dimanche 19 juin 2016

1914-1918 - JUIN 1916 :« NOUS VOULONS DU PAIN » : LA MARCHE DES FEMMES DE GAND VERS LA HALLE AUX DRAPS

Les mois passent , et les années : 2014, 2015, 2016...
Le travail que j'ai entamé via ce blog pour connaître - et faire connaître - avec mes modestes moyens-  ces « HOMMES CONTRE », qui se sont dressés contre la grande boucherie de 1914-1918 se doit d'être poursuivi: la mémoire ne peut se limiter à quelques grandes dates, le 4 août 1914, Verdun... en attendant le 11 novembre 2018...
D'autant plus que 1916 a été une année charnière, un tournant dans la Grande Guerre.
Bien sûr, on nous a parlé de VERDUN, de champ d'honneur, de paix et d'Europe.
Mais quoi de tous ceux qui se sont levés contre la guerre , quoi des fusillés pour l'exemple afin de  transformer la troupe en machine à tuer, quoi des mutins qui ont refusé les massacres de masse absurdes ?
Et quoi du peuple, à l'arrière, des travailleurs, des familles entières plongées dans le chômage, le rationnement, la misère et la faim?
La résistance sociale a bel bien existé dans notre pays et 1916 en a sans doute été son point culminant, mais elle a essentiellement été occultée.


Aujourd' hui, pour commémorer les 100 ans du combat des ménagères de GAND, de juin 1916 , je me plonge dans l'ouvrage en néerlandais de Giselle NATH : « BROOD WILLEN WE HEBBEN » (Editions MANTEAU – 2013) et nous parlerons donc ici de   "FEMMES CONTRE"
 Le livre de Giselle NATH est en ligne en néerlandais : https://biblio.ugent.be/publication/4146213/file/6803129.pdf

Nous sommes en juin 1916.
La cause de la colère  populaire est le manque de nourriture , la faim, et le chômage.
Dés le début de la guerre, la Belgique, absolument non préparée à une invasion , et qui achetait à l'extérieur les 3/4 de ses besoins alimentaires, est frappée par l'arrêt de tout commerce et , par la suite par l'embargo qui est dirigé contre les puissances centrales, Allemagne, Autriche- Hongrie et les pays occupés par elles.

 LE COMITE NATIONAL DE SECOURS ET ALIMENTATION
C'est dans ces conditions que le financier Francqui, directeur de la Société Générale et l'industriel Solvay créaient  le Comité National de Secours et d'Alimentation .
D'autre part, en liaison avec cette fondation, Herbert Hoover, créera la Comission for Relief in Belgium qui fournira les vivres au CNSA.
Ainsi sont créées les structures qui devraient , selon leurs promoteurs, nourrir la Belgique entière, et empêcher ainsi la prolifération dans ce qui était la 5ème puissance mondiale, de combats sociaux et de la menace  révolutionnaire
Le CNSA regroupait, derrière la façade d'oeuvre paternaliste de bienfaisance les notables de l'élite politique d'avant guerre, de l'échelon national à l'échelon local.
Beaucoup a été écrit sur le CNSA, ( G. Nath y consacre un long chapitre de son livre) beaucoup de louanges de la Belgique officielle, des critiques aussi et .... des pages de révolte.

A Gand, les deux acteurs majeurs de l'assistance sociale étaient
  • la Ville ( libérale socialiste) , avec le bourgmestre libéral Braun, et le leader socialiste Anseele ; elle organisait 37 cuisines populaires, fournissait des rations de produits de base. 
    L'Oeuvre gantoise de « la Goutte de Lait » offrait des repas et des soins aux femmes et enfants .Elle recevait pour ce faire des subsides du CNSA
  • CUISINE POPULAIRE A GAND
    Le « Comité Régional du Grand Gand », avec 30 magasins américains; qui étaient chers, et parfois de qualité douteuse.
    Il s'occupait aussi des allocations de chômage.
    Ce Comité politiquement était surtout un bastion catholique et de la grande bourgeoisie et il subventionnait aussi quantité de fondations privées , destinées aux classes moyennes ou à même à la bourgeoisie, comme l' « Oeuvre des repas bon - marché » ou des aides à des « restaurateurs », en fonction de leur clientèle ou « Le Secours Discret «  qui aidait parfois des familles même aisées de façon anonyme...
Ce qui allait aiguiser la colère populaire, car ce qui fut insupportable aux femmes de travailleurs , c'est que alors que leurs enfants avaient faim et leurs hommes sans travail, alors  que leurs rations étaient insuffisantes, d'autres  avaient le ventre plein, parfois avec les subsides du CNSA. !!!
Et leur colère faisait peu de distinction entre les différents intervenants : le CNSA, la Ville, les autorités allemandes
« Au début, tout était merveilleux...des magasins américains remplis de marchandises, de la viande, ...des haricots recouverts d'une délicieuse sauce tomate avec quelques bouts de viande de porc, des pois, des lentilles, , du café et tant et plus.
Maintenant on manque terriblement de tout! D' où cela vient il ? C'est pourri ! ....
Tous ces beaux messieurs voudraient ils une seule fois partager ? 
Oui, après la guerre, un banquet et une décoration, et tout ça se terminerait au mieux ! »

La situation avait atteint un point critique : sur le marché noir, les prix étaient exorbitants, et la qualité détestable . La presse parlait de décès suite à la consommation de beurre
D'autre part la spéculation de marchands suscitent la colère : « les bouchers cachent de la viande et la vendent à gros prix à quelques clients privilégiés »

LA COLERE DES MENAGERES 
Depuis plusieurs semaines, le mécontentement populaire se concentrait dans les quartiers ouvriers de « MUIDE » et de « HERNIS »,au Nord Est de la ville , autour du port, où les femmes se retrouvaient.
Déjà le 2 juin, l'agitation s'était répandue dans les quartiers du port et un militaire allemand avaient enjoint à un agent de police belge d'intervenir, mais celui ci n'avait pas bougé et avait été sanctionné.
Le commandant allemand Von Wick de la zone « Etappenzone »(*) fit placarder une affiche le 20 juin :
Tout qui participerait à des rassemblements et tout qui ignorerait les ordres de la police serait puni de 5 ANS DE PRISON FERME !
La police elle même reçut des instructions précises : elle devait veiller à empêcher les manifestants de se rassembler et prévenir immédiatement les autorités, ce qui n'empêcha pas les agents gantois , le 22 juin , de ne pas intervenir !

"L'enfer et comment il vint sur terre"(J De Graeve)
iselle Nath reprend le récit romancé de Jozef De Graeve , ouvrier- écrivain socialiste , témoin des
années de guerre à Gand . plus tard journaliste au Vooruit et sénateur socialiste .
Il, a écrit en 1919 : » L'Enfer, et comment il vint sur terre - journal romancé de la vie du peuple à Gand de 1914 à 1918. »

»Les ménagères du quartier De Muide se rassemblaient souvent , des discours enflammés étaient tenus, et ils avaient beaucoup de succès. »
Le matin du 22 (?) juin 1916, les femmes de différents quartiers décidèrent de marcher vers le « Lakenhalle », la Halle aux Draps au centre ville , local du Comité Régional du « Grand Gand », qui était l'antenne locale du Comité National de Secours et d'Alimentation.
Parties de « De Muide », elles se trouvent au pont du canal face à un barrage de soldats allemands, mais parviennent néanmoins à atteindre par un chemin détourné, le centre et « Lakenhalle »
Elles avaient en fait deux objectifs : le bureau du Comité de Secours de qui dépendait les rations de pain insuffisantes et le bureau du chômage a Kuyperkaai, de qui dépendait les allocations de chômage
Le seul fonctionnaire qui n'a pas mis les voiles en voyant arriver ce cortège de ménagères en colère
les interpelle : 
» Vous n'avez pas à venir ici ! Allez à l'hôtel de ville !» 

