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Soviet des usines Poutilov petrograd |
Nous commémorons en ce début novembre
2017 le centenaire de la révolution russe de 1917.
L'émergence de l'Union Soviétique
suite à la révolution d'Octobre m'a marqué dés mon enfance :
mon père Arthur Tondeur (1), a été
, après la guerre , secrétaire pour la région de Charleroi des
Amitiés Belgo – Soviétiques.
Mes souvenirs
d'enfance sont émaillés d'images de rencontres avec des invités
soviétiques ( musiciens, artistes , professeurs) ; leur langue
douce et chantante résonne encore dans mes oreilles.
Mon père
organisait aussi des projections de films soviétiques dans la
région ; nous avions ainsi le privilège de voir en « avant
première » , en VO ,le dimanche à la maison ,tel ou tel
film , distribué par Progrès – Films. Je me souviens par exemple
de la trilogie autobiographique de Maxime Gorki , « Ma vie
d'enfant » , « En gagnant mon pain », « Mes
Universités » du réalisateur Marc Donskoï.
Et d'un
autre film dont le titre était « Stalingrad »...
Beaucoup d'eau a
coulé sous les ponts depuis, et l'Union Soviétique s'est
effondrée il y a 25 ans.
Mais 1917 restera toujours pour moi, la
référence d'une rupture radicale avec le capitalisme d'un peuple
qui, classe ouvrière en tête, s'est dressé pour son
émancipation.
C'est pourquoi en ce centenaire , je ne
résiste pas à l'envie de vous faire partager, cher lecteur quelques
lectures de circonstance : les témoignages écrits de 2
personnalités de chez nous dont tant de rues , de places publiques
et d'écoles portent le nom.
Témoignages contradictoires de 2
célébrités social démocrates, faits à la fois de beaucoup
d'aveuglement et de préjugés , mais aussi d'un peu de lucidité, et
qui méritent , à mon avis, d'être connus.
Emile Vandervelde voyage en Russie du
18 mai au 25 juin et il écrira : « Trois aspects de la
révolution russe . 7 mai – 25 juin 1917» (2)
Jules Destrée est ministre de
Belgique à Petrograd de la mi octobre 1917 au printemps 1918 et
écrira « Les Fondeurs de Neige – Notes sur la révolution
bolchevique à Petrograd pendant
l'hiver 1917-1918 ; »

Mais , plus peut être que les intérêts
économiques de leurs amis capitalistes, ce sont les intérêts
politiques qui guident le gouvernement du Havre et la monarchie dans
leurs relations avec la Russie révolutionnaire : la pousser et
l'encourager , à tout prix , à continuer la guerre.
Et les mieux placés pour se faire , ce
sont les dirigeants du Parti Ouvrier Belge (POB), comme ils
l'avaient été en Italie (3) pour faire pression sur le Parti socialiste
italien et pour soutenir, y compris financièrement , le dissident
jusqu'auboutiste Benito Mussolini .
Le tsar est tombé, les sociaux
démocrates mencheviks, et les socialistes révolutionnaires de
Kerenski participent au pouvoir dans le gouvernement provisoire de
Petrograd . Tous rejettent une politique de rupture de la Triple
Entente avec le Royaume Uni et la France.
Le discours social chauvin présentant
la boucherie impérialiste , guerre de brigandage pour le partage du
monde , comme une guerre sainte de la liberté, de la civilisation et
de la démocratie ( « les droits de de l'homme » dirait
on aujourd'hui) contre les autocraties, les barbaries des Empires
Centraux , prend selon les chefs du POB tout son sens dés lors que
« la tache » de l'alliance avec l'autocratie tsariste
est effacée.
L'historien Jean Stengers décrit ainsi
l'attitude d'Emile Vandervelde , le leader du POB :
«Nous
luttions pour les libertés du monde et nous avions pour allié
l'empereur de toutes les Russies. Nous luttions pour le droit des
peuples, et on pouvait nous opposer la Pologne ou la Finlande».
Grâce
à la révolution de février, s'écrie Vandervelde, «cette
équivoque a pris fin» . C'est dire qu'il va saluer avec
enthousiasme la révolution et la nouvelle «démocratie russe».
