mercredi 26 avril 2017

« L' ENNEMI, C'EST LE BANQUIER, PAS L'IMMIGRE »... FAUT IL DES LORS VOTER POUR LE BANQUIER ?



Le second tour des élections françaises nous interpelle , bien que nous n'ayons pas en Belgique à nous prononcer.
Mais c'est un débat qui nous concerne tous , tant il traverse toute l'Europe et même les Etats - Unis .

Le scénario qui nous est proposé n'est il pas trop cousu de fil blanc :
« Voter Macron - le banquier- pour faire barrage au Front National - les fascistes. »
Comment ne pas voir l'hypocrisie et la perversité d'une oligarchie politique et médiatique, qui tout en proclamant ,quand ça l'arrange électoralement , le Front National « anti républicain », l'a installé dans tous les grands média, tous les débats contradictoires et en a fait – elle et elle seule - un parti « honorable » «  dédiabolisé » « républicain » .
Marine le Pen , l'anti – républicaine contre laquelle nous devrions tous nous liguer , est ,ce 25 avril , invitée par le président Hollande à l'hommage national de la République ,au policier tué dans le dernier attentat. (!) Allez y comprendre quelque chose !
Non seulement, ils ont, les puissants, les importants comme dirait JLM, respectabiliser l'extrême droite, mais les medias n'ont pas cessé depuis des années d'alimenter son fonds de commerce xénophobe anti-islam et anti- migrants.
Et je te parle du burkini, et je te parle des mosquées , et du foulard, et en plus les roms ... Et les flux de migrants....Et l'instrumentalisation du terrorisme islamiste etc. etc.
En fait , ces derniers mois, Marine Le Pen n'avait plus besoin de faire campagne, toute la presse en France comme chez nous , lui a préparé – gratis - le terrain de son second tour.
Sur BFM, en 2015, le journaliste Bourdin reconnaissait face à Mélenchon que parler des réels problèmes des gens, la pension, le salaire, ne payait pas ( 5% d'audience seulement disait il)

La montée du FN , ce 23 avril se propage surtout dans les régions socialement et économiquement sinistrées surtout de l'Est, (Moselle - de 24,7 à 28,3) , du Nord ( Ardennes - 25,5 à 34,3, Nord -21,9 à 28,2, Pas de Calais – 25,5 à 34,3 !! etc... )
Ces électeurs sont avant tout des victimes et des révoltés du chômage et de la misère instaurés par l'oligarchie des banques , des multinationales  et de l'Union Européenne ; ils pensent trouver une réponse dans le vote Front National, y compris dans son contenu raciste et xénophobe.
Si on veut les convaincre que , « l'ennemi, ce n'est pas l'immigré, mais bien le banquier », comment dés lors ne pas se déjuger pour des années et des années en appelant à voter pour le banquier  , au nom de la République en plus !?

Comment ne pas ainsi décupler leur haine du système et leur adhésion à Marine ,et préparer de plus grands succès encore du FN, eux que précisément on doit arracher dans les semaines, les mois et les années qui viennent aux sirènes de l'extrême droite.
On peut supposer que ces régions péri - urbaines et ex - industrielles n'ont pas été encore à l'heure actuelle suffisamment touchées par le message de la France insoumise , même si souvent, c'est JLM qui arrive en 2ème place et que donc le basculement semble possible.
Par contre on voit que dans de grands centres urbains, des grandes métropoles ( Marseille , Montpellier, Le Havre, y compris des villes au centre de ces régions sinistrées comme Lille, le vote JLM est apparu comme l'alternative.
On voit aussi que dans la jeunesse, le basculement est en train de se faire.
Ce qui est une très bonne nouvelle et réconfortant pour l'avenir : l'alternative politique de paix, de fraternité , d'égalité et de liberté existe.


Je pense que dans cette période « dégagiste » ces élections montrent qu'il est possible d'arracher à l'extrême droite le monopole de l'alternative à la politique de chômage,de misère et de guerre , et que « simplement » il faut encore un peu de temps.
Conquérir les coeurs et les esprits pollués par le message de haine du FN depuis tant et tant d'années ne peut sans doute se faire en un an de campagne , la plus brillante et la plus réussie soit elle. Sans doute faut il construire , partout en France, de »solides bastions » comme le dit François Ruffin.
Sans doute faut il construire une force politique durable, implantée le plus largement possible comme « la France insoumise » - on dirait chez nous un parti comme le PTB.

Le vote du 2ème tour mérite un vrai débat politique , et non des anathèmes – qui circulent aussi en Belgique - , du genre :
« Honte à vous, vous n'appelez pas immédiatement à voter Macron contre les fascistes »
« Déshonneur, souvenez vous de 2002 ! »
Comme si il n' y avait pas eu depuis, 15 ans d' oligarchie au pouvoir, avec les trahisons de la part de tous ces valeureux démocrates anti fascistes des résultats du référendum de 2005, des promesses « mon ennemi , c'est la finance » , l' assassinat du peuple grec la pauvreté, la précarité et la misère, utilisées par le FN pour rendre « populaire » son message de haine et d'exclusion !
Honte et déshonneur à eux, non ? Qui ont voulu canaliser la révolte du peuple dans le vote d'extrême droite de manière à ensuite manipuler les réels sentiments républicains pour le limiter et ainsi perpétuer leur domination .
De Sarko à Hollande, De Hollande à Macron, tout va bien pour eux , tout baigne !

Plus honteux encore. Quand ils ont vu , en fin de campagne, que leur scénario bien huilé du 2ème tour « Le Pen – Macron », risquait d'être perturbé par le surgissement imprévu parmi les favoris du candidat de « La France Insoumis », comment ont ils réagi ?
En dénonçant fermement « la fasciste » ? En privilégiant un 2ème tour démocratique et« républicain» entre deux options de société celle de l'ultra libéralisme et de l'argent roi et celle des Insoumis de la solidarité et du bien commun ?
Nenni, valet ! Là, ils comprenaient qu'ils pouvaient perdre.
Ils ont tous, absolument tous , la droite, Macron, Hollande, le PS, Hamon, même Poutou hélas dans les derniers jours ,la presse sur tous les plateaux, dans toutes ses colonnes,   décoché leurs flèches sur l'outsider: « programme dangereux », « ami de Vladimir Poutine », «  populiste de gauche », « partisan des dictateurs » «  Cuba, Venezuela «  etc.etc. etc.
Quelle honte !
N'ont ils pas en agissant ainsi de façon irresponsable , en pompier pyromane , favorisé le passage de la Marine ?
N'ont ils pas avec ce scénario reproduit un vieux schéma bien connu : « plutôt Le Pen que Mélenchon »

