lundi 26 avril 2021

L'AUTRICHE ET LA SARRE - CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE (1) - E. PARISET 1933-1939



CHRONIQUES D'UNE GUERRE ANNONCEE (1933-1939)
E. PARISET -nom de plume de ARTHUR TONDEUR. (1)

Texte intégral pdf (48 pages)   


 A la demande de nombreux lecteurs, je vous propose aussi une version papier  imprimée , illustrée et reliée des fascicules 1 et 2  

 photo brochures.jpg

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N'oubliez pas de mentionner votre adresse e-mail.


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Introduction : « Chroniques d’une guerre annoncée… »

 Ces fascicules regroupent une sélection des articles de politique étrangère rédigés de 1933 à 1939 par E. PARISET, nom de plume de mon père Arthur TONDEUR[1], d’abord pour "Le Drapeau Rouge" hebdomadaire, ensuite pour "La Voix du Peuple" quotidienne.

Elles évoquent, les unes l’Espagne ou l’Ethiopie, les autres, l’Autriche et la Pologne, la Tchécoslovaquie et Munich, d’autres encore, la Chine, l’Albanie, tous pays victimes, dès 1931 des agressions de ce qui deviendra l’axe Berlin- Rome -Tokyo.

Cela fait plusieurs années que ce projet de mémoire familiale me poursuit.

La mise en ligne par la Bibliothèque Royale de la presse belge et de la presse communiste en particulier (en collaboration, pour ce cas précis, avec le CArCob[2]) en facilite considérablement la réalisation.

 Les circonstances politiques contemporaines agissent également comme un indéniable stimulant.

Le 19 septembre 2019, en effet, le Parlement Européen a voté, à une très large majorité,[3] une résolution « sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ».

 Cette résolution, dans son aspect historique[4], voudrait, à l’occasion du 80ème anniversaire du déclenchement « officiel » de la IIème guerre mondiale (1er septembre 1939) en faire porter la responsabilité aux « deux régimes totalitaires ayant tous deux l’objectif de conquérir le monde [en se] partageant l’Europe en deux sphères d’influence », les « régimes communistes et nazi. »



Chine :Les soldats de la VIIIème armée de route
( communiste)
se sont emparés de mitrailleuses japonaises
Partisans Armés du Front de l'Indépendance
Huccorgne Belgique



Le drapeau soviétique sur le Reichstag 

2 mai 1945










Le déclenchement de la guerre, selon cette résolution aurait été « la conséquence immédiate du tristement célèbre pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939, également connu sous le nom de pacte Molotov-Ribbentrop. »

Cette résolution est stupéfiante :  elle révise les grands acquis historiques issus précisément de la victoire des Alliés en 1945 et de l’écrasement du nazisme ; en particulier le rôle décisif reconnu dans cette victoire  de l’Union Soviétique, de son peuple, de son armée, de ses dirigeants, le rôle aussi de la Résistance à l’axe  Berlin-Rome-Tokyo , partout dans le monde, de la Chine à la France, d’Italie au  Vietnam, de la Yougoslavie aux Philippines et à la Grèce, de l’Albanie à chez nous en  Belgique, résistances de multiples obédiences politiques dans lesquelles les combattants animés par « l’idéologie communiste », et l’amour de leur patrie ont souvent joué un rôle important, voire décisif, et ont, pour beaucoup payé de leur vie leur engagement antifasciste.


Cela fait partie à tout jamais de la mémoire des peuples européens et du monde entier.

Et ce, quelles que soient les nécessaires réflexions, analyses, bilans, ou                éventuelles condamnations, que l’on puisse avoir sur l’émergence et l’évolution du « camp socialiste » européen et son implosion finale en 1989-1991 après 40 ans de « guerre froide ».  En « vainqueurs » de cette guerre froide, la majorité des partis du Parlement Européen voudraient aujourd’hui nous imposer leur écriture révisionniste de l’histoire, contraire, par exemple, à ce que révélèrent les débats du tribunal de Nuremberg[5] et à la mémoire de la guerre, telle qu’a pu la transmettre un Winston Churchill[6], pourtant anti-communiste notoire.

J’ai dès lors voulu, pour mettre cette résolution en débat, la confronter à ce témoin qui m’est cher : E. Pariset a observé de près l’émergence du nazisme et sa résistible ascension dans les années 30, avant d’en connaître dans sa chair, en 1941, la criminelle réalité concentrationnaire au camp de Breendonk.

