jeudi 1 mars 2018

GRANDES FIGURES DE CHEZ NOUS : AUGUSTIN BEHOGNE , DECAPITE LE 26 MARS 1794 A JEHAY , PAYSAN REVOLUTIONNAIRE OU DANGEREUX MALFAITEUR ?


JEHAY : Le  château des barons van den Steen ( acquis par la Province en 2000)


Aujourd'hui, je vous propose de nous promener  en Hesbaye à Jehay ,dans la région d'Amay et de Huy , et de remonter dans le temps jusqu'aux aux années de la Révolution liégeoise. (1789-1795)
Qu'en connaissons nous  ? Le château de Jehay, bien sûr ; l'abbaye de la Paix Dieu et l'abbaye de Flone. Ajoutons y la collégiale Ste Ode et St George à Amay et même la ferme de Malgueule à Jehay. 
Voilà l'essentiel du patrimoine historique , et nous mettons là le doigt sur le patrimoine issu des classes dominantes de l'Ancien Régime ; la noblesse et le clergé.

Abbaye de Flone

Collégiale Ste Ode et St George Amay
Abbaye de la Paix Dieu























HAUT CLERGE ET NOBLESSE

Le château et la seigneurie, propriété des comtes de Merode, une des plus grandes familles princières de Belgique (toujours par ailleurs bien présente aujourd'hui), deviendra en 1716 propriété d'une autre famille noble les van den Steen ( avec un petit « van » )-, et ce jusqu'à son acquisition par la Province de Liège en 2000. La ferme de Malgueule était elle aussi leur propriété.
Blason des seigneurs de Jehay
L' abbaye de la Paix - Dieu était domaine de moniales de l'ordre de Cîteaux et celle de Flone des chanoines de Saint Augustin jusqu' à leur confiscation en 1796-97 par la République Française ( nous étions alors ,ne l'oublions pas, le département de l'Ourthe) et leur revente ensuite comme biens nationaux.
Amay fut une seigneurie ecclésiastique, domaine du chapitre des 9 chanoines de la collégiale, lui aussi propriétaire de nombreux biens et terres et bénéficiant de nombreux privilèges.
Noblesse et haut clergé étaient on le voit étroitement liés, chanoines , moines et moniales étant souvent des mêmes familles de la noblesse, accumulant les richesses pour leur seule jouissance, exploitant le travail des paysans , les soumettant à de multiples taxes , réglementations, obligations et sanctions , la corvée, le cens, la dîme , dont le seul but était de les enrichir et de renforcer leur pouvoir .
Hoensbroeck: Le tyran de Seraing
En plus, dans l'état ecclésiastique de la principauté de Liège, le haut clergé, « l'état premier » détenait de fait le pouvoir politique – le prince évêque choisi parmi les siens (le chapitre cathédral des chanoines de Saint Lambert) avant d'être nommé prince par l'empereur germanique et évêque par le pape
Il était hégémonique , même par rapport à « l'état noble » sensé représenter les seigneuries, donc les seigneurs et LEURS manants (!).
Quant au « Tiers état », sensé représenter la population des 23 bonnes villes de la principauté, et donc leurs bourgeois artisans et ouvriers,  il était dénué de tout droit sous le règne dictatorial autocratique et réactionnaire du prince de Hoensbroeck (prince évêque de 1784 à 1792, appelé par les Liégeois « le tyran de Seraing ».)


PAYSANS DE HESBAYE : MISERE ET OPRESSION

Du côté des classes opprimées  , la situation était tout autre.
« Rarement dans la région, l’habitation du manant était construite en matériaux durables. On ne voyait guère que charpentes et maçonneries légères, torchis, chaumes propices aux incendies. 
Voilà qui explique qu’à Jehay, il ne reste pas de cette époque une seule maison paysanne. Primitivement, le château était entouré de masures desservies par des ruelles.(1)
 Ferme de Malgueule (ex  propriété du baron)
Par suite d’achats, d’échanges plus ou moins volontaires et de saisies, les de Mérode avaient éloigné ces voisins encombrants, ce qui leur permis de créer les jardins, d’élargir le grand étang et de tracer les magnifiques avenues...
Les châtelains ne se faisaient pas faute, à l’occasion, d’incorporer à leurs terres les chemins publics. »
Le peuple rural était partout pauvre et misérable : à part quelques fermiers propriétaires de leur ferme , la plupart des 341 habitants -76 feux- de Jehay ( en 1736) travaillaient pour les fermes du seigneur ou travaillaient un jardin ou lopin de terre pour lequel ils payaient bail au château ou à la cure.
Et la vie était singulièrement dure au paysan, dans la campagne hesbignonne.Il y avait aussi beaucoup d'indigents  mendiants , infirmes, impotents ou innocents. 
Certains habitants du village , des paysans-ouvriers en quelque sorte, avaient un métier , maçon, manoeuvre, tisserand, scieur, ardoisier briquetier, charpentier, qu'ils exerçaient dans les bourgs voisins .(2 )

Le seigneur était tout puissant et avait en quelque sorte pouvoir de justice et de police sur ses sujets.
C'est ainsi qu' en 1787, à Jehay, un voleur auteur d'un vol sans effraction,fut enfermé dans la prison du château , la garde du château étant renforcée, sur ordre du baron , nuit et jour, par 12 hommes armés
La « cour » , siégeant au château et présidée par le baron lui même, le condamne à 25 coups de fouet.
«  La lecture de la sentence ayant été donnée dans la grande salle, en présence de la population réunie, on remit le condamné au maître des œuvres. Puis le cortège reprit sa marche et conduisit le prisonnier au lieu du supplice, vis-à-vis de la brasserie banale » Là, il fut fouetté, puis chassé.( 3 )

Brassine banale, non pas à Jehay , mais à SOIRON
 La force motrice était fournie par une roue dans laquelle courrait un chien.
 Le Seigneur a droit à deux pots de bière par brassée et à deux tonnes par an, le
     curé a droit à un pot par brassée.
La révolte des paysans se focalisait sur certains monopoles établis par le seigneur : celui par exemple à Jehay de la « brassine banale ». (brasserie appartenant à la circonscription du seigneur)
Autrefois,chacun faisait sa bière pour sa consommation quotidienne, comme on fait le café , en faisant passer l'eau chaude sur l'orge ou le malt, en y ajoutant un peu de houblon pour le parfumer.On évitait ainsi de boire de l'eau de qualité douteuse ,qui était source d'épidémie.






 La brassine banale était une des prérogatives les plus importantes que le seigneur s'attribuait. Les manants étaient obligés d'aller brasser à cet endroit ; ils ne pouvaient aller acheter ailleurs ni revendre de la bière que le receveur de la " brassine banale " n'aurait contrôlée.
Les seigneurs de Jehay veillaient à conserver ce droit très ancien. 
Allée Sud du château  face à la brassine ??.

