jeudi 29 octobre 2015

1914-1918 UOMINI CONTRO: PAUL VAN OSTAIJEN, POETE REBELLE, FLAMINGANT ET COMMUNISTE


Paul van Ostaijen, poète majeur de la littérature flamande est né à Anvers en 1896.
Ce post  "UOMINI CONTRO "pour rendre hommage à son parcours politique de poète engagé durant les années de sa si courte vie - 32 ans , autour des années de guerre.
Il est plus que temps - 100 ans après 1914 - que  ,au moins, nous  découvrions nos  grandes figures venues d'ailleurs...  de l'autre côté de la frontière linguistique et n'abandonnions pas leur mémoire aux mains des nationalistes...

" Van Ostaijen est apparu à un moment clé du mouvement flamand et de l'histoire de Belgique.            Au début, il y avait beaucoup d'écrivains  de la gauche  dans le mouvement flamand.
Et  quand je réfléchis, qu'aurais-je fait? Sans doute la même chose"
"On doit toujours combattre le cliché Flamand = fasciste , répandu à l'étranger. 
Et pour cela, le meilleur moyen est de  prouver que le mouvement flamand n' a pas du tout été purement à droite, et de montrer que la culture est l'affaire de tous les partis, et pas seulement des porte drapeaux catholiques ou des troubadours nationalistes [...] 
Aucun Flamand aussi connu n'a  développé aussi clairement un flamingantisme de gauche et [...]n' a signé la plus hilarante mise en pièces de l'infection chronique dont souffre à nouveau l'Europe: le nationalisme"   Tom Lanoye (1)


(1) :Geert Buelens, Van Ostaijen tot heden. Zijn invloed op de Vlaamse poëzie. Vantilt, Nijmegen 2008 (derde druk) p 1084   http://www.dbnl.org/tekst/buel002vano02_01/buel002vano02_01_0030.php
Paul van Ostaijen, poète majeur de la littérature flamande est né à Anvers en 1896.
Ce post veut rendre hommage à son parcours politique de poète engagé durant les années de sa si courte vie - 32 ans , autour des années de guerre.
Il est plus que temps - 100 ans après 1914 - que  ,au moins, nous  découvrions nos  grandes figures venues d'ailleurs...  de l'autre côté de la frontière linguistique et n'abandonnions pas leur mémoire aux mains des nationalistes...
 
« VIVRE NOTRE  PROPRE VIE »
sur la biographie de PvO: Gerrit Borgers, Paul van Ostaijen. Een documentatie  : http://www.dbnl.org/tekst/osta002verz03_01/osta002verz03_01_0032.php

A 14 ans, en 1910, élève en 4éme gréco - latines au collège Onze-Lieve-Vrouwe ( de langue française - fréquenté par la noblesse et la grande bourgeoisie) , il rentre en rébellion contre les conceptions et les méthodes  des jésuites, aussi bien , au sujet des lectures interdites, que de la prédominances à l'école des classes privilégiées, - et ce qui en découle- de la langue française.Il sera exclu du collège.
Il décrira plus tard en 1919, cette période dans les premières pages de la nouvelle « De jongen"(le jeune homme)   tout imprégnée  de  sa révolte contre les jésuites et la haute caste bourgeoise.
 « Quand Cor , âgé de 15 ans, fut renvoyé d'une école dirigée par les Jésuites, le père préfet lui avait dit qu'il était un garçon bizarre; parfois, il était comme un enfant, parfois comme un vieillard.[..]C'est avec fierté qu'il quitta le parloir du révérend. Le préfet avait remarqué qu'il était différent de autres."
 (voir"De jongen":http://www.dbnl.org/tekst/osta002verz03_01/osta002verz03_01_0032.php) 

Il s'inscrira à l'Athénée d'Anvers Il y rejoint le « Vlaamsch Bond », une association de lycéens
En juin 1914, après avoir abandonné ses études, employé à la Ville d'Anvers, il participe comme
Congres d'étudiants flamingants- avril 1914 -4ème à p de la droite PvO.
ancien élève, au combat contre la censure , exercée par le préfet de l' Athénée de l'époque,un certain  Loos, qui interdit notamment un roman du grand  August Vermeylen.( un des pères du socialisme)
Il écrit : « l'interdiction de lecture est d' une brutale indécence. »
« Quand nous allons à l'école et que nous voulons progresser, c'est parce que nous pensons pouvoir aussi vivre mieux, plus intensémént .              Toutes les écoles, tous les diplômes, tous les titres ne sont que des moyens - oh stupide et sombre sieur Loos! -, c'est la vie qui est le but ; et tout ce que tu trames contre cela, Monsieur, dans ton cerveau d'abruti ne servira à rien. Nous voulons vivre notre propre vie»
Le préfet , le 6 juin 1914, interdit les réunions et toute rencontre entre anciens et élèves de l'Athénée sous menace d'expulsion, distribue les heures de retenue, menace d'appeler la police. Les protestations des parents ne sont pas entendues .
Comme les rencontres avec les anciens continuent le préfet fait noter les noms par son secrétaire espion , et inflige 4 jours de colle à 7 étudiants.
La presse s'empare du sujet , et , le 2 juillet,les étudiants organisent une manifestation (plus de 300 ) devant le domicile du préfet, où il est hué, sifflé, traité de tyran ; un pantin à son effigie y est brûlé.
La police intervient et surveille en permanence l'établissement !
Le dimanche suivant, les étudiants se répandent dans la ville – jusqu'à la Grand Place pour diffuser un n° spécial de leurs journaux « La Cravache », et « Rechtuit ».
C'est ce jour là – le 5 juillet 1914 - que devant ses camarades , Paul van Ostaijen , posté devant l'école a lancé , en s' assurant d'être bien vu, un pavé dans les vitres du bureau préfectoral. 
Après les examens , tout s'arrêta: nous étions à la veille de la déclaration de guerre...
On le voit , très jeune Paul van Ostaijen apparaît comme un esprit indépendant , impertinent et rebelle.
En même temps, il se crée un personnage. Bien habillé, parfois de façon excentrique ,il aura dans la vie nocturne d'Anvers, ses bistrots préférés ; on l'appellera « Monsieur 1830 » ou « le dandy ».
Il organise aussi des expositions d'art, ( «Art d'aujourd'hui » consacrée notamment à VAN GOGH) fait des conférences artistiques (sur le peintre Kurt Peiser, dont 11 toiles avaient été saisies par la parquet comme licencieuses), commence à composer ses premières poésies , qui seront rassemblées dans son premier recueil « Music Hall »;




BART DE WEVER,  EEN RUITENBREKER ?! UN CASSEUR DE VITRES?!  
Mais avant d'aller plus avant à la découverte de Zot Polleke, comme l'appelaient certains de ses
camarades, refaisons on bond en avant dans le temps, 100 ans plus tard
Ce 16 mai 2014, était inaugurée la nouvelle salle « ATHENA » de l 'Athénée Royal d'Anvers . Onze
ans plus tôt, la salle , datant des années 1880, avait été détruite dans un incendie ; elle a été  restaurée.


L'Athénée Royal d'Anvers aujourd'hui
C'était l'occasion,  de rappeler le geste du 5 juillet 1914 de Paul Van Ostaijen , ancien élève maudit , aujourd'hui glorifié pour son esprit libre.
Occasion aussi, de rappeler qu'en 1885 déjà, avait été fondé à l'Athénée un « Vlaamsche Kring », qui aura rassemblé un nombre impressionnant de figures légendaires du mouvement flamand.
Au cours d'une conférence du célèbre poète et prêtre  Guido Gezelle à Tielt, en septembre 1885 , le cercle plutôt orienté libre - penseur flamingant  s'était déplacé depuis Anvers.
GUIDO GEZELLE
Gezelle , partisan de l'ordre et de l'Eglise, attaqua avec mépris ces groupes de jeunes flamingants en prétendant que « leur mouvement était inutile », et qu' ils « étaient comme de prétentieux gamins, casseurs de vitres débiles, dont les parents payaient ensuite les amendes »
Casseurs de vitres, « Ruitenbrekers » , un tract anonyme parut par la suite à Anvers , : « soyons fiers de ce nom ; étudiants[...]soyez des casseurs de vitres au plein sens du terme. » (signé) « Des casseurs de vitres d'Anvers » (1885)
Mais si j'ai fait, ami lecteur, cette diversion historique, c'est pour pouvoir lier le passé au présent, et ajouter un nouveau personnage à la belle histoire des « casseurs de vitres », interrompue par la guerre , nous l'avons vu,  fin juillet 1914.
16 mai  2014 : le bourgmestre s'empare d'un pave...
Et le lance "symboliquement" par la fenêtre

Après l'attaque de Gezelle en 1885,   après le vrai pavé de van Ostaijen en 1914 , voilà un grand numéro d'artiste en ce mois de mai 2014 : Bart De Wever lui même, bourgmestre d'Anvers, premier ministre de l'ombre , lancera lui aussi son pavé, symboliquement bien sûr , et entouré d'un ruban rouge !!
 C'est par ce geste qu'est inaugurée la nouvelle salle de l'Athénée le 16 mai 2014 !

