jeudi 9 octobre 2014

1914 -1918 UOMINI CONTRO : GEORGES EEKHOUD CLOUE AU PILORI



En général ,  il est admis dans les analyses  sur la GRANDE GUERRE que, en BELGIQUE, le courant de refus de la guerre, pacifiste et (ou) internationaliste était  faible.

Alors que , dans le mouvement socialiste, majoritaires et minoritaires , s'affrontaient , en RUSSIE, bien sûr, en ITALIE, en ALLEMAGNE, en GRANDE BRETAGNE, en SERBIE et BULGARIE ;

alors que de grandes voix intellectuelles se faisaient entendre pour LA PAIX, comme celle de ROMAIN ROLLAND en FRANCE ,

la BELGIQUE semble avoir connu le règne  de la « défense de la Patrie », du rassemblement autour de la monarchie , de l' UNION SACREE.
Cela peut  s'expliquer par la violence de l'attaque allemande, la violation de la neutralité, la cruauté des troupes du KAYSER, les massacres, et surtout aussi par le statut de pays occupé.

Tout acte d'internationalisme, de pacifisme , de refus de la guerre pouvait être - ET A ETE – interprété comme « acte de trahison de la patrie », ou pouvait être manipulé par la puissance occupante comme acte d'allégeance.
Et l'opposition à la guerre est communément assimilée à l' "activisme"  ( mouvement flamand pour l'autonomie de la Flandre par la collaboration avec l'occupant allemand et sa  "Flamenpolitik"  )
C'est à dire que si on ne partageait pas les buts de guerre de l'ENTENTE, on partageait forcément ceux de l'ALLEMAGNE et ses alliés.
"Toutes les pensées généreuses et toutes les initiatives nouvelles sont condamnées au silence, à la clandestinité ou à la collaboration."



Mais quelques « HOMMES CONTRE » se sont quand même levés .

Ils ont écrit, parlé , crié ou murmuré , combattu .

On les a souvent puni pour essayer de les faire taire .

Et leur histoire a été - et est toujours - occultée .




Le 21 février 1920 , la revue progressiste française « CLARTE », créée autour d 'HENRI
BARBUSSE, publie une nouvelle du grand écrivain belge (flamand d'expression française) GEORGES EEKHOUD, « DES HOMMES »  : ce texte rend hommage à six soldats allemands , fusillés à BRUXELLES pour avoir eux-mêmes refusé de fusiller des otages belges.
Cette publication est accompagnée d'un hommage à EEKHOUD présenté dans la série « Les grandes figures de l'Internationale », que la revue consacre à des personnalités comme GORKI, LIEBKNECHT , ROMAIN ROLLAND, JOHN REED, BERTRAND RUSSEL,  LENINE  etc.
(sur CLARTE voir: 
Clarté 1919-1924 (Tome I), Du pacifisme à l'internationalisme prolétarien - Itinéraire politique et culturelALAIN CUENOT)



DES HOMMES !

A Léon Bazalgette.
C'EST au Tir National de Bruxelles que les Allemands
fusillèrent nombre de Belges convaincus d'avoir entretenu
des intelligences avec les Alliés. Et la liste de ces victimes
est longue. On les a exhumées pieusement pour leur faire
d'imposantes funérailles nationales. Journaux et orateurs ont
exalté leur courage, leur patriotisme, leur talent, leur adresse et
leur ingéniosité d'informateurs. Rien de mieux; rien de plus
juste. Je m'associai de grand coeur à ces témoignages d'admiration.
Mais en lisant les articles dévolus à ces braves, il m'arriva
de tomber sur un alinéa où l'on faisait entendre, sommairement
et presque négligemment, qu'à côté de ces patriotes dont le
journal ne se lassait de publier les noms et de ressasser les états
de service et les titres à notre reconnaissance, avaient été enfouis
une demi-douzaine et peut-être plus, de soldats allemands —
oui, des Allemands que leurs propres compatriotes avaient
passé par les armes parce qu'ils refusèrent de faire l'office de
bourreaux !
L,e journal n'en disait pas davantage sur le sort de ces fusillés
allemands. C'est à peine s'il les félicitait. Il ne citait pas leurs
noms, à ceux-là. Mettons qu'il les ignorait. Et à supposer qu'il les
 eût connus, sans doute ne les eût-il pas jugés dignes d'être
mentionnés. Il est probable que leurs compatriotes même les
avaient voués comme odieux et méprisables à l'obscurité et à
l'anonymat... On les avait jetés dans une sorte de fosse commune.
Voués pour jamais à l'oubli, au néant...