La répétition des noms de Chamberlain, Halifax, Daladier, Bonnet, Spaak, l’appréciation de la politique dite « d’apaisement », de « non - intervention » ou de « neutralité » des puissances occidentales, les analyses répétées des réunions de la Société des Nations, les références au Traité de Versailles de 1919, ne peuvent qu’inciter à la réflexion et au débat sur les prémisses de la 2ème guerre mondiale, et sur le rôle respectif des gouvernements européens dans son déclenchement.

Puisse la lecture de ces chroniques, certes partisanes, mais intelligentes et souvent bien documentées, contribuer à une réflexion objective sur les causes de la IIème guerre mondiale, clarifier le rôle des grandes et petites nations européennes face à la coalition, chaque année, plus triomphante, des agresseurs nazi-fascistes, jusqu’à ce qu’ils mordent la poussière à Stalingrad.[7]



[1] Arthur Tondeur (1908-1999) ingénieur civil des Mines AIBr1931, fils aîné de Felix Georges Tondeur, fonctionnaire des postes de l’Etat Indépendant du Congo, puis directeur au ministère des Colonies, et de Henriette Stols. Fondateur à l’U.L.B. en 1930 du Cercle des Etudiants matérialistes, il rejoint le Parti Communiste. Engagé en 1936, à la création du quotidien « La Voix du Peuple », en tant que rédacteur de politique étrangère (au salaire d’un ouvrier qualifié). Il y signe, de 1936 à 1939, des dizaines d’articles sous le nom de Pariset, patronyme de sa grand-mère paternelle.

Voir « ROUGEs- FLAMMEs » : « ARTHUR TONDEUR (1908 - 1999) TEMOIN DE « L'AGE DES EXTREMES »  https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/05/arthur-tondeur-boma-1908-menton-1999.html    

[2] CArCob Centre des archives du communisme en Belgique. http://www.carcob.eu/

[3] Parmi les 535 députés (82% des votants) qui ont voté « pour » ce texte : les 3 députés socialistes belges, Marie Arena, Marc Tarabella et Kathleen Van Brempt (spa), la députée Groen, Sara Matthieu. Les deux députés écolo Saskia Bricmont et Philippe Lamberts se sont abstenus. (Ce dernier a révisé son vote à l’origine « pour » et s’en est expliqué). Seul élu belge à voter « contre » Marc Botenga du PTB dans le groupe « Gauche Unie Européenne » GUE.

[4] On peut supposer que cette résolution a plus qu’une fonction de réécriture de l’histoire.

Elle a aussi une fonction politique interne à l’Union Européenne : combattre les oppositions des gauches, radicales et communistes, à la politique néo libérale de l’Union Européenne et une fonction géo- stratégique : dans le contexte de la collaboration avec l’OTAN et de l’alliance avec les Etats Unis, cibler des ennemis extérieurs : la Russie, accusée de « blanchir les crimes communistes et de glorifier le régime totalitaire soviétique » et, bien que non européenne et non citée, on peut le supposer, la Chine se réclamant de « l’idéologie communiste. »

Texte de la résolution : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html

Article de Marc Botenga, député européen PTB de la Gauche Unie Européenne, opposant à la résolution. https://www.ptb.be/quand_le_parlement_europ_en_vote_une_r_solution_dangereuse_qui_r_crit_l_histoire

[5] Les documents complets des débats du procès de Nuremberg sont accessibles sur https://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/crdfed/nuremberg/accueil

[6] W. CHURCHILL « Mémoires de guerre » p140 Tallandier 2009

[7] En janvier1943, à la veille de Stalingrad, seuls deux pays européens, le Royaume Uni de Churchill et l’Union Soviétique de Staline combattaient, en tant qu’états, l’Allemagne nazie et ses alliés (Italie, Croatie, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, Albanie et Finlande) En Norvège, France et Serbie occupées étaient installés des gouvernements de collaboration. Le gouvernement du Danemark occupé resta en place jusqu’en 1943. Le Roi Léopold III avait capitulé, mais la reine Wilhelmine maintint, de Londres, l’honneur des Pays- Bas. L’Espagne et le Portugal, « neutres » étaient des dictatures fascistes. L

 








M.T.