« Quoi Monsieur, nous n'avons pas à être ici ?Vous pensez donc nous renvoyer ainsi !
De quel droit ? Nous en avons assez Monsieur !
Et si vous ne le savez pas, ou ne voulez pas le savoir, parce que d'abord et avant tout vous vous souciez de vous et de vos amis  , parce que vous pensez que pour les autres, les milliers de gens, il n'y a pas de guerre,
parce que que vous avez la panse remplie, et les pieds bien au chaud !
Et bien nous sommes venus vous le dire aujourd'hui, et nous ne partirons pas sans une ration de pain plus élevée ! »
GAND, AU CENTRE LAKENHALLE (siège du CNSA); en rouge: DE MUIDE et HEERNIS

Les femmes finalement furent repoussées brutalement par les militaires allemands et la police, mais sans effusion de sang.

« VOUS VOYEZ BIEN ,QUAND LES FEMMES S'EN MELENT... »
Elles ont gagné :
Dés le 25 juin, le Comité National de Secours augmentait la ration hebdomadaire pour chaque personne inscrite à 3 pains de 925g/ semaine .
La Halle aux draps ( le CNSA) créa aussi un service des oeufs pour donner aux plus pauvres des rations de protéines animales .
Le service chômage se mit en quête de ressources supplémentaires auprès de la Ville , et la Ville mit en place de nouvelles commandes de pain blanc en Hollande pour empêcher de nouvelles livraisons de pain moisi !
VOORUIT: augmentation de la ration de pain:
La Ville aussi allait modifier les barêmes de l'aide sociale pour élargir son aide aux familles.
Les Allemands furent aussi obligés de fournir des repas gratuits , mais l'armée eut vite fait de limiter au maximum cette « générosité »  de l'occupant..
Ne l'oublions pas la disette, le manque de nourriture frappait aussi le peuple allemand, et son armée comptait sur le pillage des récoltes et des vivres du pays occupé ,en particulier dans l'Etappengebiet.

Si bien qu'un an plus tard, le 23 juin 1917, « des femmes, se répandirent à nouveau dans les rues en criant « Nous voulons à manger »Une délégation fut reçue par le bourgmestre, mais les manifestantes furent brutalement dispersées par la police allemande équipée de casques et de boucliers »


Ce sont les femmes, ménagères, femmes d'ouvriers au chômage qui ont été les actrices de ce combat pour la ration de pain .
 Les femmes de la classe ouvrière dans la Belgique de 1916 n' avaient que peu de droits et avaient peu d' avenir devant elles.
Mais leur rôle s'est renforcé avec l'occupation : beaucoup d'hommes étaient partis au front , d'autres sans emploi pour trouver du travail là où c'était encore possible .
Dans les 11 quartiers administratifs , il y avait ,en 1916, 166 femmes pour 100 hommes .
Les femmes étaient donc majoritaires.
Et les hommes présents, chômeurs à 75% !: outre l'arrêt des importantes usines textiles , les travaux de creusement de nouveaux docks avaient été arrêtée précisément en 1916 , privant la population ouvrière de ressources.
Important aussi pour Giselle Nath, c'est que le modèle mis en avant à la fin du XIXème siècle, de la femme , ménagère au foyer ,chargée d'élever les enfants et de veiller au foyer, d'assurer hygiène et propreté, de préparer le repas chaud du soir , modèle de la femme bourgeoise proposé comme idéal de progrès pour toute la société, ce modèle , avec la guerre , s'était effondré.
Ce modèle était aussi celui des élites socialistes, ( excepté quelques uns) qui ne souhaitaient pas une émancipation de la femme par le travail et par son immersion dans la vie publique collective , mais au contraire : les patrons devaient augmenter les salaires des hommes , pour que eux aussi, les travailleurs , avec l'amélioration de leur niveau de vie puissent garder leur femme à la maison .

L'historienne GISELLE NATH (Univ. Gand)
L'effondrement de ce modèle, le retour de la faim et des problèmes d'alimentation allaient mettre les femmes des quartiers aux premiers rangs.
C'est dans les quartiers qu'on pouvait bavarder et s'échanger des informations autour des pompes à eau , au marché.
De même, les travaux de couture, elles le faisaient plus volontiers dans la rue que à la maison : les femmes avaient donc de multiples occasions de se rencontrer.
Mouvement spontané issu des quartiers donc, où les femmes sont la majorité et , ont , bien souvent en l'absence des hommes, à gérer le quotidien.
Et le quotidien était devenu , avec la guerre, la sous alimentation et en cette année 1916, la faim, avec tous les problèmes de santé pour les enfants et les personnes âgées.

Mais , fait remarquable, que Giselle Nath développe dans son ouvrage, c'est que la naissance d'une conscience collective , menant à l'organisation de manifestations s'est appuyée sur le réseau existant des groupes socialistes de quartier.
Les premiers clubs de quartier étaient apparus à la fin du 19ème siècle : plus que de simples cellules de propagande pour le POB, c'était aussi des endroits de vie locale collective où circulaient des idées, où il y avait de l'entraide, où on se retrouvait pour prendre un verre ou un café.
Avant 1914, il y avait une vingtaine de groupes de quartier à Gand ;
Le groupe du Heirnis s'appelait 'De Toekomst » ( L'Avenir)
Avec la guerre, la direction du POB sur ces clubs s'est relâchée, et les femmes les ont massivement investis.
Peu à peu, ces groupes de quartier sont devenus plus des défenseurs de l'intérêt général que de l'intérêt politique du seul POB.
Relativement informels, le contrôle du parti s'étant relâché, ils donnaient aux ménagères un cadre local d'organisation autonome .
Différentes initiatives étaient déjà venues des quartiers ouvriers : en février 1916 , une délégation de femmes avait été reçue à l'hôtel de ville pour discuter du manque de pain, de savon et de pommes de terre, et de la situation hygiénique pitoyable.

GEORGINE BLANCHAERT ET LES « FEMMES SOCIALISTES » ( SOCIALISTISCHE VROUWEN -SV)
GEORGINE BLANCHAERT, pionnière des femmes socialistes à Gand
Giselle Nath donne l'exemple d'une dirigeante du club du Heirnis, Georgine Blanchaert
Fille de militants socialistes, ouvriers actifs dans le comité de quartier de la « Brugsepoort », elle était couturière après avoir quitté l'école à 12 ans.
Active dans la chorale socialiste féminine, elle fut au Heirnis , présidente d'un groupe de femmes , et d'une association de couture.
Au début de la guerre, elle avait 33 ans. Et fut certainement frappée par le chômage comme la plupart des couturières : savon, charbon, lait et pain vinrent à manquer.
Avec 4 enfants à nourrir, ce n'était certainement pas facile.
Elle décida d' ouvrir dans la quartier un lavoir collectif, qui fournirait savon et charbon (pour l'eau chaude) pour la lessive et pour avoir des vêtements propres.
Mais les Allemands refusèrent de donner du charbon gratuitement ; et elle devait aussi trouver un local . Enfin son lavoir fut ouvert à l'hiver 1915.
Et ces lavoirs collectifs furent un des points de rassemblement des femmes avant leur marche de juin 1916.
On ne sait, explique Giselle Nath, si Georgine participa aux actions de 1916 ; mais c'est très probable, étant donné sa position dans les clubs de quartier du Heirnis et de la Brugse Poort ,son rôle dans l'ouverture d'un lavoir, et son caractère entreprenant.
Par la suite, Georgine Blanchaert eut une carrière politique au sein du POB; conseillère provinciale en 1921, conseillère communale de Gand en 1926.