Pour ma part, j'avouerai que le paragraphe ou ne peut plus
laconique enregistrant cette insubordination de soldats allemands
et le châtiment qu'elle leur avait valu, m'arrêtèrent dans
ma lecture pour me plonger dans des méditations à la fois douloureuses
et consolantes.
...
Ah! quel courage, quelle volonté, quel caractère autrement
résolu, il leur avait fallu à ces héros obscurs pour aller au-devant
du trépas, pour le choisir, le conjurer, le préférer à la vie!
...
Si l'on songe aux atrocités commises par les soudards dans
tant de nos cités et de nos villages, à quelles extrémités cette
écume du militarisme ne se livra-t-elle pas sur des transfuges
chez qui l'uniforme n'avait pas étouffé tout sentiment d'humanité!
Crachats, coups de pied, et le reste... Songez à Aerschot, à Tamines, à Gelrode...
On tenta préalablement de les faire
revenir sur leur incroyable détermination. On feignit d'attribuer
leur rechignement à une pusillanimité passagère, à une réaction
nerveuse, à une crise de sentimentalisme indigne d'un mâle,
d'un dur à cuire. Cette faiblesse ridicule leur passerait. Ils
finiraient par se faire une raison comme les autres et par se
résigner aux inéluctables nécessités de la discipline. Certes, il
répugne à un vrai soldat d'être réduit à devoir descendre froi-
dement des civils, des hommes désarmés, de faibles femmes!
Mais ces civils n'ont-ils pas contribué à compromettre le succès
des armées allemandes?... Puis, pour ces exécutions, le soldat
n'est qu'un instrument de la loi martiale. Il n'encourt aucune
responsabilité.
Menaces, sophismes, tentatives de persuasion ou d'intimidation ;
rien n'eut de prise sur ces âmes droites, butées dans leur foi humanitaire!
Nos réfractaires tinrent bon...
...
Hélas, ils n'auront peut-être même pas connu la sympathie, le
remerciement fraternel, la gratitude de ceux dont se détournaient
leurs fusils!
N'importe. Ils auront éprouvé la suprême volupté des grands
stoïques, des confesseurs sublimes : celle d'avoir tout un monde
contre eux, de se sentir menacés par tout un océan de préjugés
et d'erreurs — mais de se savoir seuls justes, d'être seuls à
Monument A G EEKHOUD  ANVERS
avoir raison contre tout un monde.
...
Qui les guide, qui les inspire? Le seul amour de l'humanité.
Encore une fois, nul plus que moi, n'admire les fusillés belges du Tir National
le Tir National, quelle sinistre ironie dans ce nom! quelle
cible patriotique que ces coeurs et ces poitrines! — Nul ne lira
et relira leurs noms avec plus de piété, nul ne rendra hommage
plus fervent à tant de beaux Belges!
Mais c'est pourtant à vous, soldats de l'ennemi, que je songe
peut-être avec plus de solidarité et de communion encore. Eux,
les nôtres, savaient que les attendaient la gloire, la reconnaissance
de tout un peuple. Désormais l'immortalité serait acquise
au moindre de leurs noms. Tandis qu'à vous les pauvres,
répudiés ou méconnus, ne demeure que l'approbation de votre
conscience !
Des nôtres furent de vrais Belges, vous fûtes, vous, de vrais
Hommes !
Des hommes comme j'en souhaite à l'Humanité future, au
monde nouveau, à un univers de chaleur cordiale et de spirituelle
clarté...
Oui, les Six ou les Sept, — on ignore même jusqu'à leur
nombre, mais ils représentent tout de même un formidable
total — vous fûtes de dignes Allemands de la patrie de Schiller,
de celui qui chanta avec Beethoven, la fraternité des peuples en
son « Ode à la Joie ».
C'est à pleines gerbes que je voudrais répandre des fleurs
sur votre fosse commune et en baisant les lèvres de vos plaies,
j'exalterais un des plus beaux gestes de protestation et d'exécration
que le véritable courage osa dresser contre la Guerre !