C'est pourtant ce monsieur , "Ruitenbreker"2014(!!) qui interdit les manifestations devant l'hôtel de ville , comme un sit- in contre ses déclarations à caractère xénophobe au sujet des  « Marocains d'Anvers »
"Qui veut manifester à Anvers doit le demander au moins 3 semaines à l'avance [...]Réagir immédiatement à des déclarations de De Wever est devenu impossible."
Quand 300 manifestants pénètrent Grand Place, ils sont encerclés par des centaines de policiers armés et emmenés au poste et soumis aux  'sanctions administratives communales »
Il représente aujourd'hui ce monde de la bourgeoisie,  de l'oligarchie et de l'ordre tout ce que Paul van Ostaijen haïssait!
Liberté d'expression made in De Wever



 Gageons que "Zot Polleke" , dans sa tombe a dû avoir une furieuse envie d'aller lancer un pavé - fut il entouré d'un ruban rouge -dans les fenêtres à l'hôtel de ville du bureau de  de "Menheer de Burgemeester !" 



NATIONALISME , INTERNATIONALISME, LE DIFFICILE CHEMIN.

Après l'invasion allemande,et un bref exode aux Pays Bas pendant le siège d'Anvers, PvO écrit dans « De Vlaamsche Gazet », l'édition anversoise de « Het Laatste Nieuws », journal publié , comme toute la presse non clandestine sous le contrôle allemand.
Dans deux de ses premiers articles , il rend hommage à deux écrivains français tombés au front : « Péguy voulait la guerre, la guerre l'a pris ; Alain-Fournier ne la voulait pas, et la guerre l'a quand même fauché. »
Vlaamsche Gazet 28/11/1914
Et à un poète allemand : «  Il peut paraître surprenant que maintenant, dans les circonstances actuelles, nous voulions rendre un hommage pieux à un poète allemand- tout au moins, un poète qui s'exprimait en allemand dont la poésie était dans son essence, indubitablement allemande....
nous voulons cependant lui rendre hommage. Il sera d'autant plus fort dans ces circonstances qui nous ont rendu son peuple tout, sauf sympathique. » ( "De letterkunde beproefd 28/11/1914)
Un article non publié de décembre 1914 exprime son point de vue :
« Nous avons toujours bien vu le danger , aussi bien du pangermanisme, que du pangallicisme....
ceux qui ont dit que que nous devrions plus pencher vers l'Allemagne , parce que nous serions germains sont, avec ces principes, des siècles en retard. [...] seul le peuple existe, pas la tribu.
Flamands et Allemands sont deux peuples, qui peut être , ont  eu des origines communes, mais qui sont maintenant deux peuples qui n'ont plus rien en commun l'un avec l'autre . Cela a été et reste notre point de vue. » ( cité dans Borgers op cité)
On le voit , la guerre n'entraîne pas le jeune poète anversois, ni dans le chauvinisme belge et la haine des peuples au nom de la patrie belge attaquée, ni dans un nationalisme flamand germanophile, au nom des racines communes.
Il mettra en avant sa conception- très théorique- du nationalisme internationaliste.
Il critique le « germanisme » des cercles activistes extrêmes  (Jong Vlaanderen), qui s'attirent la sympathie des cercles réactionnaires allemands avec l'idée d'un héritage germanique commun,  rejetant  ainsi plusieurs siècles d'histoire, et repoussant  aussi la sympathie des Allemands libéraux et des Hollandais 
  « Nous devons ouvrir tout grand nos fenêtres de tous les côtés » Et il veut s'inscrire dans le développement culturel en Europe, qui par delà la guerre, et par delà les frontières. construit un nouvel internationalisme . Mais en même temps, il appelle à un développement commun Flandre -  Pays Bas , la Grande Néérlande!
Il oscille, on le voit ,entre un nationalisme grand néerlandais - bien présent dans le mouvement activiste, - et qui pour certains est une alternative à l'annexion par le Kayser-  d'une part, et une ouverture universaliste à la culture et à tous les peuples  européens ;  il apprécie très largement la littérature française et est imprégné de la pensée  universaliste d'un   pacifiste allemand Kurt Hiller.
Celui ci a fondé un mouvent Aktivism , qui défend des idées voisines de celles de Romain Rolland sur le rôle de l'esprit et des intellectuels : "remplir la fonction de "politicien de l'esprit" 
     voir   Nasionalisme en het nieuwe geslachthttp://www.dbnl.org/tekst/osta002verz01_01/osta002verz01_01_0002.php#2
        Over het tragiese van de beweging Enige kanttekeninge  http://www.dbnl.org/tekst/osta002verz01_01/osta002verz01_01_0003.php                                                               

Préhistoire du mouvement flamand - Ons Land 1917-1918
D' autre part, dans une série de 28 articles  à caractère historique «  Sur la préhistoire du mouvement flamand » van Ostaijen  analyse ( "à, travers le prisme du "flamingantisme") l'histoire de la Flandre de l'occupation autrichienne à 1815 et décortique particulièrement la période du rattachement à la France 1792 et la Convention puis de 1794 à 1815 ( le Directoire et l'Empire) qu'il caractérise comme « un nouvel absolutisme », qui selon lui, à part à Liège, n'a pas eu le soutien des peuples et « batave » et belge...

UN ACTIVISTE
Paul van Ostaijen sera dés 1915 un "activiste"
Le mouvement activiste est un mouvement politique flamand qui a refusé l'Union Sacrée en ce qui concerne les revendications flamandes et   voulait profiter de l'instabilité causée par la guerre pour tenter de les  faire progresser, y compris, pour les principaux dirigeants, en se ralliant à la politique impérialiste de l'Allemagne .(Flamenpolitik appliquée par le gouverneur général  militaire, l'aristocrate prussien  Von Bissing)
Au contraire des « passivistes », prêts à mettre tout au frigo jusqu'à la fin de la guerre, par loyauté vis à vis du gouvernement du Havre et de la monarchie.
Mouvement à différentes facettes : les premiers, en octobre 1914 à Gand, à sortir du bois sont les pan -germanistes, favorables ouvertement à une Flandre indépendante, annexée à l'Empire allemand, à la disparition totale du français en Flandre et la rupture totale d'avec la Wallonie.
 A la tête de ces "Jong-Vlaanderen", un pasteur hollandais Jan Derk Domela farouche soutien du pan germanisme et du Kayser.  voir De Schaepdrijver "De Groote oorlog" Amsterdam 2013

 Parmi les activistes, il y aura aussi des révolutionnaires socialistes ( Van Extergem), des partisans d'un simple fédéralisme, des sociaux démocrates (Joris et "De Nieuwe Tijd), des démocrates libre penseurs (Roza de Guchtenaar) des libéraux (Augusteyns) ou d'autres qui s'éloignèrent refusant la collaboration avec l'occupant ( Baudoin Maes)
Parmi les  activistes, une frange de jeunes intellectuels, progressistes, en révolte contre le monde ancien de conventions bourgeoises, de censure, de domination de la langue française aussi.
 Révolte pour l'émancipation sociale et culturelle de la Flandre, et révolte aussi pour leur propre développement personnel.
Ils ne pouvaient se reconnaître dans la mobilisation  patriotique derrière la triade Monarchie, Noblesse, Grande Bourgeoisie et dans le nationalisme « belgicain ».
Citons, outre PvO, Lode Craeybeckx, (futur bourgmestre SP d'Anvers), Firmin Mortier( futur directeur du Théâtre Royal Flamand) , les poètes Victor  Brunclair et Gaston Burssens et tant d'autres.

La direction du  mouvement activiste sera néanmoins , toute la durée de la guerre exercée par des bourgeois catholiques, la plupart professeurs, hommes de lettres ou fonctionnaires, germanophiles (Borms, De Clerck, etc.), sorte d'élite flamande de droit divin. Nationalistes. ils agiront surtout pour être reconnus par les Allemands ,et  pour assurer leur propre pouvoir sur une Flandre indépendante auto - proclamée.  Ils créeront un "Raad van Vlaanderen"en février 1917, proclameront ,en dehors de toute légitimité démocratique,  en mars 1917, la gestion séparée de la Flandre (incluant Bruxelles) et de la Wallonie ( capitale Namur) et proclameront même l'indépendance totale de la Flandre que l'administration allemande présentera en janvier 1918 comme "autonomie" de la Flandre.
 Pendant  que les peuples flamand comme wallon subissaient , outre la mort au front de l'Yser , la faim, la misère et le chômage à l'arrière ainsi que  les réquisitions pour le travail en Allemagne .

Tous les activistes seront poursuivis en 1919-1920 dans des procès politiques souvent en cour d'Assises et condamnés à de lourdes peines ( à mort, 50, 20 , 15 ans etc.) , mais elles ne seront pas appliquées.Camille Huysmans appellera cette répression de "furie fransquillonne".
voir par exemple le procès de Jef Van Extergem :http://rouges-flammes.blogspot.be/2014/12/1914-1918-uomini-contro-kameraad-jef.html

De son côté , la bourgeoisie belge – particulièrement la bourgeoisie flamande fransquillonne- n' avait pas baissé la garde et "activait"un nationalisme belgicain  anti-flamingant : le mouvement flamand était  globalement soupçonné de trahison pour les  "boches".
Par exemple, des rumeurs accuseront van Ostaijen de vouloir publier un nouveau périodique, payé par les Allemands. Il répond :
« Van Ostaijen n'a jamais reçu d'argent allemand sauf quand son salaire lui a été payé par la Ville en monnaie allemande.(oh ! moments délicieux...)
Van Ostaijen n'a jamais eu l'intention d'éditer un journal...Votre informateur est un menteur ou un idiot...
Tout ceci n'est que joyeusement méprisable et méprisablement joyeux » (en français.)