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L

1937 -La rédaction de « La Voix du Peuple » de g à dr (assis)
 : A. Tondeur (Pariset), A. Bonenfant, J. Lagneau, J. Blume ;
(debout) P. Joye et P. De Moor




Articles de E. PARISET

PARISET - 17/02/1938 VduP

L’Autriche sous le joug de Hitler (extrait)

ll semble donc que le sort en soit jeté, et que, renonçant à faire appel au peuple et à la classe ouvrière pour défendre l'indépendance du pays, le chancelier Schuschnigg ait cédé à l'ultimatum que lui avait signifié Hitler samedi dernier, à Berchtesgaden. Il se pourrait pourtant que les lourdes concessions faites ne représentent qu'une partie des exigences hitlériennes. Le bruit qui a cours hier dans les milieux diplomatiques, selon lequel des troupes allemandes auraient pénétré en territoire autrichien tendent à faire croire qu'Hitler n'a pas obtenu jusqu'ici et veut obtenir de force et sans délai complète satisfaction. Quoi qu'il en soit, le nazi Seyss-Inquart devient ministre de l'Intérieur de l’Autriche dont la vie intérieure passe de ce fait sous le contrôle direct de Berlin.


On prétend que Schuschnigg a résisté, qu'il a fait l'impossible pour éviter d'en arriver là et de devoir sacrifier l'indépendance de son pays. Mais que, devant la menace directe des forces de la Reichswehr massées en Bavière à la frontière du Tyrol, trahi par l'Italie fasciste alliée du IIIème Reich, abandonné par les puissances occidentales, il n'a pu faire autrement que de céder aux injonctions de la force. En vérité, le gouvernement fasciste de Schuschnigg, continuateur de l'oeuvre de Dolfuss, le nain sanglant, n'a pas voulu faire appel aux forces populaires hostiles à l'hitlérisme, ces forces que les canons de l'armée fédérale ont brisées dans le sang aux jours sanglants de février 1934.

Depuis quatre ans l'Autriche est gouvernée par une fraction minoritaire dictatoriale, complaisante à l’hitlérisme, impitoyable aux démocrates, qui n'a jamais eu de base sociale véritable. Néanmoins, le peuple généreux s'offrait à défendre farouchement l'indépendance du Pays : ce qui s'est passé dans les usines et dans les rues de Vienne, mardi, le montre bien. (8) Mais les dirigeants fascistes du Front « Patriotique » ont préféré sacrifier à Hitler l'indépendance du pays plutôt que de la défendre en rendant au peuple ses droits. 

La fière devise de la Pasionaria : « Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux s, celle des soldats de l'an IV : « La liberté ou la mort s n'ont point cours dans les milieux de la réaction cléricale et fasciste.

Sans doute le chancelier d'Autriche n'est pas seul responsable de sa capitulation honteuse. Tous ceux qui depuis quelques années s'acharnent à détruire l'édifice de paix de la sécurité collective, ont une lourde part de responsabilité dans l'effondrement de l'indépendance autrichienne. Dès lors qu'Hitler savait ne trouver devant la formidable masse de la Reichswehr qu'une petite Autriche isolée, sans aucun recours efficace, sans aucun secours assuré contre l'agression, il savait la tenir à merci et pouvait se permettre toutes les audaces.

Cet événement douloureux servira t-il de leçon au roi Léopold III et à ses ministres, initiateurs d'une politique « d'indépendance » qui nous conduit à la même impasse que la malheureuse Autriche ? 

Ce serait en effet se leurrer

étrangement de croire que Hitler s'arrêtera en si bonne voie.

A travers l’Autriche, n’est-ce pas

la Tchécoslovaquie, alliée de la France,

liée par un pacte à l’Union Soviétique,

que vise le IIIème Reich ?

[...]

Qui nous garantit ici en Belgique contre ces abus de la force, contre ces intrusions de l'Allemagne totalitaire de Krupp dans la composition de nos gouvernements ?

Après tout, la grande Allemagne doit englober aussi Eupen et le Luxembourg. Et les nazis du V.N.V. ne sont en somme que des cousins germains des grands aryens blonds du Reich. N'est-ce point déjà à la requête de l'axe que M. Spaak s'apprête à sacrer empereur d'Ethiopie ce falot personnage qu'on nomme Victor-Emmanuel (9) ? Et n'est-ce pas à la requête de l'ambassade d'Allemagne qu'on censure des films au nom de la « non-intervention » ? Le doigt est dans l'engrenage.