«  Plus intrigant, écrit Giselle Nath, c'est l'existence d'un mouvement autonome, et plus radical, de femmes, en pleine occupation. »
Georgine Blanchaert a raconté que le comité de quartier de la « Brugse poort » avait pris l'initiative de créer une fédération (gantoise?) des groupes de femmes socialistes appelés « Socialistische Vrouwen » et qu'elle même était membre des « Femmes Socialistes »  du Heirnis.
Une Fédération Nationale des Femmes Socialistes existait depuis sa fondation en 1901
Cette organisation aurait revendiqué le suffrage universel étendu aux femmes, ce que le POB avait abandonné dés 1901-1902, abandon de principe « motivé » par la peur de voir le vote féminin favoriser la droite catholique .
Il faudra attendre 1948 pour qu'il soit réalisé !

Ces « Femmes Socialistes » relevaient ainsi le drapeau brandi pour la première fois 25 ans plus tôt , en 1891 par la militante socialiste gantoise Emilie Claeys.
De famille ouvrière, elle avait été la présidente du « cercle de propagande socialiste pour les femmes. »
Première femme membre du Conseil général du POB, elle fit campagne pour le suffrage universel étendu aux femmes, ce qui fut inscrit - très provisoirement - dans le programme du parti.
Elle codirigea une association hollando-flamande des femmes qui publiait le périodique « De Vrouw »
Elle prônait l'indépendance économique de la femme, son droit au travail , et formulait aussi des
critiques sur le mariage « traditionnel ».
Traductrice en néerlandais du monumental ouvrage de August BEBEL « Le socialisme et la femme », elle se pose en partisane de l'union libre, s'attirant l'hostilité de toute la société bourgeoise, mais aussi d'une large partie du POB.
Une première fois menacée de poursuites judiciaires pour un article sur le contrôle des naissances, elle fut la cible d'une campagne de presse pour « délit d'adultère » .
Abandonnée même par ses amis politiques, elle  se retira de la vie politique, puis se convertit au protestantisme.


Ainsi, en juin 1916, les ménagères de Gand ont écrit une page importante de l'histoire de la résistance sociale- le combat pour le pain- pendant la Première Guerre Mondiale.
Leur prise de conscience dépassait la colère spontanée puisqu'elles avaient trouvé un réseau d'organisations à travers les clubs socialistes des quartiers et elles utilisèrent un certain vide du contrôle sur ces clubs pour se rassembler de manière autonome.
Elles ne furent pas les seules : à Alost, Courtrai, Termonde,Lokeren St Niklaas, et aussi dans la région liégeoise eurent lieu des manifestation de la faim.
Mais sans doute, c'est dans l'Etappengebiet(*) que la faim de l'été 1916 a laissé les traces les plus profondes.

(*) Etappengebiet : "longue bande d'une cinquantaine de kilomètres le long du front, englobe en Belgique les deux Flandres puis, plus tard, la partie occidentale de la Province du Hainaut. Cette zone est administrée par les troupes qui l'occupent, c'est-à-dire les 4e et 6e armées allemandes."

Le livre de Giselle NATH est en ligne en néerlandais
Autres articles sur la résistance sociale pendant la guerre 14-18

JUILLET 1916  : LA REVOLTE DU BEURRE , DE LIEGE A HERVE ET VERVIERS. FEMMES ET OUVRIERS IMPOSENT LEUR PRIX .

:http://rouges-flammes.blogspot.be/2015/12/1914-1918-juillet-1916-la-revolte-du.html
  MAI 1915 - LA « GREVE DU PAIN » des MINEURS de LIEGE (De Ste MARGUERITE, à SERAING, HERSTAL et HUY)
http://rouges-flammes.blogspot.be/2015/11/1914-1918-mai-1915-la-greve-du-pain-des.html

Lire aussi dans "ETUDES MARXISTES" n°112
 « Des hommes contre » (deuxième partie)
Minoritaires socialistes — pacifistes, flamingants et révolutionnaires — contre la guerre
http://www.marx.be/fr/content/%C2%AB%C2%A0des-hommes-contre%C2%A0%C2%BB-deuxi%C3%A8me-partie





mercredi 27 avril 2016

L'AFFAIRE GRAINDORGE 1979-1980 : UN "VRAI" COMPLOT EN BELGIQUE., OUI CA A EXISTE !

« Je ralentis, je freine devant la maison familiale, mais subitement , deux voitures me bloquent à l'avant et à l'arrière.
Cinq ou six hommes m'entourent. Ils sont tous en civil. L'un d'eux s'approche de moi : « Police judiciaire. Voulez vous ranger votre voiture? Nous avons un mandat d'amener contre vous  [...] Je lis le mandat d'amener. Incroyable !... Je suis poursuivi comme « auteur, co- auteur de prise d'otages, du chef d'association de malfaiteurs, de complicité d'évasion, avec la circonstance aggravante qu'il y a eu transmission d'armes et violence, de recel de malfaiteurs. 
... des policiers fouillent déjà ma voiture. Nos deux enfants pleurent. Je les rassure. [...]»


capture d'écran : pour la libération de M. GRAINDORGE- 16 sept 1979


Ce sont les premières lignes p13  de l'ouvrage de l'avocat Michel GRAINDORGE : « L 'affrontement »
Nous sommes le 31 août 1979 à 20h57, 58 ou 21h (heure à partir de laquelle il est ( était) interdit de perquisitionner) selon les montres de la police ou celle de l'avocat...
S'ensuivront 86 h de mise au secret et 4 mois de détention préventive à la prison de Forest.

UN HOMME A ABATTRE
Le 26 juillet, 5 semaines avant ,en Chambre du Conseil au Palais de Justice de Bruxelles, l'ennemi public n°1, François BESSE- « bandit » français considéré comme très dangereux s'évade en menaçant d'une arme les 10 gendarmes présents et en prenant en otage le magistrat président, qu'il libère avant de disparaître à moto.
Un vrai film de série policière en plein Bruxelles !
Son avocat est Me Michel Graindorge.
L' occasion est trop belle  : pour certains services spéciaux belges et (ou) étrangers, c'est le moment de le foutre dedans, cet avocat révolutionnaire de gauche ! «  C'est lui qui a organisé l'évasion de Besse., voire lui a fourni l'arme ! »
Et pour les cercles les plus répressifs du Parquet et même de la magistrature ce sera le moment de faire taire, cet emmerdeur qui veut empêcher de juger et d' emprisonner en « paix » , qui veut ce qu'on appellerait aujourd'hui une « tout autre justice » !
Quitte à construire de toutes pièces un dossier pour le criminaliser , en faire un « terroriste » !!

Mais qu'est ce qui avait placé Michel Graindorge ainsi dans l'oeil du cyclone ?
Avocat engagé sans compromis à gauche, il l'était certes, mais était loin d'être le seul.
Ancien dirigeant de parti communiste, il l'était, mais nous étions des flopées à l'époque à avoir, un jour ou l'autre , été exclu de l'un ou l'autre parti communiste.
(Sur les années 60- début 70, voir :


En fait , dés le début des années 70, Michel , en avocat révolutionnaire a entamé de nombreux combats sur les questions de la privation de liberté et de l'enfermement
  • en 1971-72 la dénonciation du scandale des enfants maltraités au home « Vrij en vrolijk » de Brasschaat avec la constitution d'une Commission Publique d'Enquête
  • en 1973-75, l'action sur l'enfermement psychiatique , avec là aussi une commisssion publique d'enquête

LE SOUTIEN AUX DETENUS
Mais c'est dés 1976 , avec le soutien aux détenus de Belgique et la lutte contre le système pénitentiaire qu'il devient dérangeant.