Et le choeur des injures et des mises en garde contre Mélenchon continue aujourd'hui, venant de partout de la droite à la « gauche » auto proclamée  : s'étendant même en Belgique à une offensive anti PTB , qui soutient de façon très argumentée politiquement (*) les amis de la France insoumise.
Mélenchon serait « le caudillo de la gauche populiste », le PTB soutiendrait l'extrême droite, il faut « un cordon sanitaire «  etc. etc.
*  http://m.levif.be/actualite/international/au-dela-de-la-beatification-du-banquier-de-rothschild-emmanuel-macron/article-opinion-651487.html

Ce qui est en cause, comme le disent les porte parole de la France Insoumise, c'est de préparer l'avenir . En élargissant le message universaliste de fraternité des insoumis à toutes les couches populaires dont celles encore emprisonnées aujourd'hui dans le vote d'extrême droite.
Est ce envisageable en appelant à voter, dans un auto proclamé «front républicain » , Macron, aux côtés de Hollande, Fillon, Jupé, Valls , El Komhry etc , ?
Tous ceux que, en fait, l'on veut voir « dégager » !

Cela mérite réflexion et débat , ne pensez vous pas ?  

mercredi 22 mars 2017

GRANDES FIGURES DE CHEZ NOUS : L'ABBE JEAN SILVESTRE DE LAVOIR (1899- 1945) – SOLDAT DE LA RESISTANCE


(...)Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas(
...)

                                                                          Louis ARAGON La rose et le réséda

Le 25 mars prochain, je participe à LAVOIR à la ballade familiale guidée par Annie WILDEMEERSCH, ma compagne, par laides et par belles, de toute une vie.


Village charmant aux portes de la HESBAYE, en bord de FOSSEROULE , affluent de la
MEHAIGNE, LAVOIR est connu aujourd'hui pour sa quiétude bucolique, son moulin à grain et ses fermes d' élevage .
Peu de gens savent que Lavoir , Heron, Wanze et toute la région de HUY furent le siège d'une intense activité de résistance à l'occupant nazi de 1940 à 1944.
Et pourtant sur la façade de la très belle EGLISE SAINT HUBERT une stèle nous rappelle l'héroïsme d'un martyr de la résistance,l'abbé JEAN SILVESTRE ,arrêté par les Allemands dans sa sacristie le 19 août 1944 , et mort le 18 janvier 1945 au camp de concentration nazi de NEUENGAMME.




Jean Silvestre est né à Ferrières (Condroz) en avril 1889.Lors de la première Guerre mondiale, il est vicaire à Hollogne aux Pierres, puis à Soumagne et Celles. Il est désigné comme curé  de Lavoir en 1936.


AUMONIER DES MILICES PATRIOTIQUES
 Son rôle dans la Résistance est détaillé dans le  
discours prononcé à sa mémoire le 8 octobre 1945 à LAVOIR par un représentant de l' Etat Major des Milices Patriotiques .


« Quoique peu fortuné, il fut un des premiers de la région à soutenir « Solidarité » ( 1) au profit des familles des déportés et fusillés de la Résistance.
Puis son presbytère abrita des réfractaires, des chefs de la résistance ; on y tint des réunions secrètes ; la brigade du secteur F y complota des raids contre l'occupant ; des milliers de journaux, de tracts y furent entreposés ainsi que d'autre matériel de la résistance et notamment des munitions.

Il connaissait les risques, les tortures qu'il affrontait, mais lorsque nous lui faisions remarquer, il nous répondait avec un calme imperturbable : " Notre Seigneur Jésus-Christ l'a fait avant moi ".
    Nous ne pouvons énumérer tous les services qu'il a rendus pour secourir et aider les " illégaux " ; il s'offrit même à héberger des soldats russes (2) ; mais sa situation étant très compromise, nous ne pûmes accepter, il les aida quand même en leur envoyant des vivres et des dictionnaires russes.
En mai 1944, un nouveau groupement de combat naquit, les Milices Patriotiques (3) qui devaient participer à la libération nationale.
Pour récompenser l'abbé Silvestre de ses services, sur proposition du commandant du 2e régiment, nous le nommâmes aumônier de ce régiment.
Le Presbytère
Le commandant s'établit en son presbytère, celui-ci fut alors connu comme assise de l' Etat - Major du secteur et Monsieur le Curé transmettait fidèlement les ordres au commandant du régiment.
C'était à nouveau de son domicile que se dispersaient dans les sections environnantes, les ordres de sabotage, les milliers de directives de journaux, de tracts et le matériel clandestin. Un aviateur américain destiné à être hébergé dans le secteur passa chez lui : il ne voulut pas d'en séparer. L'aviateur y demeurât une quinzaine de jours et dut être expédié ailleurs, à la suite de l'arrestation d'un employé d'état-major séjournant au presbytère.
  Il fut stupéfié de cette arrestation et craignit dès lors pour sa sécurité.

L'EMBUSCADE DU 19 AOUT 1944

LAVOIR: PLACE FAYAT, "AUX TRAVAUX" ,L'EGLISE
Après le débarquement des troupes anglo -américaines le 6 juin 1944 en Normandie , les opérations de résistance s'intensifient dans la région .
C'est ainsi que le 19 août 1944, un commando de l'Armée Secrète (4) « prépare une attaque contre un convoi de plus ou moins cinquante camions, chargés de carburant et stationnés à Lavoir.
Un groupe de Résistants  prend position aux alentours de la Place Fayat. Des hommes se postent entre le pont et le talus de la maison d'Arthur Marique , d'autres s'embusquent " Aux Travaux " (lieu-dit). Ils attendent des renforts qui doivent venir de Couthuin » 
Deux soldats allemands se dirigent en se promenant vers « Les Travaux », alors que d'autres se reposent se lavent ou se restaurent .
EGLISE SAINT HUBERT
lieutenant d'active de l'Armée Secrète, Théo Sevrin habitant de Lavoir ouvre le feu sur les Allemands qui ripostent. Fauché par une balle, il est transporté par sa femme , dans une charrette, jusqu'à , l'église où l'abbé SILVESTRE le recueille dans la sacristie. Malgré la mise en garde du docteur Beaujean, appelé sur les lieux, qui veut le transférer dans l'église, car il va mourir, le curé continue à cacher le blessé dans la sacristie, et lui accorde les derniers sacrements.
Les Allemands boutent le feu à la maison de Sevrin et puis, à l'Eglise, ils arrêtent le curé Jean Sylvestre pour complicité.
Selon un rapport de de l'AS, « les Allemands ont eu sept tués dont un officier, douze blessés et perdu un chargement d'essence. »

