mardi 13 juin 2017

IL Y A 50 ANS , LE DRAPEAU NOIR FLOTTAIT A LA LOUVIERE : L'OCCUPATION DE L'USINE ANGLO GERMAIN en MAI-JUIN 1967 .



Il est coutume de célébrer les anniversaires des grands conflits sociaux qui ont marqué le mouvement ouvrier de notre pays, par des expositions, des manifestations , des colloques, des articles de presse.
Ainsi en fut il bien sûr de la grande grève du million de 1960-61, de la grève des ouvrières de la FN en 1966, des événements de Zwartberg de février 1966.
Ainsi – on peut le supposer - en sera t- il de la grève des mineurs du Limbourg de 1970.

Et en mai juin 1967, il y a 50 ans , il y a eu l'occupation des ateliers Anglo - Germain à LA CROYERE ( LA LOUVIERE)
Evénement important, d'abord parce que ce fut une des premières occupations d'usine à l'époque en Wallonie, ensuite par la mobilisation et la solidarité exceptionnelles qu'elle entraîna autour d'elle, de Liège au Borinage mais aussi en Flandre.

J'ai eu le plaisir d'en parler en mai dernier avec Marcel Couteau, qui était délégué principal FGTB en mai 1967 et l'incontestable leader du mouvement, et aussi de consulter un petit livre commémoratif de ce combat publié en 1997.


LES «GOLDEN SIXTIES»? PAS POUR TOUT LE MONDE !

Il est communément admis que les années 60 auraient été , entre la reconstruction d'après guerre et le choc pétrolier de 1973, une période de prospérité, de plein emploi, de consommation individuelle sans limite (avec la voiture, la TV, la machine à laver etc. ), en quelque sorte le paradis capitaliste sur terre .
On parle aussi des « 30 glorieuses » (1945-1975) pour exprimer l'essor économique de l'Occident post 2ème guerre mondiale.
Mais pour les travailleurs de Belgique, et en particulier de Wallonie, cette vision idyllique n'a pas grand chose à voir avec la vérité historique.
Dés la fin des années 50, les fermetures de charbonnages, d'outils sidérurgiques, d'ateliers de fabrications métalliques se succèdent et , ce ,entre autres en ce qui concerne les charbonnages et la sidérurgie, sous l'égide de la 1ère forme d'organisation européenne supra- nationale, la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.
Dans la région du Centre, autour de La Louvière, cela a signifié entre 1956 et 1966, la perte de 21300 emplois industriels d'ouvriers et d'employés soit – 34% !! des emplois industriels , contre le gain de 2700 emplois dans les services .
Cela a signifié aussi une baisse du pouvoir d'achat ( de 1957 à 1961 -9,5% ) , le départ de travailleurs vers d'autres régions , la dégradation du logement , en un mot la mort lente d'une région.
Curieuses « années d'or » en effet, qui voient les fleurons du savoir faire de toute une région sacrifiés sur l'autel de la recherche du profit maximum immédiat au détriment de l'intérêt général.
N'y avait il plus besoin dans les années 60, en Belgique, en Europe et dans le monde, de locomotives , de wagons , de tramways, de grues etc.
Le matériel ferroviaire de la région du Centre était réputé aux 4 coins du monde, et ce depuis la deuxième moitié du XIXè me siècle . Les noms de « Forges-Usines et Fonderies de Haine St Pierre » (FUF), « Franco Belge » devenue Anglo Germain , « Baume Marpent » sont indissociablement liés aux locomotives , à vapeur, puis électriques , aux wagons, aux voitures qui sillonnèrent le monde entier.
locomotive 4616 de "la franco belge"
En 1954-1955, l' industrie ferroviaire du Centre pouvait sortir un wagon toutes les 3 minutes, une voiture toutes les 3 heures, une locomotive toutes les 8 heures.






MISE A MORT D'UN FLEURON DU CAPITALISME « BELGE »
Premier aspect de la mise à mort , le non investissement des profits fabuleux dégagés pendant des années et des années dans la construction ferroviaire, à partir essentiellement de commandes publiques.Le grand patronat et les banques , en particulier « la Société Générale » préféraient investir leurs profits vers d'autres activités plus « rentables » et laissaient volontairement vieillir et mourir un outil industriel , condamnant ainsi à mort tout le savoir faire et l'excellence de travailleurs, qu'ils avaient dans l'après guerre pressé comme des citrons !
Autre aspect de la mise à mort, c'est de peu à peu concentrer le maximum d'activité sur le siège brugeois de « La Brugeoise » là où les  salaires étaient moins élevés, sorte de délocalisation à l'échelon national. Et ce y compris pour les commandes publiques de la SNCB.
Des entreprise du centre furent ainsi obligées de céder leurs propres commandes à Bruges, faute de garanties bancaires...
Plus qu'un choix « communautaire », c'était de toute évidence – comme toujours - un choix de gros sous ! Comme quoi « non, non, rien n'a changé... »


DEJA DES « SANCTIONS »: LE BOYCOTT DE L'URSS ET DE LA CHINE
Mais , il faut aussi le souligner , à une époque où les sanctions économiques pour raisons politiques sont à nouveau à la mode (contre L'Iran, la Russie, Cuba, la Syrie après l' Irak sous l'égide de l'Union Européenne et des Etats Unis) , la Franco Belge ( devenue par la suite Anglo Germain) s'est vu imposer – comme tous les constructeurs ferroviaires des boycotts de commandes venant des pays de l'Est : dés 1948, les licences d'exportation pour une commande venant d'Union Soviétique de 4000 wagons basculants furent refusées , de même que de nombreux projets pour les pays de l'Est .
En 1955, une commande de locomotives-tenders pour la République Populaire de Chine , représentant 18 mois de travail pour 700 ouvriers était interdite.



FERMETURE, RESISTANCE , OCCUPATION D'USINE



Le déclin voulu et programmé de l'industrie ferroviaire du Centre aboutit en mars 1967 à l'annonce de la cessation d'activité , par demande d'un concordat judiciaire , de l' Anglo - Germain qui occupait encore 450 ouvriers et employés, et à la brutale remise des préavis de licenciements initialement prévue pour le 30 mars
Manifestation du 8 mai 1967 à LA LOUVIERE
Après plusieurs manifestations dans les rues de La Louvière, contre la menace de fermeture, puis pour le retrait de tout préavis,après une pré - occupation de 24h par la délégation syndicale, après une grande manifestation régionale à La Louvière de plus de 20000 personnes, le 8 mai 1967,

« le 16 mai 1967 à 7heures du matin, les travailleurs décident en Assemblée générale d' occuper l'usine, avec comme objectif n°1 le maintien de l'activité
Immédiatement le gouverneur en est averti, pour l'assurer du calme et de la discipline des travailleurs et lui demander d'éviter toute présence et intervention des forces de l'ordre.
La direction de la centrale des métallurgistes, avertie eut cette phrase : « Vous êtes tombé sur la tête , Couteau »
L'occupation , manifestement, n'était pas souhaitée par les directions de la centrale .
Lors d'une assemblée des forces vives de la région du Centre, le discours dominant était : « Ce sont des épaves industrielles, il n'y a rien à faire. »
On leur répondait : « avec une volonté politique, on peut les renflouer ; vous êtes responsables de ces « épaves » ( entretien avec Marcel Couteau)


