du peuple, se cristallise dans la gauche de Belgique sur la convocation ou non de la conférence sociale-démocrate de Stockholm.
La position des institutions était claire : « Le POB se refuse à collaborer à une action en faveur d’une paix immédiate […]. Le POB considère comme dangereuse toute agitation en faveur d’une paix prématurée. Le POB se refuse catégoriquement à entrer actuellement dans cette voie illusoire et dangereuse. […]. C’est par la continuation de la guerre que — du dehors ou du dedans — seront brisées les dernières résistances au triomphe de la démocratie et du droit 28. »

Quant au gouvernement du Havre, dans lequel siège Émile Vandervelde, Le Socialiste belge, journal des socialistes belges résidant en Hollande, proche de Huysmans, résume bien sa position : « Le gouvernement belge considère Stockholm comme une œuvre de trahison devant amener une paix allemande. Le gouvernement belge refuse des passeports pour Stockholm. Le gouvernement belge juge que “la paix est la besogne des gouvernements ; que la place des travailleurs est dans les tranchées et dans les fabriques de munitions”29. »
La revendication d’une conférence n’est certes pas le monopole des deux groupes minoritaires flamands organisés à Gand et Anvers. Charles Massart écrit : « Enfin Stockholm vint et ce fut le point de discrimination entre “jusqu’au-boutistes” et “pacifistes”, entre “majoritaires” et “minoritaires”. » Il écrit, en note : « si je ne parle pas des réunions de Kienthal et de Zimmerwald, c’est qu’elles furent relativement peu connues en Belgique, et que les minoritaires tout au moins n’eurent pas l’occasion de prendre position30 ».
Joseph Jacquemotte, dirigeant internationaliste du syndicat des employés, se bat au sein du Conseil général du POB en présentant une motion pour la conférence de Stockholm, rejetée le 22 août 1917 par 70 voix contre 5 ! C’est au sein de la Centrale d’éducation ouvrière que dirige Charles Massart que la flamme internationaliste continue à brûler dans les structures du POB : « elle a été le lien rouge rattachant les camarades isolés de province au centre31 ». Fin décembre 1917, début décembre 1918, c’est dans la fédération bruxelloise du POB que la fronde pro-Stockholm se répand : motion de la Ligue ouvrière de Bruxelles, ordre du jour de la Ligue d’Uccle, réunion du comité national de la Commission syndicale, ordre du jour de la Ligue de Laeken. Le 30 janvier 1918, au sein du Conseil national du parti, « Jacquemotte fut le principal interprète des tendances de ceux qui estimaient qu’on devait aller à Stockholm pour être certain de reconstituer en temps utile l’Internationale afin qu’elle pût, à l’heure sonnée, intervenir pour que le rétablissement de la paix coïncide avec le triomphe de la démocratie dans le monde et la plus énergique action du prolétariat international 32 ».
Mais dans un nouveau vote, les minoritaires sont à nouveau battus par 26 voix contre 16
Joseph Jacquemotte épouse en août 1914 la position unanime du POB de « défense de la patrie » ; la publication de L’Exploité est interrompue. La guerre met un frein à son travail d’agitation. Il suit les cours de Charles Massart qui, à la Centrale d’éducation ouvrière, l’initie au marxisme. Il collabore comme syndicaliste à l’œuvre du Comité national de secours et d’alimentation, prend la défense des employés communaux opposés à la flamandisation de l’administration bruxelloise exigée par le Conseil de Flandre (il participe à leur manifestation, à la Grand-Place). Le réveil syndical précède l’armistice avec une grève de cinq mois en 1918 des 450 employés du Grand Bazar de Bruxelles, qu’il dirige en pleine occupation 33.
Sous l’effet de la révolution d’Octobre, d’autres groupes internationalistes se développent, comme un Groupe internationaliste — section belge, dont fait partie Félix Coenen, dirigeant JGS, futur fondateur du Parti communiste, qui déclare « criminel et contraire au principe du socialisme de vouloir contribuer au maintien de l’état de guerre ».
À Huy, un groupe L’ère nouvelle se constitue, avec Joseph Thonet militant du POB, ancien JGS. À Bruxelles, Van Overstraeten, secrétaire des JGS, artiste peintre, anime un groupe rallié à la révolution d’Octobre.
La propagande antimilitariste des groupes anarchistes s’amplifie et, un temps, ils soutiennent la révolution d’Octobre. Ainsi, dans un message au soviet de Petrograd, un Comité de défense sociale — parmi eux, Théo Counet, un des fondateurs du PC — « adresse ses félicitations pour l’œuvre accomplie par votre gouvernement […]. Il n’est pas homme au monde qui ait un intérêt avouable à vouloir la continuation de la guerre. Nous nous rangeons donc à vos côtés pour le triomphe prochain d’une paix honorable34. »
La gauche socialiste minoritaire belge, cette « infime minorité » comme disait Charles Massart, offre donc un visage bien contrasté, bien contradictoire. 
D’un côté, Jef Van Extergem inscrit l’action du VSAG dans le cadre du Raad van Vlaanderen et soutient la création de l’université flamande, de l’autre Joseph Jacquemotte appelle à la grève des fonctionnaires contre la flamandisation de l’administration bruxelloise.
"Notre point de vue"  Manifeste du Vredesgroep
 D’un côté, le Vredesgroep, exclu du POB, appelle en 1918 à une 3e Internationale et de l’autre les minoritaires anversois restent, vaille que vaille, dans le giron du parti. Leur plus grand dénominateur commun est la paix immédiate par la négociation, au moyen de la conférence de Stockholm. Après son échec, leur catalyseur politique est la révolution russe d’Octobre, et leur talon d’Achille, la question flamande. Visages contradictoires de groupes jeunes mais courageux, encore peu expérimentés, plongés dans l’inextricable complexité de la société belge.
Et pourtant, c’est de ces contradictions, à partir des composantes de cette gauche radicale minoritaire, que naît, en 1921, le Parti communiste. En octobre 1919, les Gantois et une partie des Anversois forment les premiers, une organisation communiste en Belgique : le Kommunistische Bond ou KP-Vlaamse Federatie, avec le journal De Internationale. Par la suite, à travers un processus complexe de fusion-séparation-fusion et à travers de nombreuses contradictions idéologiques (participer ou non aux syndicats, participer ou non aux élections, soutenir ou non le mouvement flamand), « l’infime minorité » se rassemble pour former en septembre 1921 le PCB.
Voir l' article 

Minoritaires socialistes — pacifistes, flamingants et révolutionnaires — contre la guerre

complet dans "Etudes Marxistes" n°112
Notes
28 Mémoire du Parti ouvrier belge, Juillet 1917, Londres 1918.
29 « Stockholm-Le Havre », Le Socialiste Belge, hebdomadaire bilingue de l’Union des travailleurs socialistes résidant en Hollande, 1er septembre 1917.
30 Charles Massart, , La Belgique socialiste et communiste, Librairie de l’Humanité, 1922, p. 123.
31 Claude Renard,  « Octobre 1917 et le mouvement socialiste belge », Fondation Joseph Jacquemotte, Bruxelles 1967.  p. 43.
32 M. A. Pierson, Histoire du socialisme en Belgique, Institut Emile Vandervelde, 1953, p. 134.
33 Jules Pirlot et Milou (Émile) Rikir, Joseph Jacquemotte (1886-1936), Bruxelles, CarCoB, 2011, http://www.carcob.eu/IMG/pdf/biographie_joseph_jacquemotte.pdf.
34 Claude Renard, op. cit., pp. 74-75.

dimanche 23 juillet 2017

MA FACTURE D' ELECTRICITE 2 : LES CONSOMMATEURS WALLONS ONT AUSSI LEUR(S) "TURTELTAX"

La cour constitutionnelle a donné raison aux 20000 plaignants consommateurs d'électricité en région flamande qui avaient demandé à l'initiative du PTB - PvdA, l'abrogation de la "TURTELTAX".
Cette taxe ,mise en oeuvre par l'ex ministre TURTELBOOM faisait payer au citoyen les primes et
Elle a été jugée illégale et inconstitutionnelle pour la bonne raison qu'un citoyen ne peut être taxé deux fois pour la même chose!
Alors je me suis replongé dans ma facture d'électricité pour voir si en Wallonie aussi, nous n'étions pas taxés deux fois pour la même marchandise, si ,outre la redevance TV que nous devons toujours payer, nous n'avions pas aussi notre ou nos "TURTELTAX" !!
cadeaux faits par le gouvernement de la région flamande aux entreprises qui investissaient dans des panneaux photovoltaïques et qui ainsi s'en étaient mis plein les poches!