"WEG MET HET CARDINAAL" - "A BAS LE CARDINAL"

En 1917,  se produit l' affaire Mercier
Le cardinal Mercier
Celui ci , archevêque de Malines , n'est pas seulement le chef de l' Eglise de Belgique, il n'est pas seulement le principal « patriote - résistant » à l'invasion allemande dont la photo trône aux côtés de celle du Roi Albert, il a été aussi et est resté un farouche partisan de la bourgeoisie flamande fransquillonne, et de la suprématie absolue de la langue française.
Il est le représentant parfait de cette triade des classes dominantes : le haut clergé, la noblesse et la grande bourgeoisie.
Il a toujours été opposé à la création d'une Université flamande à Gand, comme il a toujours freiné au maximum le dédoublement des cours à « son » UCL (Université Catholique de Louvain), qu'il contrôle
Je me permets ici de le citer assez longuement  dans une déclaration de 1906, qui vaut son pesant d'or !:
« Quiconque comprend le rôle de l’Université ne peut raisonnablement prétendre que le français et le flamand doivent être mis sur un pied d’égalité dans l’enseignement universitaire.
Et comme chacun est homme plus encore que Belge, c’est-à-dire, comme les intérêts généraux de la civilisation sont supérieurs aux intérêts particuliers d’une nation, la culture du français doit, pour ceux qui sont appelés à jouer un rôle dans le mouvement universel de la pensée et de l’action, primer celle du flamand.
Les Flamands qui voudraient flandriciser une université belge n’ont pas réfléchi au rôle supérieur auquel doit prétendre une université. Si leurs revendications étaient accueillies, la race flamande serait du coup réduite à des conditions d’infériorité dans la concurrence universelle. Les raisons, qui nous font repousser l’idée d’une université flamande en Belgique, nous engagent aussi à nous opposer à l’introduction du flamand comme langue unique ou principale dans l’enseignement des humanités. » Instructions générales des évêques de Belgique septembre 1906 (cité dans Kris Deschouwer, «Comprendre le nationalisme flamand»)  http://popups.ulg.ac.be/1374-3864/index.php?id=285
Déclaration hallucinante aujourd'hui dans le contexte d'une Belgique fédérale - mais qui reflète bien la mentalité des classes dominantes  de l'époque.
Ons Land -"L'affaire Mercier" article de PvO
Peu étonnant que de jeunes militants rebelles , 10 ans plus tard pourtant, l'accueillent non comme le représentant de la patrie belge dans laquelle ils ne se reconnaissaient d'ailleurs pas ou plus, mais comme le bon vieux défenseur de la bourgeoisie régnante.
Le 16 septembre 1917, il vient en procession à Anvers ;
Une quarantaine de jeunes l'accueillent par des sifflets et les cris de « Weg met het cardinaal » , tandis qu'un autre groupe, de fransquillons et de « rastaqouères » ( dixit PvO), l'acclament.
Alors que les partisans du cardinal ne sont évidemment pas inquiétés, cinq manifestants (repérables par leur petit lion à la boutonnière) sont arrêtés, et verbalisés au commissariat.

En janvier 1918 , ils seront condamnés à 3 mois de prison. C'est en mars 1920 que la cour d'Appel confirmera ce jugement , qui sera amnistié en juillet 1921.


PvO quitte la Belgique en octobre 1918 , pour échapper à la campagne annoncée de répression par le gouvernement du Havre contre les « activistes » .
Il sera à Berlin pendant la révolution spartakiste, sans y participer directement  malgré ses sympathies révolutionnaires.
Avec son ami Firmin Mortier, il visitera néanmoins l'hôtel où Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht furent assassinés, et ils participeront à des meetings du USPD. (scission de gauche du parti socialiste  (social chauvin) SPD)
En novembre 1920, dans le cadre des poursuites contre les activistes pour « atteinte au moral des soldats et de la population », 9 mois de prison seront requis contre lui pour sa collaboration au journal « De Antwerpsche Courant »
Rentré à Anvers en 1921, il sera appelé au Tribunal Correctionnel , qui reportera le procès à une date indéterminée. On peut supposer que la condamnation d'un   poète flamand qui commençait à être connu aurait fait tache.

ECRITS POLITIQUES : SOCIALISTE, COMMUNISTE

C'est de Berlin , en 1920 que, malgré qu'il se soit complètement immergé dans l'activité littéraire et artistique de la capitale allemande, il expose ses idées politiques sur le mouvement flamand.
D'abord dans une « Lettre ouverte à Camille Huysmans » :( De Toorts 24 avril 1920)
Il répond à Camille Huysmans. 
Celui ci , écarté de la direction nationale du POB pour son pacifisme pendant la guerre,  se retire à Anvers, où il tente de recoller les morceaux du parti en y rassemblant les flamingants modérés , même ancien activistes.
Il doit pour ce faire se démarquer du  "Front partij", parti flamingant naissant, issu du mouvement des tranchées , plutôt catholique. Ce parti ne serait pas social, mais purement linguistique , au contraire du POB qui verrait le caractère social et populaire du  mouvement flamand
Van Ostaijen se définit comme socialiste.
"Il y a devant moi depuis un an le dilemme : adhérer au POB ou au Frontpartij 
Certainement , à Mons chez Pierard ( un des députés socialistes des plus chauvins), j'aurais peu de chances d'être accepté, Chez vous [...]à Anvers,ça irait mieux pour moi;Mais peut être, à Gand , chez Anseele, n'ai je  non plus aucune chance."
Le socialisme du POB change  entre la rue Haute ( à Bruxelles) et Rijkevorsel (commune proche d'Anvers) 
[...] Est ce cela un parti ? »
A choisir  entre le POB et le Vlaams Front Partij, il choisirait le deuxième . Il regroupe des chrétiens, mais s'ils sont « a-socialistes », c'est parce que personne ne leur a encore apporté une conscience en accord avec leurs espérances.
Il reproche au POB de n'avoir jamais considéré le problème flamand comme un problème social, alors que « le programme de Erfurt (référence programmatique de la social démocratie allemande) déclare que le socialisme combat toute oppression, qu'elle soit d'une classe, d'un parti , ou d'une caste contre un peuple.
 Le POB accepte ce principe pour les autres, pour les Tchèques, mais pas pour les Flamands !
Certains de vos collègues flamands et la plupart de vos collègues wallons pensent que le peuple flamand n'est pas opprimé. 
Qui dois je suivre, le POB ou le programme d' Erfurt  ?[...].
Je suis socialiste, et j'estime que la solution du problème flamand fait partie des intérêts du socialisme.
Les dirigeants socialistes auraient dû écouter la parole de August Bebel :« une langue de classe, quelle arme merveilleuse pour la lutte de classes!"
Le POB n'offre que confusion,  et assène, à ceux qui le lui reprochent, le coup de massue : « Le POB a été patriote. »
Mais il n'y a plus rien de l'élan des débuts du socialisme . »


Ensuite dans « Au sujet du problème flamand » ( De Nieuwe Tijd 1921  )                             http://www.dbnl.org/tekst/osta002verz01_01/osta002verz01_01_0012.php
1920 : Ho Chi Minh au congrès communiste de Tours
Il commence son article, écrit en septembre 1920, en saluant la « complète reconnaissance de la nationalité par la république des soviets » 
 Il donne comme exemples l'instauration de soviets polonais dans la Pologne – en 1920 encore russe- preuve de la reconnaissance du droit à l'auto détermination du peuple polonais, et aussi le soutien de la Russie soviétique aux mouvements nationaux d'Asie (Inde et Egypte)
Il s'y affirme communiste. il considère le suffrage universel , adopté en novembre 1918 ,comme une couche de vernis démocratique maintenant la domination du clergé et du capital. Il y oppose « la dictature du prolétariat »
Il revient sur le problème flamand :
« En Flandre, la différence de classe va avec la différence de langue.
Laermans     Les émigrants 1896
La caste supérieure est francisée. Le prolétariat, les paysans et les petit bourgeois sont flamands.
2% de fransquillons dominent au moyen du clergé, les paysans, et au moyen de la social démocratie le prolétariat.
Bien sûr , le travailleur wallon est aussi exploité[...] mais l'ouvrier flamand est surexploité : comme travailleur d'abord et deuxièmement comme  ouvrier manoeuvre , non qualifié ; il ne peut s'élever dans l'échelle sociale qu'en assimilant la culture française [...] et seuls quelques uns peuvent le faire -, ça coûte aussi de l'argent. »
« La social démocratie n'a pas voulu voir le problème flamand, ils n'en ont jamais fait une question de principe[...]
et sur la question flamande, les socialistes wallons sont sur la même position que le haut clergé et la bourgeoisie!
[...]le communisme peut trouver dans le mouvement flamand un grand facteur pour élargir son influence : d'abord de par l'oppression nationale de nature socio-économique , et ensuite de par le mécontentement croissant qui a conduit à une rupture de confiance d'avec l'état belge , déjà durant la guerre 14-18.
Le communisme ne doit pas faire de compromis avec l'idéologie nationaliste.
La prise de conscience flamande s'est faite en opposition au nationalisme créé par l'état belge ; elle doit aller sur le chemin de l'internationalisme, de l'action internationale de masse pour un état international- sans distinction nationale mais avec la protection de toute les différences ethniques. »