GEORGES EEKHOUD 21 janvier 1919.

Cette nouvelle sera ensuite publiée dans le recueil « DERNIERS KERMESSES » - Edition de la SOUPENTE – 1920.
L' ECRIVAIN GEORGES EEKHOUD
« La Grande Guerre sépare les écrivains belges de langue française en deux tendances distinctes. Les uns soutiennent le propos officiel, patriotique et nationaliste, qui veut la défaite  complète de l'Allemagne et exige les réparations dues au vainqueur.
Ecrivains des tranchées ou propagandistes de la cause belge dans les pays neutres, ces auteurs se distinguent nettement de ceux qui vivent l'occupation au quotidien. Ces derniers abandonnent progressivement tout sentiment de vengeance en s'attachant plutôt à dénoncer les causes du conflit et le bellicisme des responsables économiques ou politiques qui le poursuivent.
Ils découvrent aussi la réalité vécue par l'armée allemande, perçoivent le dégoût de la guerre qui s'y manifeste, rendent enfin à un ennemi mythique sa nature de collectivité humaine.
Parmi ces écrivains pacifistes, le prestige de ROMAIN ROLLAND est immense, parce qu'il a dénoncé la guerre et les antagonismes nationaux au nom de l'indépendance de l'esprit.
Celui d' HENRI BARBUSSE, l'auteur du "FEU, premier roman réaliste sur la vie des tranchées, n'est pas moins considérable.
Ces deux noms sont à l'origine du large courant d'opinion qui mobilise les intellectuels contre la guerre et contre la société qui en était responsable.
Le mouvement CLARTE , avec son organe homonyme canalise l'expression publique  de leur révolte"
 P. ARON "PORTRAIT DE L'ARTISTE EN CHAPEAU MOU ET LAVALLIERE - TEXTYLES N°6  NOV 1989 pp10-12
http://textyles.revues.org/1741 
 Alors que EMILE VERHAEREN et MAURICE MAETERLINCK font partie des premiers.
Il suffit de lire cet ode à la HAINE de VERHAEREN, extrait des "AILES ROUGES DE LA GUERRE" pour s'en convaincre

"O cri...
Tu peux courir, immensément , de plaine en plaine
Car tu es juste , ô cri,
Bien que tu sois la haine".
EEKHOUD,lui,  fait partie des seconds et ,à la fin de la guerre, il est au centre d'une affaire d'interdiction professionnelle .
"Pendant la guerre, il était resté à Bruxelles, et avait d'abord, comme tous ses compatriotes, mis ses
espoirs dans une rapide défaite de l'envahisseur. Mais son Journal (inédit) témoigne de l'évolution rapide de ses sentiments..
Dès 1916, il semble préférer une paix immédiate à toute autre issue, et il se montre intéressé par l'écho des thèses dites de ZIMMERWALD, du nom de ce village suisse où l'extrême-gauche de
l'Internationale s'était rassemblée autour d'un programme pacifiste et internationaliste".
P. ARON "PORTRAIT DE L'ARTISTE EN ...pp 10-12
ROMAIN ROLLAND: Manuscrit de la DECLARATIOJN D' INDEPENDANCE DE L'ESPRIT" et  LETTRE A EEKHOUD: "C'est un appel aux esprits libres, - s' il en est encore... (Il en est encore!) - pour affirmer leur indépendance, à la face de l'oppression et de la servitude quasi-universelles. Il me semble que vous devez sympathiser avec nous... Il y a longtemps que j'aime et admire votre art et la vie puissante de votre oeuvre. Je suis heureux d'avoir enfin trouvé cette occasion de vous le dire".
 