Mais ne l'oublions jamais : ce n' était pas un combat qu'il menait seulement comme avocat indigné par ce qu'il voyait tous les jours.
Son père avait été gardien de prison .
«  Mon père, mort en 1972, jeté au chômage par la grande crise de 1930, fut ouvrier, chômeur, puis gardien de prison pendant plus de 30 ans.
Mon père , un jour , ici même ou ailleurs , ouvrit et ferma des centaines de milliers de portes dans cette prison à Namur , puis à Verviers .
Mon père, il était bon et juste. Il aimait la vie. Je sais qu'il a pleuré près de ma mère quand au début, les soirs, il revenait de la prison . » 

Et c'était sans doute ce qui ajoutait de la conviction à son combat : il ne le menait pas simplement pour les conditions de vie dans la dignité des hommes que sont les détenus, il le menait pour la dignité posthume de son père et de tous les hommes du personnel pénitentiaire.
La prison, l'enfermement, faisait partie de toute sa vie, depuis que petit, il accompagnait son surveillant chef de père aux séances de cinéma de la prison de Verviers
« La prison jouxte notre maison et la recouvre à la nuit tombante de son ombre pesante »
Il décrira cette lourde proximité de la prison dans plusieurs paragraphes de
« La promenade des récollets »






En 1979, Michel écrivait pour la revue du Jeune Barreau le texte suivant qui résume parfaitement sa démarche  qu'il signe
« Michel GRAINDORGE, membre du Comité de soutien aux détenus de Belgique- Juillet 1979 »
dans "L'AFFRONTEMENT p29


Vue de la prison de VERVIERS
Et ce qui dérangeait, , ce qui allait à contre courant des convenances dominantes, c'est qu'il considérait les détenus bien que condamnés, parfois pour des crimes horribles, comme des hommes – mais ça, c'est le propre de tout avocat,- mais comme des hommes debout, et aussi des hommes en lutte pour leur dignité..
« Oui les détenus ont raison de se révolter....car la Convention Européenne pour les droits de l'homme s'arrête aux portes des pénitenciers «

Oui les gardiens de prison ont raison de se révolter. Et d'exiger un autre statut.... »

Quelle belle occasion donc de criminaliser, non seulement un avocat , mais le comité qui s'est construit avec lui, le comité de soutien aux détenus de Belgique et « en faire un réseau d'évasion du grand banditisme » !


DEFENSE DES PRISONNIERS POLITIQUES DE RFA
Un autre combat , plus radical sans doute , mais tout aussi important pour la défense des droits de  toute personne - quel que soit le délit commis -  à être défendu en justice et à être traité dans la dignité, c'est le combat pour la défense des prisonniers politiques en RFA via le comité du même nom.( CDPP- RFA)
De quoi s'agit il ?
Dans les années 70 , parmi les groupes politiques révolutionnaires dits « gauchistes », certains estimèrent politiquement devoir affronter la domination bourgeoise et la puissance impérialiste américaine par la lutte armée  et la guerilla urbaine( en Italie , les Brigades Rouges et  Noyaux Armés Prolétariens, en France , la Nouvelle Résistance Populaire, puis Action Directe et , en Allemagne la Rote Armee Fraktion, - Fraction Armée Rouge - aussi appelée « la Bande à Baader »)
Klaus Croissant était l' avocat de la Rote Armee Fraktion et il fut lui même accusé d'avoir « organisé dans son cabinet la réserve opérationnelle du terrorisme ouest-allemand ».
Réfugié en France , en 1977 où il demanda l'asile politique ,il fut néanmoins arrêté , puis extradé et emprisonné à la même forteresse que ses clients. 
Sartre et d'autres intellectuels avaient pris sa défense . Michel Graindorge l' avait plusieurs fois rencontré , puis visité en prison.

« A l'automne 1976, à la demande de Klaus Croissant, j'avais accepté d'assurer la défense devant la Commission Européenne des Droits de l'Homme de Karl Raspe, un des compagnons de Baader,
enfermé comme lui dans la sinistre forteresse de Stammheim.[...]
«  A la suite de nombreuses discussions, de plusieurs témoignages, j'étais arrivé à la conviction que les droits de la défense politique étaient bafoués en Allemagne Fédérale , que les gens de pouvoir tentaient de criminaliser quelques poignées d'avocats courageux.
En outre , tout en ayant de profondes divergences avec la Fraction Armée Rouge, je me refusais à hurler avec les loups ; J'étais scandalisé par la manière dont les autorités fédérales dénaturaient totalement les paroles et les actes ... et par les tortures subtiles – particulièrement l'isolation sensorielle que ces autorité employaient couramment pour tenter de briser la personnalité de militants politiques [...]
Dés le départ, en dénonçant un fascisme larvé qui se développait en Allemagne Fédérale et en luttant pour la sauvegarde physique et psychique des prisonniers de la guérilla urbaine, je savais que j'étais avec d'autres un point de mire des services spéciaux, »(pp72-73)

Voilà dressé le tableau des motivations de la police politique de l'état - sous influence ou pas de services ouest allemands ou autres- pour criminaliser Me Graindorge : une contestation radicale de l'ordre judiciaire d'une part , et sa participation d'autre part à la défense des prisonniers politiques en République fédérale.


LE COMPLOT
Il serait trop long d'entrer dans les détails – abondamment relatés dans le livre de Michel ;
Mais le trame du complot est de construire un prétendu réseau d'évasion à BUT TERRORISTE , réseau qui aurait pour but de   déstabiliser, par des enlèvements et l'usage de la violence, la société belge..
Un vrai « procès verbal d'audition » non signé par ailleurs, d'un certain Gh détenu à la prison de Tournai se trouve au dossier. Sa lecture à elle seule, éclaire la nature de toute « l'affaire Graindorge . « 
« Je vous explique que Vandeputte (*)ayant accepté l'aide de Graindorge pour sa cavale était de ce fait obligé d'accomplir des actes de terrorisme tels que enlèvements et assassinats.
La motivation de ces actes était d'ordre politique.
Graindorge voulait jeter le trouble en Belgique et pensait que seule la violence pouvait faire aboutir ses projets.
A votre demande je vous précise que les enlèvements de personnalités tels que ministres ou homme d'état devaient servir à faire libérer des détenus purgeant de lourdes peines....
les détenus devaient s'évader seuls et être pris en mains par une organisation. A ce moment, un entraînement devait être suivi (dans un autre PV, le même "témoin" parle d'un « camp palestinien »  !)....
Les anciens détenus ayant accepté l'offre devaient alors accomplir, sous peine d'être tués, les actions qui leur seraient commandées par les dirigeants du Parti ou Organisation[...]
Je peux encore vous préciser que le groupe de Graindorge , centralisé en Belgique avait ou a des rapports avec la Fraction Armée Rouge ainsi qu'avec des groupements similaires en Italie »
(*) Vandeputte, : client de Me  Graindorge depuis 1977.S'évade à de multiples reprises et finalement s'évade et disparait en février 1979.Son évasion prendra dans l'accusation la relève de l'affaire Besse qui, comme preuve du réseau d'évasion, a lamentablement échoué ,
C'est pas beau ça ? Un beau dossier, bien ficelé ?
Voilà, à l'occasion de l'évasion de Besse, et par le travail souterrain de quelques agents d'une police politique , Maître Graindorge transformé en « Baader belge » !
Michel commente :
«.. les déclarations soi disant attribuées à Gh Sont en fait le schéma type des services secrets occidentaux. Il s'agit , poussant en quelque sorte la stratégie de la rumeur à son point ultime de répandre dans l'opinion le spectre du terrorisme....
Tout y est absolument en vrac : les camps palestiniens, les truands embrigadés dans la politique, l'éloge de la violence en soi, la déstabilisation de la Belgique, l'obligation de tuer sous peine d'être exécuté, l'enlèvement de personnalités pour libérer des détenus, les finances occultes, la liaison avec la Fraction Armée Rouge et les Brigades Rouges...
...les agents de le sûreté ( G et M)ont cette fois tendu la corde à l'extrême.Ils ont visé le plus loin possible,
mais je suis certain qu'ils ont soulevé une pierre pour la laisser retomber sur leurs pieds. »(p107-108)


LA RUMEUR : « LES ATTENTATS POLITIQUES »
Mais outre les aveux extorqués ou les déclarations dictées de toute pièce, il faut encore dans un complot de ce type une large diffusion de la rumeur, de manière à , par delà le dossier intégralement manipulé, créer l'opinion.
Et pour cela, une certaine presse poubelle est d'un grand secours :

