samedi 3 mars 2018

1789 - LA REVOLUTION A JEHAY : QUI ETAIT AUGUSTIN BEHOGNE DECAPITE LE 24 MARS 1794?

JEHAY : Le  château des barons van den Steen ( acquis par la Province en 2000)

Aujourd'hui, je vous propose de nous promener  en Hesbaye à Jehay ,dans la région d'Amay et de Huy , et de remonter dans le temps jusqu'aux aux années de la Révolution liégeoise. (1789-1795)
Qu'en connaissons nous  ? Le château de Jehay, bien sûr ; l'abbaye de la Paix Dieu et l'abbaye de Flone. Ajoutons y la collégiale Ste Ode et St George à Amay et même la ferme de Malgueule à Jehay. 
Voilà l'essentiel du patrimoine historique , et nous mettons là le doigt sur le patrimoine issu des classes dominantes de l'Ancien Régime ; la noblesse et le clergé.

Abbaye de Flone

Collégiale Ste Ode et St George Amay
Abbaye de la Paix Dieu


























HAUT CLERGE ET NOBLESSE
Le château et la seigneurie, deviendra en 1716 propriété d'une  famille noble les van den Steen)-, et ce jusqu'à son acquisition par la Province de Liège en 2000. La ferme de Malgueule était elle aussi leur propriété.
Blason des seigneurs de Jehay
L' abbaye de la Paix - Dieu était domaine de moniales de l'ordre de Cîteaux et celle de Flone des chanoines de Saint Augustin.
Jusqu' à leur confiscation en 1796-97 par la République Française ( nous étions alors , ne l'oublions pas, le département de l'Ourthe) et leur revente ensuite comme biens nationaux.

Amay fut une seigneurie ecclésiastique, domaine du chapitre des 9 chanoines de la collégiale, lui aussi propriétaire de nombreux biens et terres et bénéficiant de nombreux privilèges.
Noblesse et haut clergé étaient  étroitement liés, chanoines , moines et moniales étant souvent des mêmes familles de l'aristocratie. 
Hoensbroeck: Le tyran de Seraing
En plus, dans l'état ecclésiastique de la principauté de Liège, le haut clergé, « l'état premier » détenait de fait le pouvoir politique – le prince évêque choisi parmi les siens (le chapitre cathédral des  chanoines de Saint Lambert) avant d'être nommé prince par l'empereur germanique et évêque par le pape
Il était hégémonique , même par rapport à « l'état noble » sensé représenter les seigneuries, donc les seigneurs et LEURS manants  .
Quant au « Tiers état », sensé représenter la population des 23 bonnes villes de la principauté, et donc leurs bourgeois artisans et ouvriers,  il était dénué de tout droit sous le règne dictatorial autocratique et réactionnaire du prince de Hoensbroeck (prince évêque de 1784 à 1792, appelé par les Liégeois « le tyran de Seraing ».)




PAYSANS DE HESBAYE : MISERE ET OPRESSION

Du côté des classes opprimées, les paysans, la situation était tout autre.
« Rarement dans la région, l’habitation du manant était construite en matériaux durables. On ne voyait guère que charpentes et maçonneries légères, torchis, chaumes propices aux incendies. 
Voilà qui explique qu’à Jehay, il ne reste pas de cette époque une seule maison paysanne. (1)

Le peuple rural était partout pauvre et misérable : à part quelques fermiers propriétaires de leur ferme , la plupart des 341 habitants -76 feux- de Jehay ( en 1736) travaillaient pour les fermes du seigneur ou travaillaient un jardin ou lopin de terre pour lequel ils payaient bail au château ou à la cure.
Et la vie était singulièrement dure au paysan, dans la campagne hesbignonne.Il y avait aussi beaucoup d'indigents  mendiants , infirmes, impotents ou innocents. 
Certains habitants du village , des paysans-ouvriers en quelque sorte, avaient un métier , maçon, manoeuvre, tisserand, scieur, ardoisier briquetier, charpentier, qu'ils exerçaient dans les bourgs voisins .(2 )

Le seigneur était tout puissant et avait en quelque sorte pouvoir de justice et de police sur ses sujets.
C'est ainsi qu' en 1787, à Jehay, un voleur auteur d'un vol sans effraction,fut enfermé dans la prison du château , la garde du château étant renforcée, sur ordre du baron , nuit et jour, par 12 hommes armés
La « cour » , siégeant au château et présidée par le baron lui même, le condamne à 25 coups de fouet.
«  La lecture de la sentence ayant été donnée dans la grande salle, en présence de la population réunie, on remit le condamné au maître des œuvres. Puis le cortège reprit sa marche et conduisit le prisonnier au lieu du supplice, vis-à-vis de la brasserie banale » Là, il fut fouetté, puis chassé.( 3 )

Brassine banale, non pas à Jehay , mais à SOIRON
 La force motrice était fournie par une roue dans laquelle courrait un chien.
 Le Seigneur a droit à deux pots de bière par brassée et à deux tonnes par an, le
     curé a droit à un pot par brassée.