Dans un premier article «  PUBLIFIN - NETHYS - RESA et MA FACTURE D' ELECTRICITE : LA GROSSE ARNAQUE ? »,
j'avais épluché ma facture du point de vue surtout des coûts de distribution et du rôle du distributeur (GRD) RESA
Voici la suite :


ELIA SYSTEM OPERATOR : LA BULLE PHOTOVOLTAIQUE

Elia « est le gestionnaire du réseau de transport (GRT) d'électricité à haute tension (de 30.000 à 380.000 volts) en Belgique. L’entreprise gère le transport de l’électricité depuis les producteurs vers les gestionnaires de réseau de distribution, qui alimentent à leur tour les PME et les particuliers « .
Elia est aussi une société de droit privé (SA) qui mélange à travers un réseau complexe de participations un actionnariat public et privé.
De nombreuses structures intercommunales de tout le pays dont par ex. PUBLIFIN, mais aussi des sociétés de droit privé à capital public comme NETHYS, le gouvernement belge, Katoen Natie, le géant du port d 'Anvers ( 5% du capital), BELFIUS , etc.
Mais ce qui m'intéresse dans l'affaire , c'est de comprendre pourquoi ma facture de transport a entre 2011 et 2014, augmenté de 83€ (+188%)

Et c'est la 5ème ARNAQUE :

Nous payons la « bulle photovoltaïque » créée en 2008 par le gouvernement wallon – le ministre Antoine , un des chevaliers « humanistes » d'aujourd'hui et accompagnée d'abord , puis combattue mais sans mise en cause du système libéral, par le ministre NOLLET.
Cela s'appelait le système SOLWATT.
Bel exemple de la nuisance que peut provoquer une transition énergétique fondée sur la toute puissance des lois du marché.
Pour favoriser l'installation de panneaux PV, ils ont multiplié les aides de la région aux consommateurs privés , sous forme de déductions fiscales - 40% de la facture-, de primes -20% de la facture-, ce qui est la norme pour les économies d 'énergie, mais surtout par la distribution inconsidérée de certificats verts.
La CwaPE octroyait pendant 15 ans, 1 certificat vert pour 143 kWh produit, soit 7 FOIS PLUS QUE LA NORME DE BASE où 1 certificat vert =1000kWh produites.
Le message devenait « Installez des panneaux sur votre toit, ça va vous rapporter gros pendant 15 ans , plus que tout compte d'épargne et que toute action en bourse. En plus, garanti par la Région Wallonne, s'il vous plaît ! »
On a ainsi transformé un objectif écologique collectif – augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique - en un système individuel de type spéculatif et boursier.
Le « certificat vert » créé par le ministre Ecolo DARAS en 2003 pour promouvoir l'énergie verte s'est transformé en une vulgaire valeur financière comme le sucre il y a 200 ans ou l'immobilier lors de la crise des sub- prime aux USA.
Objet de toutes les spéculations , conduisant à un mini krach wallon.

« il est apparu que grâce au système « Solwatt», certains ménages ont bénéficié de taux de rendement
totalement excessifs (de 20 à 30 %) sur leur investissement photovoltaïque alors que le coût du développement des énergies vertes permettant de financer de tels rendements est reporté sur l’ensemble des ménages, y compris ceux qui n’ont pas les moyens d’installer des panneaux ou sont locataires »( CEPAG avril 2013)
Incapable de valoriser sur le marché le trop plein de certificats verts créé par le boom des panneaux , ELIA qui en a la charge, - elle devait en acheter plus qu'elle ne pouvait en vendre – a lancé la patate chaude au citoyen, via les tarifs de transport.
Faites payer les pauvres, ils sont les plus nombreux...
Si on veut dresser le peuple contre toute idée de transition énergétique, on ne ferait pas mieux.
Et aussi, si on veut dresser les gens les uns contre les autres : les locataires ou les propriétaires qui n'ont pas eu les moyens d'installer des panneaux contre les « bobos aux »4façades », la réalité étant par ailleurs bien différente.
Et voilà pourquoi ma facture a augmenté entre 2012 et 2014 de 83€/an pour les frais de transport, ceux ci ayant encore augmenté depuis ( de 2,4 à 2,6 c€/kWh)




TAXES ET REDEVANCES A GOGO
Si on épluche sa facture d'électricité, on découvre aussi qu'elle regorge de taxes, redevances, cotisations, abonnements de tout genre.
Le consommateur d'électricité est , comme l'automobiliste, ou le consommateur d'eau, ou celui qui met sa poubelle à rue ,c'est à dire nous tous, simples citoyens de ce pays, la vache à lait des multiples instances de pouvoir , fédéral, régional, communal , et d'organismes multiples à financer.
En y introduisant ces postes supplémentaires à payer, on vise le citoyen lambda, c'est à dire les revenus les plus faibles ( pour qui ces surcharges de facture sont les plus lourdes) et on soustrait les revenus les plus élevés à un impôt plus juste progressif, calculé sur le revenu .
« Faites payer les pauvres »...toujours et toujours

C'est la 6 ème ARNAQUE : LES IMPOTS DEGUISES.


  • 1* Le consommateur paie une « cotisation énergie » (autour de 10€ pour moi) pour financer la sécurité sociale ( !?)
la cotisation sur l'énergie est un impôt indirect (accise) frappant la mise à la consommation ou l'utilisation de gaz naturel et d'électricité. Le montant ainsi perçu, selon la loi du 22/07/93, sert au fonds pour l'équilibre financier de la sécurité sociale. ( portail Energie de la Région Wallonne)
Mais cet impôt indirect est quand même taxé une 2ème fois par la TVA.n

  • 2* Nous payons aussi une « Taxe CV offshore » ( 16€ htva dans ma facture)
« La  ...surcharge certificats verts offshore : vise à contribuer au développement de l’électricité produite à partir de sources renouvelables. »
Nous contribuons donc au développement par l'industrie privée de leurs investissements dans le renouvelable, et cette taxe est elle aussi taxée une 2ème fois par la TVA.

  • 3* « La redevance de raccordement au réseau électrique : versée au Fonds Energie de la Région wallonne, qui sert à financer la CWaPE, des actions en matière de protection de l’environnement ou ... la promotion des énergies renouvelables et la guidance sociale énergétique par les CPAS. » (3€ )

  • 4* La cotisation fédérale (autour de 10€) finance la CREG , la dénucléarisation de Mol, les fonds énergie des CPAS etc..
Ces 2 derniers postes sont les seuls de ma facture non soumis à la TVA
Si on ajoute ,la contribution à l'énergie verte, l'ensemble de ces taxes, cotisations, redevances, contributions etc. représentent 16 % du total de la facture – en plus des 17% de la TVA !!