"Ce qui lui est surtout reproché après la guerre,c’est d’avoir accordé une interview au journal censuré , donc paraissant sous contrôle allemand « LA BELGIQUE » paru le 5septembre 1917(n°1009), dans laquelle il s’est montré favorable en principe à une université flamande à Gand,et n’a pas pris clairement position vis-à-vis de l’attitude des «activistes » et des «passivistes»."
Le récit de cette période est relaté en détail dans
 "Entre modernisme et avant-garde. Le réseau des revues littéraires de l'immédiat après-guerre en Belgique (1919–1922 )
Thèse de doctorat  de DAPHNE DE MARNEFFE -   ULg 2007pp96-105
http://bictel.ulg.ac.be/ETD-db/collection/available/ULgetd-09292007-212823/unrestricted/02These_DdeMarneffe.pdf
Au journaliste RUSCART, qui l'avait interrogé pour un papier sur « La question flamande chez M. Eekhoud» -plus que  probablement pour le mouiller du côté activiste - , il avait répondu :
 « Je tiens à rester neutre, pour développer plus tard mon avis en toute indépendance et combattre le cas échéant les excès des uns et des autres.
J'ai défendu l'idée d'une Université flamande à Gand, à Bruges ou dans toute autre ville des Flandres ; l'établissement des cours techniques flamands et la connaissance par mes compatriotes des deux langues française et flamande.Quant aux bruits répandus, activiste ou passiviste, ils doivent être démentis. »
Suite à cette déclaration,  pourtant  modérée, il sera forcé de démissionner, en décembre 1918, des cours de littérature qu'il donnait à l' ACADEMIE DES BEAUX ARTS de BRUXELLES et dans les deux écoles normales pour instituteurs ( filles et garçons) de la VILLE DE BRUXELLES.
Il décrira dans son journal ces journées:
"Ces représailles, ces vindictes que nous appréhendions, conséquence de la tyrannie de l'occupation... nous menacent d'une terreur "patriotique" après la terreur "boche".
L'inquiétant, c'est que ce sont les journaux , et encore parmi les plus modérés qui donnent le ton et qui par la violence , le frénésie de leurs articles de "Joyeuse rentrée"flattent les pires instincts de la foule "(19 novembre 1918)
"...   je ne crois pas que l'unanimité, la concorde, la trêve des partis soient aussi complètes que les journaux nous le feraient croire.L'esprit révolutionnaire, ou du moins républicain, gagne jusque dans les couches bourgeoises et moyennes"(21 novembre 1918)
"A présent que les Boches sont partis, on n'est pas loin de me rendre complices des activistes, quelque catégoriques qu'aient été mes déclarations à l'interviewer de "La Belgique" Ah ;; la patriotarderie!
...j'en ai plus qu'assez de cet abominable monde de cafards et de doctrinaires qui en veulent à un esprit libre,à l'anarchiste intellectuel et érotique, au disciple de DIDEROT, au libertaire" (22 nov.)
"C'en est fait. L'iniquité est consommée. On m'a forcé à donné ma démission de professeur...
Ah! Il est joli le régime patriotique"(27 décembre 1918)
extraits de "LE JOURNAL DE GUERRE DE GEORGES EEKHOUD (1914-1920)  LUCIEN MIRANDE dns "LETTRE OU NE PAS LETTRES" presses Université de LOUVAIN  pp 149-159 

L'interview en période de guerre (1917) apparaît vite comme un prétexte venant de la droite la plus chauvine et nationaliste.
Un comité de soutien franco- belge se met en place . ENSOR, EMILE VANDERVELDE, et de FRANCE, ROMAIN ROLLAND et HENRI BARBUSSE prennent sa défense.
EEKHOUD faisait partie du comité international de CLARTE et avait signé l' Appel de ROMAIN ROLLAND : « DECLARATION D'INDEPENDANCE DE L'ESPRIT »
En 1919, il aurait aussi collaboré à « L'EXPLOITE » le journal de l'aile radicale et internationaliste du POB, menée par JOSEPH JACQUEMOTTE. 
 