Ils le maintiendront à travers toutes les époques quelque soit la
famille seigneuriale. Le droit de banalité constituait une sorte d'impôt, un moyen de ressources sans doute, mais il mais il marquait aussi une attitude d'autorité que les seigneurs ne laisseront jamais décliner. 
 Elle était devenue à ce point symbolique d'autorité que l'exécution des châtiments corporels infligés aux condamnés avait lieu en face de cet édifice.
Fatalement, pour plus d'une raison, la population associait ce bâtiment à l'autorité du seigneur et le détestait.
 Elle était devenue à ce point symbolique d'autorité que l'exécution des châtiments corporels infligés aux condamnés avait lieu en face de cet édifice.
Fatalement, pour plus d'une raison, la population associait ce bâtiment à l'autorité du seigneur et le détestait.
Le peuple devenu libre signifia l'abolition de la brassine banale.
Les  révolutionnaires 
 tentèrent d'incendier le château et ils saccagèrent la brassine. (4 )


LA REVOLUTION LIEGEOISE ( 1789-1795)

Pour les classes opprimées, ouvriers, paysans,petits artisans, la vie en 1788-1789 est très dure : le prix du pain avait augmenté  et il y eut un chômage important , donc la misère ,dans les villes.
L’ensemble du peuple était aussi révolté par le fait que les possédants exportaient le blé à l’étranger, ce qui aggravait la disette dans la principauté. En 1787-1788, trois quarts de la récolte de blé furent exportés.
Dans la riche campagne de Hesbaye, où les activités semi-industrielles étaient rares, les
communautés villageoises se réunissaient en assemblées générales et dressaient des cahiers
de doléances, où le clergé était pris pour cible. ( 5 )
Suite à la disette de grains, après le rude hiver  1788-1789, parmi les paysans du Condroz naissait un mouvement contre la dîme due à l'Eglise. Le peuple se rendait de village en village, demandant l'abolition des privilèges des seigneurs et du clergé. Des bandes y exercent leur piraterie, et s'emparent du grain qu'ils jugeaient superflu pour le distribuer aux indigents. 
Les évènements révolutionnaires français, (prise de la Bastille) persuadèrent la bourgeoisie de lancer un mouvement populaire pour contraindre le prince-évêque à réaliser de profondes réformes.

La Révolution liégeoise est un événement historique des plus complexes , faite d'un enchevêtrement  d'intérêts qui dépassent de loin le seul affrontement de classe à Liège, entre d'une part la bourgeoisie assistée du prolétariat , les révoltes paysannes,et d'autre part les classes dominantes de l'Ancien régime ,la noblesse et le haut clergé .
Interviennent de manière décisive et militairement dans le rapport de force ,d'une part la France révolutionnaire, proclamée République le 21 septembre 1792 , et d'autre part les multiples composantes et organisations féodales du Saint Empire germanique, sorte de colosse aux pieds d'argile , miné par les rivalités entre l'Autriche des Habsbourg et la Prusse des Hohenzollern, qui toutes deux interviendront militairement à leur manière et en pleine rivalité, dans la principauté.

Quelques dates  comme aide mémoire :( 6 )
1ère période révolutionnaire : 18 août 1789- janvier 1791 
1ère restauration  de l'ancien régime : janvier 1791 – novembre1792
2ème période révolutionnaire : nov 1792-mars 1793
2ème restauration : mars 1793 – juillet 1794
3ème période révolutionnaire : juillet 1794- octobre 1795
Rattachement à la France : 1795-1815

AUGUSTIN BEHOGNE 
 
L AN 1719 : la ferme DONY
Augustin Behogne, originaire de Hannut s'installa dans la quarantaine, à Jehay à la "ferme DONY" située au « Saule Gaillard » ,après avoir épousé la veuve Rorive qui l'exploitait. Cette ferme  datée de 1719 existe toujours rue Saule Gaillard ( anciennement rue du Dessus)
Il était un paysan cultivé, relativement aisé , acquis aux idées des Lumières .
Citons maintenant  Arthur Bovy, historien local  ( 7 ) :
 « Il s’empressa de s’inscrire au club des patriotes d’Amay, où il débuta par de virulentes attaques contre la juridiction des chanoines.
A Jehay , il ne cessait de remontrer aux manants que depuis des siècles, ils étaient écrasés de servitudes, de corvées, de dîmes et de redevances de toutes sortes, sans parler du haut prix des denrées, qu’en prévision des années déficitaires les censiers ne se faisaient aucun scrupule d’accaparer. Il allait répétant à tout venant que l’heure était arrivée de secouer le joug odieux.
Le 18 août 1789,  la révolution  éclate à Liège.

LA REVOLUTION A JEHAY
Entre le 19 et le 26 août, alors que le baron était à Seraing, les chefs de la rébellion ( Behogne et trois villageois ndlr) à la tête d’une trentaine d’hommes, se rendirent au château, tambour battant.
Un des leaders , La Jeunesse, remit à la baronne épouvantée une requête réclamant l’abolition de la brassine banale (...) Puis, il fit connaître qu’il se proposait de délivrer gratis, pendant deux jours, de la bière à quiconque présenterait un certificat de civisme. Pendant plusieurs semaines, le village fut en effervescence. 
Dans la nuit du 26 au 27, l’évêque Hoensbroeck se réfugie en Allemagne, le baron de Jehay l’y accompagne, laissant au village le champ libre  à Behogne et à ses acolytes La Jeunesse, Cordonnier et  Loumage.
Le village de Jehay, comme les autres communautés hesbignonnes, s’administra lui-même. Il n’avait jamais connu d’autres autorités que son seigneur et son curé.
Vers la fin d’août 1789, des opérations électorales eurent lieu. Elles se déroulèrent, à Jehay, au milieu d’un grand enthousiasme. Behogne et ses amis ne manquèrent pas de célébrer bruyamment le nouvel ordre des choses.
Il fallut bientôt déchanter. .
Le 12 janvier 1791, le prince-évêque Hoensbroeck rentrait à Liège derrière les troupes de l’Empereur Léopold II et remettait en vigueur l’ancienne constitution.
Neuf jours plus tard, le baron revint à Jehay pour y afficher, sur l’église et sur le batty, le décret d’amnistie. Behogne et ses amis en étaient exclus. Il avait d’ailleurs disparu.
On le revit au village quand arrivèrent les troupes de la République française de Dumouriez, dans les derniers jours de 1792.

OFFICIER MUNICIPAL  :
Nommé officier municipal (échevin)et membre du comité régional de salut public, Behogne se multiplie.
Par un clair dimanche de ce mois de décembre 1792 , il monte dans le clocher de 
l’église et sonne la cloche du ban pour assembler les habitants sur le batty, où il leur annonce la déchéance du prince-évêque et la réunion du pays à la République française. ...
On le rencontre partout ; dans les fermes du   château de Jehay, de Malgueule, de Hepsée, de Warfusée et dans les villages des environs, il réquisitionne du grain et des fonds pour l’armée.

