mardi 24 février 2015

1914-1918: UOMINI CONTRO : DE ROMAIN ROLLAND A GEORGES EEKHOUD


ROMAIN  ROLLAND

"Il  (ROMAIN ROLLAND) vint pendant plus d'un an et demi s'asseoir six à huit heures par jour derrière le petit abri en planches dressé au milieu du musée RATH...  
Un petit bureau et un siège de bois brut, à côté du martèlement des machines à écrire, au milieu du va-et-vient des gens qui se pressent, appellent  se hâtent, interrogent tel fut le poste de combat qu'occupa ROMAIN ROLLAND pour lutter contre les misères de la guerre." a écrit STEFAN ZWEIG.

Le musée RATH, à GENEVE,  c'est le siège de  l'Agence des prisonniers de guerre de la CROIX ROUGE.
Debout, seul, contre la guerre, contre la haine , l'auteur de JEAN CHRISTOPHE , interpelle dés septembre 1914, dans "Au dessus de la mêlée", les  élites européennes, les intellectuels, les églises et les partis socialistes , " qui attisent l'incendie - chacun y apporte son fagot."
Considéré, aussi bien en FRANCE qu'en ALLEMAGNE , comme l'ennemi public n° 1 , vilipendé par tous comme "l'Anti France",
"On ne lui fit pas grâce des plus viles calomnies:...il collaborerait à des feuilles allemandes; son éditeur américain serait un agent du Kayser... la presse entière s'entend pour le boycotter" .(S.ZWEIG)
Il sera néanmoins , en 1916 couronné du PRIX NOBEL de Littérature pour l'année 1915.
Peu à peu , il recréera un tissus international de contacts  et d'amitiés liés par le refus ferme de la boucherie impérialiste.
 Parmi les  plus grands des intellectuels du monde entier, se rangeront  à ses côtés: S. ZWEIG, P.J. JOUVE, M. GORKI, U. SINCLAIR , G. DUHAMEL,  H. MANN et tant d'autres.
Parmi eux un Belge, de GAND , FRANS MASEREEL .

FRANS MASEREEL

Installé avec sa famille à GENEVE, fidèle à ses choix politiques , il connaîtra la pauvreté et la vie difficile de l'exilé sans travail.
Romain Rolland et Frans Masereel

Il publiera, dans la presse pacifiste de GENEVE,  nombre de gravures au contenu anti militariste et internationaliste , véritables coups de poing aux bellicistes jusqu'auboutistes de tous les pays.
Caricaturiste du journal quotidien  suisse antimilitariste   "LA FEUILLE" de 1917 à 1920 , il est l'exemple de l'engagement militant d'un artiste au service de son idéal de  paix et de solidarité entre les peuples.
« Ce n 'est que tard le soir, vers 11 heures, qu'il arrive à la rédaction. Il parcourt vite les journaux, les derniers communiqués et dépêches et dispose alors de 2 heures pour faire son dessin.
La plupart du temps, il s'inspire d'une citation tirée d'un communiqué gouvernemental ou d'un titre de journal, mais il lui arrive aussi de rédiger lui même la légende .
Il devient maître dans l'art de trouver ce que HENRY VAN DE VELDE appelle « une légende lapidaire, cruelle et foudroyante »
Cela lui vaudra d'être déclaré "déserteur" par les autorités belges du HAVRE. il sera banni de son propre pays jusqu'en 1929!
Sur Frans MASEREEL  lire

GEORGES  EEKHOUD
Portrait de Georges Eekhoud par Magritte

En même temps que se développait la lutte contre la guerre , à GENEVE , autour de ROMAIN ROLLAND, d'autres voix , dés 1916 naissaient des tranchées , HENRI BARBUSSE, avec ses romans "LE FEU" et "CLARTE",  PAUL VAILLANT COUTURIER et  RAYMOND LEFEBVRE avec "LA GUERRE DES SOLDATS"

Tout ce courant d'idées ( pacifisme, antimilitarisme, soutien à le révolution russe,) trouvera son écho en  Belgique aussi. 
Des écrivains se dresseront   contre la guerre.
Parmi les plus grands, comme GEORGES EEKHOUD, professeur à l' UNIVERSITE NOUVELLE, auteur de "La NOUVELLE CARTHAGE", un des maîtres de la littérature belge ( d'expression française) au début du siècle passé.
Connu aussi pour avoir gagné, en 1900, son procès en Cour d'Assises de Bruges, poursuivi qu'il était pour "atteinte aux bonnes moeurs"; il  avait osé décrire  l'homosexualité masculine dans son roman " ESCAL VIGOR"!
Accusé de défaitisme et d'activisme en 1918, il sera forcé à la démission de ses charges professorales.
Il répondra à cette forfaiture patriotarde par son admirable nouvelle "DES HOMMES", qui devrait être enseignée dans toutes les classes de littérature.
Il y  célèbre 6 ou 7 soldats allemands fusillés au TIR NATIONAL à BRUXELLES, par d'autres soldats allemands,  pour avoir refusé d'abattre des civils belges patriotes.



                                                    

Un mouvement , né à partir de ses étudiants de l' ACADEMIE,  parmi lesquels MAGRITTE, et appuyé par ROMAIN ROLLAND, BARBUSSE, ENSOR,  le mouvement "CLARTE"  prit la défense du vieux "Maître" calomnié.
A travers une vingtaine de meetings dans tout le pays , la campagne pour la réhabilitation de GEORGES EEKHOUD culmina dans une conférence de masse à SCHAERBEEK le 20 mars 1920.
Sous la pression de ce mouvement, l' auteur de "LA NOUVELLE CARTHAGE" fut réhabilité par le ROI ALBERT, qui le nomma à l'ACADEMIE DE LANGUE ET LITTERATURE FRANCAISE.
Sur Georges EEKHOUD, lire:
http://rouges-flammes.blogspot.be/2014/10/1914-1918-uomini-contro-georges-eekhoud.html

JEAN TOUSSEUL

Habitant la VALLEE DE LA MEUSE,  pas loin des carrières de CARMEUSE, comment ne pas terminer ce tour d'horizon en évoquant l'écrivain de notre région, JEAN TOUSSEUL.
Ecrivain ouvrier, il a décrit avec tant de force dans "LA MORT DE PETITE BLANCHE", le travail d'esclave des carriers et des chaufourniers au début du siècle passé.
Son patron était l'arrière grand père du baron RODOLPHE COLLINET, actuel CEO de CARMEUSE.
Journaliste, il fut arrêté et emprisonné à SAINT LEONARD en décembre 1918 pour propos défaitistes, c'est à dire pour son opposition à la guerre.
Lui aussi, c'est une campagne internationale qui le réhabilita, soutenue par BARBUSSE, ROMAIN ROLLAND...
sur Jean TOUSSEUL, lire 

Ce post résume la conférence présentée à LA BRAISE à LIEGE le 18 février 2015 dans le cadre du cycle " UN AUTRE REGARD SUR LA GRANDE GUERRE"







mardi 20 janvier 2015

« JE SUIS LAWRENCE » ? 1914 -1918 : GRANDE REVOLTE ARABE, GRANDE TRAHISON DE L' OCCIDENT.

    JE  SUIS      
LAWRENCE ?   
Il est des jours , comme le mercredi  7 janvier 2015, où l' actualité vous assomme.
Un bouton de radio qu'on tourne, et on découvre une vérité terrifiante, qui semble un cauchemar.
Elle émeut, indigne , révolte. Bien sûr , on s 'incline devant la mémoire des victimes assassinées.
Et le matin en s'éveillant, on se dit : « non ce n'est pas vrai , ça n'a pas pu avoir lieu !»
Ensuite, au fil des heures,des jours, on se rend compte que toutes les cartes sont brouillées.
Tel un rouleau compresseur , l'union sacrée  nous est imposée comme une évidence tant le crime est à la fois révoltant et inattendu.
Soudain, il n'y a plus ni droite, ni gauche, plus de crise , de riches et d'exclus, de diplomatie et de paix, mais UNE « civilisation  » menacée , la seule, la nôtre et « LA GUERRE » !
«  Nous sommes en guerre », nous dit on , « guerre contre le terrorisme ».
 « Il faut tous nous unir, se serrer les coudes » !
Il s'agit de « sauvages » qui attaquent notre monde civilisé ;
de « barbares » qui s'en prennent à nos sociétés de libertés ;
de « fous ,de crétins ou d'imbéciles »