Texte étonnant, largement méconnu aujourd'hui, sorte d'appel au mouvement communiste en gestation à s'emparer des revendications flamandes en leur donnant à la fois un caractère internationaliste et un caractère de classe.
Il illustre les grands débats qui traversent la nouvelle gauche issue de la guerre dans les 2-3 années 1918-1920,  qui mèneront , à la formation du parti communiste.
Ce texte est un aboutissement de son évolution politique : d'un nationalisme fortement  teinté d' universalisme, des  années 1916-1917, il s'inscrit en 1920-  sous l'influence des révolutions russe et allemande, on peut le suppose r-  dans le courant socialiste et communiste. 
Cet article est aussi  un rare texte sur la question nationale, posée en termes de classe.
Sans aucun doute, il a été loin d'avoir une place centrale dans les discussions idéologiques au sein des différents groupes qui participeront à la fondation du parti communiste ( parlementarisme ou pas, participation aux syndicats ou pas, soutien au mouvement flamand ou pas)
Il est resté au niveau de la réflexion théorique. Et on  peut se dire ,avec respect et modestie,  en le lisant,  que ce  qui fit défaut sans doute à ces groupe de jeunes poètes et intellectuels flamingants révolutionnaires , issus de l'activisme, c'est à la fois le lien avec la pratique sociale et la rencontre avec la théorie marxiste.
 Paul van Ostaijen n'a pas, par la suite, pris la place dans le combat politique, au parti communiste ou ailleurs, que ses écrits politiques auraient pu laisser présager.
Poète et artiste avant tout, individu intelligent plus que militant engagé, c'est dans la poésie qu'il fera sa révolution : poète de l' expressionnisme, il publiera : « Het Sienjaal », « Bezette stad », « De feesten van angst en pijn »
Mais très vite la maladie –la tuberculose - s'emparera de lui : il meurt au sanatorium d' ANHEE en 1928 à 32 ans !

La tombe de Paul van Ostaijen au Schoonselhof Anvers

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A une mère - poème dans Ons Land 27/10/1917
A une maman
 extraits  (La traduction est de mon crû,pauvre francophone,  donc imparfaite, et approximative et ne demande qu'à être corrigée)
                    Son fils est mort au champ de bataille                            


 Tu m'as dit "mon fils est tombé.                                       Tu ne l'as pas connu, ni son front,

 ni ses lèvres

 ni ses mains ; aucun de ceux

 là maintenant à mes côtés, n'ont rien connu de lui,

sauf une chose : où il est tombé -

 au champ d'honneur. 

 Quand j'entendais des pas dans la rue

 je me disais : « ainsi sera son retour ».

 Cette écoute, cette attente , c'est fini.

 Les pièces que j'ai épargnées

 pour lui acheter une veste

 sont encore dans le coffret , à côté des dessins de guerre

 de son enfance

 Tu dois écrire un poème pour mon fils

 que je mettrai à côté de ses dessins dans la boîte."

 Je sais, petite Maman, tu aimerais lire
Choc des armées, champ de bataille, héros
car comme une sainte triade , on t' a proposé ces mots
Et de ton fils tu n'as plus que ça:
 Des mots qui doivent te consoler.
Parce que , ton fils , tu ne le réveilleras plus jamais
 Tu ne prépareras plus jamais son café
toujours au même coup de l'horloge
tu ne le regardera plus jamais sortir dans la rue .
[....]
  Ton fils, Petite Maman, n'est pas tombé pour une juste cause
Mais son sang lui a été sucé par tous
Parce que notre humanité s'en est allée.
[....] 
 Tout est beauté- Souviens toi de ton fils
assis en face de toi à la table du déjeuner-
 Nous devons libérer notre propre conscience, notre esprit
De toute illusion.
 Les millions des funestes croix noires
se taisent, mais leur plaie, ouverte et sombre
 a retrouvé la parole :"tout est leurre et tromperie."
 « Vivants, rassemblez vos faibles forces
Pour la foi en la vie, en la vie ! 
"Tout est infiniment beau" ; écoutez cette parole 
Qui épanouit notre conscience. »










Qui épanouit notre conscience. »

mardi 13 octobre 2015

OSER LA PAIX, COMPRENDRE LA GUERRE ,

Les commémorations  liées au centenaire de la Grande Guerre se poursuivent jusqu'en 2018. ( Et oui, la guerre a été très très longue...)
Cela permet ,au delà du bling-bling des commémorations officielles, un devoir de réflexion sur la guerre, la paix, les causes des guerres , les fondements de la paix , hier comme aujourd'hui.
A Liège, le prochain hiver donnera l'occasion d'y réfléchir à travers l'exposition , organisée par l'
Institut d'Histoire Ouvrière et Sociale et le Mundaneum. « ET SI ON OSAIT LA PAIX ? - 150 ans d'histoire du pacifisme en Belgique»  (à la  Cité Miroir  do 20 nov. au 21 févr.)



En dialogue avec ces interrogations, l'historien JACQUES PAUWELS nous rejoindra à Liège, le 25 novembre, et nous aidera à comprendre les raisons de la grande boucherie de 1914-1918. 
Jacque Pauwels n'est pas seulement un historien, il est aussi un conférencier passionnant, vivant, plein d'humour, qui ferait aimer l'histoire aux plus réticents. 




 J'ai assisté à l'un de ses cours en août dernier;  il  captive son auditoire, tout en éveillant la réflexion:
  •  L'Autriche a t' elle déclaré la guerre à la Serbie à cause de l'attentat de SARAJEVO ?
  •  La France a t' elle fait la guerre pour « le droit, la liberté et la démocratie » contre        la     barbarie ?
  •  L'Angleterre est elle entrée en guerre par grandeur d'âme, pour venir au secours de « The little poor Belgium » (La pauvre petite Belgique) dont la neutralité avait été violée
  •    L' Allemagne voulait elle défendre « Dieu et la civilisation » contre les primitifs venus de l'Est ?
  •  Et la Belgique dans tout ça ? Etait- elle neutre, pure et innocente ?
« En général, on explique la Grande Guerre comme ceci : un coup de tonnerre dans un ciel bleu. On prétend que personne ne l’avait vue venir, que personne ne l’avait voulue... En réalité, les nuages de la guerre s’accumulaient depuis vingt ans. Une guerre était nécessaire. Et les élites politiques de l’Europe la voulaient, car elles estimaient qu’une guerre allait réaliser pour elles des choses fantastiques... »  explique Jacques Pauwels


4 AOUT 2014: COMMEMORATION LIEGE
 Sa brillante analyse historique , qui décortique les causes profondes du massacre, va à contre courant du point de vue dominant :100 ans après, à Liège, Ypres, Verdun , Moscou ou Gallipoli  en Turquie, on glorifie toujours, la lutte pour la patrie et le sacrifice des soldats "morts au champ d'honneur".
 Et derrière les discours sur la paix universelle , souvent transparaît la menace et la justification des     guerres  des années 2000.




MAUDITE SOIT LA GUERRE  monument à GENTOUX  (F)
Jacques Pauwels nous transmet aussi le message de ceux d'en bas , des 99%, ( soldats, paysans, ouvriers, et  femmes mères épouses et fiancées) , jetés par le 1% des puissants de l'époque dans un jeu de massacre sans fin, plongés dans la mort,la  misère et la faim .
Son ouvrage fourmille de lettres, chansons, poèmes venant du front ou de l'arrière, comme cette chanson qui évoque la fraternisation au front de Noël 1914.
«C'était Noël dans les tranchées où le gel était si âpre
Les champs gelés de France étaient chauds des chants
de paix qu'on y chantait[...]
Mon nom est Francis Tolliver, et je vis à Liverpool
A chaque Noël depuis la Première Guerre mondiale,
j'ai bien retenu ses leçons :
Ceux qui commandent les tirs ne seront pas parmi les morts ou les mutilés.
Et à chaque bout du fusil, nous sommes les mêmes. »
chanson de John McCutcheon : « Noël 1914 dans les tranchées »
cité dans"La Grande Guerre des classes » J. Pauwels




 Jacques R Pauwels est né en Belgique en 1946.
Licencié en Histoire de l'Université de Gand en 1969, il poursuivra ses études au Canada  jusqu'au Doctorat,à Toronto (York University) en 1976 et à un Doctorat en Sciences Sociales (Toronto 1995)
Il a enseigné l'Histoire et les Sciences politiques dans plusieurs universités canadiennes.
Il a déjà publié de nombreux ouvrages , dont :  Le mythe de la bonne guerre  (2005, nouvelle édition de 2012),  Big business avec Hitler (2013) et 1914-1918 : La Grande Guerre des classes (2014)







samedi 5 septembre 2015

1914 - 1918 UOMINI CONTRO : ZIMMERWALD SEPTEMBRE 1915, PACIFISME ET REVOLUTION


Il y a 100 ans , en septembre 1915, le petit village suisse de ZIMMERWALD à une dizaine de km de BERNE, la capitale de la Confédération , a inscrit son nom dans l'histoire.

C'est là, à la pension INGENMUHLE, au milieu de paysages alpins de l' OBERLAND que s'est tenue la première conférence, depuis l'effondrement de la IIème Internationale en août 1914, de dirigeants et militants socialistes , opposés à la guerre impérialiste et en rupture avec les directions officielles qui s'étaient rangées derrière leur propre gouvernement comme , par exemple le parti socialiste français, le SPD allemand, le POB belge, qui par ailleurs n'étaient pas invités.