LA TAXATION « VERTE » :
« VOUS VOULEZ SAUVER LA PLANETE ? ALORS PAYEZ  ! »
La 7ème ARNAQUE est particulièrement révoltante : c'est la « contribution à l'énergie verte »
C'est un poste en spectaculaire augmentation -il représente en 2016 environ 10% de ma facture – 90€ ( tva c) Et il est programmé pour augmenter chaque année.



Et attention , cher lecteur, on sort ici du monde réel, on entre dans un monde virtuel complexe imaginé par les modernes « penseurs » , du « retour vers le futur » de la Région Wallonne.
Accrochez vous, car c'est difficile à comprendre .
Pour « favoriser la production et la consommation d'électricité à base d'énergie renouvelable verte» dont le coût de production est supérieur à celui des filières nucléaire ou fossile, le gouvernement wallon impose chaque année aux fournisseurs d'électricité un « quota d'énergie verte » théorique

2011 :11,8% ; 2012:13,5% ...2014:23,1% ;2015 : 27,7% ; 2016:32,4% ;

2017:34,03%....2020:37,9%

Non pas que cela représente une réelle production ou consommation d'énergie verte dans le pays . Mais c'est -disons voir- une sorte de taxe incentive , le financement d'un quota théorique , d'une norme fixée par le gouvernement de la région wallonne.
C'est évidemment surtout une manière déguisée de faire circuler le surplus énorme de certificats verts , et de le faire payer par vous et moi, une deuxième fois ! ( en plus des frais de transport)
Ces quotas augmentent chaque année , et sont régulièrement revus à la hausse.
Et chaque fournisseur d'électricité doit respecter ces quotas en achetant sur le marché, un certain nombre de des certificats verts –oui, oui toujours eux- sous peine d'amende en cas de contravention.
. « Un certificat vert est un titre immatériel qui ne prend une valeur financière que lorsqu’il est vendu. Une fois les certificats verts déposés sur votre compte-titre, il est indispensable pour les valoriser de trouver un acheteur « 
Par exemple en 2016, Lampiris doit se fournir sur le marché de certificats verts représentant une valeur de 32,4% ( c'est le quota 2016) de ses ventes totales, et en fournir la preuve à la CwaPE.
lambda.
Chaque fournisseur dont le porte feuille est ainsi grevé de ces certificats verts a évidemment intérêt à . »Ils pourront par exemple les revendre au gestionnaire de réseau de transport (Elia) ou à une société de courtage. » qui sont en en quelque sorte des « banques de certificat verts »
les valoriser en se fournissant en électricité verte, ou en les écoulant sur le marché des certificats verts 
Mais nous, nous n'en voyons pas la couleur fut elle qualifiée de verte !
Personne d'ailleurs n'en voit la couleur, puisque ce sont des quantités virtuelles , qui n'ont pas de réalité dans la qualité de l' électricité , grise ou verte , réellement produite OU consommée en Wallonie.
Mais – et nous revenons là dans le monde réel de notre porte feuille -,il faut bien que quelqu'un les finance ces certificats verts virtuels ! Et bien c'est nous , les consommateurs !
« 
L’achat de certificats verts représentant une charge financière supplémentaire pour le fournisseur, celui-ci reporte simplement ce coût sur l’entièreté de ses clients. « 
C'est cela la contribution à l'énergie verte . »faites payer les pauvres... »

On pourrait dés lors ,en citoyen logique qui réfléchit, se dire que au moins , en Wallonie, en 2016, nous consommons tous ensemble citoyens raccordés à l'électricité autour de 33 % d 'électricité verte, PUISQUE NOUS PAYONS UNE TELLE CONTRIBUTION !!

Nenni valet!
Par exemple, en 2014, en Wallonie , l'électricité d'origine renouvelable réellement consommée représentait 14,3% . Mais le quota imposé , fictif, était de 23,1%.
Et ces quotas vont augmenter inexorablement jusqu'en 2020.
Très bien , direz vous. Au moins cette hausse spectaculaire des quotas va t-elle induire d'ici 2020 , on peut l'imaginer, une volonté politique et un développement tout aussi spectaculaires des investissements en énergie verte .
Faut pas rêver !
« Le gouvernement wallon PS-CDH a donné un coup de frein aux objectifs jugés trop ambitieux de son prédécesseur PS-Ecolo-CDH en repoussant de six ans l’objectif d’électricité produite à partir d’énergie renouvelable, tout en restant selon lui dans les balises du paquet énergie-climat de l’Union européenne, afin de maîtriser les coûts.Les 8.000 gigawatts-heure (GWh) d’électricité produite à partir d’énergie renouvelable que le gouvernement précédent ambitionnait pour 2020 ne seraient dès lors atteints qu’en 2026 » Le Soir 29/04/2015


Là, c'est la GROSSE ARNAQUE : payer PLUS de « contribution à l'énergie verte, pour produire MOINS d'énergie verte ! »
Mais la contribution à l'énergie verte, que nous payons chaque année , elle n'a pas été revue à la baisse!Elle augmentera inexorablement jusqu'en 2020.
2015 : 1,939c€/kWh ; 2016 : 2,268c€/kWh ; 2017 2,3821c€/kWh

N'est ce pas donc là aussi une taxe déguisée,déguisée scandaleusement en une sorte de fantôme insaisissable peint en vert , appelé « énergie verte » ou « certificat vert » !
Cette taxe déguisée est d'ailleurs elle aussi soumise à la TVA . Donc double taxation .


De toute façon , faire payer la transition énergétique par le consommateur lambda est une honte .
En gros mon point de vue purement « populiste » est que , les industriels- notamment ceux de la production d'électricité - ont bousillé la planète ;
soit en accumulant dans l'atmosphère des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, soit en accumulant des déchets nucléaires non contrôlés.
On ne peut la sauver qu'en passant dans les 30-40 ans qui viennent à 100% d'énergie renouvelable , ( et en trouvant des vraies solutions au problème des déchets radio actifs)
Bien sûr toute la société est responsable, mais ce sont eux, ces industriels qui se sont gavés de profits et leurs actionnaires financiers qui se sont gavés de dividendes .
Et maintenant, ils nous disent : minute papillon, c'est vous qui allez payer.
Pas TOTAL, ou GDF, pas EXXON ou RKW, qui se sont gavés et continuent à se gaver !
Non, vous !
Vous voulez préserver vos enfants, petits enfants, arrière petits enfants, pas seulement les vôtres, mais ceux du monde entier ; vous voulez sauver la planète ?
Alors payez !

Basta cosi !

L'électricité n'est pas une marchandise, mais, au stade de civilisation avancée où nous sommes, un bien commun, comme l'eau, l'air que nous respirons , l'hygiène publique , l'école , la santé etc...
Un bien commun qui doit être géré comme tel par un service public, accessible à tous les citoyens , pour satisfaire leurs besoins communs élémentaires au XXIème siècle, s'éclairer, se chauffer,s'informer, cuisiner pour se nourrir etc. , et ce quels que soient leurs revenus .
La production et tout le cycle de l'énergie renouvelable doit être placée sous l'autorité d'un service national de l'énergie, et financée notamment par les profits accumulés des quelques multinationales de l'énergie.




mardi 13 juin 2017

IL Y A 50 ANS , LE DRAPEAU NOIR FLOTTAIT A LA LOUVIERE : L'OCCUPATION DE L'USINE ANGLO GERMAIN en MAI-JUIN 1967 .



Il est coutume de célébrer les anniversaires des grands conflits sociaux qui ont marqué le mouvement ouvrier de notre pays, par des expositions, des manifestations , des colloques, des articles de presse.
Ainsi en fut il bien sûr de la grande grève du million de 1960-61, de la grève des ouvrières de la FN en 1966, des événements de Zwartberg de février 1966.
Ainsi – on peut le supposer - en sera t- il de la grève des mineurs du Limbourg de 1970.