LE TERREAU DE LA BETE IMMONDE
Ces groupes s'apparentent à des fascistes ; ils sévissent dans le monde depuis les années 80 , ont propagé le crime et la haine en ALGERIE ( années 90) pendant près de 10 ans (150000 à 200000 morts ), en TUNISIE depuis 2011 ( députés, journalistes, policiers et soldats assassiné), en IRAK, en SYRIE encore aujourd'hui, au MALI ,au PAKISTAN,  au NIGERIA , au CAMEROUN, à peu près partout dans le monde arabo- musulman, et aussi, en OCCIDENT
Ces groupes ont des soutiens et des appuis dans de riches et puissants états théocratiques et féodaux du GOLFE  ( QATAR et ARABIE SAOUDITE) eux mêmes « amis » de l' OCCIDENT.
Au nom de  l' instauration d' un prétendu «  califat », ils mettent à feu et à sang par l'assassinat, des régions entières . Et cette propagation du chaos déstabilise des pays entiers, détruit les états , paralyse les gouvernements le plus souvent corrompus ou complices, élimine les élites , tout ce qui est démocratique et progressiste, terrorise le peuple.
Ce n'est pas être « complotiste » de dire qu'il y a bien quelqu'un, quelque part, à qui le crime profite .
Embrigadés par la haine de tout ce qui ne s'identifie pas à leur dogme ( musulmans chiites ou sunnites, chrétiens, juifs, bouddhistes, athées) manipulés par des puissances qui se dissimulent , ils sont à 100% responsables de leurs actes, doivent être jugés et combattus politiquement comme les fascistes ont dû et doivent être combattus .
A ceux qui pourraient les regarder comme des héros, on doit leur crier :
« ILS CROIENT MOURIR EN MARTYRS, ILS MEURENT POUR LA HAINE ENTRE LES PEUPLES ET POUR LES MONARQUES DU PETROLE »
Certains – à gauche, mais pas seulement - osent quand même aborder les conditions ,  géo – stratégiques, les responsabilités de l' OCCIDENT qui joue aujourd'hui au pompier pyromane :
 les guerres depuis 25 ans - de la guerre du GOLFE ,1ère guerre d' IRAK en 1990, à la 3ème guerre d' IRAK en 2014, en passant par l' AFGHANISTAN, la LYBIE, la SYRIE, le MALI )
Que dis je, depuis 70 ans – de 1948 - le "partage" de la PALESTINE et  la 1ère guerre israëlo - arabe...., à 2014 avec la Xème guerre à GAZA, (SUEZ -1956,  les 6 jours -1967 ,  KIPPOUR -1973 et les guerres du LIBAN)
Que dis je, depuis 100 ans !! En cette année du centenaire de 14-18 , un aspect bien occulté dans les commémorations est en effet la place du MOYEN ORIENT dans la GRANDE GUERRE
Et si l' OCCIDENT avait dés 1914 lui même créé les conditions du chaos ?
Ce blog "ROUGEs FLAMMEs" s'est attaché à ce centenaire de 14-18 Alors , allons y; ce sera ma contribution au combat contre la haine.
Comme il est communément admis que le TRAITE DE VERSAILLES, par son injustice et l'humiliation infligée au peuple allemand, a donner du grain à moudre au  national- socialisme

on doit étudier aussi comment 100 ans d'humiliation, de domination des puissances coloniales et impérialistes sur le monde arabe ont donné eux aussi du grain à moudre à ces  groupes salafistes et takfiristes.
Et en premier lieu en ces années de centenaire,  de 14-18, la trahison en 1916 – 1920 de la révolte arabe, par la FRANCE et l' ANGLETERRE , au moyen du traité SYKES - PICOT , de la déclaration BALFOUR et de l'écrasement du ROYAUME DE SYRIE.

LA NAHDA ou RENAISSANCE ARABE
Le XIXème siècle avait vu un mouvement de renaissance arabe appelé la NAHDA, qui englobait à côté d'un bouillonnement des idées influencées notamment par la révolution française et les « lumières », un mouvement nationaliste arabe, multiconfessionnel ( musulmans et chrétiens) opposés au despotisme de la SUBLIME PORTE. C'est ainsi que s'appelait le pouvoir de l' EMPIRE OTTOMAN à ISTANBUL.
Mouvement d'abord culturel,puis de plus en plus, politique.
Parmi les grandes figures de ce mouvement ( complètement inconnues dans nos cours d'histoire, ou nos documentaires télévisés) :
ABDEL RAHMAN AL- KAWAKIBI.
« Dés le 1er numéro de son journal AL SHAHBA, ( publié à ALEP - SYRIE), il entra en conflit avec les autorités ottomanes qui suspendirent le journal . Il en publia un autre qui eut le même sort, laissant la ville sans presse aucune ; ... c'est un grand prêtre de la liberté. Ses textes littéraires, notamment son TRAITE SUR LE DESPOTISME sont des classiques du genre.
 ("les caractéristiques du despotisme et les luttes contre l'assujettissement",  critique plus particulièrement l’Empire ottoman. Pour lui, le Sultan Abdülhamid II était l’incarnation de ce despotisme qui maintenait le monde musulman dans son état léthargique.)
 

IBRAHIM AL YAZIGI  poéte philosophe, libanais, catholique.
Son poème «  ATTENTION REVEILLEZ VOUS, Ô ARABES » en 1899 était déjà un appel à la révolution .





1913 : LE CONGRES MONDIAL ARABE
En juin 1913 se tient à PARIS le CONGRES MONDIAL ARABE , groupant 200 leaders nationalistes arabes, de toutes confessions membres des sociétés secrètes créées sous la domination ottomane.

Ils demandent l'exercice des droits politiques,la reconnaissance de la langue arabe, un régime décentralisateur.
Ils soutiennent les ARMENIENS ottomans et s'opposent à la constitution d'un ETAT JUIF préconisé par les sionistes.
« Les juifs sont en fait des syriens émigrés... Nous sommes tous, musulmans et chrétiens animés des meilleurs sentiments envers les juifs. Nous sommes même sûrs que nos frères juifs sauront prêter leur concours tant pour faire triompher notre cause commune que pour le relèvement matériel de notre pays commun. »

Citons en plus le développement d'une presse arabe importante : 168 quotidiens au, LIBAN, 87 en SYRIE, 31 en PALESTINE, 70 en IRAK.
«  A la veille de la 1ère guerre mondiale, le nationalisme arabe avait franchi l'étape du romantisme et accédait au stade organisationnel. »
« Pour nous, Arabes, l'esprit révolutionnaire était là, il a précédé la révolution, mais l'idéologie de la révolution était floue ...  »  « UN SIECLE POUR RIEN »LACOUTURE, TUENI, KHOURY 2001
Qui étaient les chefs de ce mouvement nationaliste ?
Bien sûr en ce début du XXème siècle, les élites étaient d'une part la bourgeoisie compradore liée au commerce avec l' OCCIDENT et soumise à ses intérêts et d'autre part les princes féodaux qui entraîneront derrière eux les masses paysannes, et une couche d' officiers ou de fonctionnaires originaires des régions arabes, de l'armée et l'administration ottomane .
C'est cette alliance des princes et des élites nationalistes qui sera le fer de lance de la révolte arabe .

1914 :  LA GUERRE. L'EMPIRE OTTOMAN S' ALLIE AUX EMPIRES CENTRAUX ( ALLEMAGNE + AUTRICHE – HONGRIE)
Le gouvernement nationaliste Jeunes-Turcs(*) ne tolère plus d'opposition.
.(* Le mouvement des JEUNES TURCS était un mouvement nationaliste réformateur turc qui a pris le pouvoir en 1908, en destituant le sultan))
AZIZ AL MASRI , officier égyptien dans l'armée ottomane ,qui avait participé en 1908 au mouvement des officiers Jeunes Turcs, qui s'était couvert de gloire dans la résistance en LYBIE à l'invasion italienne en 1911, fonde AL AHD , une société secrète arabe composée d'officiers de l'armée ottomane, qui lutte pour le droit des nations arabes.
A ce moment là, ils ne demandent pas l'indépendance, mais une sorte d'autonomie d'un royaume arabe dans le cadre de l' EMPIRE OTTOMAN
Juste avant le déclenchement de la guerre , le 25 mars 1914, il est arrêté et traîné devant une cour militaire disciplinaire .
Un mouvement secret de résistance arabe, civil celui là s'était aussi constitué en 1911 à PARIS – « AL FATAT ». Ses objectifs, avancés par rapport au mouvement des officiers visait directement l'indépendance des peuples arabes, et non plus l'autonomie au sein de l' EMPIRE OTTOMAN.
APPEL DES OTTOMANS A REJOINDRE L' ARMEE- DAMAS 1914

PRISON MILITAIRE  OTTOMANE A DAMAS

Le 29 octobre 1914, l'autonomie du MONT LIBAN est supprimée , ses dirigeants exilés en ANATOLIE .
Le blocus de la côte méditerranéenne par les ALLIES et des accès terrestres par les OTTOMANS, provoquent la grande famine du MONT LIBAN, et la mort de faim  de 33 % de la population. !
Le général ottoman, JAMAL PACHA gagne la Syrie avec sa IVe armée pour préparer une offensive contre les forces britanniques installés en Égypte.  Pour les Turcs, toute manifestation de l'arabisme est un acte de trahison.