HAUPTLAGER   KZ   NEUENGAMME : MATRICULE 45459

Jean SILVESTRE est transféré dans un premier temps à la prison Saint Léonard à Liège , puis déporté à BUCHENWALD, puis NEUENGAMME.
«  Au camp de concentration de Neuengamme, les galériens qui travaillent avec vous prenaient votre pic ou votre pelle pour que vous puissiez souffler un peu. Mais le mal multiple - lassitude, faim, froid, dysenterie - vous ruina de plus en plus rapidement.
Bon vieux curé SILVESTRE, souvenez-vous. Un jour, nous étions au travail au Kommando SCHINLER. Vous, à cause de vos crampes d'estomac et d'intestins, vous fûtes obligé de vous asseoir, puis de vous laisser écrouler à terre, abrité un peu sous une énorme cuve renversée de fer rouillé.
Il neigeait. Une neige allemande, pesante, mêlée de pluie forte, de gros flocons grisâtres qui évoluaient peu dans l'air et s'empressaient de faire de la boue sous nos pieds. L'air était humide et glacé. On est venu vous rouer de coups et vous traîner au travail. Vous gémissiez sourdement.
NEUENGAMME - L'"INFIRMERIE" où sans doute est mort JEAN SILVESTRE
Un autre jour, non loin de moi, vous avez remué la lourde terre allemande au bord des bois pour creuser, avec d'autres forçats par centaines, d'inutiles fossés anti-chars. Et je vous ai vu, entre deux coups de pioche dans la glaise, donner des bouts de pain sec - ces trésors - à des compagnons. Ce geste, là-bas, c'était de l'héroïsme »
voir : ALZIN " Le calvaire et la mort de 80 prêtres belges et luxembourgeois " :


Notes

  1. « SOLIDARITE » et le FRONT DE L'INDEPENDANCE (F I)
Dans la région HUY WAREMME, comme dans la plupart des autres régions, la plus importante des organisations civiles de Résistance est le FRONT DE L'INDEPENDANCE.
En août 1941 avait été fondé à LIEGE, à la taverne Piette, rue des Guillemins, le « FRONT WALLON POUR LA LIBERATION DU PAYS » sur l'initiative de communistes (Theo Dejace) de membres de « WALLONIE LIBRE » et d'anglophiles .
Ils créent le journal « LA MEUSE » (aucune paternité avec le quotidien actuel) et appellent à Verviers, Huy, Visé, Arlon et Charleroi au regroupement des patriotes autour du Front Wallon.
Parallèlement, en mars 1942, est convoquée à Bruxelles une « Première Conférence Nationale du FRONT DE L'INDEPENDANCE », front créé initialement à l'initiative du Parti Communiste.
Le Front Wallon représenté à cette conférence, fusionnera en septembre 1942 avec ce qu'on nommera par ses initiales , le FI.

« SOLIDARITE »sera , dans la mouvance du FI, l'organisation qui organisera la solidarité , une sorte de « Croix Rouge » de la Résistance.
Collecte pour les illégaux, , Saint Nicolas pour les enfants des victimes des nazis, vêtements chauds pour l'hiver, tombolas, aide de subsistance aux réfractaires etc.
A la veille de la Libération, "SOLIDARITE" était devenue un véritable service social avec assistantes sociales de métier et aussi un service sanitaire pour les Milices Patriotiques.
 
(2) LES SOLDATS RUSSES

En octobre 1943, une vingtaine de prisonniers soviétiques s'évadent d'un train entre Ampsin et Seilles.
Ils finissent par se retrouver,ne parlant pas un mot de français et habillés en prisonniers , dans la région de HUCCORGNE.
Le groupe FI d' Adolphe Ruisseau ( Alfred) en récupère 11 et les héberge, les habille et les nourrit.
Certains logent dans des grottes, ou dans des trous creusés dans le bois de Marneffe, camouflés avec des branches, ne sortant que la nuit.
Libérés et hébergés chez l'habitant à l'arrivée des Américains, ils seront quand même dans un premier temps , vers le 15 septembre ,arrêtés , détenus , au même titre que les prisonniers allemands , et parqués comme des bêtes dans une prairie par la gendarmerie , sur ordre du lieutenant de l'Armée Secrète Henri Collinet .
Ce sont Marie GUISSE, Wanzoise du FI , communiste et officier de l'Armée Belge des Partisans – (organisation armée  rattachée au FI)
et Jules LINSMEAU dit « Mario », le commandant du secteur Nord-Ouest (Région de Huy-Waremme), du Front de l’Indépendance (F.I.) , qui ordonneront leur libération !
 JAMART J :"RESISTANCE HERON - WANZE" p 62
Les soldats soviétiques écriront une lettre de remerciements à leurs compagnons du maquis :
« Chers camarades
le groupe de camarades russes- ex prisonniers de guerre obligés de se cacher et de vivre longtemps dans le maquis de la province de Liège, rayon de Huy, vous adresse des remerciements chaleureux et fraternels, à vous et vos familles, pour tout ce que vous avez fait pour eux d'une façon aussi spontanée et dans le vrai esprit des bolchéviks.(...) »

  1. LES MILICES PATRIOTIQUES

Les MP (Milices Patriotiques) sont créées en mai – juin 1944, juste avant le Débarquement, pour élargir la lutte armée en vue du soulèvement national, à l'initiative du Front de l'Indépendance.
« La lutte armée contre l'envahisseur ne doit plus être le monopole de quelques spécialistes, elle est devenue la tâche de la Résistance tout entière
Il est donc grand temps de grouper, d'encadrer , d'armer les patriotes afin qu'ils soient à même , dés à présent de résister par la force aussi bien à la ville qu'au village aux mesures de répression, de pillage, de déportation que l'ennemi tenterai de mettre à exécution.
De ce qui précède, il résulte que des Milices Patriotiques doivent être constituées immédiatement dans chaque village, commune ou quartier. » (note du secrétariat national FI sur les Milices Patriotiques - voir José GOTOVITCH – Du Rouge au Tricolore p239)
A la Libération, les MP représenteront une « armée » de environ 25- 30000 hommes ( et femmes) à laquelle s'ajoutent les 15000 partisans  de l'Armée Belge des Partisans.