Et en mai juin 1967, il y a 50 ans , il y a eu l'occupation des ateliers Anglo - Germain à LA CROYERE ( LA LOUVIERE)
Evénement important, d'abord parce que ce fut une des premières occupations d'usine à l'époque en Wallonie, ensuite par la mobilisation et la solidarité exceptionnelles qu'elle entraîna autour d'elle, de Liège au Borinage mais aussi en Flandre.

J'ai eu le plaisir d'en parler en mai dernier avec Marcel Couteau, qui était délégué principal FGTB en mai 1967 et l'incontestable leader du mouvement, et aussi de consulter un petit livre commémoratif de ce combat publié en 1997.


LES «GOLDEN SIXTIES»? PAS POUR TOUT LE MONDE !

Il est communément admis que les années 60 auraient été , entre la reconstruction d'après guerre et le choc pétrolier de 1973, une période de prospérité, de plein emploi, de consommation individuelle sans limite (avec la voiture, la TV, la machine à laver etc. ), en quelque sorte le paradis capitaliste sur terre .
On parle aussi des « 30 glorieuses » (1945-1975) pour exprimer l'essor économique de l'Occident post 2ème guerre mondiale.
Mais pour les travailleurs de Belgique, et en particulier de Wallonie, cette vision idyllique n'a pas grand chose à voir avec la vérité historique.
Dés la fin des années 50, les fermetures de charbonnages, d'outils sidérurgiques, d'ateliers de fabrications métalliques se succèdent et , ce ,entre autres en ce qui concerne les charbonnages et la sidérurgie, sous l'égide de la 1ère forme d'organisation européenne supra- nationale, la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.
Dans la région du Centre, autour de La Louvière, cela a signifié entre 1956 et 1966, la perte de 21300 emplois industriels d'ouvriers et d'employés soit 34% !! des emplois industriels , contre le gain de 2700 emplois dans les services .
Cela a signifié aussi une baisse du pouvoir d'achat ( de 1957 à 1961 -9,5% ) , le départ de travailleurs vers d'autres régions , la dégradation du logement , en un mot la mort lente d'une région.
Curieuses « années d'or » en effet, qui voient les fleurons du savoir faire de toute une région sacrifiés sur l'autel de la recherche du profit maximum immédiat au détriment de l'intérêt général.
N'y avait il plus besoin dans les années 60, en Belgique, en Europe et dans le monde, de locomotives , de wagons , de tramways, de grues etc.
Le matériel ferroviaire de la région du Centre était réputé aux 4 coins du monde, et ce depuis la deuxième moitié du XIXè me siècle . Les noms de « Forges-Usines et Fonderies de Haine St Pierre » (FUF), « Franco Belge » devenue Anglo Germain , « Baume Marpent » sont indissociablement liés aux locomotives , à vapeur, puis électriques , aux wagons, aux voitures qui sillonnèrent le monde entier.
locomotive 4616 de "la franco belge"
En 1954-1955, l' industrie ferroviaire du Centre pouvait sortir un wagon toutes les 3 minutes, une voiture toutes les 3 heures, une locomotive toutes les 8 heures.






MISE A MORT D'UN FLEURON DU CAPITALISME « BELGE »
Premier aspect de la mise à mort , le non investissement des profits fabuleux dégagés pendant des années et des années dans la construction ferroviaire, à partir essentiellement de commandes publiques.Le grand patronat et les banques , en particulier « la Société Générale » préféraient investir leurs profits vers d'autres activités plus « rentables » et laissaient volontairement vieillir et mourir un outil industriel , condamnant ainsi à mort tout le savoir faire et l'excellence de travailleurs, qu'ils avaient dans l'après guerre pressé comme des citrons !
Autre aspect de la mise à mort, c'est de peu à peu concentrer le maximum d'activité sur le siège brugeois de « La Brugeoise » là où les  salaires étaient moins élevés, sorte de délocalisation à l'échelon national. Et ce y compris pour les commandes publiques de la SNCB.
Des entreprise du centre furent ainsi obligées de céder leurs propres commandes à Bruges, faute de garanties bancaires...
Plus qu'un choix « communautaire », c'était de toute évidence – comme toujours - un choix de gros sous ! Comme quoi « non, non, rien n'a changé... »


DEJA DES « SANCTIONS »: LE BOYCOTT DE L'URSS ET DE LA CHINE
Mais , il faut aussi le souligner , à une époque où les sanctions économiques pour raisons politiques sont à nouveau à la mode (contre L'Iran, la Russie, Cuba, la Syrie après l' Irak sous l'égide de l'Union Européenne et des Etats Unis) , la Franco Belge ( devenue par la suite Anglo Germain) s'est vu imposer – comme tous les constructeurs ferroviaires des boycotts de commandes venant des pays de l'Est : dés 1948, les licences d'exportation pour une commande venant d'Union Soviétique de 4000 wagons basculants furent refusées , de même que de nombreux projets pour les pays de l'Est .
En 1955, une commande de locomotives-tenders pour la République Populaire de Chine , représentant 18 mois de travail pour 700 ouvriers était interdite.



FERMETURE, RESISTANCE , OCCUPATION D'USINE



Le déclin voulu et programmé de l'industrie ferroviaire du Centre aboutit en mars 1967 à l'annonce de la cessation d'activité , par demande d'un concordat judiciaire , de l' Anglo - Germain qui occupait encore 450 ouvriers et employés, et à la brutale remise des préavis de licenciements initialement prévue pour le 30 mars
Manifestation du 8 mai 1967 à LA LOUVIERE
Après plusieurs manifestations dans les rues de La Louvière, contre la menace de fermeture, puis pour le retrait de tout préavis,après une pré - occupation de 24h par la délégation syndicale, après une grande manifestation régionale à La Louvière de plus de 20000 personnes, le 8 mai 1967,

« le 16 mai 1967 à 7heures du matin, les travailleurs décident en Assemblée générale d' occuper l'usine, avec comme objectif n°1 le maintien de l'activité
Immédiatement le gouverneur en est averti, pour l'assurer du calme et de la discipline des travailleurs et lui demander d'éviter toute présence et intervention des forces de l'ordre.
La direction de la centrale des métallurgistes, avertie eut cette phrase : « Vous êtes tombé sur la tête , Couteau »
L'occupation , manifestement, n'était pas souhaitée par les directions de la centrale .
Lors d'une assemblée des forces vives de la région du Centre, le discours dominant était : « Ce sont des épaves industrielles, il n'y a rien à faire. »
On leur répondait : « avec une volonté politique, on peut les renflouer ; vous êtes responsables de ces « épaves » ( entretien avec Marcel Couteau)


Le point n°1 de l'occupation était un plan de relance de l'activité de l'usine, avec mise sous séquestre si nécessaire.
Et ensuite bien sûr l'assurance du maintien de tout emploi et d'autres revendications sur le reclassement de tous les travailleurs dans la région.
Ils sont allés à Bruxelles, rencontrer le gouvernement, ( ministre Servais) qui escamotait le point 1 et le 1er ministre Van den Boeynants.
Durant l'occupation , les travailleurs – par la voix de leur délégué principal Marcel Couteau – le convoqueront , à venir se rendre compte sur place et le premier ministre se rendra à l'usine.
Le point clé de l'occupation était bien sûr – comme dans tout combat contre les fermetures – l' espoir du maintien de l'activité avec des accords écrits et signés.
C'est ainsi qu'à 2 reprises les travailleurs , par vote secret , refuseront les promesses du gouvernement .
Le jeudi 18 dans la nuit, malgré le report des préavis et de la fermeture éventuelle et la promesse de commandes de wagons supplémentaires la proposition est refusée 165 voix contre 66.
Les travailleurs se méfient des promesses !
Le vendredi 26 , ce vote sera confirmé par 154 voix contre 116 ; les travailleurs veulent des engagements écrits .
Il faut se rendre compte qu'il y avait un formidable mouvement de solidarité dans toute le région et dans toute la Wallonie. »