1916 :  MARTYRS PENDUS A DAMAS ET BEYROUTH
Les arrestations, les déportations et les exécutions se multiplient. Les nationalistes ou réformistes arabes, qu'ils soient musulmans ou chrétiens sont arrêtés,torturés,  exécutés; des familles entières , syriennes et libanaises sont exilées en ANATOLIE.
A BEYROUTH , le 21 août 1915, 11 pendaisons pour « intelligence avec l'ennemi »
Le 6 août 1916, à BEYROUTH et DAMAS 21 martyrs de la cause arabe , musulmans et chrétiens seront pendus
Parmi eux : ABDELHAMID AL – ZAHRAOUI qui était président du premier Congrès arabe
Né à HOMS en 1885, il avait dirigé un journal à HOMS « AL MINBAR » et s'était déjà opposé aux autorités ottomanes.
Il fut élu député de SYRIE en 1908 au Premier Parlement Ottoman
Persécuté, il fut arrêté en 1916 et pendu à DAMAS .







Leur mort radicalise l'opinion publique et convainc le chérif HUSSEIN ( chérif de LA MECQUE)de l'utilité de lancer une révolte contre les Turcs.
JAMAL PACHA , le général ottoman qui dirige les opérations en SYRIE, LIBAN  et  PALESTINE sera désigné comme « AL JAZZAR », « LE BOUCHER ».








En 1915 déjà, un  émissaire spécial d'Al Fatat s'était rendu secrètement à La Mecque pour transmettre au CHERIF HUSSEIN un message selon lequel tous les chefs nationalistes, ainsi que la majorité des officiers arabes de l'armée ottomane, sont prêts à passer à l'action.











 1916 : LA GRANDE REVOLTE ARABE
L'ANGLETERRE et la FRANCE   battues en 1915 - 1916 dans les DARDANELLES par la résistance de l'armée turque, promettent l'indépendance arabe ( en restant vagues sur les frontières) en échange de la participation à la défaite de l' EMPIRE OTTOMAN.
Une série de lettres entre HUSSEIN et le représentant britannique MAC MAHON en sont la preuve.
Fait important, le caractère arabe de la région concerne aussi bien les musulmans que les chrétiens ou autres confessions et les lieux saints de JERUSALEM propres aux 3 religions monothéistes.
C'est alors ce que nous connaissons tous  :  LAWRENCE D'ARABIE, officier des renseignements anglais qui s'insérera dans la révolte , lancée en juin 1916 , pour la manipuler au service des buts de guerre de l' ENTENTE.

Les troupes de FAYCAL ( fils de HUSSEIN)– essentiellement bédouines et tribales - se lancent dans la guerre comme auxiliaires des troupes franco -britanniques, qui disposent d'une marine, de tanks et d'aviation. C'est bien sûr l' ENTENTE qui a la force militaire, mais les les combattants arabes sont , par delà leur faiblesse militaire, porteurs d'un projet politique.
L' OCCIDENT a écrit une légende sur cette épopée ,faisant de LAWRENCE un héros, et de la « révolte » un hymne à la collaboration arabo - britannique , par le biais de FAYCAL et LAWRENCE.
Lawrence manipulera au maximum son « ami », pour soutenir le projet sioniste, pour l'accompagner à la conférence de PARIS où fut concocté le TRAITE DE VERSAILLES, pour , plus tard, le « dédommager » de la perte de la SYRIE en lui proposant au nom de LONDRES la « couronne d' IRAK » créée de toute pièce pour lui.


AKABA, sur la MER ROUGE est prise, puis JERUSALEM (déc 1917) et enfin DAMAS          ( sept 1918) . Les OTTOMANS capitulent et signent l'armistice de MOUDROS, une île de la mer EGEE le 30 octobre 1918, avec les représentant de la GRANDE BRETAGNE. Quant à la « nation arabe » ?  Circulez, il n' y rien à voir.
FAYCAL et les nationalistes arabes s'installent à DAMAS ; et au milieu des manoeuvres franco britanniques, pour les contrôler, forment un gouvernement.
Ils n'ont pas l'intention, eux d'abandonner leur objectif politique  : UNE NATION ARABE ( BILAD EL CHAM) unifiant la SYRIE, le LIBAN , la PALESTINE, la TRANSJORDANIE - sous un même drapeau) unitaire et multiconfessionnelle, indépendante bien sûr de l' EMPIRE OTTOMAN qui a cessé d'exister, mais indépendante aussi des puissances coloniales occidentales (FRANCE et ANGLETERRE),



1916 – 1917 : SYKES - PICOT ET BALFOUR
En fait, les 2 puissances de l' ENTENTE , avaient dés le départ battu les cartes. En leur faveur , bien entendu !
Le gouvernement bolchévik révélera dans LES IZVESTIA en décembre 1917 que dans un accord secret, ils s'étaient dés mai 1916 , partagé toute la région du LEVANT et de la MESOPOTAMIE : la SYRIE et le LIBAN à la FRANCE ; la MESOPOTAMIE et la PALESTINE à la GRANDE BRETAGNE, qui emportera aussi MOSSOUL et son pétrole.

 Note: la carte ci dessous n'est elle pas la plus belle illustration de la nature de la guerre 14-18 ?
En 1919, le premier ministre grec VENIZELOS en obtenant l’accord de la conférence de paix de PARIS d’occuper Smyrne, en dépit de l’opposition italienne, rendra caduques les dispositions "italiennes"de l’accord.
A remarquer que la PALESTINE est prévue comme  zone sous contrôle international, pour la sauvegarde des lieux saints..., et  pour laisser la place au "foyer national juif"


En même temps donc qu'ils promettaient aux arabes un état indépendant, ils traçaient les frontières futures de leurs zones d'influence . Maniant habilement toutes les possibilités de miner le projet de nation arabe  unie : favoriser tous les particularismes ,un  particularisme maronite au LIBAN considéré comme une sorte de "foyer national chrétien" (?) soutenu par les français, la promesse faite au colonialisme sioniste d' un foyer national juif en PALESTINE, soutenu par les Britanniques dans la déclaration BALFOUR (1917).
A l'universalisme des nationalistes arabes, qui voulaient rassembler toutes les communautés , religieuses ou minorités nationales ( chrétiens maronites et orthodoxes, sunnites, chiites , alaouites, juifs , druzes,  arméniens, kurdes etc.) dans une seule nation, les vainqueurs de l' ENTENTE, si prompts à se réclamer de la liberté ,des « lumières » et de 1789,  opposaient les particularismes religieux  et tribaux  et mettaient en oeuvre la balkanisation de l'ancien EMPIRE OTTOMAN .
DIVISER POUR MIEUX REGNER ; mais le pétrole, jaillira pour les interêts anglo- français, et plus tard américains, réunis dans la TURKISH PETROLEUM COMPANY, qui en 1928 deviendra l'IRAK PETROLEUM COMPANY.


1918 – 1920  : LE ROYAUME DE SYRIE - LA BATAILLE DE MAYSSALOUN
déc 1918- avril 1919  FAYCAL participe à la conférence de PARIS , accompagné de LAWRENCE.. Il tente de louvoyer entre les Anglais, les Français, WILSON et les sionistes pour qu'ils garantissent les uns et (ou) les autres la création  d' un état arabe.
mai 1919 : des élections furent organisées par le gouvernement pour former une assemblée, elles aboutirent à la désignation d’un Congrès arabe que dominaient les éléments nationalistes.
2 juillet 1919, Damas. Le Congrès
- rejette les accords Sykes - Picot et la Déclaration Balfour ;
- se prononce pour la création d’un état indépendant couvrant la Palestine et la Syrie,
- désigne l’émir FAISAL comme souverain constitutionnel,
- refuse toute forme de contrôle étranger, acceptant à la rigueur une assistance limitée américaine, à défaut anglaise (mais en aucun cas française).

- 7 mars 1920, Le congrès syrien vote à l'unanimité l'indépendance de la SYRIE et son unité
intégrale avec la PALESTINE et la TRANSJORDANIE – rendant ainsi obsolète toute idée de mandat ou de division territoriale des provinces arabes de l' EMPIRE
FAYCAL est proclamé roi constitutionnel de SYRIE.
Un gouvernement national syrien esr formé,et, peu après, une constitution à caractère démocratique est adoptée.