LA BRASSINE

La révolte des paysans se focalisait sur certains monopoles établis par le seigneur : celui par exemple à Jehay de la « brassine banale ». (brasserie appartenant à la circonscription du seigneur)
Autrefois,chacun faisait sa bière pour sa consommation quotidienne, comme on fait le café , en faisant passer l'eau chaude sur l'orge ou le malt, en y ajoutant un peu de houblon pour le parfumer.On évitait ainsi de boire de l'eau de qualité douteuse ,qui était source d'épidémie.



La brassine banale était une des prérogatives les plus importantes que le seigneur s'attribuait. Les manants étaient obligés d'aller brasser à cet endroit ; ils ne pouvaient aller acheter ailleurs ni revendre de la bière que le receveur de la " brassine banale " n'aurait contrôlée.
Les seigneurs de Jehay veillaient à conserver ce droit très ancien. 
Allée Sud du château  face à la brassine ??.
Ils le maintiendront à travers toutes les époques quelque soit la
famille seigneuriale. Le droit de banalité constituait une sorte d'impôt, un moyen de ressources sans doute, mais il mais il marquait aussi une attitude d'autorité que les seigneurs ne laisseront jamais décliner. 
 Elle était devenue à ce point symbolique d'autorité que l'exécution des châtiments corporels infligés aux condamnés avait lieu en face de cet édifice.
Fatalement, pour plus d'une raison, la population associait ce bâtiment à l'autorité du seigneur et le détestait.
 Elle était devenue à ce point symbolique d'autorité que l'exécution des châtiments corporels infligés aux condamnés avait lieu en face de cet édifice.
Fatalement, pour plus d'une raison, la population associait ce bâtiment à l'autorité du seigneur et le détestait.
Le peuple devenu libre signifia l'abolition de la brassine banale.
Les  révolutuonnaires 
 tentèrent d'incendier le château et ils saccagèrent la brassine(4 )



AUGUSTIN BEHOGNE 
L AN 1719 : la ferme DONY


Augustin Behogne, originaire de Hannut s'installa dans la quarantaine, à Jehay à la "ferme DONY" située au « Saule Gaillard »
 . Cette ferme  datée de 1719 existe toujours rue Saule Gaillard ( anciennement rue du Dessus)
Il était un paysan cultivé, relativement aisé , acquis aux idées des Lumières .
Citons maintenant  Arthur Bovy, historien local  ( 5) :
 « Il s’empressa de s’inscrire au club des patriotes d’Amay, où il débuta par de virulentes attaques contre la juridiction des chanoines.
A Jehay , il ne cessait de remontrer aux manants que depuis des siècles, ils étaient écrasés de servitudes, de corvées, de dîmes et de redevances de toutes sortes, sans parler du haut prix des denrées, qu’en prévision des années déficitaires les censiers ne se faisaient aucun scrupule d’accaparer. Il allait répétant à tout venant que l’heure était arrivée de secouer le joug odieux.
Le 18 août 1789,  la révolution  éclate à Liège.

LA REVOLUTION A JEHAY
Entre le 19 et le 26 août, alors que le baron était à Seraing, les chefs de la rébellion ( Behogne et trois villageois ndlr) à la tête d’une trentaine d’hommes, se rendirent au château, tambour battant.
La ferme Dony (Google Map 2009)
Un des leaders , La Jeunesse, remit à la baronne épouvantée une requête réclamant l’abolition de la brassine banale (...) Puis, il fit connaître qu’il se proposait de délivrer gratis, pendant deux jours, de la bière à quiconque présenterait un certificat de civisme. Pendant plusieurs semaines, le village fut en effervescence. 
Dans la nuit du 26 au 27, l’évêque Hoensbroeck se réfugie en Allemagne, le baron de Jehay l’y accompagne, laissant au village le champ libre  à Behogne et à ses acolytes La Jeunesse, Cordonnier et  Loumage.
Le village de Jehay, comme les autres communautés hesbignonnes, s’administra lui-même. Il n’avait jamais connu d’autres autorités que son seigneur et son curé.
Vers la fin d’août 1789, des opérations électorales eurent lieu. Elles se déroulèrent, à Jehay, au milieu d’un grand enthousiasme. Behogne et ses amis ne manquèrent pas de célébrer bruyamment le nouvel ordre des choses.
Il fallut bientôt déchanter. .
Le 12 janvier 1791, le prince-évêque Hoensbroeck rentrait à Liège derrière les troupes de l’Empereur Léopold II et remettait en vigueur l’ancienne constitution.
Neuf jours plus tard, le baron revint à Jehay pour y afficher, sur l’église et sur le batty, le décret d’amnistie. Behogne et ses amis en étaient exclus. Il avait d’ailleurs disparu.
On le revit au village quand arrivèrent les troupes de la République française de Dumouriez, dans les derniers jours de 1792.