UN FORMIDABLE MOUVEMENT DE SOLIDARITE

Dés le 17 mai, les délégations massives se pressent devant les grilles de l'usine occupée :500 travailleurs des ateliers du Thiriau en bleu de travail , 500 du Longtain , en chantant l'Internationale, multiples délégations de Boël , - ils sortent, parfois la nuit, en casque blanc à plusieurs centaines pour aller à l' Anglo.
Tout le personnel communal de La Louvière, des délégations des ACEC de Charleroi, qui manifesteront en masse quelques jours plus tard à Charleroi, délégations de métallos du Borinage ou de Liège ,des travailleurs des faïenceries, enseignants CGSP du Centre , de Bruxelles., arrêts de travail des traminots.
Le 19 mai, 4000 travailleurs de Cockerill - Ougree arrêtent le travail et manifestent dans les rues de Seraing.
Le dimanche, une délégation de mineurs limbourgeois de Zwartberg arrive à La Croyère  pour expliquer que malgré les accords signés sur leur reclassement après la fermeture, 1200 d'entre eux étaient toujours sans emploi.

Les ACEC CHARLEROI manifestent 

Et dans la 2ème semaine, dés le lundi 22 mai, le mouvement s'élargit , c'est d'abord une grève générale de 24 h des métallos du Centre, avec manifestation devant l' Anglo- Germain:15 à 20000 travailleurs défilent devant l'usine occupée.
« On ne crie pas, mais un chant s'élève inlassablement, l' Internationale ; des drapeaux noirs comme
celui fiché sur l'usine ; jaunes avec un coq rouge , comme en 60-61.
Pendant plus de 45 minutes, le flot des manifestants défile ; Les trains Bruxelles – La Louvière sont bloqués pendant plus d'une 1/2 heure.
Des pancartes peu nombreuses : « halte aux faux reclassements, mise sous séquestre »
L'après midi , ce sont les mères , épouses et fiancées des occupants qui parcourent les rues de La Louvière portant des drapeaux noirs et des calicots réclamant du travail pour leur mari et le sauvetage de la Wallonie.
Et le mercredi 24, c'est toute la métallurgie du Hainaut, suivie par celle de Liège et de Namur, qui arrête le travail pendant une heure. Et une entreprise liégeoise Bailly Mathot , menacée de fermeture, part ,elle aussi, en occupation.
Les jours suivants, les entreprises métallurgiques tenaient assemblée. Dans certaines, on vote des résolutions appelant à la vigilance : »si les promesses de reclassement n'étaient pas tenues, il faudrait généraliser les occupations d'usine .»
La situation devenait explosive en cette fin mai 1967.


SYNDICAT , COMITE DE DEFENSE
L'occupation était gérée par un Comité de défense.La colonne vertébrale en était bien sûr la délégation syndicale FGTB et son délégué principal Marcel Couteau.
Dans son orientation syndicale, il a voulu promouvoir la démocratie syndicale en s'opposant à ce qui était « la magouille permanente » pour désigner le président de la délégation.
C'est ainsi qu'il a voulu en 1967 élargir le poll des élections sociales pour désigner les candidats, réservé en principe aux seuls syndiqués FGTB, à tout le personnel , quelle que soit l'étiquette.
De même, il s'est opposé à la guerre permanente entre FGTB et CSC, venant aussi de la direction droitière et sectaire de la Centrale des Métallurgistes et il promouvait le Front Commun.
Mais, explique celui ci, « lors des élections sociales, la CSC avait perdu son siège ouvrier, la FGTB récoltant l'ensemble des sièges. Pour maintenir l'unité de tous les travailleurs et associer la CSC au combat, nous avons créé ce comité de défense. « 
D'autre part, dans le Comité de défense, participaient aussi des cadres qui soutenaient le mouvement.
C'est aussi dans cet esprit d'ouverture que le Comité de défense organisa le dimanche matin une messe dans l'usine dite par l'abbé Monnom, aumônier de l'action sociale. 


LA FIN DE L'OCCUPATION, LA « PAIX ARMEE » et LA FIN DE L'ANGLO
La situation fin mai était donc explosive dans la région et dans toute la Wallonie, nous l'avons vu;
Le samedi 27, le Front commun des délégués des centrales des métallurgistes, qui avait largement mobilisé les métallos de la région met subitement un coup d'arrêt en déclarant que "plus aucun travailleur, ni délégation ne sont autorisés à provoquer des arrêts de travail dans leur entreprise sous prétexte de solidarité ; cette façon d'agir dépopularise le conflit ...."

Le gouvernement signe alors un engagement écrit.
Mais , en fait, aucune garantie de continuation de l'activité n'est donnée, - elle sera laissée à l'initiative et à l'appréciation patronale en cas de concordat judiciaire. Le choix de la vie ou de la mort est donc laissé à l'initiative privée qui , pourtant, a déjà tellement failli dans ce dossier :
« si le concordat est accordé, le gouvernement est disposé à soutenir au maximum l'effort des dirigeants qui accepteront de poursuivre les activités de l'entreprise »
Et d'autre part : »tenant compte des commandes supplémentaires de wagons, permettant aux industries de la région d'employer du personnel en plus grand nombre, les industries s'engagent en totalité à reprendre le personnel ouvrier d'Anglo – Germain. » ( avec une garantie d'emploi d'un an)
On a donc ,un mix d'une problématique  continuation de l'activité sur le site et d'un  reclassement immédiat dans les entreprises voisines par l'augmentation des commandes publiques.
La mise sous séquestre n'est pas envisagée.
Marcel Couteau déclarait : « sous l'impulsion des délégués de base, un mot d 'ordre nouveau est apparu : la mise sous séquestre.A mon avis, il va faire son chemin. Il est bien accueilli dans d'autres entreprises, et chez nous, même le personnel de cadre y est favorable.
L'origine remonte à une loi de 1944 qui condamnait les patrons collaborateurs pour incivisme économique;ce qui se passe aujourd'hui peut être mis sur le même pied : ,incompétence patronale, manque de civisme vis à vis de la communauté. » (interview à La Gauche )
« Cette solution permettrai la continuation de l'activité, et serai moins coûteuse que la fermeture elle même »préconisait le nouveau directeur nommé en juin 1966, et qui était resté avec les grévistes. Il préconisait une mise sous séquestre avec « un comité de gestion , incluant des délégués du gouvernement et des syndicats » ( Combat n°23 1967)


Quoi qu'il en soit, le jeudi 1er juin,après 17 jours d'occupation l'assemblée des grévistes accepte majoritairement  (167 pour contre 65) le protocole gouvernemental ,et décide de lever l'occupation dés le lendemain 2 juin.
Tout en « réclamant la continuité des activités de l'entreprise » et en « décrétant pour les jours à venir un état de paix armée. »
Pour eux, il est possible de sauver le site par de nouvelles commandes . Ils ne veulent pas d'un nouveau « scandale Gilson » , du nom de la grande entreprise sidérurgique fermée en 1966 et où des travailleurs reclassés dans un premier temps, avaient à nouveau été licenciés.