La FRANCE , avec l'accord tacite des ANGLAIS, décide alors de liquider par la force l'indépendance syrienne

- 19 au 26 avril 1920 : la conférence internationale de SAN REMO – composée de représentants britanniques, français, italiens, belges, grecs et japonais ( FAYCAL refuse d'y assister)– confirme les accords franco-britanniques sur le Proche-Orient et la Mésopotamie signés lors de la Première Guerre mondiale. Elle consacre de même la création d’un « Foyer national juif » en Palestine, supervisé par les Britanniques.
Manifestation anti sioniste à JERUSALEM - PORTE DE DAMAS 8 mars 1920
La conférence accorde un contrôle britannique permanent de toutes les compagnies établies, afin de développer le pétrole mésopotamien,. La FRANCE réclama les parts allemandes de la TPC (TURKISH PETROLEUM COMPANY) qui avaient été saisies comme propriétés de l'ennemi, et elle forma la Compagnie française des pétroles (CFP) pour maintenir les parts françaises dans la TPC
Ce traité sera approuvé par la SOCIETE DES NATIONS.
« Ces décisions qui violaient les principes proclamés en 1918, les promesses faites aux Arabes et qui allaient contre les vœux des intéressés, provoquèrent un sentiment d’horreur à Damas »
- 8 mai 1920 : le CONGRES SYRIEN refuse les résolutions de SAN REMO , et le MANDAT FRANCAIS. Il réaffirme l'indépendance de la nation syrienne.

STATUE A DAMAS  de YOUSSEF AL AZMEH
- 14 juillet 1920 (tout un symbole !) LA FRANCE pose un ultimatum à FAYCAL et au gouvernement syrien. Manifestations de colère à DAMAS.
FAYCAL et le gouvernement devant le déséquilibre militaire ( la SYRIE aurait seulement des munitions pour 2 heures de combat) s'inclinent, mais le CONGRES refuse.
YOUSSEF AL AZMEH, ministre de la GUERRE se porte en tête de la RESISTANCE

- 24 juillet 1920: les troupes françaises avancent ver DAMAS. FAYCAL déclare :
«... le général GUIRAUD ne veut pas s'arrêter tant qu'il n' a pas blessé l'honneur de cette nation. Il a ordonné à son armée d'attaquer l'armée arabe à la frontière. Soutenons nos héros qui défendent notre patrie. J'appelle tout citoyen à se lever pour l'honneur, la gloire, la religion et notre pays .»
A MASSALOUN, l'armée syrienne est écrasée ;
YOUSSEF AL AZMEH meurt au combat
Les français entrent à DAMAS, FAYCAL doit s'exiler.

NAZIQ AL ABID (1898-1959)

Jeune étudiante  à MOSSOUL, issue de l'aristocratie  de DAMAS, elle voyait les enseignants turcs discriminer les ARABES.
Plus tard , à DAMAS, elle lança un groupe pour le droit des femmes (le 1er en SYRIE), qui plaidait pour le DROIT DE VOTE DES FEMMES, aussi bien que pour l'indépendance de la SYRIE.
 A la chute de l' EMPIRE OTTOMAN, elle avait 22 ans et deux objectifs :
l'indépendance de la SYRIE et
                                                           
                                                      « LE DROIT DE VOTE AUX
FEMMES, MAINTENANT ! »
Un ministre lui répondit : « Dieu l'a créée avec un demi cerveau, comment pourrions nous lui donner le droit de décision politique « ?
Elle continua sa croisade.. Elle rencontra même – sans voile – l'ambassadeur américain à ce sujet.
"Peut être, la SYRIE serait elle le premier pays, avant les USA à conquérir ce droit !"
Hélas, la FRANCE pays des lumières , certes, mais aussi pays des ténèbres colonialistes, en a décidé autrement, en occupant le pays.
NAZIQ se rangea, seule femme à prendre les armes, aux côtés du ministre de la GUERRE dans la bataille désespérée de MAYSSALOUN.


 "Le « royaume arabe » se terminait donc par un désastre.
« Sous le règne de Faïsal, les Syriens avaient expérimenté, pour la première fois dans leur histoire, un régime politique représentatif (quelles que fussent les lacunes du Congrès syrien) et d’un gouvernement moderne comportant des départements ministériels organisés : Intérieur, Affaires Etrangères, Justice, Finances, Education, Travaux Publics, Guerre.
La création d’un Journal Officiel (février 1919), pour la publication des lois, allait dans le même sens de l’organisation d’une administration moderne.
Une armée fut progressivement constituée, amalgamant les compagnons de la révolte arabe, les anciens officiers arabes de l’armée turque, les Syriens ralliés après l’occupation de Damas
Une vie politique se développa dans la fièvre de la lutte pour l’unité et l’indépendance, autour du Congrès syrien et de partis qui prirent la suite des sociétés secrètes (al-Istiqlâl al-‘arab, al-Ittihâd al-Sûrî), de clubs (Club arabe), de journaux, sur un ton généralement véhément dans son nationalisme et son hostilité à la politique française.
ACADEMIE DE LANGUE ARABE
Dans le domaine de la culture, le Royaume arabe eut le temps de concrétiser son intérêt pour la
langue arabe (redevenue langue officielle) et pour le patrimoine national arabe : le gouvernement de Faïsal créa l’Académie de Langue Arabe (8 juin 1919) ; il organisa la Bibliothèque arabe (20 mars 1919), le Musée des Antiquités arabes (avec un début de législation pour la protection des antiquités)
Dans le domaine de l’enseignement, le gouvernement n’eut guère le temps que de faire des projets : mais une faculté de médecine fut ouverte à Damas en septembre 1919 dans le bâtiment de l’Hôpital National, l’enseignement étant donné en langue arabe."

drapeau du LIBAN sous mandat !
La FRANCE coloniale exerça alors son mandat : citons simplement parmi les grands apports de la "civilisation des Lumières".., la balkanisation du pays en 6 états : GRAND LIBAN, ALAOUITE, DJEBEL DRUZE , ALEP et
DAMAS, plus  ALEXANDRETTE,   l'écrasement du DJEBEL DRUZE en 1925, avec bombardement de DAMAS, et le bombardement de 3 jours de DAMAS le 28 mai 1945.



Le contrôle du MOYEN ORIENT était un des principaux buts de guerre des 2 blocs L'ENTENTE ( RUSSIE , FRANCE, GRANDE BRETAGNE, puis ITALIE) d'une part et EMPIRES CENTRAUX d'autre part ( ALLEMAGNE, AUTRICHE ,EMPIRE OTTOMAN)
Au centre de ce contrôle, des objectifs géo stratégiques, la route des INDES, canal de SUEZ, , le détroit des DARDANELLES, et des objectifs économiques : le pétrole, qui jouera un rôle décisif dans la motorisation des armées.
Comme celui de VERSAILLES, les traités de 1916-1920 ont placé au MOYEN ORIENT toutes les bombes à retardement possibles , qui explosent toujours aujourd'hui: tracé de frontières ignorant les peuples, création d'un état poudrière le GRAND LIBAN, et  ouverture de la PALESTINE à la colonisation sioniste .
Ces traités sont une des causes de l'instabilité permanente de la région .
Notons aussi qu'il y a dans tout ce combat pour la nation arabe très peu d'interférence religieuse, le seul ayant appelé au djihad est le sultan ottoman à ISTANBUL, qui a tenté ,en vain de rassembler ainsi  les musulmans arabes au service des buts de guerre de l' EMPIRE OTTOMAN.

 RESUME
Posons nous maintenant la question:
En 1914, l'EMPIRE OTTOMAN s'allie à L'ALLEMAGNE et à l'AUTRICHE.
Les provinces arabes de l'EMPIRE aspirent de plus en plus à l'autonomie et à l'indépendance.
Les ANGLAIS promettent cette indépendance en échange de la participation arabe à la guerre contre les OTTOMANS.
Mais en même temps, ils décident de se partager l' EMPIRE avec  la FRANCE, la RUSSIE, et un peu pour l' ITALIE et les miettes pour la GRECE. , et ils promettent l'installation en PALESTINE d'un FOYER NATIONAL JUIF .
Après la guerre, les Arabes sont bernés , les FRANCAIS entrent à DAMAS ,les ANGLAIS ont la main sur le pétrole , les sionistes développent les colonies  jusqu'au plan de partage de 1947 , l' ETAT D' ISRAEL est crée.
Qu' en pensez vous ?