OFFICIER MUNICIPAL  :
Nommé officier municipal (échevin)et membre du comité régional de salut public, Behogne se multiplie.
Par un clair dimanche de ce mois de décembre 1792 , il monte dans le clocher de 
l’église et sonne la cloche du ban pour assembler les habitants sur le batty, où il leur annonce la déchéance du prince-évêque et la réunion du pays à la République française. ...
On le rencontre partout ; dans les fermes du   château de Jehay, de Malgueule, de Hepsée, de Warfusée et dans les villages des environs, il réquisitionne du grain et des fonds pour l’armée.

Carte de Ferraris des Pays Bas autrichiens(1770-1778)
on y repère le château, la ferme "Malgeul", la brassine, et sans doute la ferme Dony

CONDAMNE A MORT ET DECAPITE
Hélas, le réveil fut terrible.
 Le 5 mars 1793, les Autrichiens réoccupaient la capitale, et le comte de Méan, le nouveau prince-évêque, remontait sur son trône. Le baron rentrait à Jehay.
Behogne avait encore disparu. Mais tandis que ses deux comparses les plus compromis, Cordonnier et Loumage se dérobaient à toutes les recherches, lui-même fut pris à Herstappe et amené à Liège.
La cour des Echevins de Liège, 
prononça des peines d’emprisonnements et de bannissements et cinq condamnations à mort, dont celle de Behogne.
Un seul témoin rapportera ce jugement dans ses mémoires : François Garnier, le jardinier du château, fidèle  parmi les fidèles du baron . Behogne est accusé d'être le principal instigateur des désordres qui secouent la commune, lui imputant toute une série d'actions exécutées dans le seul but de soulever la population,et renverser l'ordre établi : pillage du moulin de la Paix - Dieu, violence et injures contre l'abbesse, arrogance à l'encontre de la baronne, appropriation de terres, proclamation du rattachement à la France.
Mais écrit l'historienne Anne Stiernet, "quelle valeur accorder au jardinier, adversaire acharné de la cause révolutionnaire" (6)

.L’ancien régime prit fin au village de Jehay, sur une vision d’horreur.
Le 26 mars 1794, à sept heures du matin, le condamné y fut ramené. On sonna pour la dernière fois la cloche du ban, et les habitants se rassemblèrent sur le batty, au pied 
du gros tilleul, devant la brassine banale.
A huit heures, le bourreau fit faire plusieurs fois le tour de la placette à son prisonnier, puis sous les yeux de la population muette d’épouvante et d’indignation, il le décolla à la hache. Ainsi mourut, comme un malfaiteur, Augustin Behogne, coupable de délit d’opinion et de turbulence.  (Quelques semaines) plus tard, on l’aurait porté en triomphe, comme un héros » (7)


Nous sommes depuis le 1er octobre 1795 partie de la République française, - et le baron van den
1796 Fête civique au château  photo (8)
Steen  s'est à nouveau exilé depuis juillet 94.Son "jardinier - homme de confiance"  veille sur ses biens .
Une fête civique est célébrée à l'abbaye de la Paix Dieu le 7 août 1796 : bonnet phrygien, arbre de la Liberté, statues représentant la Liberté et la Loi,  discours anti royaliste: la symbolique révolutionnaire est bien présente.
Ce jour aussi, le peintre Léonard de France organisa une cérémonie d'hommage à Augustin Behogne . (8 )
Remarquons ici qu'il ne reste rien de ce révolutionnaire impétueux et courageux, qui s'est battu et est mort pour nos libertés , pas même une  plaque commémorative! A Verviers pourtant, le martyr Chapuis a sa statue, et à Huy, Bouquette son monument...
Par contre, Mr le baron, lui... Même le bon jardinier François Garnier repose au château sous une pierre tombale.

Pour en savoir plus:Texte complet :https://rouges-flammes.blogspot.be/2018/03/grandes-figures-de-chez-nous-augustin.html
Consultez aussi  le remarquable site http://www.hyperpaysagedejehay.be/plan-site.htm


(1)Arthur Bovy :jehay sous l'ancien régime :http://www.hyperpaysagedejehay.be/ancien-regime.htm
(3) ibid
(4)A. Bovy :la brassine banale http://www.hyperpaysagedejehay.be/brassine.htm
(5) Arthur Bovy  :"1789 - Augustin Behogne, un hesbignon malchanceux"

http://www.hyperpaysagedejehay.be/1789.htm
(6) Anne Stiernet :"1789 à Jehay et à la Paix-Dieu. Scènes de la Révolution liégeoise ...( d'après les souvenirs de François Garnier, jardinier du château)"
(7)Arthur Bovy  :"1789 - Augustin Behogne, un hesbignon malchanceux"
(8 )Anne Stiernet : "1789..."

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