La cheville ouvrière de ce comité est un avocat RAOUL RUTTIENS qui donne le 1er février 1920 une conférence à « LA MAISON DU PEUPLE » dans le cadre du CERCLE BRUXELLOIS D' EDUCATION  OUVRIERE »
Le sujet est « GEORGES EEKHOUD CLOUE AU PILORI »
Cette conférence sera reprise par la suite dix fois à BRUXELLES, deux fois à ARLON, à GAND, et à LIEGE et une fois à MOLENBEEK, à LAEKEN et à MONS.
La revue littéraire « LE GESTE » la publie intégralement en mars 1920.
C'est un mouvement étudiant massif qui est à l'origine de ces manifestations de soutien.
EEKHOUD dans une lettre  à ANDRE  BAILLON, écrit :    « ... l'origine de ce groupement ? Mes anciens élèves de l' ACADEMIE DES BEAUX ARTS, de l' UNIVERSITE NOUVELLE, et des ECOLES NORMALES qui tinrent à me confirmer et à ma prouver leur estime et leur affection en dépit des profiteurs et des embusqués du patriotisme »
Ses élèves de l' ACADEMIE DES BEAUX ARTS (dont RENE MAGRITTE) étaient particulièrement furieux qu'il ait été remplacé par un certain CATTIER , qu'ils estiment incompétent « intarissable pisseur de la doctrinaire Gazette et du soporifique cours du soir de littérature française à l'Université Libre » Ils chahutent le cours de CATTIER et exigent le retour d' EEKHOUD
Les élèves de l' ECOLE NORMALE lui écrivent une lettre qui sera reproduite dans « CLARTE » en mars 1920.
Ce mouvement culmine le 27 mars 1920 avec un une « manifestation démocratique et artistique" au THEATRE LYRIQUE de SCHAERBEEK.
La salle était comble le public divers par sa fonction sociale (ouvriers, bourgeois, artistes et par son opinion politique ( flamingants, internationalistes, belges (!))
«  A travers EEKHOUD, les jeunes rassemblés autour de lui, honorent à la fois une figure importante de la littérature « belge » du XIXème siècle, et un homme capable d'apporter une réponse personnelle et généreuse aux problématiques d'immédiat après guerre.
...
Cet idéal pacifiste et internationaliste touche des individus de milieux très divers.
Politiquement, on trouve toute la gamme des « progressistes », socialistes, futurs militants communistes, représentants de la tendance « individualiste- anarchiste » mais aussi démocrates chrétiens.
Sur le plan artistique et littéraire, certains représentent l' expressionnisme ( KURT PEISER, MAGRITTE à l'époque) certains illustreront le modernisme....le surréalisme ; d'autres la littérature prolétarienne (AYGUESPARSE, TOUSSEUL)
Il n'est pas indifférent de noter que des représentants de ces différents mouvements se sont retrouvés un moment, solidaires d'une même cause. »
 
Le succès de cette manifestation trouvera un écho dans « LE PEUPLE » du 29 mars1920.
La « victoire » du mouvement sera la réhabilitation de fait de l'écrivain , quand  JULES DESTREE , alors Ministre des ARTS et des SCIENCES ,le fit intégrer par le ROI ALBERT, en août 1920, à son ACADEMIE ROYALE DE LANGUE ET DE LITTERATURE  FRANCAISE, nouvellement créée.
Il ne retrouvera néanmoins pas ses chaires  professorales de la Ville de Bruxelles.