Références
http://www.ism-france.org/analyses/Abd-al-Rahman-al-Kawakibi-l-islam-contre-le-despotisme-article-13563
 http://www.poemhunter.com/poem/awake-arab-be-awake/
http://al-hakawati.net/english/Culture_Traditions/al-qahtaniya.asp
 http://al-hakawati.net/english/Arabpers/aziz-ali-al-masri.asp


 : http//books.openedition.org/iremam/730


  • Éditeur : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Éditions du CNRS
  • Collection : Connaissance du monde arabe
  • Année d’édition : 1980








BROKEN PROMISES The French Expulsion of Emir Feisal and the failed struggle for Syrian Independence 2001 A.J. KUHN Carnegie Mellon University

http://al-hakawati.net/english/Arabpers/Naziq_al_Abid.asp





mercredi 10 décembre 2014

1914 - 1918 - UOMINI CONTRO: KAMERAAD JEF VAN EXTERGEM,  PRESENTE ! ANVERS – JUIN 1920 LE PROCES D'UN REVOLUTIONNAIRE

Ce 8ème article de la série « UOMINI CONTRO » rencontre une des plus grandes figures, oubliée parce que controversée, de la résistance à la grande guerre impérialiste, JEF VAN EXTERGEM , militant et secrétaire des JGS d' ANVERS à laquelle il avait adhéré à 13 ans !
                                  1946: REUNION D'HOMMAGE A JEF VAN EXTERGEM ASSASSINE PAR LES NAZIS:                                        "car il y a quelque chose au dessus de tout, c'est de vivre pour un grand idéal et de  lui avoir  tout donné           jusqu'a la fin"
Il avait 16 ans en 1914.
Fondateur en 1916 avec la JGS du VLAAMSCHE SOCIAAL DEMOCRATISCHE ARBEIDS GEMEENSCHAP ( VSDAG) et d'un journal « DE SOCIALISTISCHE VLAMING), il se ralliera en 1917 à la fraction minoritaire au sein du POB qui publiera dés juin 1917 le journal «  DE NIEUWE TIJD »
Partisans comme leurs camarades de GAND de la paix immédiate et de la conférence de STOCKHOLM, sympathisants comme eux de la révolution russe, ils mêleront ,eux, à ce combat le combat flamand. C'est pourquoi, on les qualifiera de « socialistes activistes ».
Dans ce post, je me contenterai de vous livrer ma traduction - bien imparfaite sans doute – de larges extraits du compte rendu du procès de JVE à la COUR D'ASSISES d' ANVERS du 14 au 16 juin 1920.
Sa découverte en néerlandais sur le net m'a bouleversé, et je ne sais si il a jamais existé en français.
Et si vous trouvez ce texte trop long et fastidieux, il suffit de lire le réquisitoire du substitut pour réaliser qu'on a là le procès politique d 'un internationaliste communiste, flamand, condamné à 20 ans de prison, parce que révolutionnaire.
La place centrale accordée à la lutte pour la FLANDRE dans son combat socialiste , puis communiste, , fait partie de l'histoire des communistes et du mouvement démocratique de ce pays et de leurs débats, et doit être traitée comme tel et certainement pas comme une « trahison de la patrie. »
EMILE VANDERVELDE, qui,lui, avait trahi pour de bon en 1914 les idéaux du socialisme , était ministre de la Justice en 1920 et a accepté que se déroule ce genre de procès, que CAMILLE HUYSMANS a appelé « la furia fransquillonne »
Remarquons d'ailleurs – est ce un hasard ? - que nombre de jusqu' auboutistes pour la guerre ont été
CELESTIN DEMBLON
aussi de farouches adversaires de tout mouvement flamand - le plus célèbre est JULES DESTREE , encore lui !- , et que d'autre part un antimilitariste comme CELESTIN DEMBLON , député de LIEGE, a , avant et après la guerre , fait preuve de la plus grande ouverture à cette question. De même, CAMILLE HUYSMANS, initiateur de la CONFERENCE DE STOCKHOM pour la paix .
JEF VAN EXTERGEM sera libéré en 1921, contre signature d'un engagement à ne plus avoir d'activités politiques qu'il signa.
En fait , cette libération sous condition parmi d'autres, résultaient de la pression des partisans de l'amnistie exercée sur VANDERVELDE par des socialistes anversois, dont CAMILLE HUYSMANS et WILLEM EEKELEERS, et de façon plus générale par l'aile gauche du POB dont JOSEPH JACQUEMOTTE et par tous les progressistes.
VANDERVELDE lui même était opposé à une loi d'amnistie.
JVE sera à nouveau emprisonné de 1925 à 1928 (il avait continué à s'engager politiquement)
Il rejoint le Parti Communiste à sa libération en 1928 . Fondateur au sein du PCB du « VLAAMSE KOMMUNISTISCHE PARTIJ »en 1937, il le dirigera ,dés 1940 dans la clandestinité.
Il sera arrêté par la GESTAPO en avril 1943, détenu et torturé à BREENDONCK, puis déporté en décembre 1943 en ALLEMAGNE .Il mourra de faim au camp de ELLRICH en mars 1945.
L' écrivain flamand LOUIS PAUL BOON a écrit en 1945 :
LOUIS PAUL BOON
« Cela ne peut pas être que JEF VAN EXTERGEM soit seulement connu comme un
communiste et que la grande figure flamande qu'il a été soit perdue de vue.

Nous devons voir en lui l'idéaliste, le résistant qui dans son dernier adieu disait : « C'est un sentiment magnifique que de mourir pour son idéal. »
Nous devons voir en lui l'homme qui a voulu développer le mouvement flamand à un niveau plus élevé, qui l'a placé sur une base sociale et essayait de l'élargir aux masses populaires »

Quelle plus belle réponse, en 2014 , aux nationalistes de la NVA ,- la droite la plus libérale et anti populaire qui soit - et à leur « compréhension » pour la collaboration avec les nazis, que la figure du camarade JEF VAN EXTERGEM .
Quand même une question : Y a t' il quelque part dans ce pays un monument, une plaque commémorative, un nom de rue, de place ou d'école , ne fut ce qu'une tombe qui lui soient
dédiés ?



PORTRAIT DE JVE par le peintre J. VAN RIET

14 juin 1920 :COUR D'ASSISES D'ANVERS

Le président , le comte de LICHTERVELDE  : Vous vous êtes depuis le début jetés dans l'activisme ?
JVE :Qu'entendez vous par activisme ? Parlez vous de l'activisme de BRIJS, de TACK, de BORMS
Le président : Pour que MM les jurés aient une claire idée de ce qu'est réellement l'activisme, je vais donner un aperçu de tout ce mouvement
L'activisme est né en 1916, avec le mouvement pour obtenir de l'occupant, la néerlandisation de l' UNIVERSITE DE GAND.
Le 4 février 1917, un CONGRES FLAMAND a été convoqué où fut constitué le RAAD van VLAANDEREN (RvVl).
Peu après, il y a eu le voyage à BERLIN - à la suite duquel l' ADMINISTRATION SEPAREE fut instaurée.
Rapidement, le RvVl évolue vers la séparation politique, laquelle fut proclamée le 22 décembre 1917.
En juin 1918, il y a eu la « PROCLAMATION AU PEUPLE ALLEMAND » etc.

JVE Votre court aperçu sur l'activisme est non seulement incomplet, mais il n'est pas correct
L'activisme n'est pas né en 1916, mais bien en décembre 1914, avec la parution du « VLAAMSCHE POST »
Vous ne parlez uniquement que de l'activisme bourgeois- mais ne consacrez aucun mot à ce que fut l'activisme de mes camarades socialistes et le mien.
Notre travail était indépendant complètement du RvVl.
C'est tellement vrai que dans aucun journal « activiste-bourgeois » nos idées ne pouvaient circuler.
C'est pourquoi, nous avons créé le « SOCIALISTISCHE VLAMING »
J'ai par la suite été rattaché à la fraction anversoise de la « minorité socialiste », laquelle a systématiquement refusé de nommer des représentants au RvVl.
Le président : Après l'Armistice, vous êtes allés en HOLLANDE
JVE : Non , en ALLEMAGNE !
Puis je vous donner quelque explication, Mr le président ?
Et bien, à travers mon dossier, vous pouvez constater que j'étais un révolutionnaire passionné.
J'ai vu éclater la révolution en ALLEMAGNE, et comme j'étais certain, que si je restais ici , je serais arrêté, j'ai décidé d'aller d'abord étudier la révolution allemande ;
J'y ai , comme socialiste beaucoup appris.
Il y avait aussi une deuxième raison pour mon départ, c'était mon pressentiment qu'il y aurait ici, au début, une inquisition militaire.
Le président : Inquisition militaire ! Quels mots ! Mais vous n'en avez aucune preuve, et je vous interdit d'utiliser de telles expressions !!