Carte de Ferraris des Pays Bas autrichiens(1770-1778)
on y repère le château, la ferme "Malgeul", la brassine, et sans doute la ferme Dony

CONDAMNE A MORT ET DECAPITE
Hélas, le réveil fut terrible.
 Le 5 mars 1793, les Autrichiens réoccupaient la capitale, et le comte de Méan, le nouveau prince-évêque, remontait sur son trône. Le baron rentrait à Jehay.
Behogne avait encore disparu. Mais tandis que ses deux comparses les plus compromis, Cordonnier et Loumage se dérobaient à toutes les recherches, lui-même fut pris à Herstappe et amené à Liège.
La cour des Echevins de Liège, 
prononça des peines d’emprisonnements et de bannissements et cinq condamnations à mort, dont celle de Behogne.
Un seul témoin rapportera ce jugement dans ses mémoires : François Garnier, le jardinier du château, fidèle  parmi les fidèles du baron . Behogne est accusé d'être le principal instigateur des désordres qui secouent la commune, lui imputant toute une série d'actions exécutées dans le seul but de soulever la population,et renverser l'ordre établi : pillage du moulin de la Paix - Dieu, violence et injures contre l'abbesse, arrogance à l'encontre de la baronne, appropriation de terres, proclamation du rattachement à la France.
Mais écrit l'historienne Anne Stiernet, "quelle valeur accorder au jardinier, adversaire acharné de la cause révolutionnaire" (8)

.L’ancien régime prit fin au village de Jehay, sur une vision d’horreur.
Le 26 mars 1794, à sept heures du matin, le condamné y fut ramené. On sonna pour la dernière fois la cloche du ban, et les habitants se rassemblèrent sur le batty, au pied
du gros tilleul, devant la brassine banale.
A huit heures, le bourreau fit faire plusieurs fois le tour de la placette à son prisonnier, puis sous les yeux de la population muette d’épouvante et d’indignation, il le décolla à la hache. Ainsi mourut, comme un malfaiteur, Augustin Behogne, coupable de délit d’opinion et de turbulence.  (Quelques semaines) plus tard, on l’aurait porté en triomphe, comme un héros »(7 bis)



Nous sommes depuis le 1er octobre 1795 partie de la République française, - et le baron van den
1796 Fête civique au château  photo (8)
Steen  s'est à nouveau exilé depuis juillet 94.Son "jardinier - homme de confiance"  veille sur ses biens .
Une fête civique est célébrée à l'abbaye de la Paix Dieu le 7 août 1796 : bonnet phrygien, arbre de la Liberté, statues représentant la Liberté et la Loi,  discours anti royaliste: la symbolique révolutionnaire est bien présente.
Ce jour aussi, le peintre Léonard de France organisa une cérémonie d'hommage à Augustin Behogne .
Remarquons ici qu'il ne reste rien de ce révolutionnaire impétueux et courageux, qui s'est battu et est mort pour nos libertés , pas même une  plaque commémorative! A Verviers pourtant, le martyr Chapuis a sa statue, et à Huy, Bouquette son monument...
Par contre, Mr le baron, lui... Même le bon jardinier François Garnier repose au château sous une pierre tombale.


LA PAROLE A UN   "PRO  ANCIEN REGIME " 

Il est rare devant l'acte d'accusation  contre l'Ancien Régime et ses méfaits, de pouvoir donner la parole   à ses partisans .
Et pourtant : la magie du net m' a fait découvrir ces lignes, d'un abbé Dupierry, qui j'imagine ne cesseront de vous surprendre...(9)
« La domination des princes évêques, la plus paternelle qui se puisse concevoir, disions-nous, rendait à leurs sujets la vie très douce.
 Le prince évêque de Velbruck avait représenté Liège à Paris. Doux et tolérant de nature, une fois monté sur la trône, il laissa faire; c'était l'empoisonnement lent et sûr des classes dirigeantes.
Son successeur, de Hoensbroeck. valait mieux. Mais il ne vit pas tout la danger,  fut indécis alors qu'il fallait agir et devint la première victime de l’émeute.
(...)
A Huy, la ville est sous la coupe du Citoyen Bouquette, un ouvrier  dinantais, au verbe haut; il ne craint pas de monter dans la chaire de la collégiale et d'appeler à l'émeute le ban et l'arrière-ban de la plèbe : on a tout à redouter de semblables meneurs.
De l'autre côté, un paysan de Jehay, le citoyen Behogne, terrorise véritablement son coin; à ses diatribes incendiaires, il ajoute des sévices, extorque de l'argent, spécialement des religieuses de la Paix-Dieu, menacées de la pire façon.

Heureusement que l'on touchait à la délivrance; précédés de chariots chargés de dépouilles opimes (trophées ndlr), les Français fuyant devant la nouvelle offensive autrichienne, partirent  le 5 mars 1793.
 Le prince-évêque de Méan, rentré dans sa ville, proclama bien une nouvelle et très large amnistie, mais il eut été de la dernière inconséquence de ne pas sévir, et sévèrement, contre les fauteurs de troubles. 
 
Monument à Jean Denis Bouquette   Huy
Le citoyen  Bouquette  paya d'audace, fut appréhendé par la maréchaussée, condamné à mort par les échevins de Liège et exécuté sur la grande place de Huy, le 25 mars 1794. 

Si nous en faisons mention, c'est que Bouquette fut le dernier décapité, dont la tête fut exposée aux fourches patibulaires; celles-ci étaient sur Falhize et les gens d'Antheit purent. à l'aspect de ce poteau portant la tête coupée, méditer sur les suites des révolutions.(sic !)

A Jehay. le citoyen Behogne fut appréhendé également.
Le pays ne se remet pas d'aplomb, il reste agité. Il y a des conciliabules secrets de révolutionnaires locaux; le prince- évêque est forcé d'augmenter les contingents de police. de faire multiplier les patrouilles. »

UNE REVOLUTION   INACHEVEE

La révolution liégeoise, on le voit, ne fut pas une « binamé révolution », comme on la présente souvent, mais un véritable affrontement des classes opprimées contre les 1% d'oppresseurs du haut clergé et de la noblesse.
Mais même si les paysans se soulevèrent ici et là à l'appel de révolutionnaires comme Behogne, même si les ouvriers et artisans des villes, à Liège , Verviers et ailleurs partirent à l'assaut de l'Ancien Régime, c'est la bourgeoisie des villes , qui menait la danse , elle, la classe ascendante qui voulait le pouvoir. Elle voulait se délivrer des multiples chaînes que les structures féodales mettaient à l'expansion de sa « liberté » de produire, de commercer , d'accumuler du capital et d'exploiter « librement«  le prolétariat.
En définitive, c'est elle qui en sortit victorieuse.
vente des biens nationaux de la Paix Dieu - photo (8)




Et remarquons que si le haut clergé, symbole du pouvoir absolu dans la Principauté fut la première victime du flux révolutionnaire – ses biens furent confisqués , pour être revendus comme biens nationaux et ses congrégations dissoutes – la noblesse , elle ne s'en tira pas trop mal.







Une sorte d'alliance de classe, voire de fusion, de la bourgeoisie montante avec la noblesse d'Ancien Régime caractérisera la Belgique pendant tout le XIXème siècle et bien après encore.
On l'a vu , la famille van den Steen de Jehay conserva ses propriétés.  
En 1802, l'amnistie lui sera accordée et en 1806, le baron est nommé maire de la commune de Jehay !
Son  fils  ,qui s'était, à 13 ans ,exilé avec son père ,  fut en 1830 élu à l'unanimité sénateur pour l'arrondissement de Waremme, lors des premières élections de la jeune Belgique. En 1832, il est nommé gouverneur de la province de Liège. D'autres van den Steen furent élus ,ici et là ,bourgmestres . 
 Même le plus haut clergé s'y faufila sans problèmes , puisque le dernier prince évêque de Liège, François- Antoine-Marie- Constantin de Méan , partisan acharné de la restauration réactionnaire de l'Ancien Régime en 1793 et responsable de la répression et de l' exécution des révolutionnaires Chapuis à Verviers, Bouquette à Huy et Behogne à Jehay, fut désigné en 1817 par Guillaume Ier des Pays Bas comme archevêque de Malines , honoré comme un grand personnage de l' Etat.
Et nombre de descendants de la vieille noblesse ont occupé d'importants fonctions dans l'appareil d'état du Royaume de Belgique, gouvernement, fonction publique, officiers d  'armée , magistrature , ou ont reconverti leur bien en capital.
D'ailleurs , preuve du prestige que l'on veut toujours accorder , au XXIème siècle (!!) à "l'état noble"
Chateau des vicomtes van Spoelberch à Wespelaer
,  les plus grandes fortunes de Belgique aujourd'hui sont nobles ou anoblies ; 11% de familles nobles   détiennent 56% de la fortune totale des 500 familles les plus riches : parmi ces 54 familles- 8 sont nobles « d'Ancien Régime »  comme le vicomte van Spoelberch , (Mr Inbev) , et 48 sont anoblies : les barons Solvay, Janssen, le comte Paul Boël , les barons Collinet , Jef Colruyt et Albert Frère etc.etc (10 )
Sans oublier, bien sûr,  primus inter pares , la famille des Saxe Cobourg Gotha !
On le voit, ami lecteur la révolution d' Augustin Behogne est loin d'être achevée !