Renaud PARMENTIER (FI) présente le drapeau des PA de HUCCORGNE confectionné en toile de parachute et brodé (JAMART op cité p329)          
  1. L'ARMEE SECRETE
Composée à l'origine surtout de militaires de l'Armée belge, cette organisation de résistance militaire s'était d'abord appelée LEGION BELGE , puis ARMEE DE BELGIQUE ( reconstituée)
Le 1er juin 1944 elle prit le nom d'Armée Secrète.
L'Armée Secrète avait la confiance absolue du gouvernement belge de Londres, et opéra toujours sur ordre de celui-ci.
En vertu de l'instruction intitulée "Cheval de Troie" le gouvernement de Londres lui avait conféré un statut militaire officiel qui différenciait ainsi l'AS des autres mouvements de Résistance. Ce qui lui vaudra aussi d'être alimentée en armes par des parachutages anglais et d'être mieux armée par exemple que les Partisans Armés et les Milices Patriotiques.
Commandée par le Général Pire, elle est répartie en 5 zones sous les ordres d'un général, elles mêmes divisée en secteurs, commandés par un colonel , fractionnés en « refuges » commandés par un major.
« Dés les premiers mois d'occupation, il y eut de grandes tensions entre les différents groupes de résistance . La Légion Belge composée d'anciens militaires ,future AS entretenait avec le Front de l'Indépendance où les communistes étaient très actifs des rapports conflictuels. »(N.  PARENT pp 90-92)
Rapports conflictuels parfois idéologiques sans doute, mais aussi liés – on peut le supposer - à l'approvisionnement en armes. 
Tout au plus, selon J. GOTOVITCH, les relations entre entre FI et AS ont abouti à "un code de bonne conduite sur le terrain, mais la méfiance ne désarme pas." 
En septembre 1944, il y eut même un affrontement armé dans la campagne de Huccorgne. où Jules Linsmeau ,commandant du secteur Nord-Ouest (Région de Huy-Waremme), du Front de l’Indépendance (F.I.) , fut blessé  (voir N PARENT op cité)
L'abbé SILVESTRE et le lieutenant SEVRIN au contraire, symboliseraient ils la rencontre dans la détresse face à l'ennemi de deux résistants , le lieutenant mourant  de l'AS et le prêtre , aumônier des  MP ?
Leur nom sont en tout cas unis dans le Martyrologue du Livre d'Or de la Résistance.



Stèle sur l'église SAINT HUBERT




Sources 

Sur l'abbé SILVESTRE :











                                                                                  
Sur la résistance dans la région :
Tout d'abord 2 précieux petits livres bourrés de récits et de témoignages :
* "La Résistance dans la région de HERON - WANZE" Jean Jamart -  PAC HERON 1998
* "L'entité de WANZE durant la seconde guerre mondiale" Nicolas Parent - Commune de  Wanze







Aussi sur le net:
 *   l'Armée secrète : http://www.bibliotheca-andana.be/wp-content/uploads/2013/06/Secteur-Huy-Waremme.pdf

Sur le FI et les milices patriotiques 
* José GOTOVITCH "Du Rouge au Tricolore" Editions LABOR1992

lundi 27 février 2017

GRANDES FIGURES DE CHEZ NOUS : JEAN DENIS BOUQUETTE DECAPITE EN PLACE DE HUY LE 24 JUIN 1794

.

Ma passion d'historien amateur me pousse maintenant aussi à me rapprocher de ma région d'adoption- où je vis (et y ai aussi travaillé ) depuis quand même 35 ans. : le pays de Huy, de la vallée de la Meuse et des plateaux de Hesbaye et du Condroz liégeois.
Tant je découvre chaque jour , surtout bien sûr via le net , des personnalités d'hommes et de femmes d'exception, mais oubliées – non seulement de moi, mais, je, le crois très largement.

Je découvre donc aujourd'hui une figure méconnue de la révolution liégeoise de 1789 dans notre bonne ville de HUY : Jean Denis BOUQUETTE . Vous connaissez ?
Il s'agit d'un héros de la révolution liégeoise qui a payé son engagement révolutionnaire de sa vie.
Comme quoi, si la révolution à Liège, démarrée le 18 août 1789, sous l'influence des événements en France , a pu être appelée la binamée révolution, tant tout s'est passé dans le calme, sans victimes, ni violences majeures les différentes phases qui ont suivi n'ont pas été « un diner de gala ».

LA REVOLUTION LIEGEOISE ( 1789-1795)
Quelques dates :(1)
1ère période révolutionnaire :18 août 1789- janvier 1791 
1ère restauration  de l'ancien régime : janvier 1791 – novembre1792
2ème période révolutionnaire : nov 1792-mars 1793
2ème restauration :mars 1793 – juillet 1794
3ème période révolutionnaire : juillet 1794- octobre 1795
Rattachement à la France : 1795-1815

Mais derrière ces dates se cache un enchevêtrement complexe d'intérêts qui dépassent de loin le seul affrontement de classe à Liège, entre d'une part la bourgeoisie assistée du prolétariat et d'autre part les classes dominantes de l'Ancien régime ,la noblesse et le haut clergé dont le pouvoir est concentré entre les mains du prince évêque Hoensbroeck et du chapitre de Saint Lambert.
Interviennent de manière décisive et militairement dans le rapport de force ,d'une part la France révolutionnaire, proclamée République le 21 septembre 1792 , et d'autre part les multiples composantes et organisations féodales du Saint Empire germanique, sorte de colosse aux pieds d'argile , miné par les rivalités entre l'Autriche des Habsbourg et la Prusse des Hohenzollern, qui toutes deux interviendront à leur manière et en pleine rivalité, dans la principauté.

Reportons nous donc à la 1ère période révolutionnaire ,le 18 aout 1789. ;
 Tandis que l'armurier Gosuin (1746-1808) à la tête de ses ouvriers s'empare de l'hôtel de ville, Jean-Pierre Ransonnet(1744-1796) s'empare de la citadelle. L'ancienne administration s'effondre. Les bourgmestres sont expulsés de la Violette.
Jacques-Joseph de Fabry (1722-1798) et Jean-Remy de Chestret (1739-1809) sont acclamés bourgmestres-régents. Et Gosuin manbour de la Cité.(2)
Le règlement de 1684 (3) est aboli. La garde bourgeoise est rétablie (32 compagnies - 1 par paroisse).
Ramené du château de Seraing, l'évêque HOENSBROEK , ratifie les décisions révolutionnaires
.