Le point n°1 de l'occupation était un plan de relance de l'activité de l'usine, avec mise sous séquestre si nécessaire.
Et ensuite bien sûr l'assurance du maintien de tout emploi et d'autres revendications sur le reclassement de tous les travailleurs dans la région.
Ils sont allés à Bruxelles, rencontrer le gouvernement, ( ministre Servais) qui escamotait le point 1 et le 1er ministre Van den Boeynants.
Durant l'occupation , les travailleurs – par la voix de leur délégué principal Marcel Couteau – le convoqueront , à venir se rendre compte sur place et le premier ministre se rendra à l'usine.
Le point clé de l'occupation était bien sûr – comme dans tout combat contre les fermetures – l' espoir du maintien de l'activité avec des accords écrits et signés.
C'est ainsi qu'à 2 reprises les travailleurs , par vote secret , refuseront les promesses du gouvernement .
Le jeudi 18 dans la nuit, malgré le report des préavis et de la fermeture éventuelle et la promesse de commandes de wagons supplémentaires la proposition est refusée 165 voix contre 66.
Les travailleurs se méfient des promesses !
Le vendredi 26 , ce vote sera confirmé par 154 voix contre 116 ; les travailleurs veulent des engagements écrits .
Il faut se rendre compte qu'il y avait un formidable mouvement de solidarité dans toute le région et dans toute la Wallonie. »

UN FORMIDABLE MOUVEMENT DE SOLIDARITE

Dés le 17 mai, les délégations massives se pressent devant les grilles de l'usine occupée :500 travailleurs des ateliers du Thiriau en bleu de travail , 500 du Longtain , en chantant l'Internationale, multiples délégations de Boël , - ils sortent, parfois la nuit, en casque blanc à plusieurs centaines pour aller à l' Anglo.
Tout le personnel communal de La Louvière, des délégations des ACEC de Charleroi, qui manifesteront en masse quelques jours plus tard à Charleroi, délégations de métallos du Borinage ou de Liège ,des travailleurs des faïenceries, enseignants CGSP du Centre , de Bruxelles., arrêts de travail des traminots.
Le 19 mai, 4000 travailleurs de Cockerill - Ougree arrêtent le travail et manifestent dans les rues de Seraing.
Le dimanche, une délégation de mineurs limbourgeois de Zwartberg arrive à La Croyère  pour expliquer que malgré les accords signés sur leur reclassement après la fermeture, 1200 d'entre eux étaient toujours sans emploi.

Les ACEC CHARLEROI manifestent 

Et dans la 2ème semaine, dés le lundi 22 mai, le mouvement s'élargit , c'est d'abord une grève générale de 24 h des métallos du Centre, avec manifestation devant l' Anglo- Germain:15 à 20000 travailleurs défilent devant l'usine occupée.
« On ne crie pas, mais un chant s'élève inlassablement, l' Internationale ; des drapeaux noirs comme
celui fiché sur l'usine ; jaunes avec un coq rouge , comme en 60-61.
Pendant plus de 45 minutes, le flot des manifestants défile ; Les trains Bruxelles – La Louvière sont bloqués pendant plus d'une 1/2 heure.
Des pancartes peu nombreuses : « halte aux faux reclassements, mise sous séquestre »
L'après midi , ce sont les mères , épouses et fiancées des occupants qui parcourent les rues de La Louvière portant des drapeaux noirs et des calicots réclamant du travail pour leur mari et le sauvetage de la Wallonie.
Et le mercredi 24, c'est toute la métallurgie du Hainaut, suivie par celle de Liège et de Namur, qui arrête le travail pendant une heure. Et une entreprise liégeoise Bailly Mathot , menacée de fermeture, part ,elle aussi, en occupation.
Les jours suivants, les entreprises métallurgiques tenaient assemblée. Dans certaines, on vote des résolutions appelant à la vigilance : »si les promesses de reclassement n'étaient pas tenues, il faudrait généraliser les occupations d'usine .»
La situation devenait explosive en cette fin mai 1967.


SYNDICAT , COMITE DE DEFENSE
L'occupation était gérée par un Comité de défense.La colonne vertébrale en était bien sûr la délégation syndicale FGTB et son délégué principal Marcel Couteau.
Dans son orientation syndicale, il a voulu promouvoir la démocratie syndicale en s'opposant à ce qui était « la magouille permanente » pour désigner le président de la délégation.
C'est ainsi qu'il a voulu en 1967 élargir le poll des élections sociales pour désigner les candidats, réservé en principe aux seuls syndiqués FGTB, à tout le personnel , quelle que soit l'étiquette.
De même, il s'est opposé à la guerre permanente entre FGTB et CSC, venant aussi de la direction droitière et sectaire de la Centrale des Métallurgistes et il promouvait le Front Commun.
Mais, explique celui ci, « lors des élections sociales, la CSC avait perdu son siège ouvrier, la FGTB récoltant l'ensemble des sièges. Pour maintenir l'unité de tous les travailleurs et associer la CSC au combat, nous avons créé ce comité de défense. « 
D'autre part, dans le Comité de défense, participaient aussi des cadres qui soutenaient le mouvement.
C'est aussi dans cet esprit d'ouverture que le Comité de défense organisa le dimanche matin une messe dans l'usine dite par l'abbé Monnom, aumônier de l'action sociale. 


LA FIN DE L'OCCUPATION, LA « PAIX ARMEE » et LA FIN DE L'ANGLO
La situation fin mai était donc explosive dans la région et dans toute la Wallonie, nous l'avons vu;
Le samedi 27, le Front commun des délégués des centrales des métallurgistes, qui avait largement mobilisé les métallos de la région met subitement un coup d'arrêt en déclarant que "plus aucun travailleur, ni délégation ne sont autorisés à provoquer des arrêts de travail dans leur entreprise sous prétexte de solidarité ; cette façon d'agir dépopularise le conflit ...."

Le gouvernement signe alors un engagement écrit.
Mais , en fait, aucune garantie de continuation de l'activité n'est donnée, - elle sera laissée à l'initiative et à l'appréciation patronale en cas de concordat judiciaire. Le choix de la vie ou de la mort est donc laissé à l'initiative privée qui , pourtant, a déjà tellement failli dans ce dossier :
« si le concordat est accordé, le gouvernement est disposé à soutenir au maximum l'effort des dirigeants qui accepteront de poursuivre les activités de l'entreprise »
Et d'autre part : »tenant compte des commandes supplémentaires de wagons, permettant aux industries de la région d'employer du personnel en plus grand nombre, les industries s'engagent en totalité à reprendre le personnel ouvrier d'Anglo – Germain. » ( avec une garantie d'emploi d'un an)
On a donc ,un mix d'une problématique  continuation de l'activité sur le site et d'un  reclassement immédiat dans les entreprises voisines par l'augmentation des commandes publiques.
La mise sous séquestre n'est pas envisagée.
Marcel Couteau déclarait : « sous l'impulsion des délégués de base, un mot d 'ordre nouveau est apparu : la mise sous séquestre.A mon avis, il va faire son chemin. Il est bien accueilli dans d'autres entreprises, et chez nous, même le personnel de cadre y est favorable.
L'origine remonte à une loi de 1944 qui condamnait les patrons collaborateurs pour incivisme économique;ce qui se passe aujourd'hui peut être mis sur le même pied : ,incompétence patronale, manque de civisme vis à vis de la communauté. » (interview à La Gauche )
« Cette solution permettrai la continuation de l'activité, et serai moins coûteuse que la fermeture elle même »préconisait le nouveau directeur nommé en juin 1966, et qui était resté avec les grévistes. Il préconisait une mise sous séquestre avec « un comité de gestion , incluant des délégués du gouvernement et des syndicats » ( Combat n°23 1967)


Quoi qu'il en soit, le jeudi 1er juin,après 17 jours d'occupation l'assemblée des grévistes accepte majoritairement  (167 pour contre 65) le protocole gouvernemental ,et décide de lever l'occupation dés le lendemain 2 juin.
Tout en « réclamant la continuité des activités de l'entreprise » et en « décrétant pour les jours à venir un état de paix armée. »
Pour eux, il est possible de sauver le site par de nouvelles commandes . Ils ne veulent pas d'un nouveau « scandale Gilson » , du nom de la grande entreprise sidérurgique fermée en 1966 et où des travailleurs reclassés dans un premier temps, avaient à nouveau été licenciés.