Mais rien n'y fit. « En effet, malgré l'acceptation du concordat, le 8 juin, le gouvernement faisait savoir que l'absence d'offre valable, assurant la continuité des activités de l'entreprise ne lui permettait pas de tenir son engagement. »
En février 1968, Germain Anglo , ou l'Anglo Germain – les 2 noms existaient , fermait définitivement ses portes.
En 1969, le site était racheté par une société spécialisée dans la construction d'hyper marchés et le 17 décembre 1970, SAR le prince Albert de Belgique inaugurait le centre commercial du « Cora City ».

S'ils n'ont pas réussi à sauver l'activité, ils ont néanmoins forcé le gouvernement à élargir les obligations  en cas de fermeture - ce qui deviendra le Fond de fermeture - pour protéger les droits des travailleurs licenciés.
Et surtout ils ont donné une démonstration de la force de la solidarité ouvrière et ils ont mis à l'ordre du jour l' action ouvrière collective par l'occupation d'usine.



MARCEL COUTEAU
Marcel COUTEAU, le leader incontesté de l'occupation d'Anglo Germain a aujourd'hui 84 ans.
Il est issu d' une famille ouvrière . Le grand père paternel était mineur de fond, socialiste des années 1886, et son grand père maternel , décédé à 48 ans, travaillait chez Boël.
Il commence à travailler à 14 ans dans une entreprise de matériel roulant de 1500- 2000 travailleurs, les Etablissements Goldschmidt ( ou encore FUF).
Puis il entrera à La Franco Belge – qui deviendra par la suite Anglo Germain.
En 1947, il adhère au Parti Communiste, auquel il est depuis lors resté fidèle.
Il considère que pour des militants communistes d'entreprises, la lutte de classe ne s'arrête pas aux portes des usines ; mais doit s'ancrer aussi localement.
C'est ainsi que Marcel Couteau deviendra conseiller communal sous le sigle UDP (union des progressistes) ,en alliance avec le PS et d'autres dans sa commune du Roeulx – et ce depuis 1970 - soit 8 mandatures
Il sera aussi , dans ce cadre ,échevin et bourgmestre ; il est toujours aujourd'hui conseiller UDP dans l'opposition.
Il sera aussi élu député du Parti Communiste en 1968 et réélu en 1971.


Note: cet hommage en ce 50ème anniversaire ,   aux travailleurs de l' Anglo - Germain   a d'autant plus d'importance pour moi qu'en 1967, j'étais militant  actif du parti communiste dit pro-chinois ou "grippiste". 
Par nos  tracts du "Parti Communiste Wallon" , nos prises de parole dans les manifestations et notre presse "La Voix du Peuple", nous n'avions que critiques et accusations de trahison contre  la direction de l'occupation  , les organisations syndicales prises comme un seul bloc, et les "révisionnistes kroutchéviens".   Bien sûr, tout n'était  pas en noir et blanc. Et certainement encore aujourd'hui , sur beaucoup de sujets, ne partageons nous  pas, anciens des  PC et militants de la gauche radicale,  les mêmes idées.
 Mais le sectarisme idéologique , l'anathème et l'insulte ne peuvent  se substituer au débat fraternel et à la nécessaire solidarité  dans le combat. 


Sources:* Rencontre avec Marcel Couteau , mai 2017
              * "L'Anglo- Germain 1967- l'actualité d'une lutte qui a eu 30 ans" - 1997 fondation Jacquemotte.
                
               *"La région du Centre" Courrier hebdomadaire du CRISP -1969/12
        
                * Combat hebdo du MPW n°20-21-22-23- 1967
                * la Gauche 
                * La Voix du Peuple 
               * Marcel Couteau :https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Couteau





mardi 23 mai 2017

IL Y A 50 ANS, LE 22 MAI 1967, L'INNOVATION BRULAIT- J'AVAIS 24 ANS



Le 22 mai 1967, le grand magasin « L'INNOVATION », rue Neuve à Bruxelles,   brûlait complètement, emprisonnant dans l'incendie particulièrement rapide et violent ,clients et employés .
Les scènes à la fois d'horreur , de désespoir, mais aussi de courage ont été depuis largement diffusées et , en ce 50ème anniversaire , hommage est à nouveau rendu à la mémoire de toutes ces victimes , hommes, femmes et enfants , client-e-s et employé-e-s, d'une des plus prestigieuses grandes surfaces de Bruxelles, et au courage de tous les services de sécurité, pompiers, policiers, ,protection civile, Croix Rouge et des centaines de bénévoles.
235 personnes y laissèrent la vie. C'est le souvenir le plus marquant, ô combien tragique, que j'ai de ce mois de mai 1967.
J'avais 24 ans.

« LA FAUTE A PAS DE CHANCE » ? 
Les responsabilités de cette catastrophe n'ont jamais été établies, puisque , en 1970, soit 3 ans à peine après l'incendie, l'enquête ouverte par le Procureur du Roi se conclut par un non lieu .
C'est la faute à personne , la « faute à pas de chance » comme on dit souvent : telle est la vérité judiciaire.
50 ans après, l'historien SIEGFIED EVENS publie un ouvrage – pour l'instant édité en néerlandais-
qui d'ores et déjà semble faire autorité sur l'événement.
Son étude conclut à une cause technique : l' étincelle d'un tube électrique allumant une nappe de gaz dans les faux plafond – forcément non ventilés –de la réserve du 1er étage, nappe due à une petite fuite de gaz.
La structure ouverte du bâtiment et l'accumulation de stocks et de matières inflammables transformera – en moins d'une demi heure - cet incident grave en une catastrophe nationale.
 Il désigne aussi comme responsable « une culture de  non sécurité »  qui aurait été le fait de l'époque et inimaginable aujourd'hui..
« Aujourd’hui, je suis persuadé qu’un tel dossier ne déboucherait pas sur un non-lieu.
Probablement a-t-on estimé, en 1970, alors que toutes les victimes avaient été indemnisées et que la polémique autour de l’Innovation était retombée, qu’il n’y avait pas lieu de souffler sur les braises.»
Des anciens cadres de l'Inno affirment encore aujourd'hui que tout était conforme aux normes de l'époque .
Et pourtant.
Cette « culture de non sécurité » avait bien été dépassée chez le concurrent « Les Grands Magasins de la Bourse » dont le magasin avait été ravagé complètement par un incendie , la nuit du 29 juillet 1948, sans faire de victimes . Des investissements sur la sécurité contre l' incendie y avaient été entrepris, sans que ça ne semble éveiller le moindre intérêt chez leur voisin de l'Inno.
Et pourtant.
Moins de deux ans avant, les entrepôts de Zellik de la même société avaient été ravagés par les flammes. L'Inno avait été remboursée par les assurances, plus semble t' il (24 millions BEF) que le montant réel des dégâts ! Pourquoi ,dés lors , dans une logique de profit maximum, utiliser ses bénéfices à des investissements dans la sécurité anti - incendie ?
Et pourtant.
Je trouve une note dans Combat du 13 juin 1967 : « Les compagnies d'assurances auraient exigé de fortes surprimes en raison des conditions d'insécurité particulières aux grands magasins belges. On souhaiterait savoir s'il est exact que sur le marché des Assurances et des réassurances, l'Innovation était considérée comme un mauvais risque ? Si cela s'avérait exact , il faudrait en conclure que certains connaissaient les risques qui ont abouti à une catastrophe qui a fait plus de 300 morts.
IL EST ETONNANT QU'UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE D'ENQUETE N'AIT PAS ETE CHARGEE DE FAIRE TOUTE LA LUMIERE SUR CETTE TRAGEDIE. »

Et pourtant...
De grossières défaillances existaient
  • comme l'absence de sorties de secours à travers le revêtement aluminium utilisé pour décorer la façade côté Rue Neuve – ce qui était contraire aux règlements existant sur la prévention des incendies.
  • la défaillances des systèmes d'alarme,
  • l'utilisation de matériaux de décoration non ignifugés,
  • l' enchevêtrement de circuits électriques et de conduites de gaz.
  • etc.etc.