Ah ! ça ira, ça ira ,ça ira les aristocrates à la lanterne.
Ah!  ça ira, ça ira, ça ira ,les aristocrates, on les aura !

"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.
Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte."
Karl Marx – La Manifeste du parti communiste – 1848



Sur la révolution liégeoise, voir aussi ROUGEs FLAMMES  février 2017:
et les nombreux blogs de Hubert Hedebouw "hachhachhh" dont:
Sur JEHAY, remarquable site des plus complets et riches : "Hyperpaysage de Jehay"

 http://www.hyperpaysagedejehay.be/plan-site.htm

NOTES
(1)Arthur Bovy :jehay sous l'ancien régime :http://www.hyperpaysagedejehay.be/ancien-regime.htm
(3) ibid
(4)A. Bovy :la brassine banale http://www.hyperpaysagedejehay.be/brassine.htm
(5)Eric Toussaint "La révolution liégeoise de 1789" mai 2007 
(6)
 Chronologie complète de La révolution liégeoise dans :http://perso.infonie.be/liege06/12douze0.htm 
(7)  (7 bis)Arthur Bovy  :"1789 - Augustin Behogne, un hesbignon malchanceux"
http://www.hyperpaysagedejehay.be/1789.htm
(8) Anne Stiernet :"1789 à Jehay et à la Paix-Dieu. Scènes de la Révolution liégeoise ...( d'après les souvenirs de François Garnier, jardinier du château)"
(9)Histoire d' Antheit et de sa   paroisse  Abbe Dupierry  
(10)L'Echo 8 mars 2017

vendredi 2 février 2018

GRANDES FIGURES DE CHEZ NOUS :A HUY, SUR LES TRACES DE JOSEPH THONET (2ème partie)



Nous sommes, dans le blog précédent, partis sur les traces de Joseph Thonet, dans la « bonne ville » de Huy, au tournant des années 1900 (1 https://rouges-flammes.blogspot.be/2018/01/grandes-figures-de-chez-nous-huy-sur.html)
Pionnier du socialisme à Huy , militant dés 14 ans aux Jeunes Gardes Socialistes puis au POB , gérant de la coopérative « Les Campagnards de Tihange » , nous le retrouvons aujourd'hui, en juillet 1914, à Bruxelles . Nous sommes à quelques jours de la grande conflagration mondiale, qu'on appellera « La Grande Guerre » ; il a 31 ans .

A BAS LA GUERRE  !

JUILLET 1914
Le 29 juillet 1914, Joseph Thonet assiste au fameux meeting socialiste international contre la guerre au Cirque Royal à Bruxelles  avec la présence de Jean Jaurès.
Meeting du 29 juillet 1914 Cirque Royal Bruxelles
photo :http://history.2014-18brussels.be/fr/non-a-la-guerre
« Le Cirque était bondé ; Dans la rue, autant de monde qu'à l'intérieur.... De nombreux orateurs des partis belge, français, hollandais, italien prenaient la parole.
Jean Jaurès était là ! Son discours a été acclamé par toute la salle.
Quel orateur! Un tribun !Une voix chantante, Une péroraison qui emballe dans un enthousiasme indescriptible !
Quand nous sommes sortis du Cirque, , une manifestation s'organisa., et aux cris de « A bas la guerre ! », nous défilâmes dans les rues de Bruxelles . Nous étions encore pleins d'illusions. »
Le surlendemain , (31 juillet 1914) Jaurès était assassiné à Paris ...(2)

HUY: Le pont de fer  détruit pour retarder l'armée du Kayzer
Le 4 août les troupes du Kayzer entraient en Belgique.
A Huy, les premiers « uhlans »arrivèrent le 15 août .
C'est la nuit précédente que le détachement belge fit sauter le grand pont( le Pontia) puis celui de la Neuve Voie (le pont de fer) pour retarder la marche allemande.
Dés son arrivée, l'armée allemande prend possession du Fort et ce sans aucun combat. Elle y établit un camp de discipline pour les réfractaires et les déserteurs de ses propres troupes. Les Allemands établissent leur Kommandantur au café de la gare du Nord.
15 août 1914 :les troupes allemandes entrent dans Huy
photo:"La guerre 14-18 vécue au Collège Saint-Quirin."
L 'Hôtel « L'Aigle Noir » sera le centre de comptabilité des troupes d'occupation et le guichet où demander passeports et laissez passer pour quitter la ville.
Dans la nuit du 23 au 24 août, des soldats, ivres suite au pillage de quelques bonnes caves à vin, provoquent une fusillade qu'ils cherchent ensuite à faire passer pour un acte de rébellion des habitants .Des soldats allemands mirent alors le feu à 28 maisons, rue des Jardins.(3)

Ce n'est pas pour autant que Joseph Thonet sombra dans la haine du Boche et le social-chauvinisme , comme le firent la plupart de ses camarades du POB et tant de socialistes à travers toute l'Europe qui oublièrent en une nuit des années d'éducation internationaliste . »
« L'Internationale sera le genre humain » chantaient ils dans les rues de Bruxelles. Dans ses « Souvenirs et mémoires » Thonet rend hommage à son grand camarade allemand , le socialiste Karl Liebknecht , député au Reichstag, et rappelle qu'il vint en Belgique début septembre 1914 pour constater par lui même , à Liège, à Andenne les crimes de l'impérialisme allemand.
A la tribune du Reichstag le 2 décembre 1914, il refusera, seul, de voter les crédits de guerre en condamnant explicitement « la violation de la neutralité de la BELGIQUE et du LUXEMBOURG, violation de traités solennels, l'invasion d'un peuple pacifique, le traitement cruel infligé à la population civile des territoires occupés ,la dévastation de localités entières, l'arrestation et l'exécution d'innocents pris comme otages, le massacre d'individus désarmés.
La suite est connue : exclu du groupe socialiste, arrêté et mis en forteresse le 1er mai 1916, libéré par la révolution à Berlin, en octobre 1918, Karl Liebknecht sera assassiné , avec Rosa Luxemburg le 15 janvier 1919, par des détachements des  « Corps francs » , secteurs les plus extrêmes du militarisme allemand, avec la complicité active du ministre social démocrate de la Guerre , Gustav Noske .(4)
En 1923, en prison, Thonet , l'internationaliste, affichera au mur de sa cellule les portraits de Karl et Rosa.