Mais rien n'y fit. « En effet, malgré l'acceptation du concordat, le 8 juin, le gouvernement faisait savoir que l'absence d'offre valable, assurant la continuité des activités de l'entreprise ne lui permettait pas de tenir son engagement. »
En février 1968, Germain Anglo , ou l'Anglo Germain – les 2 noms existaient , fermait définitivement ses portes.
En 1969, le site était racheté par une société spécialisée dans la construction d'hyper marchés et le 17 décembre 1970, SAR le prince Albert de Belgique inaugurait le centre commercial du « Cora City ».

S'ils n'ont pas réussi à sauver l'activité, ils ont néanmoins forcé le gouvernement à élargir les obligations  en cas de fermeture - ce qui deviendra le Fond de fermeture - pour protéger les droits des travailleurs licenciés.
Et surtout ils ont donné une démonstration de la force de la solidarité ouvrière et ils ont mis à l'ordre du jour l' action ouvrière collective par l'occupation d'usine.



MARCEL COUTEAU
Marcel COUTEAU, le leader incontesté de l'occupation d'Anglo Germain a aujourd'hui 84 ans.
Il est issu d' une famille ouvrière . Le grand père paternel était mineur de fond, socialiste des années 1886, et son grand père maternel , décédé à 48 ans, travaillait chez Boël.
Ses parents avaient été  Partisans Armés, et son père conseiller communal communiste à Houdeng père a été un résistant actif 
Il commence à travailler à 14 ans dans une entreprise de matériel roulant de 1500- 2000 travailleurs, les Etablissements Goldschmidt ( ou encore FUF).
Puis il entrera à La Franco Belge – qui deviendra par la suite Anglo Germain.
En 1947, il adhère au Parti Communiste, auquel il est depuis lors resté fidèle.
Il considère que pour des militants communistes d'entreprises, la lutte de classe ne s'arrête pas aux portes des usines ; mais doit s'ancrer aussi localement.
C'est ainsi que Marcel Couteau deviendra conseiller communal sous le sigle UDP (union des progressistes) ,en alliance avec le PS et d'autres dans sa commune du Roeulx – et ce depuis 1970 - soit 8 mandatures
Il sera aussi , dans ce cadre ,échevin et bourgmestre ; il est toujours aujourd'hui conseiller UDP dans l'opposition.
Il sera aussi élu député du Parti Communiste en 1968 et réélu en 1971.




Sources:* Rencontre avec Marcel Couteau , mai 2017
              * "L'Anglo- Germain 1967- l'actualité d'une lutte qui a eu 30 ans" - 1997 fondation Jacquemotte.
                
               *"La région du Centre" Courrier hebdomadaire du CRISP -1969/12
        
                * Combat hebdo du MPW n°20-21-22-23- 1967
                * la Gauche 
                * La Voix du Peuple 
               * Marcel Couteau :https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Couteau





mardi 23 mai 2017

IL Y A 50 ANS, LE 22 MAI 1967, L'INNOVATION BRULAIT- J'AVAIS 24 ANS



Le 22 mai 1967, le grand magasin « L'INNOVATION », rue Neuve à Bruxelles,   brûlait complètement, emprisonnant dans l'incendie particulièrement rapide et violent ,clients et employés .
Les scènes à la fois d'horreur , de désespoir, mais aussi de courage ont été depuis largement diffusées et , en ce 50ème anniversaire , hommage est à nouveau rendu à la mémoire de toutes ces victimes , hommes, femmes et enfants , client-e-s et employé-e-s, d'une des plus prestigieuses grandes surfaces de Bruxelles, et au courage de tous les services de sécurité, pompiers, policiers, ,protection civile, Croix Rouge et des centaines de bénévoles.
235 personnes y laissèrent la vie. C'est le souvenir le plus marquant, ô combien tragique, que j'ai de ce mois de mai 1967.
J'avais 24 ans.

« LA FAUTE A PAS DE CHANCE » ? 
Les responsabilités de cette catastrophe n'ont jamais été établies, puisque , en 1970, soit 3 ans à peine après l'incendie, l'enquête ouverte par le Procureur du Roi se conclut par un non lieu .
C'est la faute à personne , la « faute à pas de chance » comme on dit souvent : telle est la vérité judiciaire.
50 ans après, l'historien SIEGFIED EVENS publie un ouvrage – pour l'instant édité en néerlandais-
qui d'ores et déjà semble faire autorité sur l'événement.
Son étude conclut à une cause technique : l' étincelle d'un tube électrique allumant une nappe de gaz dans les faux plafond – forcément non ventilés –de la réserve du 1er étage, nappe due à une petite fuite de gaz.
La structure ouverte du bâtiment et l'accumulation de stocks et de matières inflammables transformera – en moins d'une demi heure - cet incident grave en une catastrophe nationale.
 Il désigne aussi comme responsable « une culture de  non sécurité »  qui aurait été le fait de l'époque et inimaginable aujourd'hui..
« Aujourd’hui, je suis persuadé qu’un tel dossier ne déboucherait pas sur un non-lieu.
Probablement a-t-on estimé, en 1970, alors que toutes les victimes avaient été indemnisées et que la polémique autour de l’Innovation était retombée, qu’il n’y avait pas lieu de souffler sur les braises.»
Des anciens cadres de l'Inno affirment encore aujourd'hui que tout était conforme aux normes de l'époque .
Et pourtant.
Cette « culture de non sécurité » avait bien été dépassée chez le concurrent « Les Grands Magasins de la Bourse » dont le magasin avait été ravagé complètement par un incendie , la nuit du 29 juillet 1948, sans faire de victimes . Des investissements sur la sécurité contre l' incendie y avaient été entrepris, sans que ça ne semble éveiller le moindre intérêt chez leur voisin de l'Inno.
Et pourtant.
Moins de deux ans avant, les entrepôts de Zellik de la même société avaient été ravagés par les flammes. L'Inno avait été remboursée par les assurances, plus semble t' il (24 millions BEF) que le montant réel des dégâts ! Pourquoi ,dés lors , dans une logique de profit maximum, utiliser ses bénéfices à des investissements dans la sécurité anti - incendie ?
Et pourtant.
Je trouve une note dans Combat du 13 juin 1967 : « Les compagnies d'assurances auraient exigé de fortes surprimes en raison des conditions d'insécurité particulières aux grands magasins belges. On souhaiterait savoir s'il est exact que sur le marché des Assurances et des réassurances, l'Innovation était considérée comme un mauvais risque ? Si cela s'avérait exact , il faudrait en conclure que certains connaissaient les risques qui ont abouti à une catastrophe qui a fait plus de 300 morts.
IL EST ETONNANT QU'UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE D'ENQUETE N'AIT PAS ETE CHARGEE DE FAIRE TOUTE LA LUMIERE SUR CETTE TRAGEDIE. »

Et pourtant...
De grossières défaillances existaient
  • comme l'absence de sorties de secours à travers le revêtement aluminium utilisé pour décorer la façade côté Rue Neuve – ce qui était contraire aux règlements existant sur la prévention des incendies.
  • la défaillances des systèmes d'alarme,
  • l'utilisation de matériaux de décoration non ignifugés,
  • l' enchevêtrement de circuits électriques et de conduites de gaz.
  • etc.etc.