Ce sont les socialistes italiens et suisses qui ont été à l'initiative de cette première rencontre internationaliste entre socialistes venant aussi bien des pays de l' ENTENTE ( FRANCE ANGLETERRE, RUSSIE et ITALIE ) que des Empires Centraux (ALLEMAGNE, BULGARIE)et de pays neutres.(PAYS BAS, SUISSE, NORVEGE, SUEDE)

La Conférence -38 délégués venant de 13 pays - se réunit du 5 au 8 septembre 1915
Des délégations représentaient les socialistes ou syndicalistes minoritaires d' ALLEMAGNE, notamment le député au REICHSTAG LEDEBOUR, de FRANCE, D'ANGLETERRE, les partis socialistes officiels de l'ex IIème Internationale qui s'étaient prononcés contre la guerre : l' ITALIE, la ROUMANIE, la BULGARIE.
Les ressortissants de l’Empire russe sont nombreux, qu’ils soient bolchévik (Lénine), indépendant (Trotsky), menchevik internationaliste (Martov), polonais, lituanien, membre du Bund (parti socialiste des travailleurs juifs) ou même socialiste révolutionnaire. Le député internationaliste du SPD allemand KARL KIEBKNECHT, mobilisé ,envoya un message qui fut unanimement ovationné.


DES FEMMES CONTRE 
Parmi les participants , deux femmes dont le nom mérite d'être cité, étant donné leur lien avec la Belgique ( l'une a été étudiante  à l'Université Nouvelle (dissidence de l'ULB), l'autre a séjourné à Liège pour étudier le français)

HENRIETTE ROLAND HOLST
Henriette Roland Holst est fille d' une famille catholique libérale aisée hollandaise. Après 4 ans à
l'internat à Velp, elle apprend le français à LIEGE.
À 27 ans, en 1897, elle devient membre du SDAP, Parti Social-Démocrate des Ouvriers (Pays Bas). Elle milite pendant des soirées pour les ouvriers, elle devient membre du comité et en 1900 est déléguée au congrès de la IIème Internationale.
Poètesse, ses oeuvres de cette période sont de caractère socialiste et elle produit des textes sur les grèves de 1903 et la condition ouvrière. Elle traduit l'Internationale en Néerlandais.
Marxiste révolutionnaire, elle participe à la création du groupe « De Tribune » (tribuniste), quitte en 1911 le SDAP, mais elle attend quelques années avant de devenir membre du SDP (Parti Social-Democrate), précurseur du C PN (Parti Communiste des Pays§ Bas)
Elle participe à plusieurs congrès de l’Internationale socialiste, où elle fait partie de l’aile gauche, et rencontre des théoriciens du socialisme révolutionnaire, tels que ROSA LUXEMBOURG, KARL LIEBKNECHT, CLARA ZETKIN ou TROTSKI. Elle écrit des textes socialistes :  « la grande grève des cheminots, le syndicat et le SDAP » etc
En 1914, elle s’oppose à la guerre, avec d’autres marxistes hollandais comme HERMAN GORTER et ANTON PANNEKOEK. Après la conférence de ZIMMERWALD, elle prend en mains et finance l'édition du périodique internationaliste des « zimmerwaldiens » de gauche, en langue allemande, DER VORBOTE ( Le précurseur), qui parait deux fois en 1916. Lénine y écrit dans le 1er numéro.

En novembre 1918, on la trouve en tête de la manifestation révolutionnaire de « la semaine rouge » à Amsterdam , qui marchait vers la caserne Orange Nassau pour exiger la libération d'un camarade membre d'un comité de soldats .Plusieurs milliers de manifestants étaient dans la rue, avec 400 marins et soldats. La troupe tira ; 4 manifestants tombèrent, 18 furent blessés ( épisode peu connu chez nous , pourtant pays voisin).A noter que TROELSTRA , leader du parti socialiste officiel avait appelé dans des meetings et à la tribune du Parlement à la prise du pouvoir par le prolétariat !!!
En 1921, elle se rendit clandestinement en RUSSIE SOVIETIQUE pour assister au 3ème congrès de l'INTERNATIONALE. Elle rencontra Maxime GORKI, et aussi LENINE. Elle participa alors activement à la récolte de vivres pour le peuple russe, en butte à l'intervention étrangère et à la guerre civile
Elle quitta le parti communiste en 1927, et devint « anarcho - communiste religieuse ».
Henriette Roland Holst van der  Schalk
Ce qui ne l'empêcha pas de participer à des revues de la résistance sous l'occupation nazie, au soutien aux juifs persécutés, et à écrire des poèmes de résistance . En 1947 , à 74 ans ,elle participera à l'action contre l'intervention armée en INDONESIE ( colonie hollandaise, ne l'oublions pas), soutenant les jeunes soldats qui refusaient de partir.
Henriette Roland Holst a été pendant des décennies la poétesse la plus populaire des Pays Bas ; Elle avait un large public, d'ouvriers , de professeurs, de jeunes en révolte, mais aussi de bonnes ménagères. Bien que socialiste révolutionnaire, elle fut aussi l'auteur préféré de la reine WILHELMINA....
.

ANGELICA BALABANOVA
Autre participante à ZIMMERWALD, ANGELICA BALABANOVA née à KIEV en UKRAINE, en 1878 dans une famille juive ; Elle découvrit les idées révolutionnaires à l'Université de Bruxelles, à l'UNIVERSITE NOUVELLE , dont elle fut proclamée à l'unanimité lauréate en philosophie et lettres. Elle rencontra à BRUXELLES des syndicalistes et des radicaux qui la convertirent aux idées socialistes
Elle poursuit ses études à ROME et s'inscrit au parti socialiste italien en 1904.
Peu après, elle s'installe en SUISSE pour organiser à SAINT GALL les milliers d'ouvrières italiennes des filatures qui y travaillent dans des conditions misérables.
 Elue à la direction du PSI en 1912 et co- directrice de l'AVANTI avec MUSSOLINI, elle propose son exclusion du journal et du parti quand le futur DUCE se prononce pour l'intervention de l' ITALIE dans la guerre.
Elle participa aussi à cette époque à l'organisation de conférences internationales de femmes socialistes, avec  Clara Zetkin
Elle joua un rôle prépondérant dans l'organisation du mouvement de ZIMMERWALD, dont elle fut la secrétaire.En 1917, elle rejoint les bolchéviks et devient ensuite secrétaire de l'Internationale Communiste, en 1919.
Par la suite , elle rompit avec les bolcheviks , rentra en ITALIE, rejoignit la social démocratie,de PIETRO NENNI et,dirigea depuis PARIS l'AVANTI clandestin sous la dictature fasciste.
Elle se rangea après la 2ème guerre mondiale dans la fraction atlantiste et le plus à droite de la social démocratie italienne.


LE GRAND DEBAT: PACIFISTES - REVOLUTIONNAIRES

La conférence de ZIMMERWALD ne fut pas un diner de gala : un intense affrontement d'orientations politiques, entre la gauche menée par LENINE , minoritaire , et les «  centristes » (*) sociaux démocrates avec le Suisse GRIMM , le député allemand LEDEBOUR » mais aussi les socialistes italiens .
*centristes par rapport au mouvement socialiste dans son ensemble; la droite de l' INTERNATIONALE,  VANDERVELDE, SCHEIDEMANN, GUESDE, s'était alignée sur les buts de guerre de leur gouvernement,
La gauche , menée par les bolchéviks et LENINE, a une ligne basée sur la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile et en révolution socialiste ( « notre ennemi principal est dans notre propre pays »). Ils sont pour une rupture radicale et définitive avec le patriotisme chauvin des sociaux démocrates à la VANDERVELDE ou SCHEIDEMANN et veulent créer une nouvelle Internationale révolutionnaire ( la IIIème Internationale)
Ils veulent propager la mobilisation révolutionnaire de classe ,contre leur propre bourgeoisie, fut ce à travers la défaite des armées de leur propre pays