PRISONNIER EN ALLEMAGNE
Joseph Thonet , continua son travail pour la coopérative « Les campagnards de Tihange ». Muni d'un passeport délivré par l'autorité allemande, il franchissait chaque semaine la frontière hollandaise pour acheter des graines et semences à Maastricht. Il profitait de ces voyages autorisés pour porter illégalement des lettres de familles de la région de Huy destinées à leurs soldats et pour rapporter les réponses via la poste restante.
Il assurait ainsi , par solidarité, un service régulier de correspondance entre les soldats de la région et leurs familles.
« J'ai porté et rapporté des milliers de lettres . Il en était de dangereuses , notamment celles relatant les atrocités commises par les soldats du Kayzer en Belgique et destinées à des journaux de Paris et de Londres . Je devais chaque fois modifier ma façon de passer ces lettres, une fois dans les poches extérieures de mon pardessus, une fois dissimulée dans un pot de miel, quelques fois roulée en paquet au milieu de quelques kilos de savon mou » .
Arrêté en février 1915 sur dénonciation, il fut d'abord emprisonné à Liège, puis transféré dans un camp de prisonniers en Allemagne , et enfin détenu au secret en prison pendant 31 jours où il connaîtra l'isolement et la faim. Aucun échange de lettres avec sa famille n'était autorisé et la nourriture tout à fait insuffisante :  « J' ai eu une faim terrible. Pour l'apaiser, j'ai volé 2 pommes de terre crues ; j'ai été malade comme un chien. Le gardien m'a sorti de mon lit et j'ai dû rester debout toute la journée.. »
Après 3 mois de privation de liberté, il rejoindra finalement Huy et sa famille fin avril 1915.


LA FAIM , LE FROID ,LA MISERE
Mais la guerre, qui est en général présentée exclusivement comme un combat patriotique sur le champ de bataille , pour la démocratie et la civilisation, a représenté pour les masses travailleuse un combat pour survivre dans l'océan de misère, face au recul incommensurable de leurs conditions d'existence.
Le peuple a connu la faim, le froid, la misère.
« Sur la Belgique pendant la 1ère guerre mondiale, il y a le cliché d'une nation unie qui a
substitué à toutes ses contradictions internes la résistance à l'envahisseur détesté.
Mais en réalité, le pays , occupé, restait sous haute tension, du fait de la pénurie de vivres »écrit le professeur Vrints de l'Université de Gand

Joseph Thonet évoque la misère régnant dans le pays : les secours en 1916 étaient de 7fr/semaine pour les adultes, 6 fr pour les enfants de 10 à 16 ans et 5fr pour les enfants de moins de 10 ans.
Reprenant un memorandum du parti ouvrier, à l'autorité allemande , il rappelle que l'industrie est à l'arrêt, que tout commerce est devenu impossible, que pour la classe des travailleurs, c'est la misère la plus noire.
« Dans l'arrondissement de Liège, la mortalité générale a augmenté entre 1913 et 1917 de 58%. Dans celui de Charleroi, le nombre de morts nés est en augmentation de 57% pour la même période.
Partout, le rachitisme des nourrissons est un véritable désastre. »
Pour l'alimentation, alors que la production de pommes de terres suffit pour donner à chacun 600g par jour, on a distribué à Bruxelles, en 1916-1917, 60 g/jour, et à Seraing 25g !
Sans oublier la question du charbon, puisque « aux affres de la faim, s 'ajoutent les souffrances du froid : à la veille de l'hiver, les ménages sont sans charbon »
Au sein de chaque commune, on retrouve un comité d’alimentation (chargé de la gestion du magasin communal de ravitaillement qui vend des denrées), un comité de secours (chargé de la distribution des secours) et un comité de chômage (chargé de la distribution de secours aux chômeurs)

Joseph Thonet, est un des 4 représentants du POB au sein du comité local de Huy du Comité National
de Secours et d'Alimentation, qui est composé de représentants des partis  parlementaire : 6 libéraux, 4 catholiques et 4 socialistes.
Et là où il est , il se bat :il proteste quand le CNSA prend des décisions injustes :par exemple, la règle du comité de secours était de priver les chômeurs propriétaires de leur maison de l'allocation de 0,50 fr ( Oui 50 centimes!!!) par jour - si leur maison valait plus de 5000fr.
« Les grands manitous qui étaient à la tête de cet organisme disaient littéralement : « mangez vos briques, avant de venir solliciter un secours de 0,50 fr !! ... Le parti catholique était représenté par un prêtre, le curé de Saint Rémy,un brave homme ... et nous évaluions - Dieu lui aura pardonné ses pêchés - la maison du chômeur à un taux moindre pour qu'il touche ses misérables 50 centimes !..
Il sera arbitrairement exclu, en mars1918, avec 2 de ses camarades, du comité local par le Comité National, pour ses prises de position anticapitalistes sur le caractère impérialiste de la guerre . Et ce malgré le soutien des organisations du POB de Huy ! Une seule pensée était admise, celle du chauvinisme et de la guerre jusqu'au bout .

NOVEMBRE 1918
Le 10 novembre 1918 était un lundi : malgré la présence de troupes allemandes encore stationnées chez nous, un cortège se forma en ville . Il y avait là des gens de toute opinion avec une majorité de travailleurs ; On chantait la Brabançonne, puis l'Internationale et la Marseillaise.Nous lancions aussi des mots d'ordre  surtout à destination des soldats allemands: « A bas le gouvernement impérialiste allemand ! Vive la république allemande »
C'est alors que je fus agressé par un groupe de jeunes catholiques , qui me jetèrent à terre et me piétinèrent. »  
Mais le lendemain 11 novembre 1918, c'est Joseph Thonet qui, convoqué au commissariat fut arrêté et mis au cachot pour attitude « non patriotique ».
Il est vrai que il avait dénoncé publiquement devant la population stupéfaite, en passant rue Hors Château , l'ancien bourgmestre Louis Chainaye , qui comme administrateur et actionnaire de la société Rhenania d'Aix la Chapelle , aurait eu une responsabilité dans la collaboration économique avec l'occupant. (5)