JVE donne l'exemple de 2 citoyens d' ANVERS, membres du conseil provincial (Gouwraad ) , qui pour cette raison uniquement seront arrêtés après l'armistice, jugés par un conseil de guerre, et sont toujours 19 mois après en prison !
Son père, par contre, membre du même conseil, est parti après l' ARMISTICE . Rentré au pays, il na pas été poursuivi- le ministre VANDERVELDE ayant exprimé sa volonté de ne plus poursuivre les membres des conseils provinciaux. (Gouwraad)
C'est ça la justice en BELGIQUE.
(....)
JVE : Je serai calme, mais pense quand même pouvoir dire la vérité !
Le président : Vous avez déjà dit tout ça pendant la guerre, sous l'occupation ennemie.C'était toujours POUR les Allemands.
JVE : ( très vif, malgré sa promesse de de rester calme)
POUR les Allemands ? Moi ? Jamais ! Jamais !, Jamais !
AVEC les Allemands, c'est possible, car rien ne pouvait se faire ici ; tout devait avoir l'autorisation des Allemands.
Le COMITE NATIONAL devait aussi travailler AVEC les Allemands pour le ravitaillement de la population. Ce n'était cependant pas POUR les Allemands.
Je connais toutefois, des gens, qui ont non seulement agi AVEC , mais aussi, POUR les ALLEMANDS, et qui circulent maintenant librement, ont même été décorés, et occupent de hautes fonctions ! »
Il cite l'exemple de l' écrivain flamand HERMAN TEIRLINCK qui en publiant son roman « JOHANN DOXA » d'abord en Allemagne, puis en Flandre, en retira des centaines de marks,. Il est maintenant précepteur de la Cour !
« ANSEELE et E. BRAUN ont, en 1914 - alors que le sang des martyrs belges était encore chaud à LOUVAIN , AERSCHOT, VISE etc .- écrit au noble officier allemand VON ARDENNE :
« Mes félicitations pour votre noble avancement, mes regrets pour votre départ »
Cela , c'était AVEC et POUR les Allemands.
Le député BUISSET à demandé VON DER der GOLTZ d'instaurer le Français comme seule langue officielle en BELGIQUE :c'était AVEC et POUR les Allemands.
Le député VERSTEYLEN s'est fait photographier , en compagnie de ses chères filles, lesquelles étaient accompagnées d'officiers allemands en « uniforme d'assassin » :c'était AVEC et POUR les Allemands ;
VAN EXTERGEM est si en colère, qu'il ne peut plus s'exprimer)
Le président :( après quelques instants de silence pénibles) Vous avez édité un journal appelé «  DE SOCIALISTISCHE VLAMING »
JVE ( revenu au calme) : Oui, j'en étais l'éditeur . J'ai donc signé comme éditeur responsable en cas de poursuites, à la demande de l'imprimeur .
L'éditeur, les rédacteurs et les collaborateurs n'en ont jamais retiré un sou.Quand nous avions rendu nos articles, nous allions nous mêmes le diffuser aux meetings et fêtes.
DE SOCIALISTISCHE VLAMING n'a jamais eu plus de 50 à 60 francs en caisse.
La feuille était enregistrée auprès de la la censure comme tract – donc nous ne devions pas accepter les communiqués allemands.
Il était imprimé à 1500 exemplaires et coûtait 37,5 francs de frais d'impression.
Je suis poursuivi pour ce journal, mais VOORUIT, le journal du ministre ANSEELE qui avait l'autorisation « d'être vendu et diffusé dans toute la BELGIQUE », autorisation que même «  LA BELGIQUE » ou « LE BRUXELLOIS » n'avaient pas, ne fut pas poursuivi.
(...)
JE SUIS REPUBLICAIN
Le président :Vous avez dans vos meetings attaqué violemment le Roi.
A GAND, vous l'avez insulté de « lange zwibzwab » et de « gaillard aux longues pattes qui a besoin tous les ans de de 2,5 millions ».
A LAKEN, vous l'avez appelé « le garde champêtre de LA PANNE »
Le président s'étend très longuement sur ce point.
JVE :... J'ai toujours été fortement républicain. C'est donc compréhensible que je ne porte pas le roi dans mon coeur . Mais, jamais je ne l'ai attaqué par
..MM les jurés, je veux surtout parler à vos sentiments.
Vous avez tous reçus une éducation bourgeoise.
Vous êtes éduqués dans l'amour de la patrie, l'amour des lois, l'amour du Roi.
J'ai été élevé dans la haine de la patrie ( de l'état), dans la haine des lois, dans la haine du Roi.
Les premiers mots de L'INTERNATIONALE sont « L'état opprime et la loi triche »
Voyez ce que j'ai écrit dans « LE JEUNE SOCIALISTE » en juin 1914
« ... l'amour de la patrie n' existe pas, cela , nous les ouvriers devons le comprendre, le ressentir
... l'amour de la patrie est un mensonge »  etc .
Ne pensez pas, MM les jurés que je fus le seul à le dire ou à l'écrire ?
Le député TROCLET a écrit dans son « Catéchisme pour le conscrit socialiste » : «  C'est très simple : la patrie représente un patrimoine ; moi, je n'ai pas de patrimoine, puisque je n'ai rien !; je n'ai donc pas de patrie ! »
Voyons maintenant ce que les socialistes disaient du Roi :
Ferdinand Hardijns l'appelait «Luppe Kaneel» dans VOORUIT.
Dans chaque manifestation socialiste, on chantait : «  Vive la grève générale, nous tordrons le cou de LEOPOLD »
Une chanson socialiste bien connue : « A bas la guerre, sabres et canons – Vive la République, à bas le roi de carton» !
Louis BERTRAND a écrit une brochure sous le titre : « Saligaud II» etc. etc .
J'ai appris tout cela de mon enfance ; mon père m'emmenait dés l'âge de 4 ans dans les « Maisons du Peuple »
Quand vous soupesez tout cela, MM les jurés, je suis intimement convaincu que vous ne me déclarerez pas coupable d'avoir soutenu « avec intention de nuire » la politique de l'ennemi , mais vous direz : « ce garçon a agi en toute fidélité à ses principes, que lui avaient inculqués les dirigeants socialistes .» 
Ces principes, jamais je ne les ai désavoués, et jamais je ne les désavouerai.
(...)
UNE REPUBLIQUE DE FLANDRE
Le président : Mais vous vouliez réaliser tout ça avec l'aide de l'ennemi. Vous suiviez la politique du « RAAD VAN VLAANDEREN» ( RvVl) et vous agissiez pour la séparation administrative.
PROCLAMATION DU RvVl , allié au militarisme allemand
JVE :Nous étions en dehors du RvVl, et allions beaucoup plus loin que la séparation administrative.
Nous voulions une REPUBLIQUE DE FLANDRE.
Notre seul objectif était d'apporter une solution socialiste et internationale à la question flamande.
Alors que que nous nous dressions comme socialistes pour la liberté de tous les peuples, nous ne pouvions pas quand même pas omettre la liberté de notre propre peuple !
(...)
Le président :Vous êtes partisan d'une « REPUBLIQUE DE FLANDRE ». Qu'entendez vous par là ?
Jusqu'en 1918, nous étions, nous les JGS partisans d'une BELGIQUE fédérale, persuadés que nous étions qu'une paix négociée se ferait ;
Si les Allemands gagnaient la guerre ,ce serait la germanisation ; si l' ENTENTE la gagnait , ce serait - c'est aujourd'hui clairement prouvé – l'âge d'or de la francisation .
Le chemin du milieu était donc une paix négociée, comme les stockholmistes la voulaient.
Alors, les Allemands auraient évacué la BELGIQUE, mais sous la condition que la BELGIQUE devienne réellement impartiale, ce qui n'est réalisable que si les éléments germain et latin sont équilibrés, avec une FLANDRE et une WALLONIE libres dans une BELGIQUE libre.
Lentement, il est devenu de plus en plus clair qu'il ne pouvait être question d'une paix négociée.
La grande offensive de printemps des EMPIRES CENTRAUX avait échoué, et nous avions la conviction que la grande contre-offensive de l' ENTENTE échouerait aussi.
GRAVURE DE FRANS MASEREEL
Nous prévoyions, que si c'était le cas, les prolétaires en auraient assez de se faire massacrer et que la révolution mondiale serait inévitable. Avec comme conséquence naturelle, un soviet mondial ( « Wereld Soviet »)
Alors, nous nous posions la question, nous les JGS, : « Comment la FLANDRE et la WALLONIE doivent elles se rattacher à ce Soviet mondial ? Comme une BELGIQUE unitaire et centralisée, ou bien , chacun séparément comme une WALLONIE des conseils et une FLANDRE des conseils.
C'est cette dernière solution que nous avons estimé la meilleure, et nous avons voté une motion en faveur d'une REPUBLIQUE de FLANDRE.
Tout cela peut paraître maintenant dérisoire, parce que la révolution mondiale n'a pas éclaté ;
Au contraire, l'offensive de l'été 1918 de l' ENTENTE a réussi.
En a résulté la paix de VERSAILLES, qui est la « paix »  la plus honteuse qui ait jamais été conclue !