Comme l'enseignaient et l'expérience de la COMMUNE DE PARIS enfantée par la défaite de la France bourgeoise de NAPOLEON III face aux Prussiens en 1870, et de la première révolution russe de 1905, dans le contexte de la défaite de la marine tsariste dans la guerre russo – japonaise. Ils soutiennent les manifestations de fraternisation au front
Les « centristes » s'opposent à le guerre impérialiste mais veulent avant tout la paix immédiate, une paix négociée entre les belligérants , une paix sans annexions, ni indemnités., mais aussi une paix sans révolution.
Ils se prononcent pour la reconstitution de la IIième Internationale. Ils s'opposent au mot d'ordre révolutionnaire. En quelque sorte, ils veulent revenir comme avant la déflagration.
La ligne du Parti Socialiste Italien symbolise ce courant : «  Ni soutenir la guerre, ni la saboter ». Cette position purement passive condamnait à l'immobilisme. Cela n'enlève rien au mérite des socialistes italiens d'avoir résisté au chauvinisme qui a gangrené tant de partis européens.
Cela sera aussi la ligne, deux ans plus tard de CAMILLE HUYSMANS , qui tentera de réunir tous les socialistes en 1917 à STOCKHOLM dans une conférence pour la paix.
LEDEBOUR attaquera violemment LENINE au cours de la conférence : « Vous qui êtes en SUISSE, il vous est commode , en vérité, de faire appel à la révolution. Je voudrais bien voir comment vous feriez en Russie » (!!!)
ZIMMERWALD: 2015 R.GRIMM remis à l'honneur en SUISSE
Et le social démocrate suisse GRIMM , coorganisateur de la conférence : « Ah , je vous envie de vivre dans les montagnes et de pouvoir lire, étudier,et travailler à l'aise et dans le calme. Vous avez à faire à des livres, moi , j'ai à faire avec les ouvriers »
Lénine se défendit avec beaucoup de vigueur. Il protesta d’abord énergiquement contre les allusions blessantes de LEDEBOUR : « Il s’est écoulé vingt-neuf ans, lui dit-il, depuis le temps où je fus arrêté pour la première fois en Russie. Durant ces vingt-neuf ans je n’ai cessé de jeter dans les masses des appels révolutionnaires. Je l’ai fait de ma prison, de Sibérie, ensuite de l’étranger. Et souvent il m’est arrivé de rencontrer dans la presse révolutionnaire des « allusions » analogues, de même que chez les représentants de la justice tsariste, qui m’accusaient de manquer à l’honnêteté en adressant, de l’étranger, des appels révolutionnaires au peuple russe. [...]
Mais j’avoue que chez Ledebour je m’attendais à trouver d’autres arguments. Il a oublié probablement que Marx et Engels, quand ils écrivaient en 1847 leur célèbre Manifeste communiste, jetaient aussi, de l’étranger, des appels révolutionnaires au prolétariat allemand. »

L' APPEL DE ZIMMERWALD

Le journal suisse ( en allemand) publie le manifeste

Malgré ces divergences de principe, la conférence se mit d'accord sur une résolution commune, rédigée par TROTSKI , qui , lui, se positionnait  entre les centristes et la gauche.
(...)
Ouvriers !
Vous, hier, exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s'est agi de vous envoyer au massacre et à la mort. Et aujourd'hui que le militarisme vous a mutilés, déchirés, humiliés, écrasés, les classes dominantes réclament de vous l'abdication de vos intérêts, de votre idéal, en un mot une soumission d'esclaves à la paix sociale.
 On vous enlève la possibilité d'exprimer vos opinions, vos sentiments, vos souffrances.
 On vous interdit de formuler vos revendications et de les défendre. 
La presse jugulée, les libertés et les droits politiques foulés aux pieds : c'est le règne de la dictature militariste au poing de fer.
Nous ne pouvons plus ni ne devons rester inactifs devant cette situation qui menace l'avenir de l'Europe et de l'humanité.
Pendant de longues années, le prolétariat socialiste a mené la lutte contre le militarisme; avec une appréhension croissante, ses représentants se préoccupaient dans leurs congrès nationaux et internationaux des dangers de guerre que l'impérialisme faisait surgir, de plus en plus menaçants.
 A Stuttgart, à Copenhague, à Bâle, les congrès socialistes internationaux ont tracé la voie que doit
suivre le prolétariat.
Mais, partis socialistes et organisations ouvrières de certains pays, tout en ayant contribué à l'élaboration de ces décisions, ont méconnu, dès le commencement de la guerre, les obligations qu'elles leur imposaient.
 Leurs représentants ont entraîné les travailleurs à abandonner la lutte de classe, seul moyen efficace de l'émancipation prolétarienne. 
Ils ont accordé aux classes dirigeantes les crédits de guerre; ils se sont mis au service des gouvernements pour des besognes diverses; ils ont essayé, par leur presse et par des émissaires, de gagner les neutres à la politique gouvernementale de leurs pays respectifs; ils ont fourni aux gouvernements des ministres socialistes comme otages de l'« Union sacrée ».
 Par cela même ils ont accepté, devant la classe ouvrière, de partager avec les classes dirigeantes les responsabilités actuelles et futures de cette guerre, de ses buts et de ses méthodes. 
Et de même que chaque parti, séparément, manquait à sa tâche, le représentant le plus haut des organisations socialistes de tous les pays, le Bureau socialiste international manquait à la sienne.
(...)
Prolétaires !
Depuis que la guerre est déchaînée, vous avez mis toutes vos forces, tout votre courage, toute votre endurance au service des classes possédantes, pour vous entretuer les uns les autres. 
Aujourd'hui, il faut, restant sur le terrain de la lutte de classe irréductible, agir pour votre propre cause, pour le but sacré du socialisme, pour l'émancipation des peuples opprimés et des classes asservies.
C'est le devoir et la tâche des socialistes des pays belligérants d'entreprendre cette lutte avec toute leur énergie.
 C'est le devoir et la tâche des socialistes des pays neutres d'aider leurs frères, par tous les moyens, dans cette lutte contre la barbarie sanguinaire.
Jamais, dans l'histoire du monde, il n'y eut tâche plus urgente, plus élevée, plus noble; son accomplissement doit être notre œuvre commune.
 Aucun sacrifice n'est trop grand, aucun fardeau trop lourd pour atteindre ce but : le rétablissement de la paix entre les peuples.
Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous vous crions :
 Par dessus les frontières par dessus les champs de bataille, par dessus les campagnes et les villes dévastées :
Prolétaires de tous les pays, unissez vous !
Zimmerwald (Suisse), septembre 1915

Cette résolution n'avait pas l'accord de la gauche léniniste, (qui se structura et diffusa son propre point de vue) mais fut quand même appuyée par elle, malgré les insuffisances : il n' y avait pas d'appel clair à voter contre les crédits de guerre, il n'y avait pas d'appel à la guerre civile révolutionnaire, il n'y avait pas d 'appel à une nouvelle Internationale.
C'était une résolution pacifiste  mais aussi  anti impérialiste: " Il faut entreprendre cette lutte pour la paix, pour la paix sans annexions ni indemnités de guerre."

Mais dans les circonstances de 1915, un an à peine après le début de la guerre, les dénonciations de son caractère impérialiste, de l'alignement des chefs socialistes sur le chauvinisme national, l'appel à l'unité des travailleurs des pays belligérants et des pays neutres était un grand pas en avant .
LENINE dira: "  « Que ce manifeste marque un pas en avant dans la voie de la lutte contre l’opportunisme, de la rupture effective avec lui, c’est un fait ...
 C’ aurait été une mauvaise tactique de guerre de refuser de marcher ensemble avec le mouvement de protestation international, toujours croissant, contre le chauvinisme, pour la raison qu’il se développe lentement. »
cité dans "LENINE" de GERARD WALTER  - Julliard 1950 (pages 220 à 241).
La proclamation eut un grand écho.
Par exemple, en ITALIE, l' AVANTI publia le manifeste intégralement.
GERMANETTO responsable du parti socialiste à CUNEO (PIEMONT)  raconte : « Un matin, un cheminot vint dans ma boutique et me tendit un paquet, qui contenait des proclamations composées à la conférence de ZIMMERWALD.
Comme je fus heureux!Ainsi , le travail continuait ; ainsi malgré la trahison des socialistes, la solidarité subsistait ; le contact était rétabli.
Il fallait distribuer les proclamations aux sections, les expédier sur le front (....)
En quelques jours, mes camarades et moi nous parvînmes à écouler non seulement toutes les proclamations qui m'avaient été remises, mais encore celles qui avaient été dactylographiées par nous en grande quantité.
(...) elles firent forte impression. Ouvriers et soldats les lisaient et les relisaient avec avidité, se les passaient les uns aux autres. Beaucoup d'entre eux, pris sur le fait subirent des peines d'emprisonnement ? »
GERMANETTO - Souvenirs d'un perruquier – Bureau d' Editions 1931




La conférence de ZIMMERWALD de septembre 1915 fut suivie par ZIMMERWALD II , qui se tiendra à KIENTHAL, en SUISSE , en avril 1916, et par ZIMMERWALD III à STOCKHOLM en septembre 1917, (après l'échec de la tentative des centristes - et en tête CAMILLE HUYSMANS - au sein des partis socialistes officiels de réunir une grande conférence pour la paix à STOCKHOLM aussi.)




ET EN BELGIQUE ?    DE ZIMMERWALD A GAND

Aucun socialiste belge n'était présent à la conférence, aucun courant socialiste internationaliste ne s'étant organisé dans notre pays .
La direction du POB, par contre, a depuis le 4 aôut 1914 jusque bien longtemps après le 11 novembre 1918 ( premiers contacts en 1921?) refusa tout contact avec tout socialiste «  ennemi » , fut il comme LIEBKNECHT ou comme les centristes LEDEBOUR et HAASE opposés à la guerre.



En 1917, le POB refusa même de participer à toute conférence de la paix à STOCKHOLM, pourtant initiée par un de ses plus éminents dirigeants CAMILLE HUYSMANS.