« L' ERE NOUVELLE » : UNE GAUCHE RADICALE A HUY

Joseph Thonet , avant la fin de la guerre, rassembla autour de lui un cercle de réflexion politique d'une vingtaine de membres , « L'ère nouvelle » orienté à la gauche du POB, qui dans un premier temps en octobre 1918 rédigea un programme d'action :
Fonds Thonet  - CArCoB
  • Programme minimum  de l'après guerre : le suffrage universel immédiat, la journée des 8 heures,les pensions ouvrières, un salaire minimum et un impôt progressif sur le revenu.
    Il dénie au gouvernement du Havre toute légitimité pour réaliser ce programme et avec lucidité décrit ce qui allait se passer  (avec la participation de 4 ministres socialistes , Vandervelde , Anseele ,Wauters et Destrée , )
    « Le gouvernement du Havre ne manquera pas de battre monnaie sur le terrain patriotique:discours grandiloquents, manifestations flamboyantes, tout y passera . Et toute cette ferblanterie n'aura qu'un but : amener les partis d'opposition à une prétendue collaboration de reconstruction. Pendant ce temps, on s'efforcera à nouveau de ligoter la classe ouvrière... »
  • Pour un régime républicain
  • « le groupe rejette toute participation socialiste dans les ministères bourgeois »
    Il rappelle les résolutions du congrès d'Amsterdam de l'Internationale en 1904 qui avait condamné la participation des socialistes français au gouvernement bourgeois et précise que « la collaboration de Vandervelde et Brunet au cabinet belge ne relève d'aucune décision du parti »
  • « le groupe se prononce pour « la reprise des relations internationales « - c'est à dire des relations avec les socialistes des pays en guerre , ou ...en révolution ( socialistes allemands autrichiens ,mais aussi bolchéviks russes,spartakistes allemands ) refusées obstinément par la direction du POB en rappelant simplement « Prolétaires de tous les pays , unissez vous »
  • Au sujet de la paix, « l'Ere Nouvelle » , présageant ce qui allait se passer au traité de Versailles s'oppose à « tout esprit de conquête et toute visée impérialiste et se prononce pour le droit des peuples à disposer d'eux mêmes. »
Ces positions ,peu connues ,de la gauche socialiste de Huy, rejoignaient de fait le combat de la gauche du POB regroupées autour de Joseph Jacquemotte et du journal « L'Exploité ». Au congrès de décembre 1918, alors que la majorité du parti votait – pour la première fois, et ce fut loin d'être la dernière ! - la participation du POB au gouvernement bourgeois , la minorité , proclamait :
« C'est au moment où les trônes croulent que nous irions nous associer à la bourgeoisie, pour lui permettre de nous exploiter ? Non citoyens !»
« Le parti s'est constitué, non pour consolider la société capitaliste, mais pour la renverser et lui substituer une société nouvelle ; Il y a antinomie entre la collaboration et la lutte des classes »
Fonds Thonet  - CArCoB
De 1919 à 1921, L' Ere Nouvelle organisa de nombreuses conférences avec des orateurs de la gauche :: Fernand Massart, Joseph Jacquemotte, le député liégeois Célestin Demblon, des syndicalistes etc..En mars 1921, le cercle d'études se transforma en groupe hutois des « Amis de l'Exploité »
Joseph Thonet lui même renouant avec la tradition des Jeunes Gardes Socialistes de sa jeunesse, animait une conférence tous les samedis soir à 19h. Encore, et toujours, l'éducation idéologique au centre de ses préoccupations.



1919 -1921 : LE CLASH HUBIN -THONET 
LUTTE DE CLASSE ou COLLABORATON ?

C'est en septembre 1919, qu'au sein du POB de Huy, le conflit entre la droite et la gauche s'exacerba.
Georges Hubin , député , exigea avec violence , dans un article public du journal « Le Travailleur » l'exclusion du parti ouvrier de Joseph Thonet sous le titre « Il faut en finir »
Fonds Thonet  - CArCoB
Georges Hubin fut une figure contrastée du socialisme belge, qui nécessiterait à lui seul plusieurs articles. Ouvrier carrier, syndicaliste, (nous l'avons vu en tête des manifestations de 1902 et condamné à 6 mois de prison) puis appelé à gérer une carrière coopérative, sculpteur sur pierre, échevin de Vierset Barse pendant 36 ans , député à la Chambre de 1896 à 1946 (50 ans!), c'était en quelque sorte le pape du POB à Huy .(6)
Il pouvait difficilement tolérer une opposition sur sa gauche. Il avait épousé politiquement les thèse jusqu'au boutistes ( de mener la guerre jusqu'au bout) et chauvines , opposé à toute conférence de paix à Stockholm en 1917, et farouchement opposé, en 1919 à tout reprise de contact avec les socialistes allemands , quels qu'ils soient.(7)
 Georges Hubin
Partisan fervent de la participation socialiste au gouvernement et partisan aussi de listes de cartel avec les libéraux, Hubin  entra en fureur avec article de presse, insultes, voire bagarre avec son adversaire politique.
Thonet ne fut pas exclu- la discussion fut postposée.Mais ,en décembre 1920, c'est lui qui rédigea sa lettre de démission , après 23 ans de militantisme au sein des JGS et du Parti Ouvrier.
Le Congrès du POB avait en effet décidé l'incompatibilité entre l'appartenance au POB et à la gauche regroupée dans « Les Amis de l'Exploité », les contraignant à se dissoudre ou à démissionner. 
Cette rupture, souvent célébrée avec emphase comme une grande victoire, l'était certes, au niveau de la fidélité aux principes de lutte de classe, au milieu d'un océan d'idéologie réformiste et de collaboration avec la bourgeoisie. Mais , c'est presque seul que Joseph Thonet, rejoignit le Parti Communiste, la plupart de ses amis et camarades de combat faisant défection .
« Nous perdîmes momentanément la première bataille, nous allions nous organiser pour en gagner d'autres »
« Est ce à dire que les camarades qui ont quitté le POB ont eu tort ? Non, mille fois non !
Nous devions quitter le POB qui ne nous permettait plus de défendre le socialisme de lutte de classe . Nous devions quitter le POB qui voulait étouffer en nous la confiance dans le socialisme marxiste.Nous étions forts de caractère... »
Nouvel engagement politique :il sera membre du 1er Comité Directeur du Parti Communiste , et il militera activement dans le Comité de secours à la Russie où il côtoie Célestin Demblon et son ami l'écrivain Jean Tousseul.
Nouveau travail , nouveau logement ,il avait quitté , après plus de 15 ans de travail « Les campagnards de Tihange » à la rue des Jardins et le logement y attenant; il trouva du boulot dans le privé  et déménagea rue des Trois Ponts à Huy.
Une nouvelle étape de sa vie, un nouveau combat commençait. Il avait 38 ans.

« MES PRISONS » : 1923, 1930, 1932, 1933 - 1934 
Emprisonné à 4 reprises en 11 ans , jugé 2 fois en Cour d'Assises ! On pourrait prendre Joseph Thonet pour un dangereux criminel récidiviste !Et encore,  ne sont pas comptées là les 6-7 comparutions et condamnations au tribunal correctionnel ou de simple police de 1930 à 1946 !
En fait c'est le parcours d'un militant communiste ,tête dure, au parler franc, courageux , à une époque où la peur du rouge et la répression qui l'accompagne étaient quotidiennes.
Belle leçon encore aujourd'hui sur la caractère très relatif des notions de « démocratie » et de « justice » proclamées par la classe au pouvoir.

« LE GRAND COMPLOT »  1923 - LA COUR D'ASSISES
Très édifiant, de se plonger dans ce rocambolesque procès de la Cour d'Assises de Bruxelles , véritable complot monté de toutes pièces contre 18 dirigeants du tout jeune Parti Communiste de Belgique accusés eux mêmes de « complot contre le sûreté de l'état ! » .
 Parmi eux (les plus connus), Joseph Jacquemotte, War van Overstraeten, Oscar van den Sompel , Felix Coenen, Julien Lahaut (qui sera libéré parce que non membre du PC) Henri Glineur , Léon Lesoil , et aussi Joseph Thonet de Huy.
Arrêté à son domicile le 8 mars 1923, après une perquisition où sont confisqués des documents professionnels ou du ménage, des livres et cahiers des enfants, il est incarcéré à la prison de Forest à Bruxelles. C'est 4 mois plus tard, 4 mois de prison, que s'ouvre le procès du « Grand Complot »
Assises de Bruxelles 1923  Les 15 accusés et les avocats
L'acte d'accusation cite chaque accusé : « Thonet est peut être , de tous les accusés, celui dont la vérité révolutionnaire fut la plus trempée.Non content d'avoir fondé avec Jacquemotte le groupe des Amis de l'Exploité, il s'efforcera avec acharnement d'amener Jacquemotte à fonder un parti communiste intégral.
 Déjà à la fin de l'année 1920, Thonet décidait le groupe de Huy dont il était l'âme, à quitter le parti socialiste et à former un groupe à caractère vraiment révolutionnaire. Propagandiste fougueux, Thonet est l'un des soutiens les plus solides de l'organisation communiste »
Acte d'accusation qui en fait est un fameux éloge du militant !
« En conséquence, les accusés sont accusés d'avoir arrêté entre plusieurs personnes la résolution d'agir pour soit détruire, soit changer la forme du gouvernement, soit  faire prendre les armes aux citoyens contre l'autorité royale,les Chambres législatives ou l'une d'elles , avec la circonstance qu'un ou plusieurs actes ont été commis pour en préparer l ' exécution. »
Devant le vide de preuves de l'accusation, après de flamboyantes plaidoiries de la défense, avec Mes Jules Destrée (« c'est un artiste qui parle ») et Me Henri Rolin (« il a fait pleurer le jury et même des avocats ; l'acquittement était certain après ce plaidoyer ») le jury en son âme et conscience, vota l'acquittement général !
Victoire totale, après quand même 5 mois de prison !