« LOUKI GRAND-PERE, KI COULA V'VA BIN... »
(Regardez Grand Père comme celà vous va bien..)
le prince évêque HOENSBROECK
C'est semble t'il à ce moment là que Jean Denis Bouquette , d'origine liégeoise, entre en scène
« Bien qu’il affichât une vive opposition à l’égard de la fonction de prince-évêque en raison de la dimension religieuse de ce pouvoir, J-D. Bouquette, fripier de son état, avait réussi dans les affaires en s’imposant comme l’un des fournisseurs de la cour.
Sans être un théoricien des Droits et Libertés, mais plutôt par tempérament, il se mêle aux événements du 18 août 1789. Petit bourgeois partisan d’un changement, le commerçant ne souffrait pas le désordre provoqué par le petit peuple. Pourtant, quand le prince-évêque Hoensbroeck est reconduit à l’hôtel de ville de Liège, est contraint d’approuver l’abrogation du règlement de 1684 de Maximilien-Henri et apparaît symboliquement au balcon, J-D. Bouquette saisit l’occasion pour accrocher sa propre cocarde « révolutionnaire » sur le vêtement de l’évêque (18 août 1789).
Les versions de l’événement varient d’un « commentateur » à l’autre, mais chacun rapporte les mots prononcés en wallon par Bouquette : « Louki, grand-père, ki çoulà v’va bin ! N’aï nin paou, vo’n polé mâ » (Regardez, grand-père, comme cela vous va bien ; n’ayez pas peur, vous ne « pouvez mal »). La portée politique de l’acte pèsera lourd dans le jugement définitif rendu en 1794 : crime de lèse-majesté ! » (4)
Et leur vengeance sera un plat qui se mange froid...

LA REVOLUTION A DINANT ; BOUQUETTE , OFFICIER MUNICIPAL
Mais c'est au cours de la 2ème période révolutionnaire que nous retrouverons , 3 ans plus tard, fin 1792, Jean Denis Bouquette .
« L’accueil enthousiaste dont bénéficièrent les soldats de la République fut suivi d’une reprise de la dynamique révolutionnaire des années 1789-1790. Celle-ci se radicalisa, par l’instauration dans la principauté de municipalités révolutionnaires élues au suffrage universel. A Liège, les jeunes votèrent dès dix-huit ans ; les étrangers résidant dans la ville depuis cinq ans furent assimilés ; on supprima la nécessité de payer une certaine somme d’argent pour être électeur (instaurée en 1790, lors de la première phase de la révolution) ; on entreprit la mise en place d’une Convention nationale liégeoise élue au suffrage universel. »  (5)
Le processus se répandit dans toutes « les Bonnes Villes »
A Dinant, les Républicains ( Les français) installèrent leur quartier d’hiver dans la ville et ses alentours, le 8 novembre1792
Le 16 décembre, les Dinantais partisans du nouvel ordre convoquèrent le peuple par voie d’affiches et par "son de caisse" en l’église du collège des Jésuites. Le peuple fut invité à se choisir une assemblée provisoire.
66 électeurs sont élus et ceux-ci désignèrent à leur tour 27 administrateurs ( oficiers municipaux , je suppose) pour la ville et 5 jurés. Le jour de l’An 1793, après avoir entonné le Chant des Marseillais aux dépens du Te Deum prévu, ils proclamèrent dans la collégiale Notre-Dame, la République.
Et parmi les officiers municipaux, J-D. BOUQUETTE . On dirait aujourd'hui un échevin ou un « adjoint au maire » en France .
Mais la Révolution voulait aussi s 'attaquer aux propriétés démesurées de l'Eglise, le plus grand propriétaire de la Principauté et à ses richesses considérables accumulées depuis des siècles sur la sueur et le sang des paysans, notamment par le prélèvement de la dime.
C'est ainsi que le citoyen BOUQUETTE eut à intervenir semble t - il dans l'affaire de l 'ABBAYE de LEFFE.

LE SEIGNEUR ABBE GERARD DE LEFFE , RECELEUR DES TRESORS DE L'ABBAYE

Le 7 février, les portes de l’abbaye de Leffe furent forcées. En présence de trois représentants de la
Le seigneur abbé de Leffe Frédéric GERARD
municipalité, le juge de paix interrogea le seigneur abbé Gérard sur la disparition des biens mobiliers. L’abbé garda le silence et, puisque la fouille des bâtiments conventuels n’avait rien donné, le citoyen Bosque ordonna la
garde à vue de l’abbé Gérard et fit emporter par ses hommes les registres et papiers du monastère. Pendant quatre jours, Frédéric Gérard resta enfermé dans sa chambre pour méditer sur "ses égarements". Sur ordre de la municipalité, il fut ensuite emmené afin de subir un interrogatoire serré. Mais l’abbé s’obstina et pour cause, les objets convoités sont cachés à Namur. Il fut alors séquestré dans une maison voisine de l’hôtel de ville. Sa détention fut longue et pénible. Ses geôliers l’insultaient et lui donnaient le titre de "premier tyran et plus grand despote de Dinant". Les autres religieux de la communauté furent aussi inquiétés.
La détention se poursuivit et s’avéra payante. La cachette fut révélée. L’inventaire des valeurs mobilières commenca le 13 février et se poursuivit le 26 février et le 5 mars suivants. Au total plus de 1.700 onces d’argent, évaluées à 8.554 livres furent inventoriées par Henri Nalinne, citoyen-orfèvre de Dinant. La croix processionnelle, les six grands chandeliers du maître autel, la crosse abbatiale, calices, encensoirs, jusqu’aux couverts de table et même une cuillère à ragoût, rien n’échappa au contrôle. (6)
Mais les troupes de la République allaient devoir reculer, et le prince évêque Gustave de MEAN et toute sa clique revenir au pouvoir dans les charrettes de l'armée autrichienne.
Et le 9 mars 1793, « le prince-évêque déclare nuls tous les actes du gouvernement des patriotes et rétablit les anciennes institutions. » 

LE CITOYEN BOUQUETTE JUGE ET EXECUTE A HUY
Lisons maintenant un morceau d'anthologie : ces lignes rédigées tout à la gloire de l'Eglise et des puissants sont le fait du, Mr l'Abbé Dupierry  curé d' Antheit de 1920 à 1943.
Ce qui est interpellant, c'est qu' elles sont toujours aujourd'hui, en 2017, accessibles sur le site d'une école catholique du coin , sans la moindre note explicative.