L'Organisation internationale de la Protection Civile de Genève ciblera : »les mauvaises conditions
des sorties de secours et des voies de circulation, et surtout la confusion dans les signaux d'alarme ont concouru à la surprise des occupants par la fumée et les flammes »
« Le Soir » du 25 mai 1967 écrivait
« On sait qu'il EXISTE UN REGLEMENT COMMUNAL disant qu'on ne peut masquer les fenêtres et balcons, même temporairement.
Or comme on le sait , de nombreuses fenêtres des grands magasins, et même des plus petits situés Rue Neuve sont décorés de panneaux masquant totalement l'accès des fenêtres ; ON PEUT SE DEMANDER POURQUOI CE REGLEMENT EST INAPPLIQUE »
Mais les patrons de l' Inno n'auront cure de ces critiques : quelques mois plus tard, le rapport du conseil d'administration publié dans l'AGEFI se retranchera derrière les paroles rassurantes du Ministre de l'Emploi et du Travail : « Mes services m'affirment que les mesures des services de surveillance et de sécurité prises par la direction des Grands Magasins « A l'Innovation » étaient importantes »
Et pour couper court à toute velléité de poursuite judiciaire de la part des ayant droit des victimes, ASSUBEL , au nom des assureurs de l' Inno  envoie une lettre proposant
« Rencontrant le souhait de l' Innovation de venir en aide aux victimes de cet incendie, nous avons , DANS UN SOUCI D'ORDRE SOCIAL ET HUMANITAIRE, décidé de proposer aux ayant droits des clients décédés ou disparus et aux clients victimes de blessure un règlement transactionnel immédiat de leurs dommages sans que CETTE PROPOSITION N'IMPLIQUE UNE PRESOMPTION DE RESPONSABILITE dans le chef de l'Innovation ni de son personnel »
Il est vrai que des parents de victimes , organisés en Comité de défense des victimes et ayant droits (provisoire) envisageaient dans un communiqué du 7 juillet 1967 « une action en justice contre les patrons de l'Innovation  pour reconnaître leur culpabilité en matière d'incendie »


« CULTURE DE NON SECURITE » = CULTURE DE RAPACES 

Le Peuple , journal socialiste, du 24 mai 1967 résumera bien la véritable cause :
« Il y a opposition entre les impératifs commerciaux qui veulent de grands espaces dégagés et les impératifs de sécurité qui exigent le cloisonnement pour empêcher la propagation rapide des incendies par appel d'air ou cheminées d'aspiration.
Il y a une loi de la vente qui veut qu'on multiplie les obstacles à la sortie de la clientèle, car plus un client reste dans le magasin, plus il est susceptible d'acheter , alors que l'impératif n°1 de la sécurité est la possibilité d'évacuation rapide ;
D'autre part, les matériels de lutte contre l'incendie semblent dérisoires par rapport aux risques.
Les dirigeants des entreprises commerciales pensent en termes se surface utile, de prix de revient, de promotion de vente, d'attrait pour la clientèle et de bénéfices.
Mais l'impératif absolu doit être la sécurité de leur clientèle et de leur personnel »

On le comprend aisément, parce que cela a été à la base de beaucoup de catastrophes industrielles – que ce soit chez nous au charbonnage du Cazier en 1956, à l'Inno en 1967 ou plus récemment en avril 2013 lors de l'effondrement des usines à vêtements du Rana Plaza au Bangladesh , c'est la loi du profit maximum, primant sur la sécurité , qui est la première cause du décès de centaines, voire de milliers de victimes.
Cerise sur le gâteau de cette « culture de rapaces »,si dans le rapport du CA on annonce que « il sera proposé – eu égard au sinistre du 22 mai - de ne pas payer de dividende » cette annonce est un peu plus loin tempérée.
«Le conseil d 'Administration estime que la situation de la société peut permettre d'envisager de payer aux actionnaires le 1er mars 1968 un dividende intercalaire » 
La boucle est bouclée : 235 morts, dont 67 membres du personnel ; mais «  non, non , rien n'a changé ; tout, tout va continuer » ; les actionnaires toucheront des dividendes...


LA « QUINZAINE AMERICAINE » ET LA GUERRE DU VIETNAM

Comme les responsabilités de l'incendie n'ont pas été juridiquement établies, faute de volonté politique de faire toute la lumière, cela a permis , tous les 10 ans environ et encore aujourd'hui en ce 50ème anniversaire, de faire resurgir la rumeur de « l'attentat terroriste d'extrême gauche » *(1)

Comme nombre de militants communistes et anti impérialistes , engagés dans les actions et manifestations de solidarité avec le peuple vietnamien, nous avons été, Annie mon épouse et moi, dans la semaine qui a suivi l'incendie interpellé et amené pour interrogatoire au Palais de Justice de Bruxelles.
Le mandat d'amener que j'avais exigé pour les suivre , signé par un juge d'instruction, stipulait quand même – excusez du peu!- « incendie involontaire comme auteur ou coauteur. » !
Une fois nos emplois du temps du 22 mai vérifiés, après une journée de garde à vue, nous avons été libérés .
Comme tous nos camarades l'avaient été .Aucune inculpation ne fut retenue contre personne.
La thèse de l'attentat était un pétard mouillé, malgré certaines rumeurs répandues dans la presse .
Ressuscitée aujourd'hui en 2017,ici et là, à la faveur du climat créé dans l'opinion par de véritables actes répétés de terrorisme , elle reste néanmoins un « pétard mouillé » tant il est généralement admis que cette thèse n'a aucun fondement (*1)

Qu'en était il ?
Début mai 1967, « l 'Innovation » avait organisé une « Quinzaine américaine » commerciale, inaugurée en grande pompe en présence de l'ambassadeur américain à Bruxelles Ridgway.
Emile Bernheim, président du CA de l''Inno l'avait remercié pour « son immense appui ».
Les façades étaient ornées de drapeaux américains,les rayons décorés à l'américaine, les vendeuses habillées de même, etc.