UNE PAIX NEGOCIEE
Le président : Vous avez aussi agi fortement pour une paix négociée.
JVE : Oui et j'en suis fier
Le président : MM les jurés, notez que l'action pour une paix négociée a été entreprise après la bataille de CAPORETTO, donc, quand c'était le mieux pour les Allemands.
JVE : ... Je me suis dressé, dés le 1er jour de la guerre, contre le carnage ; En décembre 1914, je tenais déjà à l'école un discours internationaliste .
Voyez mon article «  HAUT LES COEURS » dans VOORUIT – qui a été écrit en décembre 1915 et il n'était pas alors question de la défaite de CAPORETTO.
Durant toute la guerre, je suis resté fidèle à mes principes socialistes de haine contre les massacres inhumains des peuples .
STOCKHOLM 1917 MANIFESTATION SOCIAL DEMOCRATE POUR LA PAIX
Jamais, je n'ai pris en compte que le combat pour ces principes, serve aujourd'hui la boutique des EMPIRES CENTRAUX, ou demain la boutique de l' ENTENTE.
Mon grand effort visait à ce que les soldats , sur tous les fronts , retournent leurs armes pour les diriger vers les poitrines des exploiteurs et des capitalistes .
Contre l'Internationale du capital qui envoie au feu les travailleurs , les uns contre les autres, devait se dresser l' INTERNATIONALE du prolétariat, qui aurait écrasé le monstre capitaliste.
Le président : Mais les dirigeants socialistes, ont dit quand même, durant toute la guerre, que les intérêts de la patrie passaient avant tout.
JVE : En effet, dans tous les pays les sociaux patriotes ont choisi le côté des gouvernements bourgeois;ce sont les plus grands hypocrites et traîtres qui courent sous le soleil !
En temps de paix, ils sont contre le carnage, mais quand la guerre est là, quand les travailleurs , qui devraient tous être frères, se massacrent par millions, alors, les dirigeants socialistes se taisent; pire, ils crient :« jusqu'au bout ! »
Seul CAMILLE HUYSMANS a en partie, compris son devoir socialiste. Il est le seul parmi tous les chefs socialistes de BELGIQUE !  
Je suis heureux d' avoir, pas seulement en temps de paix, mais surtout en temps de guerre, d'avoir crié : « A BAS LA GUERRE, SABRES ET CANONS »...


NI LE HAVRE, NI BERLIN
Le président : Oui, oui , mais cela a servi la politique de l'ennemi ;
JVE Moi, servi la politique de l'ennemi ? Jamais, mes mains sont pures, ma conscience est tranquille.Je suis un internationaliste et voulait, aussi vite que possible l'internationalisation de la question flamande....
(...)
Pour vous le prouver, je vais vous lire l'article que j'ai publié le 30 août dans « HET VLAAMSCHE NIEUWS »  sous le titre :  « le seul et grand projet »:
(...)
Nous , passivistes et activistes sommes flamands et avons à peu près les mêmes buts, mais une mise en oeuvre différente..
... Ce n'est pas en restant aveugles, chacun dans son propre camp - les uns et les autres espérant ici et là voir se lever le salut de notre peuple que nous sauverons la FLANDRE.
Mais bien en tenant tête consciemment à tout ce qui nous nuit, en faisant connaître nos revendications au monde , à la place d'essayer , par la flatterie d'arriver , les uns au HAVRE, les autres à BERLIN.
Les Flamands doivent se libérer des connexions qui les lient et être indépendants dans leurs actions.
Le président :J ' ai sous les yeux un article paru dans « HET VLAAMSCHE NIEUWS, adressé au citoyen HAASE ; Vous y attaquez violemment le gouvernement belge et la BELGIQUE centralisatrice, que vous qualifiez de prison, dans laquelle les Flamands sont enfermés, sans pouvoir faire entendre leur voix dans le monde.
(...)
JVE : J'ai écrit au citoyen HAASE  (*): « Vous pouvez être notre meilleur allié, vous devez mettre un contre poids à la politique des « ALL-DEUTSCH » ( les nationalistes pangermanistes) qui appliquent leur « FLAMENPOLITIK » avec des intentions cachées.
Mon but était donc d'obtenir que HAASE soutienne les internationalistes flamands .
Je le répète ,... je voulais une solution socialiste, internationaliste au problème flamand ;
Notre politique apparaît une fois de plus tout à fait différente de celle des activistes bourgeois
* HAASE dirigeant des socialistes indépendants allemands, qui avaient rompu avec le SPD . Les spartakistes avaient rallié ce parti , avant de fonder en déc 1918 le KPD
Le Ministère Public : Evidemment , nous savons déjà cela.
Aucun d'entre eux n'allait aussi loin que vous . Vous vouliez la REPUBLIQUE DE FLANDRE.
C'est compréhensible que le RvVlv. ne puisse pas être d'accord avec ça !
Le président : Vous avez tenu beaucoup de meetings ?
JVE Oui , et à ces meetings, je parlais des voleurs des « comités », et j'y disais que notre peuple n'était pas seulement plumé par les barbares allemands , mais aussi -,et ce qui est plus grave- par les « grands patriotes de la bande de voleurs qui s'est substituée au « COMITE NATIONAL »

TEMOIGNAGES
De nombreux témoins défilent à charge ou à décharge ;
Certains ont vu JVE protégé par des soldats allemands lors de ces meetings, d'autre protégés par un groupe de la JGS.
Certains enquêteurs font état de rumeurs- sans en avoir la preuve -sur une visite de JVE à des camps de prisonniers flamands à GOTTINGEN, où il aurait eu une activité pro allemande ; « Il devait être en liaison avec l'ennemi »
BORMS ,(*) dirigeant du RvVl , condamné à la peine de mort témoigne entre 2 gendarmes .;
Le président : « Vous avez souvent entendu JVE parler
AUGUSTE BORMS(*)
BORMS : Oui, le plus souvent c'était contre les Allemands. Il prônait surtout la révolution, et souvent,  il rejetait le travail du RvVl. Il nous mettait des bâtons dans les roues.
JVE : Vous souvenez vous d'une réunion Prinsesstraat, où j'ai proposé de rompre toute relation avec les Allemands ?
BORMS : ... je trouvais cette proposition dangereuse ; cela aurait représenté la destruction de tout ce qu'on avait construit...
JVE était très socialiste, je peux même dire bolchévik ; Il était donc constamment plus radical que nous , en révolte contre les pratiques du militarisme allemand.
Il disait que nous ne devions pas seulement être révolutionnaires contre LE HAVRE, mais aussi contre BERLIN
nait surtout la révolution, et
(....)
Les minoritaires socialistes n'ont jamais voulu nommer de délégués au RvVl, nous n'avons jamais pu les faire bouger de cette position cela, malgré que nous les ayons sollicité à plusieurs reprises.

* AUGUSTE BORMS était le principal dirigeant du RvVl; Il fut condamné à mort en 1919, mais maintenu en prison. En 1940, il se mit au service des nazis. Fusillé à ETTERBEEK en 1946

Les directeur et professeur de l' ECOLE MOYENNE I de OUDAEN témoignent
Avant la guerre, JVE refusait de participer au cortège du 21 juillet ; Il était très révolutionnaire.
En décembre 1914, il tint dans ma classe un discours internationaliste.
Les autres élèves parlaient tous de « Notre Roi », « Notre Patrie », « La Belgique ». JVE parlait dans un sens pacifiste et antimilitariste
JVE au professeur RULLENS : Vous souvenez vous de la conclusion de mon speech ?:
« A bas le patriotisme !
Vive l'Internationalisme !
A bas la guerre si cruelle et si barbare !
Vive la Paix universelle !
Vive la République mondiale !

16 juin 1920 ,  REQUISITOIRE : « IL VOULAIT  ALLUMER  LA REVOLUTION »