« le prince-évêque de Méan, rentré dans sa ville, proclama bien une nouvelle et très large amnistie, mais il eut été de la dernière inconséquence de ne pas sévir, et sévèrement, contre les fauteurs de troubles. Au vrai. il en restait, croyait-on, peu.
A Huy, la ville est sous la coupe du Citoyen Bouquette, un ouvrier dinantais, au verbe haut; il ne craint pas de monter dans la chaire de la collégiale et d'appeler à l'émeute le ban et l'arrière-ban de la plèbe : on a tout à redouter de semblables meneurs.
Il fut appréhendé par la maréchaussée, condamné à mort par les échevins de Liège et exécuté sur la grande place de Huy, le 25 mars 1794 » ( Abbe Dupierry : Notes d'histoire)
Coupable d’avoir mis des scellés sur des maisons religieuses, d’avoir collaboré à l’arrestation de l’abbé-seigneur de Leffe et de s’être fait propagandiste du « système français le fripier Jean-Denis Bouquette est arrêté et décapité à Huy le 24 juin 1794.
Le monument du Mont Falise
« En 1793, à Dinant, l’épouse Coster, l’épouse Denis Bouquette et Marie Sibert, implorèrent l’intervention du conseil (conseil des métiers) pour obtenir la clémence du prince-évêque en faveur de leurs époux et père respectifs. 
"Les métiers furent consultés et celui des potiers et fondeurs soucrivit à la supplique des malheureuses ; ce fut son dernier geste. On sait qu’il fut vain, car Denis Bouquette fut exécuté à Liége. Coster et Sibert ne durent la vie qu’à l’intervention des troupes de la République française ; ils avaient subi une année de détention (Extrait de « Histoire de la ville de Dinant » par Edouard GERARD Namur Editions de « Vers l’Avenir » 1936)
Selon P. Deschene, la mémoire du révolutionnaire hutois fut après le retour des troupes républicaines en juillet 1794 honorée avec pompe : « un cortège patriotique conduit la tête de Bouquette portée par quatre jeunes filles de blanc vêtues jusqu’à la Grand Place où elle est enterrée à proximité de la Fontaine du Marché, à l’endroit même où fut ensuite planté l’Arbre de la Liberté qui sera abattu sur ordre du commandant de l’armée prussienne d’occupation en 1815 ».

MONUMENT AU MONT FALISE

C'est 200 ans plus tard – en 1994, que sous l'impulsion du comité d'animation du Mont Falise et du Mouvement Wallon pour le retour à la France, que le projet d'un monument en mémoire à Jean Denis BOUQUETTE s'est réalisé .
Article de "WALLONIE FRANCAISE" mars 1994
« Le monument se présente sous la forme d’un cube en béton dont la partie supérieure a été tranchée en biseau ; émergent de ce cube huit longues tiges en acier qui soutiennent à leur sommet une sphère ajourée. Au centre de celle-ci apparaît une mitre de prince-évêque, faite en métal. Une symbolique certaine se dégage de ce monument inauguré le 24 juin 1994 par les autorités locales.(7)
Erigé à l'emplacement du GIBET de FALIZE, où la tête du martyr avait été exposée, ( coin de la rue du Mont Falise et de la chaussée de Waremme), aujourd'hui mal entretenu , gageons que les milliers d'automobilistes qui passent devant ne savent pas de quoi il retourne.








Je rêve d'une école où on apprendrait , sur le terrain ,l'histoire , la géographie, la biologie , la géologie etc. par la découverte de sa région ; plutôt que de ressasser sur des feuilles volantes improbables, de vieux poncifs sur la dynastie, la grande guerre etc.
Un jour peut être , après la prochaine révolution, liégeoise ou autre....
Et alors, ce jour là, les enfants sauront aussi qui était Jean Denis BOUQUETTE,
Si je veux dans ce blog lui rendre hommage , c'est avant tout pour célébrer la Grande Révolution française, qui a soulevé dans le monde entier et chez nous aussi ,un espoir de Liberté , d'Egalité et de Fraternité.
Abattre les privilèges des puissants , les nobles et le haut clergé, les 1% de l'époque , proclamer les Droits de l'Homme et du Citoyen, abolir l'esclavage, établir le suffrage universel,  c'est tout cela que représente pour moi dans notre bonne ville de HUY , Jean Denis BOUQUETTE.
Joignons le dans notre mémoire à Grégoire Joseph CHAPUIS, chirurgien de VERVIERS, révolutionnaire et lui aussi officier municipal, condamné à mort.le 30 décembre 1793 ,et décapité sur la place du Sablon, à Verviers,( devenue la place du Martyr) le 2 janvier 1794.
Et à Augustin BEHOGNE, paysan révolutionnaire , décapité en public à JEHAY



  1. sur Gosuin et la révolution liégeoise , le blog de mon ami Hubert Hedebouw
  1. 1684 : Sorte de coup d'état prince Maximilien sur la gouvernance de la principauté «  Le régime communal avait subi une transformation complète. Le règne de la démocratie liégeoise était expiré. La Cité, dont la vie politique avait brillé d'une si éclatante vigueur, tombait en état de sujétion. Ses institutions étaient faussées, ses privilèges confisqués, son indépendance anéantie. L'autorité princière remplaçait la souveraineté populaire. »

jeudi 16 février 2017

PUBLIFIN - NETHYS - RESA et MA FACTURE D' ELECTRICITE : LA GROSSE ARNAQUE ?

A l'occasion du scandale PUBLIFIN, la presse, les réseaux sociaux et les plateaux de télévision se sont emballés.
Rendons hommage au lanceur d'alerte , l'échevin d'Olne, et aussi à la presse , qui a contribué à dissiper , ne fut ce qu'un tout petit peu le brouillard qui entoure cette nébuleuse, à la frontière du public et du privé.
Néanmoins , l'establishment politico- médiatique réagit : quand un professeur affirme courageusement que les tarifs d'électricité pratiqués par NETHYS en province de Liège sont prohibitifs ; on lui répond sur le plateau de RTL que ce n'est pas NETHYS qui fixe les tarifs, mais bien la CWaPE, organisme de contrôle wallon de la production d'électricité et que les tarifs de la distribution pratiqués par RESA filiale de NETHYS SA et approuvés par la CwaPe seraient ce qu'il y a de plus «  normaux »
Le même jour, une porte parole de la CWaPE affirme ,dans un JT que les tarifs moyens de l'électricité depuis la libéralisation en 2007 n'ont augmenté que de 18%  moins que l'inflation » proclame -t- elle.
Beaucoup d'échanges sur les réseaux sociaux ,mais peu de liens entre le scandale des privilèges et des postes grassement rémunérés de la caste, et les tarifs en constante augmentation des citoyens.