D'aucuns prêchent la soumission aux ordres de Berlin. Nous sommes de ceux qui ne s'y soumettront pas. Et nous aurons avec nous toute la classe ouvrière, tous les démocrates, que l'exemple des peuples espagnol et chinois encourage à braver les forces de guerre et d'oppression

PARISET- 17/02/1938



la Unne de "La Voix du Peuple" 13/03/1938

[8] Des milliers d’ouvriers de Vienne ont participé le 15/02/1938 à des grèves sur le tas et à des manifestations anti -nazies, pour défendre l’indépendance de l’Autriche. Une manifestation a rassemblé une foule devant le siège du « Front Patriotique » (VduP 16/02/1938)

[9] Sur la question de la reconnaissance du roi Victor Emmanuel d’Italie comme Empereur d’Ethiopie, titre usurpé à l’Empereur Haïlé Sélassié, la Belgique s’est prononcée, à l’instar des Pays-Bas, pour une reconnaissance de facto et a soutenu Lord Halifax qui considérait que chaque membre de la SDN avait liberté de choix, sans que cela entre en contradiction avec la charte de la SDN. 


Texte intégral pdf (48 pages)   



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Table des matières

Introduction. 3

L ’Autriche - Un peu d'histoire. 7

1932-1934 - Un peu d’histoire. 11

Articles de E. PARISET. 14

Conflit austro-allemand et rivalités impérialistes. 14

Les intrigues guerrières en Europe centrale. 16

La grave leçon d'Autriche. 18

Les complications en Autriche. 20

1938, l’Anschluss - Un peu d’histoire. 21

Articles de E. PARISET. 25

L’Autriche sous le joug de Hitler 25

Hitler a osé tenter cette aventure, parce qu’il a pu pouvoir compter sur la passivité complice de l‘Angleterre. 29

Hitler a menacé d’une grêle d’acier et de fer ceux qui s’opposeraient à sa politique. 31

Sauver la paix. 33

Les catholiques ne sont pas très fiers des évêques autrichiens. 35

Le plébiscite de la « Grande Allemagne », prélude à de nouveaux coups de force. 37

L’Anschluss a mis Hitler en appétit 39

La Sarre - un peu d’histoire. 42

Articles de E. PARISET. 44

Sous le signe du traité de « paix » de Versailles, la bataille pour la Sarre. 44

 


mardi 25 août 2020

HOMMAGE A SUZY ROSENDOR : "LE REJET DE L'INJUSTICE ET DU MEPRIS"

 


Intervention de Suzy ROSENDOR,      Porteuse de valise
18 octobre 2014  au Théâtre National, dans le cadre du Festival des Libertés(photo G. CHERIFI)

Suzy Rosendor nous a quitté mercredi dernier 19 août, elle qui allait avoir 87 ans dans quelques jours !  Disparition bouleversante tant elle était inattendue : Suzy m’était toujours apparue ces derniers mois comme une amie, toujours alerte, dynamique et organisée, à l’esprit vif et si attentionnée.

Il y a quelques temps, elle avait voulu me faire un cadeau, un bel objet asiatique, je ne sais trop pourquoi : « elle aimait faire des cadeaux » dit elle. Ca c'était Suzy.

Toujours aux petits soins aussi pour notre camarade Fons  Morenhout,   sur qui elle veillait avec tant de sollicitude. 

Toujours attentive aux choses de la politique,  elle m'envoyait mails et messages pour discuter telle ou telle question. 

J’avais connu Suzy il y a près de 60 ans maintenant, alors que nous avions trouvé dans le parti communiste prochinois l’espoir de lendemains qui chantent.

Hélas, l’espoir s’effondra en moins d’un lustre ! 

Je revoyais Suzy à la librairie « Joli Mai » qu’elle avait ouverte près de la place Flagey à Ixelles ; elle apportait ainsi sa pierre à la diffusion des idées révolutionnaires.

 

Nous nous sommes ensuite perdus de vue. 

Depuis quelques années, nous nous sommes revus, avec son ami de toujours, Fons Moerenhout, son amie de tous les combats Cécile Draps et quelques autres.