1967, nous sommes en pleine guerre du Vietnam .
Pendant toute l'année 1967, les bombardements se poursuivirent sur le Viêt Nam du Nord.Les effectifs américains stationnés au Sud atteignirent 510 000 hommes, auxquels s'ajoutaient 40 000 hommes de l' USAF  basés en Thaïlande et 30 000 autres aux formations de la 7e Flotte américaine.
En Belgique, comme dans de très nombreux pays, et ,en premier lieu les Etats -Unis eux mêmes, le mouvement contre la guerre du Vietnam se développe . Beaucoup de gens sont choqués des images qu'ils voient à la télé : bombardements sur le Nord, napalm sur les villages du sud, défoliants sur les cultures et forêts
Autre fait non négligeable dans l' évolution hostile à la guerre de l'opinion publique, les prises de position de la France et du président De Gaulle:
«  il n'y a, d'autre part, aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi de l'étranger venu de l'autre Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et si puissantes que soient ses armes."
Des manifestations plus ou moins puissantes se succèdent  , mobilisant de plus en plus de larges couches de la jeunesse. Particulièrement aux Etats Unis mêmes où la jeunesse, les artistes, les conscrits se lèvent contre cette sale guerre.
De plus en plus aussi, surtout dans la jeunesse, la simple exigence de paix évolue vers un soutien politique au programme des combattants vietnamiens, organisés dans le Front National de Libération du Sud Vietnam.(FNLSV).
Au mot d'ordre de « Paix au Vietnam » se substitue de plus en plus celui de « US Go Home » et « FNL vaincra »
En Belgique , de nombreuses manifestations se déroulent en ce 1er semestre 1967 , et plusieurs de ces manifestations visent directement les représentants de l'ambassade ou du gouvernement US .
  • le 27 janvier 1967, à l'ULB, un auditoire plein à craquer- un millier d'étudiants- empêche
    Kaplan sous secrétaire d'Etat de défendre sa politique. Le drapeau de FNL est brandi.
  • À Bruxelles, le 9 février, le secrétaire d'ambassade Floyd est conspué à l'occasion d'une conférence « contradictoire » place Rogier. La police intervient.
  • A Haine Saint Pierre, un mardi soir de mars, le même Floyd se heurte à une manifestation de plus de 800 personnes mobilisés derrière le drapeau du FNL sud vietnamien.Le bourgmestre se voit obligé d'annuler le débat !
  • Le 9 avril , le vice président américain Humphrey lui même - Johnson étant le président- fut accueilli lors d'une cérémonie au Soldat Inconnu par des centaines de projectiles de tout genre (oeufs, tomates, oranges,farine légumes pourris) 
Dans la même période, de puissants manifestations avaient lieu à Bruxelles , regroupant toutes les tendances de la solidarité avec le Vietnam, du pacifisme à l'anti- impérialisme-
le 4 mars , et lors de la Marche anti atomique ( et anti impérialiste ) du 23 avril rassemblant 20000 jeunes et moins jeunes .
La solidarité avec le Vietnam, et la rupture avec l'OTAN, qui s'installe cette année là à Evere et Casteau sont au centre des mots d'ordre de ce qui aura été une des marches les plus combatives, conclue par un meeting anti impérialiste autonome dans une salle de la Madeleine pleine.

Facilement compréhensible dés lors que lors de la « Quinzaine américaine » de l 'INNO, des militants solidaires du Vietnam soient intervenus les 6 et 13 mai, par des distributions de tracts , des jets de papillons dans le magasin, des défilés , parmi les rayons, en tee shirt marqués « US GO HOME » « FNL vaincra ». 
  Sans doute des chaulages ou des bombages ont ils aussi maculé, notamment les façades de l'Inno.
Et c'est cette simple action remuante certes, mais pacifique de diffusion d'un message de solidarité qui a nourri les rumeurs d'"attentat".
Comme si distribuer des tracts, scander des mots d'ordre, manifester en rue ou dans un magasin, faisait déjà de vous un criminel potentiel qui pourrait être aussi un "poseur de bombe"!!

«On a évoqué la piste de jeunes gauchistes qui auraient mis le feu pour protester contre la “quinzaine américaine” qui était organisée à l’Innovation en mai 1967. C’était l’époque de la guerre du Viêt-nam. Le climat politique était tendu. En consultant le dossier judiciaire, j’ai pu constater que de très nombreux devoirs d’enquête avaient été menés dans cette direction. Des perquisitions, des interrogatoires, qui n’ont donné aucun résultat probant.» explique Siegfried Evens
( http://data.over-blog-kiwi.com/1/45/89/83/20170511/ob_607c20_068-083pmb817bat.pdf)
Toutes ces actions étaient des actions politiques , s'inscrivant dans un mouvement mondial d'opposition radicale à la guerre américaine au Vietnam.
Elles étaient radicales , et rompaient en effet, avec un certain consensus mou de dialogue bien poli et bien convenable avec les représentants américains.
Elles s'affrontaient, bien sûr, aux interventions policières, sans que jamais la violence ne fut de notre côté; à ma connaissance, aucun militant , en cette année 1967, ne fut poursuivi et condamné devant les tribunaux pour violence contre agent, ou pour tout autre acte de violence contre des personnes.
Par contre, nous  étions nombreux à avoir passé quelques heures à l'Amigo pour arrestation administrative. (commissariat central de Bruxelles)
Elles s'opposaient aussi , à l'époque, à l'atlantisme toujours présent au sein du Parti Socialiste Belge , et aussi à une certaine conception du dialogue et de la coexistence pacifique de certains dirigeants du Parti communiste.
Cette opposition était sans doute marquée par beaucoup de sectarisme, d'injures et d'anathèmes.
Mais , d'autre part, ces actions récoltaient encore et encore, l'adhésion des jeunes , dans les écoles, qui créaient des Comités d'Action Anti impérialistes de Jeunes., patronnés par l' APIP ( Action pour la Paix et l'Indépendance des Peuples)*(2)
Personnellement, cet engagement militant aux côtés du Vietnam combattant , 50 ans après, je le revendique toujours et j'en suis toujours fier.
Et je le proclame , haut et fort, aujourd'hui comme hier : c'était un engagement politique, a visage découvert, toujours revendiqué, orienté vers le ralliement des coeurs et des esprits.
En aucun cas, il ne peut s'assimiler à du terrorisme.


  1. En ce 50 ème anniversaire de ce drame de l' Inno ,à ma connaissance , la thèse de l 'attentat n'est retenue comme « réaliste », que , sur le site facebook de la VRT (article signé Ivan De Vadder) et a été relayée sur le site facebook de la RTBF.
    Ce commentaire , a été rédigé à l'occasion de la sortie d'un roman publié en néerlandais en ce mois de mai 2017, « HAPPENING » de Johan Swinnen , qui a écrit une interprétation romancée de la thèse de l'attentat.
    Orphelin lui même à 13 ans, père et mère ayant disparu dans l'incendie, sa démarche interpelle, mais c'est un roman.
    Par contre, dans le commentaire de la VRT, des personnes bien réelles sont nommées dont le fondateur de l'APIP , mais aussi de OXFAM, le baron ANTOINE ALLARD, militant infatigable pour la paix dans les années 60 et suivantes , qui n'est malheureusement plus là pour se défendre.
    Aantekeningen uit een Atomaschriftje van een van de leden van A.P.I.P
    De grossières falsifications sont utilisées pour accréditer une collusion non romancée entre
    l'APIP  et un acte terroriste – notamment un  extrait d'un cahier Atoma, « notes d'un membre de l'APIP » ,qui n'est en fait, de toute évidence que des notes d'un comité de rédaction du journal communiste (prochinois) « La Voix du Peuple » (préparation du n° 21 du 26 mai 1967 )
    Révoltant , 50 ans après , en dehors de toute réalité judiciaire, et de vraisemblance scientifique, de surfer sur la vague antiterroriste au sein de l'opinion publique , pour salir des personnes et nourrir ce qui est , en fait de l'anticommunisme primaire ( du genre « gauche radicale=communisme= terrorisme) en général diffusé par l'extrême droite ...ou la droite extrême                                                                                             Interpellant par ailleurs que ce soit le service public qui relaie de tels amalgames.

  1. APIP Action pour la Paix et l'Indépendance des Peuples. (1964-1968)
    Organisation fondée en mars 1965 , par des personnalités militant pour la paix, comme Antoine Allard, l'abbé Carette , Germaine Hannevart, Yvonne Jospa, Emile Cavenaille et des militants du Parti communiste pro chinois ( tendance Grippa.)
    Aout 1965:
     Antoine ALLARD ( à droite)
    Active au départ surtout au niveau international dans des conférences internationales, ( Gensuikio pour l'interdiction des armes atomiques , conférence de Djakarta,) elle connaîtra un essor certain, avec les premières actions contre la présence de bases de l'OTAN en Belgique -Florennes 1965 , puis la solidarité avec le Vietnam.
    Sous l'impulsion de sa secrétaire Jeanne Vervoort, elle se développa dans la jeunesse en impulsant dans les écoles et les quartiers des Comités d'action anti impérialistes .Très active dans la préparation des Marches anti atomiques;Sa désagrégation en 1967-1968 accompagnera la désagrégation du parti communiste pro chinois dirigé par Jacques Grippa.

mercredi 26 avril 2017

« L' ENNEMI, C'EST LE BANQUIER, PAS L'IMMIGRE »... FAUT IL DES LORS VOTER POUR LE BANQUIER ?