Le Rappel du 5/10/1979 :  
» Des truands, de vulgaires bandits semblent avoir bénéficié dans leur cavale de l'aide d'une organisation qui ne peut cacher ses sympathies pour la Rote Armee Fraktion...
L'extrême gauche a t'elle besoin de truands pour réaliser certains coups ? »

La Dernière Heure des 6 et 7 /10/1979 :
« GRAINDORGE DE PLUS EN PLUS ENFONCE »
« Hier, c'était le dossier numéro 1, celui de l'évasion de François Besse., qui retenait l'attention
Aujourd'hui,c'est le dosser n°2,celui du réseau d'évasions.
Demain, le Parquet sortira le dossier n°3, celui des attentats politiques, notamment contre le général Haig, près de Casteau, au mois de juin dernier (**)et aussi les attentats attribués à l'IRA...
Il y a des bruits qui circulent, beaucoup de bruits même. »(pp92-93»)
La Meuse La Lanterne du 20 /10/79
« Graindorge rêvait-il d'être le Baader Belge ? »(p100)
**Le général Haig:commandant suprême des forces alliées en Europe, à la tête du commandement intégré européen de  l'OTAN ( SHAPE) visé par un attentat à la bombe à Mons le 25/06/1979, revendiqué par un commando Andreas Baader de la Fraction Armée Rouge
Michel écrit :
« Quand j'ai écrit que le Parquet voulait me briser, je le pense encore aujourd'hui avec plus d'acuité. [...] le Parquet est un corps hiérarchisé ; coiffé par les procureurs généraux et le Ministre de la Justice.
Le Parquet, historiquement fut et reste aux côtés de l'ordre social dominant[...]celui d'une petite minorité qui possède les moyens de production .
En outre, je suis persuadé que des forces occultes ont poussé le Parquet dans une fuite en avant, au point qu'à ce jour aucun élément déterminant de l'affaire ( l'évasion de François Besse) n'est éclairci....(p100)

Capture d'écran :16/09/79 manif devant la prison de Forest
« LA QUESTION »

Plongé lui même dans l'univers carcéral, dont il avait tellement dénoncé les abus, et qui avait aussi hanté toute son enfance, quelle belle opportunité pour lui – dans son malheur- de se faire accusateur des conditions de détention, de l'absurdité de la détention préventive, de l'arbitraire des interrogatoires et de l'instruction et aussi de la mise en scène « anti- terroriste »dont il est l'objet : chaque déplacement , menotté à deux gendarmes , au palais de Justice est accompagné d'un déploiement de forces de gendarmes armés de mitraillettes, se déplaçant en convoi, pour diffuser dans l'opinion l'image d'un « grand criminel terroriste. »
Une mauvaise chose peut se transformer en une bonne chose: l'accusé devient accusateur!
"La détention préventive fait bon marché de la dignité et de l'intégrité de l'être humain présumé innocent
Elle n'est ni plus, ni moins dans notre société contemporaine et telle qu'elle est globalement appliquée que le relais de « la question » d 'il y a deux siècles »...
Je le dis que c'est une honte. Que c'est indigne d'une société qui se targue des droits de l'homme. L'être humain le plus souvent subitement est dépossédé de tout"
Et de dénoncer les conditions de la mise au secret, où la seule promenade se fait dans une « cage longue de 18m et large de 2m » appelée aussi la cage à tigres ;
les cachots du palais de justice de 3m/2 sans aucune fenêtre où il a parfois attendu toute une journée le bon vouloir de ces interrogateurs.
Et de décrire en détail la vie qu'il a connue en prison à la cellule 232  de septembre à décembre 1979: « un bac en plastique permet de se laver. Il y a une douche par semaine hors des cellules. Un seau hygiénique renouvelé à 6h et 15h recueille l'urine, les excréments, l'eau de toilette et les reliefs des repas . . La lumière électrique est allumée de l'extérieur à 5h 45et éteinte à 21h45 ;... il suffit la nuit de chercher à tâtons dans le noir le seau hygiénique ou la fenêtre inaccessible pour d'hypothétiques étoiles... »
... l'application de la détention préventive et le système cellulaire sont indignes et forment en quelque sorte un soubassement moyenâgeux ne permettant nullement à l'être humain présumé innocent , de se présenter dignement devant les juridictions de jugement. »(pp 149-151)

Avertissement criant d'actualité près de 40 ans plus tard quand on voit le rôle de l'enfermement et de la prison dans la  radicalisation  terroriste dite djihadiste de petits (ou gros) délinquants qui sortent de taule en candidats aux attentats suicide.



Après avoir été maintenu en détention par des arrêts de toutes les juridictions appelées à se prononcer, chambre du conseil, chambre des mises en accusation, cour de cassation , Michel comparait – détenu- devant le tribunal correctionnel le 5 décembre 1979.
Il sera libéré le 22 décembre , acquitté complètement le 29 février 1980 , jugement confirmé en cour d'appel le 26 juin 1980.
Le complot a échoué : échec et mat !
Savourons ici les dernières lignes de son livre :
« Dehors, le printemps sans nuance. Un peu partout, la misère et la révolte du pays.
Le soir s'en vient .
Le cortège des hommes en noir, le cortège de la préhistoire s'ébranle lentement. C'est un cortège de mort...
Regardez les dans ce soir de printemps. Ils emmènent avec eux leurs prisons inhumaines, leurs détentions préventives, leurs instructions secrètes, leurs polices politiques.
Regardez les au soleil couchant, hors de portée.Ils disparaissent dans la nuit de nos souvenirs. La vieille mort les escorte.
Et les enfants de l'aube regardent émerveillés, l'envol de l'oiseau bleu. »( p227)




COMPLOTISME ET VRAI COMPLOT

Il est de bon ton depuis le 11 septembre 2001 dans les médias de l'establishment, et sur tous les réseaux sociaux de dénoncer le conspirationnisme , la « théorie du complot. »
Il existe bien , en effet un courant  qui explique le moindre événement historique comme résultat d'un complot, de l'action secrète d'un nombre réduit de personnes, en général des services spéciaux, des officines agissant dans l'ombre.
Ce courant n'est pas plus absurde que le courant dominant de l'histoire contemporaine bourgeoise qui explique l'histoire comme résultat exclusif de l'action de grands hommes, de rois ,d' empereurs, de généraux ou de présidents.
Sauf qu'en général,sur les actes et déclarations des hommes illustres ,il existe des traces .
Par contre , le propre d'un complot, c'est d'être secret : pas de preuves, pas la moindre trace, ce qui laisse le champ libre à l'infini aux supputations , aux fausses preuves, à la diffusion de rumeurs , aux documents inventés , aux petites phrases sibyllines, aux photos et vidéo truquées.
Les réseaux sociaux et Internet sont évidemment le champ privilégié pour la diffusion de ces rumeurs , mais pas seulement .
Powell, secrétaire d'état US présente au Conseil de Sécurité de fausses preuves
L'histoire récente a montré que ce sont bien Bush,et le gouvernement des Etats -Unis , Tony Blair et le gouvernement du Royaume Uni qui ont été les plus grands comploteurs mystificateurs de l'histoire récente en étalant des fausses preuves d'armes de destruction massive en Irak .
Inventées de toute pièces par leurs services secrets , elles ont servi de justification à l'agression contre ce pays en 2003- dont on subit tous les jours depuis 13 ans  les conséquences dramatiques pour la paix du monde.