LA SEULE VERITE POUR NOUS USAGERS , C'EST NOTRE FACTURE
LES TARIFS SONT NORMAUX,,, très bien .....+47% en 10 ans , est ce normal ?
Je suis donc, une fois de plus, retourné à ma facture d'électricité, et j'ai peaufiné mes calculs.
D'abord, pour y voir clair , tant je me sens de plus en plus roulé dans la farine après 10 ans de « libéralisation » du marché de l 'électricité.
Pas simple de la déchiffrer sa facture quand on en voit la complexité  : une 50aine de lignes sur 6 colonnes , avec un nombre d'intervenants considérables : le fournisseur ( LAMPIRIS -TOTAL) dans mon cas, le distributeur ( RESA - NETHYS), le transporteur ELIA SYSTEM OPERATOR, l'état fédéral, la région wallonne, la Province et les communes via PUBLIFIN , la CWaPE, la CREG etc .etc.
MA FACTURE : +47% EN 10 ANS 
Rien de plus simple qu'une facture d'électricité....50lignes-6 colonnes
 
La 1 ère ARNAQUE, ça a été de faire croire que le marché était ouvert à la concurrence et que la concurrence allait faire baisser les prix bla bla bla .
En fait pour seulement 25 % de ma facture actuelle , un choix est possible entre différents « marchands », qui pour l'essentiel représentent les quelques multinationales européennes, géants de l'électricité ou de l'énergie .
90% des fournitures d'électricité en Wallonie sont assurées par le top 5 des société majors  :ELECTRABEL (GDF SUEZ), EDF LUMINUS , LAMPIRIS (TOTAL), ESSENT (RKW), ENI,
Le prix de la fourniture est resté stable , mais il n'a certes pas diminué comme promis.


Et encore, 2ème ARNAQUE , près de la moitié (en 2010) des consommateurs, qualifiés de « clients dormants »ou « clients passifs » sont restés abonnés à leur distributeur historique , l'ALE en région liégeoise , métamorphosée en LUMINUS.
Pour eux, qui n'avaient entamé aucune démarche pour signer un nouveau contrat, LUMINUS a pratiqué pendant plusieurs années, jusqu'en 2012 , je pense, un tarif spécial appelé « «fournisseur désigné »...
Comme par hasard, c'était le plus cher... !
Histoire de responsabiliser ces benêts de consommateurs,... et de remplir les caisses de LUMINUS.
Dans mon cas, ne pas bouger représentait un surcoût de 100 €/an (tvac) par rapport au contrat conclu avec LAMPIRIS.
Il a fallu l'intervention des organisations de consommateurs puis du ministre Van de Lanotte et une campagne de promotion pour le libre choix du contrat pour que LUMINUS fasse un « cadeau » aux dormeurs.
C'est sûr que c'est plus facile de faire payer les pauvres surtout quand ils dorment !
Quelle plus claire démonstration que l'objectif était avant tout de ramasser de l'argent et non d'apporter un plus aux citoyens ,dont beaucoup avaient renoncé d'ailleurs renoncé à voir clair dans la jungle de la libéralisation, étant donne la multiplication et la complexification extrême des offres .

2010- 2012 :LES TARIFS DE LA DISTRIBUTION FLAMBENT :+100 €/an !


La 3ème ARNAQUE, c'est la hausse de 60% en 2 ans (2010 à 2012) des prix de la distribution : les prix du service consistant à amener le courant électrique de la cabine Haute Tension jusqu'au domicile (après le compteur) .

Tous les contacts avec le consommateur se faisant dorénavant via le fournisseur, la métamorphose de ALE en RESA est passée tout à fait inaperçue pour le consommateur et la hausse de ses tarifs inexpliquée.
Avez vous reçu un courrier de TECTEO - RESA par exemple, ou une information du fournisseur LAMPIRIS , vous justifiant la hausse des tarifs ? Nenni valet !
Toute l'attention se focalisant sur le prix de l'énergie, du kWh, sur la « concurrence » bla bla bla, le premier coup de force contre notre portefeuille , qui a été le fait de TECTEO ( RESA) ,futur PUBLIFIN NETHYS, est passé à l'as : +60% en 2 ans soit pour ma facture , à consommation égale , 80€/an pour la distribution d'électricité , 97€/an tvac !
Pourquoi ? on a argué l'augmentation des frais fixes des distributeurs .Mais il se fait que les bénéfices auraient eux aussi grimpé en flèche !? Je n'ai jamais vu la hausse des  frais fixes faire croître les bénéfices, ...mais je ne suis pas un expert.
On ne peut que se poser la question de la corrélation entre la hausse de ces bénéfices ( chiffre repris de l'infographie du « Soir »et qui atteignent une hausse de 250% ! ) et celle des tarifs de distribution .

http://www.lesoir.be/1426694/article/economie/2017-01-27/publifin-communes-liegeoises-ont-eponge-pertes-voo-infographie



LA VACHE A LAIT DE NETHYS ?

Et on arrive à la 4ème ARNAQUE : RESA – NETHYS n'est plus un service public.
Si NETHYS verse via PUBLIFIN des dividendes aux communes et à la province , pourquoi pas ? Du moins, si cela sert à une politique communale , réellement en faveur des besoins des des citoyens et pas à une politique bling - bling de prestige qui servirait plus une certaine image de la commune et de ses mandataires que les gens eux- mêmes.
Mais si ces dividendes sont générés par des surcoûts pour les consommateurs, ce ne serait alors qu'une taxe communale déguisée.
Et le but de la distribution d'électricité n'est pas, me semble t-il, de financer une province et des communes.
Mais, si j'ai bien compris, dans le cas PUBLIFIN, les bénéfices de NETHYS ne seraient pas retournés dans les poches des actionnaires, les communes et la province.
Où sont ils allés ?