Le second tour des élections françaises nous interpelle , bien que nous n'ayons pas en Belgique à nous prononcer.
Mais c'est un débat qui nous concerne tous , tant il traverse toute l'Europe et même les Etats - Unis .

Le scénario qui nous est proposé n'est il pas trop cousu de fil blanc :
« Voter Macron - le banquier- pour faire barrage au Front National - les fascistes. »
Comment ne pas voir l'hypocrisie et la perversité d'une oligarchie politique et médiatique, qui tout en proclamant ,quand ça l'arrange électoralement , le Front National « anti républicain », l'a installé dans tous les grands média, tous les débats contradictoires et en a fait – elle et elle seule - un parti « honorable » «  dédiabolisé » « républicain » .
Marine le Pen , l'anti – républicaine contre laquelle nous devrions tous nous liguer , est ,ce 25 avril , invitée par le président Hollande à l'hommage national de la République ,au policier tué dans le dernier attentat. (!) Allez y comprendre quelque chose !
Non seulement, ils ont, les puissants, les importants comme dirait JLM, respectabiliser l'extrême droite, mais les medias n'ont pas cessé depuis des années d'alimenter son fonds de commerce xénophobe anti-islam et anti- migrants.
Et je te parle du burkini, et je te parle des mosquées , et du foulard, et en plus les roms ... Et les flux de migrants....Et l'instrumentalisation du terrorisme islamiste etc. etc.
En fait , ces derniers mois, Marine Le Pen n'avait plus besoin de faire campagne, toute la presse en France comme chez nous , lui a préparé – gratis - le terrain de son second tour.
Sur BFM, en 2015, le journaliste Bourdin reconnaissait face à Mélenchon que parler des réels problèmes des gens, la pension, le salaire, ne payait pas ( 5% d'audience seulement disait il)

La montée du FN , ce 23 avril se propage surtout dans les régions socialement et économiquement sinistrées surtout de l'Est, (Moselle - de 24,7 à 28,3) , du Nord ( Ardennes - 25,5 à 34,3, Nord -21,9 à 28,2, Pas de Calais – 25,5 à 34,3 !! etc... )
Ces électeurs sont avant tout des victimes et des révoltés du chômage et de la misère instaurés par l'oligarchie des banques , des multinationales  et de l'Union Européenne ; ils pensent trouver une réponse dans le vote Front National, y compris dans son contenu raciste et xénophobe.
Si on veut les convaincre que , « l'ennemi, ce n'est pas l'immigré, mais bien le banquier », comment dés lors ne pas se déjuger pour des années et des années en appelant à voter pour le banquier  , au nom de la République en plus !?

Comment ne pas ainsi décupler leur haine du système et leur adhésion à Marine ,et préparer de plus grands succès encore du FN, eux que précisément on doit arracher dans les semaines, les mois et les années qui viennent aux sirènes de l'extrême droite.
On peut supposer que ces régions péri - urbaines et ex - industrielles n'ont pas été encore à l'heure actuelle suffisamment touchées par le message de la France insoumise , même si souvent, c'est JLM qui arrive en 2ème place et que donc le basculement semble possible.
Par contre on voit que dans de grands centres urbains, des grandes métropoles ( Marseille , Montpellier, Le Havre, y compris des villes au centre de ces régions sinistrées comme Lille, le vote JLM est apparu comme l'alternative.
On voit aussi que dans la jeunesse, le basculement est en train de se faire.
Ce qui est une très bonne nouvelle et réconfortant pour l'avenir : l'alternative politique de paix, de fraternité , d'égalité et de liberté existe.


Je pense que dans cette période « dégagiste » ces élections montrent qu'il est possible d'arracher à l'extrême droite le monopole de l'alternative à la politique de chômage,de misère et de guerre , et que « simplement » il faut encore un peu de temps.
Conquérir les coeurs et les esprits pollués par le message de haine du FN depuis tant et tant d'années ne peut sans doute se faire en un an de campagne , la plus brillante et la plus réussie soit elle. Sans doute faut il construire , partout en France, de »solides bastions » comme le dit François Ruffin.
Sans doute faut il construire une force politique durable, implantée le plus largement possible comme « la France insoumise » - on dirait chez nous un parti comme le PTB.

Le vote du 2ème tour mérite un vrai débat politique , et non des anathèmes – qui circulent aussi en Belgique - , du genre :
« Honte à vous, vous n'appelez pas immédiatement à voter Macron contre les fascistes »
« Déshonneur, souvenez vous de 2002 ! »
Comme si il n' y avait pas eu depuis, 15 ans d' oligarchie au pouvoir, avec les trahisons de la part de tous ces valeureux démocrates anti fascistes des résultats du référendum de 2005, des promesses « mon ennemi , c'est la finance » , l' assassinat du peuple grec la pauvreté, la précarité et la misère, utilisées par le FN pour rendre « populaire » son message de haine et d'exclusion !
Honte et déshonneur à eux, non ? Qui ont voulu canaliser la révolte du peuple dans le vote d'extrême droite de manière à ensuite manipuler les réels sentiments républicains pour le limiter et ainsi perpétuer leur domination .
De Sarko à Hollande, De Hollande à Macron, tout va bien pour eux , tout baigne !

Plus honteux encore. Quand ils ont vu , en fin de campagne, que leur scénario bien huilé du 2ème tour « Le Pen – Macron », risquait d'être perturbé par le surgissement imprévu parmi les favoris du candidat de « La France Insoumis », comment ont ils réagi ?
En dénonçant fermement « la fasciste » ? En privilégiant un 2ème tour démocratique et« républicain» entre deux options de société celle de l'ultra libéralisme et de l'argent roi et celle des Insoumis de la solidarité et du bien commun ?
Nenni, valet ! Là, ils comprenaient qu'ils pouvaient perdre.
Ils ont tous, absolument tous , la droite, Macron, Hollande, le PS, Hamon, même Poutou hélas dans les derniers jours ,la presse sur tous les plateaux, dans toutes ses colonnes,   décoché leurs flèches sur l'outsider: « programme dangereux », « ami de Vladimir Poutine », «  populiste de gauche », « partisan des dictateurs » «  Cuba, Venezuela «  etc.etc. etc.
Quelle honte !
N'ont ils pas en agissant ainsi de façon irresponsable , en pompier pyromane , favorisé le passage de la Marine ?
N'ont ils pas avec ce scénario reproduit un vieux schéma bien connu : « plutôt Le Pen que Mélenchon »

Et le choeur des injures et des mises en garde contre Mélenchon continue aujourd'hui, venant de partout de la droite à la « gauche » auto proclamée  : s'étendant même en Belgique à une offensive anti PTB , qui soutient de façon très argumentée politiquement (*) les amis de la France insoumise.
Mélenchon serait « le caudillo de la gauche populiste », le PTB soutiendrait l'extrême droite, il faut « un cordon sanitaire «  etc. etc.
*  http://m.levif.be/actualite/international/au-dela-de-la-beatification-du-banquier-de-rothschild-emmanuel-macron/article-opinion-651487.html

Ce qui est en cause, comme le disent les porte parole de la France Insoumise, c'est de préparer l'avenir . En élargissant le message universaliste de fraternité des insoumis à toutes les couches populaires dont celles encore emprisonnées aujourd'hui dans le vote d'extrême droite.
Est ce envisageable en appelant à voter, dans un auto proclamé «front républicain » , Macron, aux côtés de Hollande, Fillon, Jupé, Valls , El Komhry etc , ?
Tous ceux que, en fait, l'on veut voir « dégager » !