L'Organisation internationale de la Protection Civile de Genève ciblera : »les mauvaises conditions
des sorties de secours et des voies de circulation, et surtout la confusion dans les signaux d'alarme ont concouru à la surprise des occupants par la fumée et les flammes »
« Le Soir » du 25 mai 1967 écrivait
« On sait qu'il EXISTE UN REGLEMENT COMMUNAL disant qu'on ne peut masquer les fenêtres et balcons, même temporairement.
Or comme on le sait , de nombreuses fenêtres des grands magasins, et même des plus petits situés Rue Neuve sont décorés de panneaux masquant totalement l'accès des fenêtres ; ON PEUT SE DEMANDER POURQUOI CE REGLEMENT EST INAPPLIQUE »
Mais les patrons de l' Inno n'auront cure de ces critiques : quelques mois plus tard, le rapport du conseil d'administration publié dans l'AGEFI se retranchera derrière les paroles rassurantes du Ministre de l'Emploi et du Travail : « Mes services m'affirment que les mesures des services de surveillance et de sécurité prises par la direction des Grands Magasins « A l'Innovation » étaient importantes »
Et pour couper court à toute velléité de poursuite judiciaire de la part des ayant droit des victimes, ASSUBEL , au nom des assureurs de l' Inno  envoie une lettre proposant
« Rencontrant le souhait de l' Innovation de venir en aide aux victimes de cet incendie, nous avons , DANS UN SOUCI D'ORDRE SOCIAL ET HUMANITAIRE, décidé de proposer aux ayant droits des clients décédés ou disparus et aux clients victimes de blessure un règlement transactionnel immédiat de leurs dommages sans que CETTE PROPOSITION N'IMPLIQUE UNE PRESOMPTION DE RESPONSABILITE dans le chef de l'Innovation ni de son personnel »
Il est vrai que des parents de victimes , organisés en Comité de défense des victimes et ayant droits (provisoire) envisageaient dans un communiqué du 7 juillet 1967 « une action en justice contre les patrons de l'Innovation  pour reconnaître leur culpabilité en matière d'incendie »


« CULTURE DE NON SECURITE » = CULTURE DE RAPACES 

Le Peuple , journal socialiste, du 24 mai 1967 résumera bien la véritable cause :
« Il y a opposition entre les impératifs commerciaux qui veulent de grands espaces dégagés et les impératifs de sécurité qui exigent le cloisonnement pour empêcher la propagation rapide des incendies par appel d'air ou cheminées d'aspiration.
Il y a une loi de la vente qui veut qu'on multiplie les obstacles à la sortie de la clientèle, car plus un client reste dans le magasin, plus il est susceptible d'acheter , alors que l'impératif n°1 de la sécurité est la possibilité d'évacuation rapide ;
D'autre part, les matériels de lutte contre l'incendie semblent dérisoires par rapport aux risques.
Les dirigeants des entreprises commerciales pensent en termes se surface utile, de prix de revient, de promotion de vente, d'attrait pour la clientèle et de bénéfices.
Mais l'impératif absolu doit être la sécurité de leur clientèle et de leur personnel »

On le comprend aisément, parce que cela a été à la base de beaucoup de catastrophes industrielles – que ce soit chez nous au charbonnage du Cazier en 1956, à l'Inno en 1967 ou plus récemment en avril 2013 lors de l'effondrement des usines à vêtements du Rana Plaza au Bangladesh , c'est la loi du profit maximum, primant sur la sécurité , qui est la première cause du décès de centaines, voire de milliers de victimes.
Cerise sur le gâteau de cette « culture de rapaces »,si dans le rapport du CA on annonce que « il sera proposé – eu égard au sinistre du 22 mai - de ne pas payer de dividende » cette annonce est un peu plus loin tempérée.
«Le conseil d 'Administration estime que la situation de la société peut permettre d'envisager de payer aux actionnaires le 1er mars 1968 un dividende intercalaire » 
La boucle est bouclée : 235 morts, dont 67 membres du personnel ; mais «  non, non , rien n'a changé ; tout, tout va continuer » ; les actionnaires toucheront des dividendes...


LA « QUINZAINE AMERICAINE » ET LA GUERRE DU VIETNAM

Comme les responsabilités de l'incendie n'ont pas été juridiquement établies, faute de volonté politique de faire toute la lumière, cela a permis , tous les 10 ans environ et encore aujourd'hui en ce 50ème anniversaire, de faire resurgir la rumeur de « l'attentat terroriste d'extrême gauche » *(1)

Comme nombre de militants communistes et anti impérialistes , engagés dans les actions et manifestations de solidarité avec le peuple vietnamien, nous avons été, Annie mon épouse et moi, dans la semaine qui a suivi l'incendie interpellé et amené pour interrogatoire au Palais de Justice de Bruxelles.
Le mandat d'amener que j'avais exigé pour les suivre , signé par un juge d'instruction, stipulait quand même – excusez du peu!- « incendie involontaire comme auteur ou coauteur. » !
Une fois nos emplois du temps du 22 mai vérifiés, après une journée de garde à vue, nous avons été libérés .
Comme tous nos camarades l'avaient été .Aucune inculpation ne fut retenue contre personne.
La thèse de l'attentat était un pétard mouillé, malgré certaines rumeurs répandues dans la presse .
Ressuscitée aujourd'hui en 2017,ici et là, à la faveur du climat créé dans l'opinion par de véritables actes répétés de terrorisme , elle reste néanmoins un « pétard mouillé » tant il est généralement admis que cette thèse n'a aucun fondement (*1)

Qu'en était il ?
Début mai 1967, « l 'Innovation » avait organisé une « Quinzaine américaine » commerciale, inaugurée en grande pompe en présence de l'ambassadeur américain à Bruxelles Ridgway.
Emile Bernheim, président du CA de l''Inno l'avait remercié pour « son immense appui ».
Les façades étaient ornées de drapeaux américains,les rayons décorés à l'américaine, les vendeuses habillées de même, etc.

1967, nous sommes en pleine guerre du Vietnam .
Pendant toute l'année 1967, les bombardements se poursuivirent sur le Viêt Nam du Nord.Les effectifs américains stationnés au Sud atteignirent 510 000 hommes, auxquels s'ajoutaient 40 000 hommes de l' USAF  basés en Thaïlande et 30 000 autres aux formations de la 7e Flotte américaine.
En Belgique, comme dans de très nombreux pays, et ,en premier lieu les Etats -Unis eux mêmes, le mouvement contre la guerre du Vietnam se développe . Beaucoup de gens sont choqués des images qu'ils voient à la télé : bombardements sur le Nord, napalm sur les villages du sud, défoliants sur les cultures et forêts
Autre fait non négligeable dans l' évolution hostile à la guerre de l'opinion publique, les prises de position de la France et du président De Gaulle:
«  il n'y a, d'autre part, aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi de l'étranger venu de l'autre Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et si puissantes que soient ses armes."
Des manifestations plus ou moins puissantes se succèdent  , mobilisant de plus en plus de larges couches de la jeunesse. Particulièrement aux Etats Unis mêmes où la jeunesse, les artistes, les conscrits se lèvent contre cette sale guerre.
De plus en plus aussi, surtout dans la jeunesse, la simple exigence de paix évolue vers un soutien politique au programme des combattants vietnamiens, organisés dans le Front National de Libération du Sud Vietnam.(FNLSV).
Au mot d'ordre de « Paix au Vietnam » se substitue de plus en plus celui de « US Go Home » et « FNL vaincra »
En Belgique , de nombreuses manifestations se déroulent en ce 1er semestre 1967 , et plusieurs de ces manifestations visent directement les représentants de l'ambassade ou du gouvernement US .
  • le 27 janvier 1967, à l'ULB, un auditoire plein à craquer- un millier d'étudiants- empêche
    Kaplan sous secrétaire d'Etat de défendre sa politique. Le drapeau de FNL est brandi.
  • À Bruxelles, le 9 février, le secrétaire d'ambassade Floyd est conspué à l'occasion d'une conférence « contradictoire » place Rogier. La police intervient.
  • A Haine Saint Pierre, un mardi soir de mars, le même Floyd se heurte à une manifestation de plus de 800 personnes mobilisés derrière le drapeau du FNL sud vietnamien.Le bourgmestre se voit obligé d'annuler le débat !
  • Le 9 avril , le vice président américain Humphrey lui même - Johnson étant le président- fut accueilli lors d'une cérémonie au Soldat Inconnu par des centaines de projectiles de tout genre (oeufs, tomates, oranges,farine légumes pourris) 
Dans la même période, de puissants manifestations avaient lieu à Bruxelles , regroupant toutes les tendances de la solidarité avec le Vietnam, du pacifisme à l'anti- impérialisme-
le 4 mars , et lors de la Marche anti atomique ( et anti impérialiste ) du 23 avril rassemblant 20000 jeunes et moins jeunes .
La solidarité avec le Vietnam, et la rupture avec l'OTAN, qui s'installe cette année là à Evere et Casteau sont au centre des mots d'ordre de ce qui aura été une des marches les plus combatives, conclue par un meeting anti impérialiste autonome dans une salle de la Madeleine pleine.