Un temps pour discuter du bilan de ces années 60, un autre pour échanger sur les élections, une autre

A Manifiesta avec Fons Moernhout
( capture d'écran  tiré de " camarade Moerenhout" d'Annie Thonon)

fois à Manifiesta ; elle était aussi, discrète et efficace, l’inspiratrice des petites fêtes organisées pour l’anniversaire de notre Fonske. 

Discrète   efficace  et courageuse  c’est ainsi  que je la vois aussi, à travers les récits ci dessous de son engagement total comme porteuse de valises, dès ses 25 ans, aux côtés des combattants pour l’indépendance algérienne. Jeune mère de famille, elle avait abandonné ses études à l’ULB , prenant tous les risques du travail clandestin. 

Et ce combat des porteurs de valise pour l'Algérie, elle a voulu le porter, toujours avec le même courage  jusqu'à la fin de sa vie : conférences, interviews, projections de film, colloques, de Bruxelles à Alger, pour que les jeunes générations connaissent cette expérience de solidarité et d'internationalisme.

Elle me confiait, après le colloque d'Alger en 2017 combien elle avait été heureuse d'y avoir participé et d'y être honorée, mais aussi combien elle avait été peinée de voir l'Algérie encore si pauvre.


 Il y a peu, je lui demandais pourquoi elle avait tant de peluches de Nounours partout chez elle, dans le salon, dans le bureau, dans le hall.
Elle nous explique alors que quand elle avait 6 ans, en 1940, elle se promenait à Anvers dans un parc avec son nounours. Quand son père est venu la chercher d’urgence pour  fuir la barbarie nazie et partir  , elle  avait abandonné à tout jamais son nounours,  et , petite fille de 6 ans, elle en avait pleuré.
Je suis sûr que tous les nounours du monde épris de justice et de liberté lui feront une haie d'honneur pour son  dernier voyage. 


Une grande camarade nous a quitté.

Que son engagement  et son courage inspirent les combattants de demain ! 

 

SA VIE

 

Festival des Libertés 2014 (photo G. CHERIFI)

SUZY THUY-ROSENDOR (née à Anvers, le 18/9/1933). Sa famille est originaire de Faleshty et de Resina près de Kichinev en Bessarabie (Empire russe). Ses parents fuient la répression tsariste puis les persécutions nazies. De retour en Belgique, elle entame ses études à l'ULB (Université Libre de Bruxelles). Elle s'engage aux Étudiants Communistes puis au Parti Communiste Belge, lequel la découragera de s'engager pour la Révolution algérienne. Jeune mère de famille en 1958 et proche de l'avocate Cécile Draps (avocate du collectif belge), elle décide d'apporter son aide aux militants algériens en raison de son histoire familiale et de ses convictions humanistes et internationalistes. Elle bénéficie de l'appui de son mari André Thuy. « Électron libre » par rapport aux différents réseaux de soutien, cette position singulière se traduit par des contacts directs avec les membres du Comité Fédéral de la Fédération de France du FLN (surtout Kaddour Ladlani parfois Omar Boudaoud) ou avec Rabah Nehar (responsable de l'UGTA) mais aussi avec le responsable du FLN pour la Belgique Titrouche Abdelmajid. Parmi les différentes missions qu'elle reçoit d'eux, elle assure le transport régulier des cadres et des militants de l'Organisation et de la Spéciale vers Paris, Lille, Amsterdam ou Cologne mais aussi les liaisons au-delà des frontières en ayant plusieurs fois la charge des documents et archives du FLN. Enfin elle est également chargée de trouver des logements à Bruxelles pour les militants en clandestinité et participera aussi à la filière médicale. 
Après la guerre, elle devient une libraire engagée et travaillera avec son mari ingénieur sur différents projets, en Guinée et en Irak. 

(Rédigé par Paul-Emmanuel Babin)

 

L'ALGERIE

2017 Colloque d'Alger sur "le Front du Nord" organisé par l'Ambassade de Belgique

De son côté, Suzy Rosendor (née en 1933 à Anvers), témoignant de cette période, précise d’emblée qu’elle était un «électron libre». «J’ai accompli beaucoup de missions», se remémore-t-elle. Mme Rosendor avait des contacts directs avec les membres du Comité fédéral (Ladlani et Omar Boudaoud), avec Rabah Nehar (responsable de l’UGTA) ainsi que Abdelmadjid Titouche alias Marc Dujardin, chef du FLN en Belgique.Elle a assuré le transport de nombre de militants et même de membres de la «Spéciale» «vers Paris, Lille, Amsterdam ou Cologne, mais aussi les liaisons au-delà des frontières en ayant plusieurs fois la charge des documents et archives du FLN», détaille sa note biographique.