Cela mérite réflexion et débat , ne pensez vous pas ?  

mercredi 22 mars 2017

GRANDES FIGURES DE CHEZ NOUS : L'ABBE JEAN SILVESTRE DE LAVOIR (1899- 1945) – SOLDAT DE LA RESISTANCE


(...)Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas(
...)

                                                                          Louis ARAGON La rose et le réséda

Le 25 mars prochain, je participe à LAVOIR à la ballade familiale guidée par Annie WILDEMEERSCH, ma compagne, par laides et par belles, de toute une vie.


Village charmant aux portes de la HESBAYE, en bord de FOSSEROULE , affluent de la
MEHAIGNE, LAVOIR est connu aujourd'hui pour sa quiétude bucolique, son moulin à grain et ses fermes d' élevage .
Peu de gens savent que Lavoir , Heron, Wanze et toute la région de HUY furent le siège d'une intense activité de résistance à l'occupant nazi de 1940 à 1944.
Et pourtant sur la façade de la très belle EGLISE SAINT HUBERT une stèle nous rappelle l'héroïsme d'un martyr de la résistance,l'abbé JEAN SILVESTRE ,arrêté par les Allemands dans sa sacristie le 19 août 1944 , et mort le 18 janvier 1945 au camp de concentration nazi de NEUENGAMME.




Jean Silvestre est né à Ferrières (Condroz) en avril 1889.Lors de la première Guerre mondiale, il est vicaire à Hollogne aux Pierres, puis à Soumagne et Celles. Il est désigné comme curé  de Lavoir en 1936.


AUMONIER DES MILICES PATRIOTIQUES
 Son rôle dans la Résistance est détaillé dans le  
discours prononcé à sa mémoire le 8 octobre 1945 à LAVOIR par un représentant de l' Etat Major des Milices Patriotiques .


« Quoique peu fortuné, il fut un des premiers de la région à soutenir « Solidarité » ( 1) au profit des familles des déportés et fusillés de la Résistance.
Puis son presbytère abrita des réfractaires, des chefs de la résistance ; on y tint des réunions secrètes ; la brigade du secteur F y complota des raids contre l'occupant ; des milliers de journaux, de tracts y furent entreposés ainsi que d'autre matériel de la résistance et notamment des munitions.

Il connaissait les risques, les tortures qu'il affrontait, mais lorsque nous lui faisions remarquer, il nous répondait avec un calme imperturbable : " Notre Seigneur Jésus-Christ l'a fait avant moi ".
    Nous ne pouvons énumérer tous les services qu'il a rendus pour secourir et aider les " illégaux " ; il s'offrit même à héberger des soldats russes (2) ; mais sa situation étant très compromise, nous ne pûmes accepter, il les aida quand même en leur envoyant des vivres et des dictionnaires russes.
En mai 1944, un nouveau groupement de combat naquit, les Milices Patriotiques (3) qui devaient participer à la libération nationale.
Pour récompenser l'abbé Silvestre de ses services, sur proposition du commandant du 2e régiment, nous le nommâmes aumônier de ce régiment.
Le Presbytère
Le commandant s'établit en son presbytère, celui-ci fut alors connu comme assise de l' Etat - Major du secteur et Monsieur le Curé transmettait fidèlement les ordres au commandant du régiment.
C'était à nouveau de son domicile que se dispersaient dans les sections environnantes, les ordres de sabotage, les milliers de directives de journaux, de tracts et le matériel clandestin. Un aviateur américain destiné à être hébergé dans le secteur passa chez lui : il ne voulut pas d'en séparer. L'aviateur y demeurât une quinzaine de jours et dut être expédié ailleurs, à la suite de l'arrestation d'un employé d'état-major séjournant au presbytère.
  Il fut stupéfié de cette arrestation et craignit dès lors pour sa sécurité.

L'EMBUSCADE DU 19 AOUT 1944

LAVOIR: PLACE FAYAT, "AUX TRAVAUX" ,L'EGLISE
Après le débarquement des troupes anglo -américaines le 6 juin 1944 en Normandie , les opérations de résistance s'intensifient dans la région .
C'est ainsi que le 19 août 1944, un commando de l'Armée Secrète (4) « prépare une attaque contre un convoi de plus ou moins cinquante camions, chargés de carburant et stationnés à Lavoir.
Un groupe de Résistants  prend position aux alentours de la Place Fayat. Des hommes se postent entre le pont et le talus de la maison d'Arthur Marique , d'autres s'embusquent " Aux Travaux " (lieu-dit). Ils attendent des renforts qui doivent venir de Couthuin » 
Deux soldats allemands se dirigent en se promenant vers « Les Travaux », alors que d'autres se reposent se lavent ou se restaurent .
EGLISE SAINT HUBERT
lieutenant d'active de l'Armée Secrète, Théo Sevrin habitant de Lavoir ouvre le feu sur les Allemands qui ripostent. Fauché par une balle, il est transporté par sa femme , dans une charrette, jusqu'à , l'église où l'abbé SILVESTRE le recueille dans la sacristie. Malgré la mise en garde du docteur Beaujean, appelé sur les lieux, qui veut le transférer dans l'église, car il va mourir, le curé continue à cacher le blessé dans la sacristie, et lui accorde les derniers sacrements.
Les Allemands boutent le feu à la maison de Sevrin et puis, à l'Eglise, ils arrêtent le curé Jean Sylvestre pour complicité.
Selon un rapport de de l'AS, « les Allemands ont eu sept tués dont un officier, douze blessés et perdu un chargement d'essence. »

HAUPTLAGER   KZ   NEUENGAMME : MATRICULE 45459

Jean SILVESTRE est transféré dans un premier temps à la prison Saint Léonard à Liège , puis déporté à BUCHENWALD, puis NEUENGAMME.
«  Au camp de concentration de Neuengamme, les galériens qui travaillent avec vous prenaient votre pic ou votre pelle pour que vous puissiez souffler un peu. Mais le mal multiple - lassitude, faim, froid, dysenterie - vous ruina de plus en plus rapidement.
Bon vieux curé SILVESTRE, souvenez-vous. Un jour, nous étions au travail au Kommando SCHINLER. Vous, à cause de vos crampes d'estomac et d'intestins, vous fûtes obligé de vous asseoir, puis de vous laisser écrouler à terre, abrité un peu sous une énorme cuve renversée de fer rouillé.
Il neigeait. Une neige allemande, pesante, mêlée de pluie forte, de gros flocons grisâtres qui évoluaient peu dans l'air et s'empressaient de faire de la boue sous nos pieds. L'air était humide et glacé. On est venu vous rouer de coups et vous traîner au travail. Vous gémissiez sourdement.
NEUENGAMME - L'"INFIRMERIE" où sans doute est mort JEAN SILVESTRE
Un autre jour, non loin de moi, vous avez remué la lourde terre allemande au bord des bois pour creuser, avec d'autres forçats par centaines, d'inutiles fossés anti-chars. Et je vous ai vu, entre deux coups de pioche dans la glaise, donner des bouts de pain sec - ces trésors - à des compagnons. Ce geste, là-bas, c'était de l'héroïsme »
voir : ALZIN " Le calvaire et la mort de 80 prêtres belges et luxembourgeois " :


Notes

  1. « SOLIDARITE » et le FRONT DE L'INDEPENDANCE (F I)
Dans la région HUY WAREMME, comme dans la plupart des autres régions, la plus importante des organisations civiles de Résistance est le FRONT DE L'INDEPENDANCE.
En août 1941 avait été fondé à LIEGE, à la taverne Piette, rue des Guillemins, le « FRONT WALLON POUR LA LIBERATION DU PAYS » sur l'initiative de communistes (Theo Dejace) de membres de « WALLONIE LIBRE » et d'anglophiles .
Ils créent le journal « LA MEUSE » (aucune paternité avec le quotidien actuel) et appellent à Verviers, Huy, Visé, Arlon et Charleroi au regroupement des patriotes autour du Front Wallon.
Parallèlement, en mars 1942, est convoquée à Bruxelles une « Première Conférence Nationale du FRONT DE L'INDEPENDANCE », front créé initialement à l'initiative du Parti Communiste.
Le Front Wallon représenté à cette conférence, fusionnera en septembre 1942 avec ce qu'on nommera par ses initiales , le FI.