» L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes. « est la première ligne du Manifeste communiste de 1848.
Mais il est absurde de nier que dans ces conflits de classe, qui entraînent souvent de très larges masses de la population dans l'action politique dans un sens progressiste et révolutionnaire ou dans un sens réactionnaire et contre révolutionnaire, il est absurde de nier le rôle pourtant bien réel et omniprésent de petits groupes secrets , de services spéciaux, d'officines souterraines., comme il est absurde de nier aussi le rôle de personnalités d'exception.
Mais tout est question de hiérarchie : la dénonciation permanente de complots ou la louange exclusive de « grands hommes » n'ont que pour effet d'évacuer du champ de l'analyse historique, les peuples eux mêmes et les classes sociales qui le composent,les « véritables héros », ceux qui écrivent réellement l'histoire.
D'évacuer aussi toute prise de conscience , tout débat politique, idéologique sur les chemins à prendre pour briser ses chaînes.
La dénonciation à tout vent et à tout propos de la « théorie du complot » a pour seul objectif d'empêcher toute investigation critique, d' imposer toujours une version officielle indiscutable des événements, dans laquelle toute action souterraine de quelque services spéciaux que ce soit – essentiellement occidentaux par ailleurs est d'office évacuée et occultée.
Si vous parlez depuis 2001 du rôle éventuel de la CIA, du Mossad, des fondations américaines, ou des services saoudiens, nos bons esprits s'écrient : « c'est du complotisme. ! »
Si vous émettez le moindre doute sur des bizarreries des enquêtes anti terroristes, vous voilà suspect de « conspirationnisme » , ou de « confusionnisme »!

C'est comme si ces services s'étaient évanouis, n'intervenaient plus dans le monde entier, et de démons du XXème siècle (assassinats de chefs d'état , de leaders politique, organisateurs de coups d'état, de tentatives d'invasion etc.),
ils étaient devenus les preux chevaliers  du XXIème siècle, qui « font leur travail », et assument avec héroïsme notre sécurité dans la « guerre contre le terrorisme ».

On a en fait les 2 faces d'une même médaille : les complotistes qui inventent des complots à partir de tout et de rien alimentent « l'anti conspirationnisme » de la pensée unique.
C'est la dictature de la pensée : tous ceux qui osent poser des questions sont ipso facto accusés de conspirationnisme et jetés dans le même panier « rouge-brun » que l'extrême droite .
(Par ex. Michel Collon et Invesig'action, des sites comme «  Le Grand Soir » « Arrêt sur info.ch » etc... )

Les étiquettes infamante d'antisémite ou d' « agent des  pires dictatures » (Saddam, Khadafi, Bachar, les mollahs iraniens etc.) leur sont souvent collées sur le front.
Et ce harcèlement idéologico-médiatique,véritable propagande d'état généralisée  à toute la société, fait pression sur tous les efforts d'investigation et de vérité des courageux lanceurs d'alerte  et des journalistes attachés à la vérité.
Il suffit de voir le sort qui, par ailleurs leur est réservé : procès pour les révélateurs de Luxleaks, menaces et exil pour Assange et Snowden etc.

C' est avec ces réflexions à l'esprit, que j'ai relu d' une traite l'ouvrage de MICHEL GRAINDORGE, « L'AFFRONTEMENT » et que je redécouvre la mise en place concertée et hallucinante d'un vrai complot, d'une vraie provocation, inventée de toute pièce par des vrais « agents de l'état » visant à criminaliser un avocat révolutionnaire et à l'envoyer en taule pour au moins 10 ans...
Oui , les vrais complots ça a existé dans notre pays , en Belgique .
Et si ça a existé hier, ça peut exister aujourd'hui ou se répéter demain .
Amis, soyons vigilants !

Projection-débat sur le thème de la prison  25 novembre 2007



lundi 7 mars 2016

EGALITE HOMME FEMME: LES OUVRIERES DE LA FN – HERSTAL AVAIENT ALLUME LE FEU ;ELLES ONT SOUFFLE SUR LES BRAISES

C'est l'occasion maintenant , cher lecteur , de découvrir aussi comment cette grève des femmes a entraîné un renouveau à gauche des revendications et des organisations féministes.
Présomptueux  peut être pour un homme,  même s'il  a été solidaire, d'écrire sur ce sujet..., mais je me place sans problème sous le contrôle de « la moitié du ciel ».

Affiche de l'Union des Femmes, reproduite sur une "bâche" HERSTAL 02/2016
Cet article  est  le 5ème de "ROUGEs FLAMMEs"  consacré à la  grève de la FN de 1966





L'UNION DES FEMMES

L'Union des femmes , fondée en 1965 , était une organisation dans la mouvance communiste regroupant des femmes reconnues, qui avaient donné leur nom pour populariser des revendications spécifiques aux femmes – comme l'égalité des salaires.
 Il y avait notamment Yvonne JOSPA, (1) communiste qui avait fondé pendant la guerre, l'association secrète du Comité de défense des Juifs qui sauvera de la déportation des milliers d'enfants juifs.
Elle sera également l'une des fondatrices  du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (M.R.A.X.), Cécile DRAPS, avocate communiste , qui avait été active dans les comités de défense du FLN ( Front de Libération Nationale algérien ) pendant la guerre d'Algérie,
Elena HAZARD , femme engagée d'une grande sincérité et d'une grande compétence 
Il y avait aussi Germaine HANNEVART (1887-1977), qui était une pionnière du féminisme en Belgique , et était d'autre part connue pour avoir organisé l'hébergement des enfants de la république espagnole en 1936, et pour son combat constant pour la paix ( guerre de Corée, Vietnam) (2)
Elle avait été présidente de la Fédération Belge des femmes universitaires, et   membre active de la «  Porte Ouverte » 
années 30 : une réunion de la Porte Ouverte G Hannevart 3ème à g.
La Porte Ouverte créé en 1930 ,  "regroupe des femmes et des hommes décidés à réaliser l'émancipation économique de la travailleuse. Il entend obtenir pour les femmes les mêmes chances, les mêmes droits et le même traitement que les hommes dans tous les domaines du travail, de l'emploi et de la sécurité sociale" 
En 1934,en pleine crise, elle avait créé crée le journal «La travailleuse traquée».
Elle y dénoncera en 1934 un arrêté royal autorisant des quotas de femmes dans chaque industrie afin de les remplacer par des chômeurs masculins. 
 En 1935 , un autre arrêté royal réduisait le traitement des membres féminins de l'enseignement et celui des agents féminins de l'état !!!
Une grande campagne est menée par « La Porte Ouverte » dont l'objectif est «A travail égal, salaire égal» .
Germaine Hannevart est la porte parole de seize mouvements féminins auprès du Premier Ministre Van Zeeland, qui finit par abroger ces projets discriminatoires.

FEVRIER 1966 - FN
Cécile Draps 2012
En février 1966, témoigne Cécile Draps « la rencontre entre les femmes du Comité d Action autour de Germaine Martens ,et la poignée de militant(e)s communistes -  Union des femmes, s'est faite, parce que nous étions là, militant(e)s engagé(e)s, enthousiastes et mobilisé(e)s 24h sur 24, et que nous avons répondu tout de suite et vite, au besoin qu'elles avaient d'exprimer leurs revendications , de les faire connaître , de les crier dans la rue , à leur besoin aussi d'étendre leur mouvement aux autres usines, alors que ceux la mêmes qui auraient dû être à leurs côtés, freinaient des 4 fers
Notre rôle a été essentiellement un rôle de soutien logistique à leur mouvement, et bien sûr aussi de soutien moral et politique, parce que au début, les pressions de la structure syndicale étaient très fortes pour qu'elles reprennent le travail. 

Notre rôle a été essentiellement un rôle de soutien logistique à leur mouvement, et bien sûr aussi de soutien moral et politique, parce que au début, les pressions de la structure syndicale étaient très fortes pour qu'elles reprennent le travail. 

Nous nous rencontrions chez Germaine à Saint Nicolas avec ses camarades et c'est elles qui parlaient pour rédiger le texte des tracts du Comité d'Action, que nous imprimions.
Comités d'action FN et ACEC Herstal aux ACEC -Charleroi


J'ai eu l'idée de faire une affiche , et c'est un ami, graphiste professionnel, Julien DAWLAT qui, en solidarité,l' a dessinée. 