Mr DE VOOGHT , substitut du procureur du Roi:
Ce procès est important à plu sieurs points de vue . En général, on qualifie les faits dont VAN EXTERGEM est accusé d' « activisme » et aussi de « défaitisme ».
L'activisme est un mot, par lequel on veut dire : action effective contre la patrie et ses intérêts, contre le gouvernement légal et les lois, au bénéfice de l'ennemi.
Vous avez entendu , MM les jurés, ce que JVE écrivait, peu avant la guerre dans un article : « L'amour de la patrie n'existe pas, c'est un leurre. » Ces idées, l'accusé les a conservées durant toute la guerre. JVE porte le mépris sur les institutions de la patrie.
Le directeur de l' ECOLE MOYENNE est venu témoigner que JVE ne voulait jamais participer aux
cortèges patriotiques du 21 juillet.
Malgré l'invasion étrangère, malgré l'occupation allemande, il n' a jamais voulu prendre ses distances par rapport à ses pensées pernicieuses.
Déjà en décembre 1914, il tint , au cours de Mr RULLENS un discours contre le patriotisme et pour l'internationalisme .
Ne pensez pas que JVE soit allé dans le mouvement activiste pour soutenir les activistes flamands dans leurs revendications.Personne n'est allé aussi loin que lui : il voulait une REPUBLIQUE DE FLANDRE ! Cela n'était seulement qu'une petite composante de son programme ; qu'il a utilisée pour militer pour son grand objectif : allumer la révolution.
Regardez Messieurs son travail : les 9/10 de ses meetings sont dirigés contre les comités.
Il essayait d'exciter le peuple ; La population était très mécontente contre les comités, et JVE a encouragé ce mécontentement par la dénonciation publique d' irrégularités réelles ou imaginaires.
Ce faisant, il voulait attiser la haine parmi les assistés et les moins favorisés, encourager la lutte entre les pauvres et et les mieux nantis.
Que voulait l'accusé ? Le seul but de ses faits et gestes , son grand idéal, était le renversement de toute autorité légale...
JVE OUI !
Mr DE VOOGHT ,substitut: IL VOULAIT LA REVOLUTION
JVE :OUI , OUI
Mr DE VOOGHT , substitut : A partir du moment où il pensait ne plus pouvoir exploiter la politique allemande, pour ses buts révolutionnaires, et bien , alors MM les jurés, il change de cap et dit : « Ca ne va pas AVEC les Allemands, , alors CONTRE les Allemands » , et il met sur pied un mouvement révolutionnaire.
Il voulait l'internationalisation , la transformation révolutionnaire de tout !
Il a lui même établi le résumé de la première partie de mon acte d'accusation : JVE ne nie pas qu'il veut renverser le pouvoir légal de l' Etat.
Ainsi , permettez moi de ne pas m'étendre sur la question de sa culpabilité pour les actes visés par l'article 115 du Code Pénal, et c'est là la première inculpation pour laquelle je vous demande le jugement de l'accusé.
Pour cette infraction, je ne dois pas démontrer l'intention de nuire , car cela n'est pas demandé par la loi.
Venons en maintenant à la deuxième accusation : «  avec l' intention de nuire, avoir soutenu la politique de l'ennemi, en sapant, en période de guerre, la confiance dans le ROI et dans l'ETAT, des soldats, matelots, ou d'autres citoyens.
Messieurs, dois je prouver qu'il a sapé cette confiance? Ne l'avez vous pas lui même entendu attaquer le roi de la façon la plus violente ?
Un témoin à décharge n'est il pas venu déclarer ici  : «  être sorti de l'enfer du militarisme belge, pour être rentre dans l'enfer du militarisme allemand »
Le militarisme allemand, il pouvait l'attaquer, c'était même louable, mais, en temps de guerre, attaquer nos institutions militaires, c'était malfaisant et doit être puni !
Tout ce qu'il a dit et écrit peut se résumer en 3 mots d'ordre :
A bas le militarisme !
A bas le Roi !
A bas la Belgique !
Allumer la révolution en temps de guerre, c'est soutenir la politique de l' ennemi ! Il n'y a aucun doute possible.
Il me faut encore prouver l'intention de nuire.
Mais Messieurs c'est JVE qui dans chaque article a voulu clairement montrer qu'il agissait « avec l'intention de nuire »
Voyez son article du 16 mai 1916 intitulé « VLAANDEREN VRIJ »
Nous y lisons : «  D'où que nous en soit accordé le droit, nous l'acceptons, et si besoin est , SANS ou CONTRE LE GOUVERNEMENT BELGE ! »
Dans son article « HAUTE TRAHISON » dans « ONS LAND » il ne voit rien d'autre et dit que « la trahison contre la BELGIQUE, est un devoir pour les Flamands »
L'intention de nuire, est clairement prouvée . D'ailleurs , il a parlé à SINT NIKLAAS, sous la protection des Allemands !
Le jury ne laissera pas un tel dangereux idéaliste revenir dans la société tant qu'il ne s'est pas calmé et qu'il n'a pas purgé la peine qu'il mérite.

DECLARATION DE JEF VAN EXTERGEM
Il remercie son avocat, commis d'office Me RADAMAECKER , qui l' a assisté dans sa défense.
Il remercie le jury et la Cour qui lui ont donné les moyens de se défendre.Il s'émerveille lui même d'avoir pu parler si vertement sans avoir dû quitter la salle d'audience.
Il remercie même le Ministère Public :
« En effet, les 3/4 de son réquisitoire me seront concédés par 90% des socialistes anversois , non comme une honte, mais comme un honneur .
Je ne sais pas MM les jurés quel sera votre verdict, mais j'ai l'intime conviction d'avoir toujours été fidèle à mes idéaux, même si on m'accuse de trahison !!
Et je veux vous dire que ces idéaux, je ne les renierai jamais !
C'est beau de pouvoir lutter en pleine liberté pour son idéal, mais c'est encore mille fois plus beau, mille fois plus noble de pouvoir souffrir pour lui.
Depuis 9 mois complets, je suis enfermé entre 4 murs blancs . Jour après jour, j'ai pu soupeser ce que j'ai fait et quelles en étaient les motivations.
Et bien, Messieurs, à aucun moment, je n'ai eu le sentiment d'être un judas, un traître.
La trahison signifie de subordonner les valeurs les plus élevées aux intérêts les plus bas ; par exemple, vendre son idéal pour de l'argent, des honneurs ou des avantages.
Jamais je n'ai eu la tentation de servir «  avec l'intention de nuire » la politique de l'ennemi.
J'ai seulement et simplement servi mon idéal socialiste, , et je me fiche de qui aurait pu en tirer avantage.
Ou vous me renvoyez dans ce tombeau de briques qu'est la prison de la « Begijnenstraat », où vous me rendez la liberté - cela n'aura pas la moindre influence sur ma façon de penser.
Votre réponse aux questions sera t - elle affirmative, alors je sacrifierai à mes idées, avec bonheur et fierté , la plus belle partie de ma jeunesse; votre verdict sera t- il négatif, alors je me battrai après ma libération avec encore plus d'enthousiasme et d'ardeur que jamais.
Fidèle à mes principes socialistes et à la lutte pour l'avenir de mon peuple opprimé,ma devise sera toujours : Vive le Socialisme International ! Vive la Flandre !
( Contrairement à l'habitude, VAN EXTERGEM s'est exprimé cette fois très calmement ; il est néanmoins très ému)

Son avocat Me RADEMAECKER insiste que ce jeune homme a cru dans les paroles de ses aînés proférées dans les Maisons du Peuple, les VANDERVELDE, ANSEELE, CAMILLE HUYSMANS, Dr TERWAGNE etc.
Il a appris de ces orateurs que la propriété est un vol, que l'ouvrier est insatisfait dans tous ses besoins, et qu'il lui reste un seul moyen pour mettre fin à cela : le renversement révolutionnaire de l'ordre existant .
Que les guerres sont seulement les conséquences des rivalités entre les capitalistes des différents pays, dans lesquelles les prolétaires n'ont rien à voir ; qu'un socialiste doit donc toujours combattre de toutes ses forces le militarisme et le massacre des peuples.
Tels sont les principes qui lui ont été inculqués.
MAI 1944 lettre de JVE à sa soeur depuis le camp nazi
Sachant cela, Messieurs, ne vous étonnez vous pas de trouver ici sur les bancs de la Cour d'Assises ce jeune homme, qui pendant la guerre était encore un enfant ?
JEF VAN EXTERGEM, un gamin exceptionnellement doué, a cru les leaders socialistes ....
vous savez comment il s'est jeté dans la lutte et quels effets cela a eu sur lui quand il a appris que ses maîtres s'asseyiaient à la table du Roi, s'installaient dans les hôtels ministériels, acceptaient la fonction de chef des renseignements etc. etc.
Et si à un certain moment , il est entré en contact avec BORMS, qui lui a appris que les Flamands étaient opprimés et rejetés, et si il lui a apporté sa collaboration, ce n'est pas pour « l' activisme », mais pour mettre fin à l'injustice infligée aux Flamands par le gouvernement belge.
L'avocat de la défense demande en conclusion de sa plaidoirie que JVE retrouve la liberté, 9 mois de détention préventive étant déjà une « beaucoup trop lourde peine pour ce jeune idéaliste. »

Après délibération, le jury répond affirmativement aux principales questions posées.
La Cour condamne alors JEF VAN EXTERGEM à 20 ans de détention, à la privation à vie de ses droits civils et aux frais du procès.

 1939 JVE  ,près de 20 ans après son procès, actif contre les nationalistes fascistes du VNV



voir en néerlandais  le rapport stenographique du procès publié par VLAAMS MARXISTISCH TIJDSCHRIFT n°1 1976

voir aussi  sur cette période, la vie de P DE GROOT, camarade hollandais  de JVE. Expulsé de BELGIQUE en 1923, il sera dirigeant du PC des PAYS BAS

voir aussi  Het socialistisch aktivism tijdens de Eerste wereldoorlog  Mieke SERTYN
 BTNG-RBHC, 07, 1976, 1-2, pp 169-196.pdf