Facilement compréhensible dés lors que lors de la « Quinzaine américaine » de l 'INNO, des militants solidaires du Vietnam soient intervenus les 6 et 13 mai, par des distributions de tracts , des jets de papillons dans le magasin, des défilés , parmi les rayons, en tee shirt marqués « US GO HOME » « FNL vaincra ». 
  Sans doute des chaulages ou des bombages ont ils aussi maculé, notamment les façades de l'Inno.
Et c'est cette simple action remuante certes, mais pacifique de diffusion d'un message de solidarité qui a nourri les rumeurs d'"attentat".
Comme si distribuer des tracts, scander des mots d'ordre, manifester en rue ou dans un magasin, faisait déjà de vous un criminel potentiel qui pourrait être aussi un "poseur de bombe"!!

«On a évoqué la piste de jeunes gauchistes qui auraient mis le feu pour protester contre la “quinzaine américaine” qui était organisée à l’Innovation en mai 1967. C’était l’époque de la guerre du Viêt-nam. Le climat politique était tendu. En consultant le dossier judiciaire, j’ai pu constater que de très nombreux devoirs d’enquête avaient été menés dans cette direction. Des perquisitions, des interrogatoires, qui n’ont donné aucun résultat probant.» explique Siegfried Evens
( http://data.over-blog-kiwi.com/1/45/89/83/20170511/ob_607c20_068-083pmb817bat.pdf)
Toutes ces actions étaient des actions politiques , s'inscrivant dans un mouvement mondial d'opposition radicale à la guerre américaine au Vietnam.
Elles étaient radicales , et rompaient en effet, avec un certain consensus mou de dialogue bien poli et bien convenable avec les représentants américains.
Elles s'affrontaient, bien sûr, aux interventions policières, sans que jamais la violence ne fut de notre côté; à ma connaissance, aucun militant , en cette année 1967, ne fut poursuivi et condamné devant les tribunaux pour violence contre agent, ou pour tout autre acte de violence contre des personnes.
Par contre, nous  étions nombreux à avoir passé quelques heures à l'Amigo pour arrestation administrative. (commissariat central de Bruxelles)
Elles s'opposaient aussi , à l'époque, à l'atlantisme toujours présent au sein du Parti Socialiste Belge , et aussi à une certaine conception du dialogue et de la coexistence pacifique de certains dirigeants du Parti communiste.
Cette opposition était sans doute marquée par beaucoup de sectarisme, d'injures et d'anathèmes.
Mais , d'autre part, ces actions récoltaient encore et encore, l'adhésion des jeunes , dans les écoles, qui créaient des Comités d'Action Anti impérialistes de Jeunes., patronnés par l' APIP ( Action pour la Paix et l'Indépendance des Peuples)*(2)
Personnellement, cet engagement militant aux côtés du Vietnam combattant , 50 ans après, je le revendique toujours et j'en suis toujours fier.
Et je le proclame , haut et fort, aujourd'hui comme hier : c'était un engagement politique, a visage découvert, toujours revendiqué, orienté vers le ralliement des coeurs et des esprits.
En aucun cas, il ne peut s'assimiler à du terrorisme.


  1. En ce 50 ème anniversaire de ce drame de l' Inno ,à ma connaissance , la thèse de l 'attentat n'est retenue comme « réaliste », que , sur le site facebook de la VRT (article signé Ivan De Vadder) et a été relayée sur le site facebook de la RTBF.
    Ce commentaire , a été rédigé à l'occasion de la sortie d'un roman publié en néerlandais en ce mois de mai 2017, « HAPPENING » de Johan Swinnen , qui a écrit une interprétation romancée de la thèse de l'attentat.
    Orphelin lui même à 13 ans, père et mère ayant disparu dans l'incendie, sa démarche interpelle, mais c'est un roman.
    Par contre, dans le commentaire de la VRT, des personnes bien réelles sont nommées dont le fondateur de l'APIP , mais aussi de OXFAM, le baron ANTOINE ALLARD, militant infatigable pour la paix dans les années 60 et suivantes , qui n'est malheureusement plus là pour se défendre.
    Aantekeningen uit een Atomaschriftje van een van de leden van A.P.I.P
    De grossières falsifications sont utilisées pour accréditer une collusion non romancée entre
    l'APIP  et un acte terroriste – notamment un  extrait d'un cahier Atoma, « notes d'un membre de l'APIP » ,qui n'est en fait, de toute évidence que des notes d'un comité de rédaction du journal communiste (prochinois) « La Voix du Peuple » (préparation du n° 21 du 26 mai 1967 )
    Révoltant , 50 ans après , en dehors de toute réalité judiciaire, et de vraisemblance scientifique, de surfer sur la vague antiterroriste au sein de l'opinion publique , pour salir des personnes et nourrir ce qui est , en fait de l'anticommunisme primaire ( du genre « gauche radicale=communisme= terrorisme) en général diffusé par l'extrême droite ...ou la droite extrême                                                                                             Interpellant par ailleurs que ce soit le service public qui relaie de tels amalgames.

  1. APIP Action pour la Paix et l'Indépendance des Peuples. (1964-1968)
    Organisation fondée en mars 1965 , par des personnalités militant pour la paix, comme Antoine Allard, l'abbé Carette , Germaine Hannevart, Yvonne Jospa, Emile Cavenaille et des militants du Parti communiste pro chinois ( tendance Grippa.)
    Aout 1965:
     Antoine ALLARD ( à droite)
    Active au départ surtout au niveau international dans des conférences internationales, ( Gensuikio pour l'interdiction des armes atomiques , conférence de Djakarta,) elle connaîtra un essor certain, avec les premières actions contre la présence de bases de l'OTAN en Belgique -Florennes 1965 , puis la solidarité avec le Vietnam.
    Sous l'impulsion de sa secrétaire Jeanne Vervoort, elle se développa dans la jeunesse en impulsant dans les écoles et les quartiers des Comités d'action anti impérialistes .Très active dans la préparation des Marches anti atomiques;Sa désagrégation en 1967-1968 accompagnera la désagrégation du parti communiste pro chinois dirigé par Jacques Grippa.