PORTRAIT DE G.EEKHOUD par MAGRITTE

"A l'Armistice, il est perçu comme représentant de la liberté de pensée et comme défenseur d'une idée généreuse en faveur d'un idéal internationaliste, par dessus les horreurs de la guerre.

En cela , il offre une alternative à l'aveuglement patriotique et au nationalisme étroit"

Thèse de doctorat  de DAPHNE DE MARNEFFE  D. DE MARNEFFE op cité

A sa mort , MICHEL DE GHELDERODE écrira, sous le pseudo BABYLAS, dans la revue "d' avant - garde"    "HARO":
"Pour avoir clamé sa conscience au dessus du honteux masscre 14-18 et des Brabançonnes avec accompagnement obligé, pour avoir librement parlé en ce pays vendu où l'imbécile moyen a le droit de s'exprimer selon les gazettes à sa solde , EEKHOUD, vieux et volontaire , s'est vu classer au rang paria de l'indésirable, confondu parmi les marchands de savon, les activistes, les souteneurs. Mieux, on lui a pris son pain.
...
Je me souviens, EEKHOUD, de ce soir de "GRANDE GUERRE", moins grande que votre indignation d'Européen, d' homme bon, d' homme fier, moins grande que votre douleur et votre dégoût, je me souviens  de ce soir étrangement illuminé où nous apprîmes que la révolution venait d'éclater dans la blanche RUSSIE. Je vous ai vu, vieillard, pleurer plein d'émotion !  
Les hypocrites vous inhument.Mais vous êtes dans l'univers cosmique. 
Il n' y a pas de tombeau pour les hommes de votre taille"
cité dans " EEKHOUD LE RAUQUE"  - LUCIEN MIRANDE édition SEPTENTRION 1999 p194

PRINCIPALES DATES DE LA VIE D'UN ECRIVAIN ENGAGE
27 mai 1854 : naissance à ANVERS dans une famille de la vieille bourgeoisie anversoise.
1888: Publication de "LA NOUVELLE CARTHAGE" Il dépeint la bourgeoisie anversoise dont il est issu. Il oppose de manière tragique les enjeux capitalistes à la misère des usines. Son héros, Laurent Paridaens, écrivain anticonformiste, n'apprécie ni les goûts ni l'absence de sens de la justice des siens et se tourne vers le peuple. Eekhoud fait l'éloge des ouvriers, des marginaux et de ceux que l'époque considère comme des parias .Son livre est le premier plaidoyer littéraire important pour l'homosexualité.
Eau forte pour  "LA NOUVELLE CARTHAGE" par KURT PEISER
1891: Adhère à la Section d'Art et d' Enseignement de LA MAISON DU PEUPLE
1894:  est nommé professeur de littérature à l' UNIVERSITE NOUVELLE: issue d'une scission de l'ULB, suite à l'interdiction d'enseigner du grand géographe ELISEE RECLUS, accusé d'anarchisme.
1895:  Fonde la revue "LE COQ ROUGE" avec VERHAEREN et MAETERLINCK, en opposition politique et littéraire à "LA JEUNE BELGIQUE"
1899- 1900:  Parution d' ESCAL-VIGOR : un des premiers romans modernes qui traite de l'homosexualité , et en particulier, l'amour entre hommes. Le livre fait scandale et est poursuivi pour atteinte aux bonnes moeurs. Il  sera acquitté par la Cour d'Assises de BRUGES en octobre 1900.   Une pétition avait rassemblé les noms de GIDE, ANATOLE FRANCE, LEON BLUM, EMILE ZOLA. Il était aussi soutenu par VERHAEREN et MAETERLINCK.
1903: nommé professeur de littérature à l'école normale
1913 : Collabore à "En l'honneur de la grève générale" - album du 1er mai"
1914-1920  voir article ci dessus
1927 Meurt à SCHAERBEEK en  libre penseur.


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