Elle est également «chargée de trouver des logements à Bruxelles pour les militants en

clandestinité et participera aussi à la filière médicale». Summum de l’humilité, Suzy Rosendor confie : «J’ai même été jusqu’à nettoyer des appartements à Francfort.» Des «planques» pour les activistes FLN.         
El Watan  01 novembre 2017                                 

 

Au colloque d'Alger de 2017, alors que l’hymne national retentit dans la salle (dans sa version longue), Suzy Rosendor, l’une de ces grandes âmes de l’ombre, est émue aux larmes.
Elle confiera que ce qui l’avait touchée, outre le fait qu’elle écoutait Kassaman pour la première fois, sous le ciel de l’Algérie indépendante, c’est l’idée que cette musique de Mohamed Fawzi et ces couplets de Moufdi Zakaria pouvaient être «joués» en toute liberté.  
El Watan 31/10/2017

 "Suzy Rosendor explique que son militantisme anti-colonialiste était « un héritage de famille », nourri par des convictions humanistes et internationalistes. Née en 1933, Suzy Rosendor s’est engagée durant son cursus universitaire aux Etudiants communistes avant de rejoindre au Parti communiste belge. A partir de 1958, elle décide d’apporter son aide aux militants algériens et entre en contact avec des membres de l’UGTA et de la fédération de France du FLN. "
Suzy expliquait que son engagement était surtout dû à son rejet de l’injustice. « Mes convictions, je les ai héritées de ma famille. Mais la principale raison de mon engagement était mon rejet de l’injustice et le mépris » que subissait la population algérienne                       Tribune des lecteurs 31/10/2017 

Mais, sa plus grande fierté reste sa participation à l'organisation du référendum d'autodétermination le 1er juillet 1962, à Charleroi (Belgique). "De nombreuses femmes ont participé à l'organisation de ce référendum pour l'indépendance. Ce jour était, non seulement, celui de la libération de l'Algérie, mais c'était aussi, pour elles, celui de la libération de la femme", a-t-elle confié.
El Faycal 28/10/2017




2012 les 50 ans de l'indépendance à Saint Josse, avec Cécile Draps  

Au P C

    Elle me confiera lors d’un entretien en 2017 quelques détails de son parcours au Parti communiste :

Elle avait rejoint en 1962, la section d’Uccle du Parti Communiste, tout en y faisant remarquer que la lutte de libération algérienne était sous la direction du FLN (Front de Libération Nationale), et pas du parti communiste. Des militants communistes français désapprouvaient d’ailleurs la position de la direction du parti sur l'Algérie. En ce qui la concerne, un responsable du Comité Fédéral de Bruxelles du PCB l'avait mise en garde à propos de ses activités pour l'Algérie et le FLN.  
Le PC interdisait en effet à  ses militants toute activité de soutien direct et forcément clandestin au FNL.

     
En 1963, avec la section d'Uccle, elle a vécu la rupture entre PC « révisionniste » et PC « marxiste - léniniste » dirigé par Jacques Grippa.
Tout de suite, elle devient responsable dans l'administration de la nouvelle Fédération Bruxelloise. Elle était aussi responsable de la maison d'éditions « Le  Livre International ».  Elle a vu beaucoup de moyens mis en œuvre et l'engagement de nombreux employés permanents à Bruxelles. En même temps, l’activité de la section de base déclinait, de nombreux membres étant permanents attachés à d'autres tâches. C'est une des causes de l'échec de ce parti. 
En 1966, Suzy Rosendor n'a pas accepté, au sein du PC - Grippa les exclusions de Maurice  Delogne, Fons Moerenhout et d’autres camarades.
Elle a rendu ses comptes en ordre et a quitté le parti, se mettant « en dehors du parti », dont elle a néanmoins été "suspendue".

 Ce qui ne l'a pas empêché, bien au contraire, de rester toute sa vie  fidèle à ses profondes convictions révolutionnaires.



2015  Avec Fons Moerenhout à Pékin.