Nous les accompagnions – comme chauffeur notamment – aux autres usines  pour les diffuser , au nom du Comité d'Action.Je les ai accompagnées aussi à Charleroi, aux ACEC, je pense que c'était le jour du démarrage de la grève là- bas.Il se fait que cette affiche – simple, belle, accrocheuse, - correspondait parfaitement à la revendication des femmes, qui s'en sont emparées.Nous les avions collées sur des dizaines de panneaux et les avons amenées pour les manifestations . Et 3000 femmes dans la rue avec plein de panneaux avec la même affiche accrocheuse , ça impressionne !En fait, nous les avons aidées à prendre possession de la rue (manifs répétées de l'usine à « La Ruche » pour les assemblées) ,qui était de fait le lieu de rassemblement et de mobilisation , puisqu'il n' y avait pas de piquets. »
Et cette affiche, présente sur des dizaines de photos et de films, a fait le tour du monde et est restée dans l'histoire, comme symbole de la grève ., ... et une rare trace historique de  "l'Union des Femmes"

LE COMITE « A TRAVAIL EGAL, SALAIRE EGAL »

Le 21 avril 1966 est créé à Bruxelles un comité d'action « A travail égal, salaire égal »


Suzanne GREGOIRE photo CArCOB
A l'origine de ce comité 2 femmes, engagées à gauche,  Marthe van de Meulebroek et Nicole Gérard auxquelles se rallient ,des enseignantes, des juristes, et aussi , la communiste Suzanne Grégoire , ancienne ouvrière à Herstal, ancienne conseillère communale de cette ville en 1938, résistante contre le nazisme sous l'occupation , déportée à Ravensbrück en 1943, puis de 1946 à 1949, élue députée communiste de Bruxelles.
Secrétaire administrative de l'Association Internationale des Juristes Démocrates en 1966 , elle soutint  activement le comité de grève et  ravivait  ainsi  ses racines liégeoises et prolétariennes.(3)

voir : Hubert HEDEBOUW:"Suzanne Grégoire, une grande dame"

http://hachhachhh.blogspot.be/2011/12/suzanne-gregoire-une-grande-dame.html



Ce comité est né du soutien apporté aux ouvrières par plusieurs d'entre elles pendant la grève :
Marthe van de Meulebroeke était professeur de morale à l'école normale Emile André à Bruxelles :
« La grève des femmes a été pour moi une révélation. Après 48,( 1948 ndlr) et le droit de vote des femmes on croyait que tout allait suivre.Je ne m'étais pas rendue compte à quel point le salaire des femmes était inférieur à celui des hommes.[...]
En découvrant l'ampleur des discriminations, j'ai été scandalisée.[...](4)

Le comité exige notamment l'application effective de l'article 119 du Traité de Rome interdisant toute discrimination de salaire fondée sur le sexe, l'enseignement mixte à tous les niveaux ,pour donner aux filles les mêmes chances d'accès à tous les métiers ,la mise en place par les pouvoirs publics de structures, crèches, jardin d'enfants ,garderies etc .
Dans la foulée de la grève elles organisent une manifestation le 2 juin à Bruxelles, pour continuer le combat des femmes de la FN, qui avaient repris le travail le 10 mai.
A leur appel, répondent 175 signatures d'associations, d'hommes politiques, d'universitaires , de direc(teur)trices d'écoles, avocat(e)s, enseignant(e)s, employées et ouvrièr(e)s essentiellement issu(e)s du monde laïque et de la gauche .
Guy Cudell bourgmestre PSB de St Josse leur ouvre sa maison communale pour leur conférence de presse du 26 mai 66.
Mais , les 2 grandes organisations syndicales FGTB et CSC ne s'associent pas au mouvement , qu'ils ne veulent pas voir sortir d'un cadre purement revendicatif et syndical
Et les 2 grandes organisations féminines, les Femmes Prévoyantes Socialistes et les Ligues ouvrières féminines chrétiennes , pourtant massivement présentes à la manifestation du 25 avril à Liège ( grande manifestation de soutien à la grève à l'appel de la FGTB et de la CSC ), ne souhaitent pas y donner une suite pluraliste.
A peu près seule comme organisation « féministe » le groupement de « la Porte Ouverte » s'associera au comité.
La manifestation du 2 juin rassemblera entre 1000 et 1500 personnes .
Le 8 octobre 1966, le comité se structure :
La présidence d'honneur est confiée à Pierre Vermeylen ,connu pour son soutien au féminisme, tout récent « ancien » ministre PSB de la Justice du gouvernement Lefèvre – Spaak (PSB-PSC ;1961-1965) et très bientôt ministre de l' Education Nationale ( PSB-PSC ;1968-1972).
« Pendant quelques années, une trentaine de ces femmes se sont réunies avec moi pour préparer des conférences de presse, des publications et des conférences »explique – t- il dans ses mémoires.

"Ce que  nous voulons" (expo "femmes en colère" 02/2016
La présidence est exercée conjointement par Marthe Van de Meulebroeke et Marijke Van Hemeldonck, pour le côté flamand . Suzanne Grégoire , du parti communiste , est trésorière
Le comité fort de ses compétences juridiques et sociales , se mue en fait de « comité d'action » en groupe d'études et groupe de pression aux objectifs institutionnels - on appellerait ça aujourd'hui un
« think tank », un laboratoire d'idées.
Il adresse des memorandums au gouvernement, il publie des dossiers pédagogiques sur tous les aspects du combat féminin contre les discriminations, il tient des conférences de presse.
Des femmes , personnalités en vue des grandes organisations – FGTB, PS, CSC - comme Annie Massay (FGTB), Emilienne Brunfaut (PS), et Miette Pirard (CSC) finiront par le rejoindre plus tard . , de même que des intellectuelles comme Eliane Vogel Polski et Marie Denis (5)
Situé politiquement à la frontière floue de la gauche institutionnelle et gouvernementale et de la gauche radicale, le comité  est surtout lié ( de1966 à 1978) à la sphère bruxelloise  intellectuelle laïque de gauche , et il jouera historiquement le rôle positif de diffuseur d'idées , de passage du flambeau entre le combat ouvrier de 66 pour l'égalité de salaires et le néo- féminisme des années 70 , dont elles seront partie intégrante.
Et il n'hésitera pas à soutenir ,dans les années 70 ,l'action des Marie Mineur vers les ouvrières de la région du Centre .

LES MARIE MINEUR : L' EGALITE + LA LIBERTE

Les années 70, dans la foulée de mai 68 seront les années du développement tous azimuts des organisations féministes, en Belgique comme dans le reste de l'Europe.
Et elle connaîtront de grands moments comme la journée des femmes du 11 novembre 1972, où 8000 femmes (et hommes) se rassemblent au passage 44, en présence de Simone de Beauvoir ; comme la publication à la même occasion , en 1972 du '' petit livre rouge des femmes » , brochure qui aborde tous les aspects du combat féministe, y compris le combat des femmes au travail. Tiré à 15000
exemplaires, il sera épuisé en quelques mois .