 
« Le POB se refuse à collaborer à une action en faveur d'une paix immédiate ... Le POB considère comme dangereuse toute agitation en faveur d'une paix prématurée » ... la minorité socialiste allemande ( LIEBKNECHT, HAASE etc..) .... exige des négociations de paix immédiates. Le POB se refuse catégoriquement à entrer actuellement dans cette voie illusoire et dangereuse.
... C'est par la continuation de la guerre que – du dehors ou du dedans- seront brisées les dernières résistances au triomphe de la démocratie et du droit.
Le POB refuse donc comme tout à fait inutile et impossible toute rencontre avec les groupes se réclamant de ZIMMERWALD,(...) de même qu'il se refuse à discuter avec les maximalistes de RUSSIE ( les bolcheviks) »
MEMOIRE DU PARTI OUVRIER BELGE –JUILLET 1917


Et voilà , en 1914-1918, le POB en s'identifiant aux buts de guerre de l' ENTENTE (ANGLETERRE, FRANCE, RUSSIE, plus ITALIE), présentés comme le combat pour le droit et la démocratie, parti jusqu'au boutiste, cad qu'il voulait le guerre jusqu à la déroute totale de l'ALLEMAGNE a écrit une des pages les plus noires de son histoire.

En Belgique, de ce qu'on sait, ce sont les JGS de GAND qui, les premiers ont capté et retransmis l'appel de ZIMMERWALD.
Les JGS de GAND s'étaient reconstitués en janvier 1916 , et avaient été informés du mouvement ZIMMERWALD par un camarade hollandais, qui assurait la rubrique  « UIT HOLLAND » dans le journal JGS, et aussi par un militaire allemand.
Dés mai 1916, ils émettent une critique sur la position de ANSEELE, dirigeant gantois du POB concernant la participation du Parti au gouvernement du HAVRE  (EMILE VANDERVELDE, ministre d'Etat depuis août 1914, est officiellement ministre du gouvernement en janvier 1916)
Cette critique, VOORUIT, le journal du POB, paraissant à GAND sous la censure allemande et sous la direction d' EDWARD ANSEELE, ne la publie pas.
Mais en septembre 1916, ce sont leurs conférences marxistes à la BRUGSEPOORT qui sont remises en causes , à la fois par l'occupant allemand et par la hiérarchie du parti.
Ils y présenteraient des auteurs marxistes allemands, et la censure allemande leur impose son autorisation préalable.
De son côté, le MIDDENCOMITEIT du POB regroupant des représentants des organisations et associations affiliées au parti , dont les JGS, fait part du refus de ANSEELE du  contenu de ces causeries qui favoriseraient des minoritaires hollandais anti parti... et nous retrouvons là HENRIETTE ROLAND HOLST ,  «YET la rouge» :
“C'est vrai que l'attitude de certains jeunes provoque la méfiance d'anciens camarades.
Parmi les auteurs qu'ils indiquent et dont ils s'inspirent pour leurs conférences, il y en a deux qui sont directement contre le Parti. Il y a quand même d'autres écrivains , comme Troelstra ( le dirigeant du parti officiel hollandais), dont les oeuvres sont meilleures et plus belles pour les jeunes que celles de GORTER et ROLAND HOLST.  Pourquoi ne pas les utiliser » ?
C'est donc bien le message de ZIMMERWALD que ANSEELE veut censurer  dans son bastion gantois.

Le 14 janvier 1917, est publiée la motion sur LA PAIX ( VREDESMOTIE)
Le capitalisme est désigné comme cause de la guerre. Les travailleurs portent les plus lourds sacrifices humains. Il faut au plus vite baisser les armes. :

« LES JEUNES GARDES SOCIALISTES DE GAND, en assemblée générale ce 14 janvier 1917, sous la présidence de JOZEF CANTRE, vote dans l'unité la motion suivante et exprime le souhait qu'elle soit rendue publique au plus vite :
A ses différents congrès, l' INTERNATIONALE SOCIALISTE s'est déclarée de manière répétée contre la guerre ; toutes les guerres ayant seulement comme inévitable conséquence, le développement de la production capitaliste.
La classe ouvrière doit non seulement endurer les sacrifices humains les plus lourds sur les champs de bataille ; mais aussi dans les pays neutres, elle subit le plus dur, de par la crise économique, qui l 'accable aussi bien physiquement que moralement.
C'est pourquoi, l' INTERNATIONALE avait décidé,  si une guerre se déclenchait malgré l'opposition du prolétariat, de renouer les liens internationaux et faire tout ce qui est possible pour au plus vite mettre fin à la guerre.
Dans tous les pays ravagés, grandit, jour après jour, nombre de voix socialistes, qui appellent les gouvernements à conclure la paix et d'arrêter au plus vite la massacre.
L' organisation des jeunes de l' INTERNATIONALE , ayant approuvé sans réserve les décisions de l'INTERNATIONALE, c'est pourquoi, en ce qui les concerne, la JEUNE GARDE SOCIALISTE de GAND , réunie en assemblée générale de ce 14 janvier 1917, ensemble avec le mouvement pour la paix dans tous les pays, exprime sa volonté que les armes se taisent au plus vite. »

Cette AG des JGS s'est tenue à « ONS HUIS » la Maison du Peuple de GAND et a été annoncée par VOORUIT le journal du POB paraissant légalement sous l'occupation allemande.
Mais si la réunion en tant que telle ne dérangeait pas ANSEELE , seul maître après Dieu de la fédération de GAND, c'est le contenu , qu'il ne pouvait apprécier.
Le 21 janvier , VOORUIT publie un avis de la Direction du Parti : « un journal [De NIEUWE GAZET van GENT] parait avec une motion en faveur de la paix, votée dans une assemblée générale (...) à « ONS HUIS » (...) par des JEUNES GARDES, affiliées au parti .
Nous devons déclarer n'avoir rien su de cette assemblée, et encore moins être au courant de l'ordre du jour soumis à la discussion de cette soi-disant assemblée générale des JGS. »
On le voit , pour ANSEELE, les JGS devaient être remis à leur place.
Pourtant , leur manifeste n'appelait pas à la transformation de la guerre en révolution prolétarienne. : ils suivaient plutôt la ligne centriste de la majorité de ZIMMERWALD.
Mais, le 24 janvier 1917, l'accès aux locaux socialistes leur fut irrévocablement interdit.
ANSEELE déclara les JGS dissous et donna mission de créer un nouveau groupe « loyal ».
Je me permets d'insister sur les dates : le noyau internationaliste , « zimmerwaldien », de GAND s'est développé dans la foulée des conférences de ZIMMERWALD et KIENTHAL ; son acte de rupture politique – la motion sur la paix – est posé avant  que n'éclate la révolution russe (mars 1917) et avant le projet de conférence de STOCKHOLM , initié par KAMIEL HUYSMANS.

1918 DE VREDESGROEP : PAIX IMMEDIATE, SOUTIEN A LA REVOLUTION D' OCTOBRE .
En janvier 1918 deux ans déjà après la reconstitution de la section gantoise des JGS, se crée le VREDESGROEP DER SOCIALISTISHE PARTIJ, qui élargit le mouvement aux camarades socialistes plus anciens qui s'étaient joints aux jeunes.
Ecrit par K. HUTSE, R. MINNE et M . MACHTELYNK, ils publient un manifeste « ONS STANDPUNT »
Le groupe s'affirme radicalement en rupture avec la direction du parti ,  « devenue sourde, muette et aveugle» et qui « porte la responsabilité d' avoir abandonné le prolétariat en ces heures d'extrême besoin, ,où il s'agissait de transformer ses paroles en actes, où il s'agissait de la vie de dizaines de milliers de travailleurs. »
Le groupe se prononce pour une paix immédiate, :
....« ce que nous défendons, c'est la ligne socialiste de la paix. Non pas AVEC, mais CONTRE le gouvernement belge(...)
A nos côtés nous avons les partis minoritaires dans tous les pays. » 

Et, fait important, il proclame , sans réserves, « son soutien vigoureux aux courageux camarades bolcheviques, à leur niveau avancé dans le socialisme. A travers des difficultés jamais rencontrées, abandonnés et mêmes vilipendés par presque toute l'Internationale ouvrière, harcelés et pris à la gorge par tout le capitalisme international , ils ont transformé le régime sanguinaire de l'autocratie tsariste en une vraie république socialiste, communiste des travailleurs, avec l'égalité des hommes et des femmes, la liberté d'association, la journée des 8 heures, et la propriété collective des moyens de production, qui est le but final de notre combat socialiste. »
Paix et soutien à la révolution d'octobre, le message initial de ZIMMERWALD se retrouve dans le manifeste du VREDESGROEP, qui sera chassé du POB en 1919.
Entretemps EDUARD ANSEELE était devenu ministre dans le gouvernement d'UNION NATIONALE.



sur ZIMMERWALD :https://www.marxists.org/francais/inter_com/1915/zimmerwald.htm
KIENTHAL:https://archive.org/stream/SecondeConfrenceSocialisteInternationaleDeZimmerwaldTenueKienthal/Kienthal#page/n9/mode/2up

voir aussi  :War on war .Lenin, the Zimmerwald Left, and the Origins of Communist Internationalism de  R. Craig Nation











sur HENRIETTE ROLAND HOLST: lire http://bwsa.socialhistory.org/biografie/schalk
sur les JGS de GAND:  http://rouges-flammes.blogspot.be/2014/12/1914-1918-uomini-contro-les-jgs-sjw-de.html
sur le mvt socialiste et la guerre, voirhttp://www.marx.be/fr/content/le-mouvement-socialiste-et-la-premi%C3%A8re-guerre-mondiale

sur LIEBKNECHT, voir  http://rouges-flammes.blogspot.be/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

sur les socialistes italiens, voir http://rouges-flammes.blogspot.be/2014_07_01_archive.html
                                                  http://rouges-flammes.blogspot.be/2015_05_01_archive.html




mercredi 5 août 2015

1914 - 1918 : "LES ENNEMIS DE NAGUERE DEVIENNENT NOS AMIS " LIEGE 4 AOUT 2014 (IL Y A UN AN)

4 août 2014 : j'avais écrit ce billet d'humeur, il y a un an, après les cérémonies de commémoration du début de "la grande guerre"puis l'avais oublié.. Occasion en ce 4 août 2015 de le poster sur mon blog. Il est toujours d'actualité-  je pense.