Ce qui me pose problème, comme client ou plutôt comme usager, c'est que RESA , distributeur d'électricité en charge donc, d'une mission exclusivement de service public, se soit transformée d'intercommunale au service des citoyens (ALE) en filiale d'une société de droit privé NETHYS.
Que cette société s'alimente en recettes par les redevances obligées de centaines de milliers de consommateurs d'électricité, et qu'elle utilise le capital ainsi accumulé pour mener une guerre commerciale de société privée sur le marché de l'audio visuel et de l'Internet, via VOO, ou pour faire des acquisitions à caractère privé dans la presse( L 'Avenir – Nice Matin, La Provence), ou pour faire du business privé en RDC..., là ça m'apparaîtrait – si c'est vérifié- comme un détournement de fonds venant des consommateurs - usagers.
Facile de faire des offres choc, d'offrir PC ou tablettes aux nouveaux clients de VOO , quand, d'autre part on dispose, via RESA, d'un confortable matelas de millions d'€, garanti sans risque et à perpétuité ; leur raisonnement semble être : « ils auront toujours besoin d'électricité, et achèteront la distribution chez nous ; ils devront bien subir nos tarifs de monopole ( fussent ils  »régulés » par la CwaPE) , sauf à s'éclairer à la bougie... »
N'est ce pas un chantage sur les citoyens qu'ils sont sensés servir !
Et c'est là que je me dis que on s'est bien fait rouler dans la farine.
Il y a quelques années, client chez Proximus, je me vois encore éplucher l' alléchante offre de VOO , établir des tableaux Excel pour économiser 3francs six sous. Et j'ai décidé, convaincu de faire une affaire, de passer contrat pour un pack TRIO (TEL,TV,NET) avec eux, euh, enfin avec voo.
Ai je reçu un PC gratuit , j'aurais pu , mais j'ai préféré je ne sais plus quel « cadeau »( modem ou frais d'installation?) sur les fournitures.
Mais ballot , c'est moi- et tous les consommateurs des 76 communes de la province de Liège (+ les Fourons !) qui les avons payé à PUBLIFIN - RESA -VOO - NETHYS ces cadeaux, via la facture d'électricité.
On ne peut que s'interroger  sur le côté pervers de ce mécanisme : la « libéralisation » ,sensée introduire la « concurrence » confère, tout au contraire, un statut de monopole aux distributeurs qui utiliseraient dés lors ce statut comme moyen de financer dans un environnement ultra concurrentiel leur guerre commerciale dans les multimedia ou des investissements ici et là.
Si j'étais un bon libéral, je m'écrierais : « mais pourquoi Proximus ou d'autres ne peuvent ils pas eux aussi distribuer de l'électricité ? La concurrence libre et non faussée n'est elle pas, de toute évidence, faussée  ? »
Ils se sont faufilés dans la libéralisation pour se construire un royaume financier industriel de type monopolistique oligarchique et le dévoiement du service public semble total.
La distribution, je le répète, mission de service public s'il en est, a échappé, par cet artifice juridique, au strict contrôle qui doit être exercé sur les intercommunales.
Et qui dit que demain, dans l'économie - casino européenne, RESA - NETHYS , « fleuron » de l'économie liégeoise comme on dit aujourd'hui ne sera pas absorbé avec une « offre alléchante », par un géant multinational .
La région wallonne n'a t-elle pas déjà, il y a 20 ans, cédé le « fleuron » de COCKERILL SAMBRE, au géant USINOR devenu ARCELOR MITTAL, avec les suites qu'on connaît.
N'a t-elle pas, sans sourciller, applaudi à l'absorption de LAMPIRIS par TOTAL ?

RINDEZ LES LIARDS ! (Rendez l'argent!)

Le Soir publie sur son site  ce 27/01 :
Publifin distribue le gaz et/ou l’électricité dans 71 communes de la Province de Liège, via sa filiale Resa. Cette activité est monopolistique, et régulée. Un rendement sur les capitaux investis est garanti par le régulateur.
Autrement dit : Resa ne peut faire que gagner de l’argent, si elle est bien gérée.
Et les bénéfices sont bien là. Si on se concentre sur la branche « électricité », on observe un bénéfice cumulé de 189 millions d’euros entre 2009 et 2013 (les résultats 2014 et 2015 ne sont pas détaillés pour l’électricité). De l’argent qui devrait tout naturellement revenir aux communes et à la Province, les actionnaires du groupe Publifin, via le versement de dividendes.
Et j'ajouterai: « de l'argent qui devrait tout naturellement revenir aux usagers qu'on a pressé comme des citrons par des hausses de tarif illégitimes..., malgré la régulation par la CWaPE. »



Voilà caché derrière le scandale PUBLIFIN,ce qu'est pour moi, consommateur d'électricité parmi des millions d'autres, le scandale de la libéralisation de l'électricité, le scandale de 10 ans de démantèlement du service public.
Utilisant ce substrat libéral, une organisation de personnalités élues en ont profité pour créer un système de privilèges ( bonnes places et bons revenus) qui est aujourd'hui au centre de la tempête.
Et indignez vous, amis lecteurs, car il y a d'autres arnaques :

-les tarifs de transport via un autre monopole public - privé, ELIA et la bulle photovoltaïque.( +83€ par an dans ma facture)


  • la taxation « verte » ( contribution à l'énergie verte) via un mécanisme complexe de marchandisation de« certificats verts » .(+90€ par an dans ma facture)

  • le coup de force gouvernemental sur la TVA repassant de 6 à 21%
  • etc.etc.

Il y a eu aussi le rachat de LAMPIRIS, fournisseur d'électricité « verte » et « liégeois » absorbé à 100% par la multinationale du pétrole TOTAL, qui est tout sauf « verte » et liégeoise » 





 Il y a cette vérité qui révolte : le service public intercommunal (Association Liégeoise d' Electricité) créé par nos anciens en 1923 a été vampirisé , des requins s'en sont emparés au début des années 2000 .
Imprégnés de l'ultra libéralisme répandu sur tout le continent par la Commission Européenne ,
entièrement soumis à la loi du « tout au marché », ils en ont fait une opaque nébuleuse publico -privée ,fondée sur le profit, et ils nous ont fait les poches.
« Faisons payer les pauvres, ils sont les plus nombreux » ce conseil de Colbert est leur crédo.
Accessoirement, ils se sont concoctés de bonnes places et de bons revenus. On n'a pas fini d'en parler.. PUBLIFIN, NETHYS, ORES, PUBLILEC, PUBLIPART etc. etc.

L'électricité n'est pas une marchandise, mais, au stade de civilisation avancée où nous sommes, un bien commun, comme l'eau, l'air que nous respirons , l'hygiène publique , l'école , la santé etc...
Un bien commun qui doit être géré comme tel par un service public, accessible à tous les citoyens , pour satisfaire leurs besoins communs élémentaires au XXIème siècle, s'éclairer, se chauffer,s'informer, cuisiner pour se nourrir etc. , et ce quels que soient leurs revenus .
La production, y compris le développement des énergies renouvelables- la distribution, le transport d' électricité , ne doivent ils pas redevenir à 100% des services publics, gérés, comme le dit Robert Damien , président du PTB LIEGE,  par de vraies « intercommunales du XXIème siècle, gérées de façon éthique, contrôlées par la population, dans l’intérêt collectif et qui fournissent de l'énergie, de l'eau et des services, à des prix accessibles. »



La SOCOLIE - au siècle passé: société publique de production d'électricité