« SOLIDARITE »sera , dans la mouvance du FI, l'organisation qui organisera la solidarité , une sorte de « Croix Rouge » de la Résistance.
Collecte pour les illégaux, , Saint Nicolas pour les enfants des victimes des nazis, vêtements chauds pour l'hiver, tombolas, aide de subsistance aux réfractaires etc.
A la veille de la Libération, "SOLIDARITE" était devenue un véritable service social avec assistantes sociales de métier et aussi un service sanitaire pour les Milices Patriotiques.
 
(2) LES SOLDATS RUSSES

En octobre 1943, une vingtaine de prisonniers soviétiques s'évadent d'un train entre Ampsin et Seilles.
Ils finissent par se retrouver,ne parlant pas un mot de français et habillés en prisonniers , dans la région de HUCCORGNE.
Le groupe FI d' Adolphe Ruisseau ( Alfred) en récupère 11 et les héberge, les habille et les nourrit.
Certains logent dans des grottes, ou dans des trous creusés dans le bois de Marneffe, camouflés avec des branches, ne sortant que la nuit.
Libérés et hébergés chez l'habitant à l'arrivée des Américains, ils seront quand même dans un premier temps , vers le 15 septembre ,arrêtés , détenus , au même titre que les prisonniers allemands , et parqués comme des bêtes dans une prairie par la gendarmerie , sur ordre du lieutenant de l'Armée Secrète Henri Collinet .
Ce sont Marie GUISSE, Wanzoise du FI , communiste et officier de l'Armée Belge des Partisans – (organisation armée  rattachée au FI)
et Jules LINSMEAU dit « Mario », le commandant du secteur Nord-Ouest (Région de Huy-Waremme), du Front de l’Indépendance (F.I.) , qui ordonneront leur libération !
 JAMART J :"RESISTANCE HERON - WANZE" p 62
Les soldats soviétiques écriront une lettre de remerciements à leurs compagnons du maquis :
« Chers camarades
le groupe de camarades russes- ex prisonniers de guerre obligés de se cacher et de vivre longtemps dans le maquis de la province de Liège, rayon de Huy, vous adresse des remerciements chaleureux et fraternels, à vous et vos familles, pour tout ce que vous avez fait pour eux d'une façon aussi spontanée et dans le vrai esprit des bolchéviks.(...) »

  1. LES MILICES PATRIOTIQUES

Les MP (Milices Patriotiques) sont créées en mai – juin 1944, juste avant le Débarquement, pour élargir la lutte armée en vue du soulèvement national, à l'initiative du Front de l'Indépendance.
« La lutte armée contre l'envahisseur ne doit plus être le monopole de quelques spécialistes, elle est devenue la tâche de la Résistance tout entière
Il est donc grand temps de grouper, d'encadrer , d'armer les patriotes afin qu'ils soient à même , dés à présent de résister par la force aussi bien à la ville qu'au village aux mesures de répression, de pillage, de déportation que l'ennemi tenterai de mettre à exécution.
De ce qui précède, il résulte que des Milices Patriotiques doivent être constituées immédiatement dans chaque village, commune ou quartier. » (note du secrétariat national FI sur les Milices Patriotiques - voir José GOTOVITCH – Du Rouge au Tricolore p239)
A la Libération, les MP représenteront une « armée » de environ 25- 30000 hommes ( et femmes) à laquelle s'ajoutent les 15000 partisans  de l'Armée Belge des Partisans.



Renaud PARMENTIER (FI) présente le drapeau des PA de HUCCORGNE confectionné en toile de parachute et brodé (JAMART op cité p329)          
  1. L'ARMEE SECRETE
Composée à l'origine surtout de militaires de l'Armée belge, cette organisation de résistance militaire s'était d'abord appelée LEGION BELGE , puis ARMEE DE BELGIQUE ( reconstituée)
Le 1er juin 1944 elle prit le nom d'Armée Secrète.
L'Armée Secrète avait la confiance absolue du gouvernement belge de Londres, et opéra toujours sur ordre de celui-ci.
En vertu de l'instruction intitulée "Cheval de Troie" le gouvernement de Londres lui avait conféré un statut militaire officiel qui différenciait ainsi l'AS des autres mouvements de Résistance. Ce qui lui vaudra aussi d'être alimentée en armes par des parachutages anglais et d'être mieux armée par exemple que les Partisans Armés et les Milices Patriotiques.
Commandée par le Général Pire, elle est répartie en 5 zones sous les ordres d'un général, elles mêmes divisée en secteurs, commandés par un colonel , fractionnés en « refuges » commandés par un major.
« Dés les premiers mois d'occupation, il y eut de grandes tensions entre les différents groupes de résistance . La Légion Belge composée d'anciens militaires ,future AS entretenait avec le Front de l'Indépendance où les communistes étaient très actifs des rapports conflictuels. »(N.  PARENT pp 90-92)
Rapports conflictuels parfois idéologiques sans doute, mais aussi liés – on peut le supposer - à l'approvisionnement en armes. 
Tout au plus, selon J. GOTOVITCH, les relations entre entre FI et AS ont abouti à "un code de bonne conduite sur le terrain, mais la méfiance ne désarme pas." 
En septembre 1944, il y eut même un affrontement armé dans la campagne de Huccorgne. où Jules Linsmeau ,commandant du secteur Nord-Ouest (Région de Huy-Waremme), du Front de l’Indépendance (F.I.) , fut blessé  (voir N PARENT op cité)
L'abbé SILVESTRE et le lieutenant SEVRIN au contraire, symboliseraient ils la rencontre dans la détresse face à l'ennemi de deux résistants , le lieutenant mourant  de l'AS et le prêtre , aumônier des  MP ?
Leur nom sont en tout cas unis dans le Martyrologue du Livre d'Or de la Résistance.



Stèle sur l'église SAINT HUBERT




Sources 

Sur l'abbé SILVESTRE :











                                                                                  
Sur la résistance dans la région :
Tout d'abord 2 précieux petits livres bourrés de récits et de témoignages :
* "La Résistance dans la région de HERON - WANZE" Jean Jamart -  PAC HERON 1998
* "L'entité de WANZE durant la seconde guerre mondiale" Nicolas Parent - Commune de  Wanze







Aussi sur le net:
 *   l'Armée secrète : http://www.bibliotheca-andana.be/wp-content/uploads/2013/06/Secteur-Huy-Waremme.pdf

Sur le FI et les milices patriotiques 
* José GOTOVITCH "Du Rouge au Tricolore" Editions LABOR1992