Jacquemotte a brillamment exposé , dans une brochure "Le grand complot", la contre accusation mettant en évidence le contexte politique de cette provocation: le réveil prolétarien et l'action du Parti Communiste, l'action contre la guerre et l'occupation de la Ruhr., la grève générale des mineurs du Borinage de 1923.
« L’on ne saurait, avec plus de netteté, déclarer que les poursuites engagées contre les inculpés visent exclusivement à mettre le communisme hors la loi. Mieux encore : à mettre hors la loi toute la doctrine du socialisme de lutte de classe, ...(8)


LIEGE 1er MAI 1930 
la police provoque des incidents en interdisant des prises de parole, chargeant sabre au clair des militants. Poursuivis pour rébellion et insultes, 7 militants sont condamnés à plusieurs mois de prison ferme ( 2mois 1/2 pour Thonet, qui sera libéré le 15 juillet)
LA GREVE DE 1932 :
Début juillet 1932, une grève est déclenchée par les mineurs au Borinage contre les baisses de salaires- oui vous avez bien lu le patronat minier , en raison de la grande crise appliquait des baisses de salaire jusqu'à 30%!-.
La grève prit de l'extension dans le Centre et à Charleroi. et le Parquet procéda à des arrestations pour empêcher les militants communistes de rester en contact avec les mineurs de la province de Liège.
« 10 juillet , c'est dimanche ; le soir, deux gendarmes frappent à la porte et exhibent à ma femme un mandat d'amener ...ils me conduiront à la prison Saint Léonard . Le lendemain, puisqu'il n' y a aucun motif d'arrestation le juge nous inculpe – à 18 ! - de crime contre la Sûreté de l'Etat !!"  
Rions un instant ,ami lecteur, à cet extrait d'une lettre du prisonnier Thonet au ministre de la Justice
« Monsieur le Ministre
.Je vous ai demandé il y a quelques semaines des faveurs résultant de notre régime politique... j'ai demandé au directeur de la prison de pouvoir lire les oeuvres de Maxime Gorki,Romain Rolland et Henri Barbusse. Il m'a répondu que Gorki était russe.
J'ai demandé a pouvoir recevoir des revues telles que « Monde », « Vu » et « Lu », il m'a répondu que Vu publiait des articles de l'Humanité, qui était un journal subversif »
« Aujourd'hui, on m'a refusé un bloc notes!
Le 17 septembre  1932, après la reprise du travail par les mineurs, les 18 de Liège furent libérés- 2 mois et une semaine de prison ferme sans motif !
« LE JOURNAL PARLE » A SAINT GERMAIN 
Chaque samedi, au carrefour Saint Germain, à Huy, le camarade Joseph prend la parole à 5 heures, à
la sortie des usines Nestor Martin et Vandenkieboom, pour informer les travailleurs sur les problèmes du moment .Le public nombreux était passé de quelques dizaines à quelques centaines , et les flics étaient toujours là.
« Après avoir fait une remarque qui comparait l'indemnité d'un chômeur à la liste civile du Roi je fus interrompu par par un fils de châtelain . « Oh toi ,espèce de fainéant et parasite, tu n'as jamais travaillé », Quelques jours plus tard , convoqué par un juge d'instruction, je fus accusé d' insulte au Roi !»
Appelé à comparaître- libre- devant la Cour d'assises de Liège en décembre 1933, il fit une déclaration toujours d'actualité 84 ans plus tard, ne trouvez vous pas ?
« Mon crime ? Avoir dit qu'en Belgique, c'est un scandale de voir le Roi toucher 9500000 par an, les ministres 125000 , les députés 40000, les hauts fonctionnaires des traitements de 80 à 80000, alors que il y a des milliers de chômeurs qui ont faim et froid, que les invalides ont subi des sacrifices, que les vieux pensionnés touchent toujours moins , que les classes moyennes sont chargées de taxes et d'impôts et menacés de misère par la haute finance, que des ingénieurs, malgré leurs études sont insultés par un patronat rapace.
Cela, je l'ai dit. Est ce cela insulter le Roi ? La personne du Roi m'est indifférente. Nous ne luttons pas contre des personnes, nous luttons contre un régime. »
Verdict:16 mois de prison ferme et 500 francs d'amende !
C'est en mars 1934 qu'il fut arrêté comme un criminel , en pleine rue , à la sortie de la Gare du Nord à Huy ,et transféré à la prison de Namur pour y purger sa peine. En octobre 1934, après 6 mois 1/2 de prison, il bénéficia d'une libération conditionnelle.

1936 : GREVE GENERALE
Année des grandes grèves pour les salaires, la semaine de congés payés et les 40 heures .
Commencée par les dockers d'Anvers, elle se répandit dans tout le pays.
A Liège, le 12 juin, les ouvriers mineurs occupèrent les charbonnages. A la FN, les femmes entrèrent dans les ateliers , appelant les hommes à entrer en grève  ; l'usine fut occupée au chant de l'Internationale . Toute la métallurgie était à l'arrêt !
Et à Huy, dont l'histoire ouvrière est tellement occultée ? Joseph Thonet nous livre quelques détails de « Juin  36 à HUY »
« Dans la région hutoise, la grève des métallos fut générale.
J'accompagnais une colonne d'ouvriers allant débaucher certaines usines qui continuaient le travail ; les usines Preudhomme- Prion se mirent en grève. Chaussée des Forges, les ouvriers de chez Thiry étaient déjà dans la rue.
Puis, ce fut l'arrivée aux Usines Godin aux Forges:les portes étaient fermées, mais les ouvriers poussèrent sur la porte qui céda. ...On entra dans les ateliers ( après avoir éteint -dans une papeterie- cigarettes et pipes) et on demanda aux ouvriers et ouvrières de cesser le travail ; chacun et chacune abandonnèrent leur vêtement de travail...
Quand nous sommes sortis, les gendarmes à cheval , étaient arrivés par le Pré de la Fontaine dans la cour de l'usine .Aucun incident ne se produisit.
Les autre jours de la semaine, des manifestations semblables eurent lieu vers Amay et Ampsin. A la Centrale électrique, les démarches n'aboutirent pas , mais un nombre limité d'ouvriers y fut maintenu.
On peut dire que le mouvement gréviste dans la région hutoise fut général.
Les grévistes se retrouvaient tous les jours en fin de journée au Vélodrome de Tihange, où plusieurs milliers de travailleurs se rassemblaient.Malgré la présence de militants socialistes et syndicalistes, les ouvriers exigèrent que je prenne la parole. ; je leur demandais d'être ferme , et maintenais chez eux un moral d'acier »
Quelques jours plus tard la victoire était acquise et la première loi accordant des congés payés par le patron fut votée au Parlement.