1973 Le Docteur PEERS dans la rue après sa libération.

Et des grands combats comme celui de 1973 pour la libération du médecin communiste, le Docteur Peers jeté en prison pour pratique illégale d' interruptions de grossesses , qui se poursuivra dans la rue pour exiger la dépénalisation de l' avortement.
Dolle Minas , Front de Libération des femmes, Groupe d'action pour la libération des femmes , autant de groupes qui naissent en 1970, 1971 dans la foulée de mai 68.(6)
Ils ne réclament plus seulement l'égalité, mais aussi la liberté de la femme en tant qu'être humain, seule maître de son corps, de sa sexualité, de son choix de maternité ;  »notre corps nous appartient », « mon ventre, c'est chez moi »
Mais, dans le cadre de la commémoration des  50 ans de la grève de la FN, mon attention est attirée par le combat des Marie Mineur (7) ,organisation féministe en milieu ouvrier, active principalement dans la région du Centre, mais aussi à Charleroi et Liège.
Je me réfère pour ce paragraphe exclusivement à  l'ouvrage : " Jeanne Vercheval, un engagement social et féministe" de Claudine Marissal et Eliane Gubin édité par l'Institut pour l’égalité des femmes et des hommes- 2011.(8)Que je référence ci dessous (JV – IEFH) 
Dans les années 70, c'est elles qui , pour ce que j'en connais, porteront le plus loin l'héritage de la grève des femmes de 1966.
Leur animatrice principale : Jeanne Vercheval , militante féministe de gauche .
Issue de famille ouvrière, de conviction communiste, elle avait été de 1963 à 1967 la cheville ouvrière de l'action anti- impérialiste et du soutien au Vietnam et avait créé les comités d'action anti impérialistes des jeunes.
Comme les autres organisations féministes , les Marie Mineur se jetteront dans le combat pour soutenir le docteur Peers et pour la dépénalisation de l'avortement .
Militantes ouvrières en milieu ouvrier, elles vivent de très près la détresse des femmes du peuple obligées d'interrompre leur grossesse, qui n'ont pas les moyens de se payer un avortement aux Pays Bas.
Mais les Marie Mineur ont un engagement politique et rappellent sans cesse la dimension sociale de la lutte des genres.
« Elles sont d’autant plus réceptives aux théories anticapitalistes que leur région subit de plein fouet le déclin industriel ; beaucoup ressentent personnellement les difficultés sociales au quotidien. »
« Notre but vise principalement à toucher les femmes de milieu modeste. Femme travailleuse – épouse et fille de travailleur – notre mouvement se met donc au service des moins favorisées ».



photo www.labiso.be
« Les Marie Mineur réclament la mixité de l’enseignement dans toutes les écoles et à tous les niveaux, un même contenu éducatif pour les filles et les garçons. [...] Les Marie Mineur refusent l’exploitation du corps des femmes par la pornographie, le cinéma, le théâtre et la publicité. [...]
Les Marie Mineur réclament la généralisation de l’éducation sexuelle, la légalisation des moyens anticonceptionnels et le droit des femmes à l’avortement libre et gratuit. [...]
Les Marie Mineur défendent avec force le principe « À travail égal, salaire égal ». Elles dénoncent la réglementation spécifique du travail féminin : si réglementation il y a, elle doit s’appliquer aux deux sexes de la même manière, car le travail féminin n’est pas un travail d’appoint, il a la même valeur que le travail masculin. [...]
Dans la sphère privée, les Marie Mineur réclament une participation égale des père et mère au processus éducatif et aux tâches ménagères. « Répartissons les travaux de la maison, selon les goûts de chacun et sa disponibilité (repassage, nettoyage, bricolage, jardinage) [...]. Que disparaisse cette affreuse boutade ‘femme à tes casseroles !! Hommes et femmes sont capables de tout faire. Question d’apprentissage ! » (JV- IEFH pp145-146)

Dans les années 70, les Marie Mineur interviendront dans plusieurs grèves
« En Hainaut, terrain d’action privilégié des Marie Mineur, des grèves éclatent à la faïencerie Boch-Keramis à La Louvière (1971-72 et 1975), à l’usine de relais de centraux téléphoniques Siemens à Baudour (1976), à la fabrique de pantalons Farah à Obourg (1977)et SA Confection industrielle (ex-Salik) à Quaregnon (1978-79) [...]
« Nous étions présentes lors des grèves, on nous demandait un coup de main pour les piquets. On allait parfois chercher les enfants à l’école, tout simple-ment. On était là. On était disponible. Et ça, petit à petit, les travailleuses du coin le savaient : ‘on téléphone aux Marie Mineur ! »(JV- IEFH pp145-146)
Et dés 1975 , quand la crise du choc pétrolier de 1973 éclate, elles se lancent dans le combat contre le chômage qui frappe en premier lieu les femmes ( 60% des chômeurs indemnisés , en 1977 sont des femmes.)
                           photo www.labiso.be
« Les Marie Mineur publient le Livre blanc sur le chômage des femmes ,[...] (qui) expose clairement les risques d’exclusion et la manière de s’en protéger.
Une douzaine de comités de chômeuses se créent en moins de deux mois dans la région louviéroise. Conduits par quelques femmes motivées, ils touchent chacun plusieurs dizaines de chômeuses.
Les Marie Mineur assurent leur coordination.
Le 7 février 1977, Jeanne et ses amies organisent dans les rues de La Louvière une manifestation qui rassemble quelque 600 femmes. Elles réclament du travail, la suppression des exclusions du chômage, le respect des droits de tous les travailleurs sans emploi et la réduction du temps de travail à 36 heures par semaine »(J.V- IEFH p 150-151)
« Inlassablement, les Marie Mineur interpellent le monde syndical. Elles dénoncent la faible représentation féminine dans les structures syndicales, l’absence des femmes dans les négociations sociales, même dans les secteurs où les travailleuses sont majoritaires (à titre d’exemple, la fermeture de Farah à Obourg a été négociée en concertation avec les permanents syndicaux masculins), le manque d’autonomie des commissions syndicales féminines, ... En 1977, une table ronde du textile (un secteur principalement féminin) réunit au meeting final 2.000 participants «
dont 1.800 femmes. À la tribune des permanents syndicaux, pas de femmes ! »(J.V- IEFH p 155)
Mais à force de faire trotter les délégués, comme l'avait fait petite Germaine et les ouvrières de la FN en 1966, « la stratégie de l’aiguillon porte ses fruits et, à la fin des années 1970, les syndicats intègrent peu à peu les intérêts des travailleuses et des chômeuses. » (JV – IEFH p159)
Et là commence un autre épisode, celui écrit par les militantes et militants au sein des organisations syndicales pour l'égalité ses genres.
Voilà , ami lecteur ,à travers ces années de combat des années 60 et 70 quelques figures de femmes militantes engagées à gauche , qui à travers différents types d' engagement, divers groupes ou organisations , ont soutenu et continué le combat des ouvrières de la FN .
Celles ci avaient allumé le grand feu du combat pour l'égalité des femmes et des hommes, d'autres avaient entretenu la braise, et grâce à elles et à toutes celles et ceux qui les ont suivies le feu qui couve ne pourra plus jamais être éteint.

MARIANNE organisation des femmes du PTB  (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)



(1) sur Yvonne JOSPA: https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvonne_Jospa
(2) sur Germaine HANNEVART : "Des femmes dans l'histoire en Belgique, depuis 1830" p200
 Suzanne van Rokeghem,Jacqueline Aubenas,Jeanne Vercheval-Vervoort - Luc Pire 2006
      et "Dictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles - p307 -Eliane Gubin- Racine 2006
(3) Suzanne GREGOIRE: José GOTOVITCH " Du Rouge au tricolore. Résistance et Parti Communiste" p 525 Labor 1992
 et le blog de Hubert Hedebouw : Suzanne Grégoire, une grande dame! décembre 2011

(4) cité dans "Le féminisme est dans la rue: Belgique 1970-1975"- p22 - Marie Denis,Suzanne Van Rokeghem - POL-HIS
(5) Sur le comité " A travail égal, salaire égal" voir
"La grève des femmes de la FN en 1966, une première en Europe"Marie- Thérèse COENEN POL-HIS 1991 pp 197-208
(6) sur le renouvea féministe des années 70 voir op cité "Le féminisme est dans la rue: Belgique 1970-1975"
(7)Marie Mineur « Militante ouvrière, très probablement épouse de militant, elle a créé à Verviers en 1872 la seule section féminine de l’Association internationale des Travailleurs. Elle a pris la parole dans des meetings avec beaucoup d’énergie et milita durant une vingtaine d’années dans des cercles
anarchistes et rationalistes « pour le triomphe des idées d’émancipation »
 Un livre lui a été consacré : "Marie Mineur. Marie rebelle" de Freddy Joris édition Avant propos 2011