A COINTE ( LIEGE), au mémorial (1), grande commémoration du centenaire de "la grande guerre".
83 pays ont été invités, mais les  délégations  officielles , mises en avant , aperçues sur l'écran, représentent essentiellement des pays membres (ou candidats) de l'UE et de l'OTAN.
De toute façon, cette commémoration était interdite au public (!) ,    lutte contre le «  terrorisme" oblige ; on ne verra  donc que ce que les caméras officielles auront choisi de nous montrer.



 Invités de prestige :

* WILLIAM and KATE , pour assurer le côté "glamour" de la cérémonie (oui, oui, ils savaient déjà qu'ils allaient avoir un 2ème bébé)


* FRANCOIS  HOLLANDE dans le rôle du  "va t'en guerre 2014" (après les gueules cassées, voici     les dents cassées...)
Leitmotiv: on ne peut plus aujourd'hui être  neutre face à la situation en SYRIE et en UKRAINE - sous entendu: nous sommes en guerre.



A droite, le président  allemand GAUCK
* le président de la BUNDESREPUBLIK  GAUCK dans le rôle du "repenti" ("on a été très très  méchant, mais on ne le fera plus, c'est promis; on est votre copain pour toujours ".... mais en fait "nous, aujourd'hui, on préfére la guerre économique..." (comme en  GRECE )

Euh... à propos, je n'ai pas vu qui représentait le gouvernement de droite grec de SAMARAS ???? L'ALBANIE, la MACEDOINE , le MONTENEGRO, la SERBIE, la ROUMANIE,et la BULGARIE - tous les pays des BALKANS rebalkanisés, étaient pourtant bien là au niveau présidentiel  ?!
Quand on pense que la Grèce est le seul pays à avoir  2 monuments dans le mémorial interallié!!


Oui, il y a un an , DI RUPO était encore premier ministre.

* FELIPE ,roi d'Espagne,  pour "représenter" les neutres de l'époque et surtout pour affirmer sur la scène internationale, la légitimité de la monarchie, contestée en ESPAGNE,  pour accentuer sans doute aussi  le caractère monarchique du rassemblement : Philippe ne pouvait quand même pas être le seul roi présent au milieu de tous ces présidents roturiers .




* L'inévitable et omniprésent vieux loup BARROSO résume à lui seul ce qui réunit  ce rassemblement de belles personnes: l'euro-atlantisme .

A la liste publiée en tête d'article, il faut ajouter les  hauts représentants  des Pays-Bas, de Lettonie, de Nouvelle-Zélande,d' Estonie, et d' Ukraine.

Mais tiens
Avez vous vu POUTINE ? A t- on parlé d'une délégation russe  de haut niveau ?
Monument érigé à MOSCOU à la demande de  POUTINE à l'armée du tsar de 1914-1918
Pourtant la RUSSIE était le principal allié de la TRIPLE  ENTENTE et des millions de soldats russes sont tombés au front.
Et en plus POUTINE, rompant avec le point de vue soviétique, ( c'était une guerre impérialiste pour le partage du monde) célèbre  lui aussi le centenaire et glorifie cette «  guerre pour la patrie ».(2)

A moins que ce ne soit l' UKRAINE, à l'époque partie de l'Empire tsariste  et  présente  à LIEGE, comme par hasard,  à un haut niveau  (le ministre de la Défense, Valeri Heleteï qui avait d'abord promis en juillet 2014 de reconquérir la CRIMEE, puis qui fut limogé en octobre 2014, parce que trop "anti russe" ),  qui  soit sensée  représenter les successeurs du tsar NICOLAS II et de KERENSKI ?



Avez vous vu des officiels venant d'Afrique , les présidents de la RDC, du TANZANIE, du
SENEGAL, de l' ALGERIE ? Pourtant les soldats de ces pays, à l'époque colonisés se sont battus vaillamment et sont tombés, par milliers,  soit en Afrique, soit en Europe ? Il y a eu plus de soldats se battant pour la BELGIQUE  tombés contre l' ALLEMAGNE en AFRIQUE que sur le front  belge!(3)
Avez vous vu de "hauts représentants" des pays arabes, alors que les soldats  du prince Faycal, alliés aux Anglais de LAWRENCE d'ARABIE contre  la promesse d'une nation arabe indépendante, sont morts pour chasser les OTTOMANS de AKABA, JERUSALEM et DAMAS ?( 4)

Avez vous vu Mr ERDOGAN , ou le président turc? Pourtant l'Empire ottoman a été un des principaux protagonistes de la TRIPLE ALLIANCE , et la guerre a fait rage contre les ALLIES dans les DARDANELLES en 1915. ( A noter que c'est toujours aujourd'hui célébré en TURQUIE comme un acte de gloire, notamment pour le rôle de MUSTAFA KEMAL – La bataille de GALLIPOLI au printemps 1915 a été célébrée  avec faste cette année , en présence du prince CHARLES)
Il est vrai que ERDOGAN ne se met pas dans le rôle d'un repenti, mais plutôt dans celui d'un "reconquistador", fauteur de guerre.


Plus bizarre encore, avez vous vu à LIEGE ( où vivent tant d'italiens et de belgo - italiens) la nouvelle coqueluche de l'Union Européenne, le Premier Ministre RENZI ou le président NAPOLITANO  ?
Bien sûr ils ont délégué le Président du Sénat italien.
Peut être préféraient ils quant à eux  rester discrets sur  août 1914, quand l' ITALIE , entre 2 chaises, était encore plutôt alliée à l' ALLEMAGNE et l' AUTRICHE.(5)


COMMEMORATION EURO - ATLANTISTE

LIEGE  2014 était bien en fait un rassemblement partisan et unilatéral, euro atlantiste, écho de la propagande unilatérale qui nous inonde tous les jours.

General Philp BREEDLOVE
On y parla beaucoup de paix , mais pour représenter les guerres du XXIème siècle (depuis 1990) (IRAK 1, 2 et 3, YOUGOSLAVIE, AFGHANISTAN, LYBIE, SYRIE, UKRAINE), pour assurer le caractère militaire "2014" , étaient là  aussi,  pour  l'OTAN le commandant en chef des forces alliées en Europe (SACEUR), le général américain PHILIPP BREEDLOVE (6) et pour les USA,  le secrétaire à l'armée (de Terre, US Army) des ETATS UNIS.
Peu d' images et de photos à vrai dire de ces 2 compères : la princesse KATE, la reine MATHILDE et le baise main de LEURS ALTESSES  sont tellement plus photogéniques, ça se vend mieux, n'est il pas ?

Pour les ETATS UNIS, par contre, pas de doutes:  loin des grandes paroles sur la paix en EUROPE, et du bling bling des
commémorations, il faut assurer la continuité militaire. Les ALLIANCES et les ENTENTES ont changé de visage.
La préparation à la guerre est plus que jamais d'actualité , et l'OTAN se veut manifestement la Grande Alliance des guerres du XXIème siècle.
Il suffit de voir comment à l'unanimité, elle vient d'applaudir ( juillet 2015)- y compris le représentant de la BELGIQUE-  à la guerre de la TURQUIE d' ERDOGAN contre le peuple kurde en SYRIE, IRAK et en TURQUIE elle même)

"Les ennemis de naguère deviennent nos amis" chantait BOB DYLAN. Et nos alliés de naguère deviennent nos ennemis...
Comme quoi, les commémorations des guerres passées n'ont que peu à voir  avec la mémoire   des soldats tombés au champ d'honneur et des peuples  massacrés; mais elles dessinent les contours des nouvelles alliances et annoncent surtout les guerres futures....si nous les laissons faire .


(1) sur le monument inter allié, voir http://hachhachhh.blogspot.be/2015_04_01_archive.html
et ANGELE KROONEN: conférence "Le Mémorial Interallié de COINTE " 20/05/2015 (notes)
(2)voir http://fr.sputniknews.com/societe/20140801/202005452.html
(3) sur  la guerre en Afrique: voir le livre de catherine lucas : des tranchées en Afrique  http://www.ptbshop.be/des-tranchees-en-afrique-lucas-catherine.html
et http://hachhachhh.blogspot.be/2014/08/des-tranchees-en-afrique-comment-les.html
(4) sur la guerre 1914-1918 au Moyen Orient, voir   http://rouges-flammes.blogspot.be/2015/01/je-suis-lawrence-1914-1918-grande.html
(5) sur  l' entrée en guerre de l'Italie voirhttp://rouges-flammes.blogspot.be/2014/07/1914-1918-uomini-contro-et-un-homme.html
et http://rouges-flammes.blogspot.be/search?updated-min=2015-01-01T00:00:00%2B01:00&updated-max=2016-01-01T00:00:00%2B01:00&max-results=5
(6) J'ai peine à le croire, mais selon certains dictionnaires, breed love = "amour de la race"