« UNE  PROVINCE ROUGE »
Aux élections provinciales du 7 juin 1936, Joseph Thonet fut élu comme conseiller provincial pour le district de Huy.( 1 PCB,1 libéral, 1 catholique, 2 rexistes et 4 socialistes )
Au conseil provincial de Liège, avec 10 élus communistes et 34 élus socialistes,, le POB et le Parti Communiste avaient la majorité. Ils décidèrent donc une coalition de gauche , et Joseph Thonet devint ainsi le premier député permanent communiste (avec un autre militant du PC Grognard).
C'était aussi, à 53 ans, son premier mandat électif !
Il eut en charge tout ce qui concernait l'agriculture, y compris l'enseignement agricole, la formation professionnelle ,le tourisme.
A noter que la députation permanente fit voter en date du 12 octobre 1936 la pension pour tous les fonctionnaires nommés au 1er janvier 1937 à l'âge de 60 ans à la place de 65 ! Décision cassée par le
Centre de vacances de Wégimont
gouvernement belge en 1937.
De même , l'interdiction pour tout fonctionnaire de tout cumul d'emplois rémunérés .ainsi qu'une révision des barèmes des traitements.
Cela fait rêver, non ? Plus de 82 ans plus tard ! 
A l'heure de Publifin!
Au crédit du camarade Député permanent, la création du Centre de repos et de vacances de Wégimont. Il s'imposait, au lendemain de la conquête des congés payés, d'offrir aux travailleurs une structure accessible à tous  avec auberge de jeunesse, camping, hébergement pour 200 personnes, à prix modique, avec piscine, plaine de jeux.
En mai 1940, dans la Belgique envahie , en plein chaos ,Joseph Thonet,, après une arrestation et 3 jours d' incarcération à Namur , rejoint Liège et refonde avec des députés anti nazis, restés au pays, une « Députation Permanente patriotique » qu'il tente de mettre au service du ravitaillement de la population et de l'aide aux chômeurs.
 En vain ! Appuyée par les rexistes , l'autorité sur ordre des nazis, interdit aux 2 députés communistes toute activité.... Jusqu'en septembre 1944 et la Libération. (9)


Mais commence ici une autre page d'histoire, la grande, glorieuse et aussi tragique page d'histoire de la Résistance, de la presse clandestine, « L'Espoir » édité  dés le début de l'occupation, du parti clandestin, des Partisans Armés, l'histoire de Joseph Thonet, et de sa famille son fils Victor,commandant du Corps 024 des Partisans Armés, exécuté par les nazis, Mariette,l'épouse de Victor,résistante, déportée à Ravensbrück, sa fille Micheline , résistante, incarcérée à Huy et libérée par la Résistance, et aussi son épouse Célinie ,emprisonnée 6 mois à la citadelle ; même son fils aîné, Joseph , fut arrêté comme otage pendant 1 mois.









NOTES
 Sur la biographie de Joseph Thonet :voir:
* GOTOVITCH, José : "VictorThonet (1883-1973)", Bruxelles CArCOB 2016
http://www.carcob.eu/IMG/pdf/biographie_victor_thonet.pdf

* Joseph Thonet :Mémoires et souvenirs, Bruxelles, s.d. 
1. Mon enfance ; 2. Mon adolescence; 3. Ma jeunesse; 4. Jeune Garde socialiste; 5.Les débuts du mouvement ouvrier dans la région hutoise; 6.  Mon activité au sein du POB; 7/ Souvenirs de propagande socialiste;     8. Souvenirs d'autrefois; 9. 1914-1918;10. 1914- 1918 suite; 11. 1919; 12. Les  Amis de l'Exploité; 13. 1921; 14. Le premier appel du P.C.B.; 15. Mes prisons: à Forest en 1923; 16. En Cour d'Assises du Brabant du 9 au 26 juillet 1923; 17. Mes prisons: à Liège en 1930; 18. Mes prisons: à Liège en 1932; 19. La Cour d'Assises de Liège des 13 et 14 décembre 1933; 20. Mes prisons: à Namur en 1934; 21. La grève générale pour les   congés payés en 1936; 22.Députation permanente de Liège; 23. La guerre de 1940-1945; 

(1)https://rouges-flammes.blogspot.be/2018/01/grandes-figures-de-chez-nous-huy-sur.html

    (2) Ce meeting du Cirque Royal a été magnifiquement décrit dans « Les Thibault » - (L'été 1914) de Roger Martin du Gard (1936) , prix Nobel de littérature. C'est un roman , et les événements historiques ,le meeting et la manifestation ,sont, selon les historiens, aussi romancés. Il n'empêche, c'est à lire, c'est tellement beau ! (Chap LII, LIII)

    (3) Incendie de la rue des Jardins http://www.st-quirin.be/pdf/La%20guerre%2014%20SQ.pdf
    Remarquons ici les 2 versions historiques:
     « Qui a sauvé la ville de Huy du massacre? » le directeur de Saint Quirin, l'abbé Thibaut , ou le bourgmestre Louis Chainaye.?http://lesresistantsdelamemoire.be/forum/topic-1315+1914-comment-le-bourgmestre- chainaye-sauva-sa-vie-et-huy.php
(4)Sur le voyage de Liebknecht en Belgique, relaté par C. Fabry dans « Liebknecht en Belgique pendant la guerre » lire ROUGEs FLAMMEs :https://rouges- flammes.blogspot.be/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

(5) L'affaire « Godin -Rhenania » : une instruction avait été ouverte par le parquet militaire contre des notables et industriels de Huy dont l'ancien bourgmestre Mr Chainaye , liés aux Papeteries Godin ou à la société Rhenania.(société de produits chimiques fondée en 1852 par des industriels allemands et Eugène Godin de Huy dont , en 1914, le tiers des actionnaires était belge)
Jugés en Cour d'Assises, en 1921 ils furent acquitté. Un des inculpés, administrateur délégué des papeteries Godin s'était, lui, suicidé en prison.
« Justice large pour les gros, sévère pour les petits » dira Thonet
Louis Chainaye ,figure de la bourgeoisie hutoise, sera glorifié par un nom d'avenue dans les beaux quartiers.
(6) Georges Hubin :http://www.si-valleeduhoyoux.be/images/Monographies/PDF/GeorgesHubin.pdf
(7) 1917 Déclaration jusqu'auboutiste de Georges Hubin  dans : »La Russie de mars 1917 à mars 1918: Entre deux révolutions»André Damany .p104

(8) Sur le grand complot lire la contre accusation de Joseph Jacquemotte .
 Le Pic « Le grand complot communiste, une machine de guerre de la bourgeoisie »
http://www.centremlm.be/Parti-Communiste-de-Belgique-Le-grand-complot-communiste-contre-la-surete-de-l
Jean Flinker « Le grand complot » angles d' attac - octobre2017   http://bxl.attac.be/spip/IMG/pdf/angles_d_attac_octobre_2017_journal_electro_.pdf





(9) voir JosephThonet : "Une province rouge"Editions                                                        Germinal,Bruxelles 1938