Désormais, déclare-t-il, l'on pourra apercevoir, «dans sa clarté
éblouissante, la portée de la lutte suprême qui met aux prises les
peuples du monde entier. D'un côté toutes les autocraties, de
l'autre toutes les démocraties» (4 )
C'est
dire si la révolution de février a été reçue par eux comme du
pain béni
C'est
donc le 18 mai 1917 que trois dirigeants de premier plan plan du
POB arrivent en Russie : Monsieur le Ministre Vandervelde, Louis
De Brouckère et le lieutenant Henri De Man.
Avec
un triple but :
- S'opposer , avec les autres socialistes de l'Entente , les français et les anglais , à une paix séparée ou à toute tendance à la paix à tout prix.
- Appeler à la solidarité avec la Belgique ( the poor little Belgium) et avec les travailleurs belges dans leur lutte contre l'impérialisme allemand.
- Prendre attitude auprès des sociaux démocrates russes vis à vis des projets de conférence de Stockholm pour une paix négociée - en fait les amener à renoncer à toute conférence pour la paix et à les convaincre du crédo jusqu'auboutiste « le chemin de la paix passe par la guerre » !
TEMOINS
DE LA REVOLUTION A PETROGRAD
Cependant
, avant d'entamer leur périple guerrier sur le front, les trois
compères visitent Petrograd, le Soviet , alors encore dominé
politiquement par leurs amis mencheviks et socialistes-
révolutionnaires, ils marchent dans les rues , visitent sept usines
à Petrograd , des coopératives à Moscou.
Et
le récit d'Emile Vandervelde ( 2) ne manque pas d'intérêt , comme témoignage de ce
bouillonnement révolutionnaire qui traverse le peuple russe, qui ,
comme une éruption volcanique, surgit d'en bas , du plus profond
des masses ouvrières et populaires.
« Il
faut avoir vécu de telles journées, pour savoir ce qu'est
l'enthousiasme des premières semaines d'une grande Révolution.
Au
Champ-de-Mars, où les morts de la Révolution ont été enterrés,
des cortèges défilaient,chaque dimanche, du matin au soir,
apportant des fleurs et des couronnes d'immortelles. Sur la
Perspective Newsky, où même à la Novoïe Vremia, même au Crédit
Lyonnais ou a la Banque de Sibérie, on avait arboré le drapeau
rouge, des foules en fête se pressaient, pour le seul plaisir de
fraterniser, d'improviser des réunions, d'acheter des livres,
défendus hier encore, de respirer enfin l'air de la liberté. »
« Au
Conservatoire, à la Maison du Peuple, dans les théâtres impériaux,
on donnait, sans relâche,
des
concerts-conférences,où la musique presque toujours était
excellente et où des milliers d'auditeurs acclamaient, jusque très
tard dans la nuit, les principaux orateurs de la Révolution.
Il
eût été difficile, au surplus, de dire à qui allaient les
préférences politiques de l'Assemblée.
Maximalistes
et minimalistes, bolcheviki et mencheviki, léninistes et partisans
de Kerensky
ou
de Plekhanoff, se succédaient à la tribune. » (5)
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Le soviet de Petrograd |
Ils
situent la structure industrielle de la Russie et de Petrograd en
particulier, de même que la force de la classe ouvrière ouvrière
dans ces mois du printemps 1917, qui expliquent beaucoup sur le
caractère prolétarien et l'issue victorieuse de la révolution en
octobre.
« On
pourrait trouver dans d'autres coins du monde quelques usines plus
gigantesques encore que les ateliers de construction Poutiloff. Mais
nulle part, du moins dans les faubourgs d'aucune grande capitale,on
ne compte un nombre aussi imposant d'établissements monstres, et on
ne trouve une pareille masse de prolétaires travaillant pour le
compte d'une aussi faible poignée d'employeurs. »
« Les
ouvriers des usines étaient à ce moment les maîtres de la Russie.
Ils l'étaient dans toute la force du terme.
Le
Soviet qui les
représentait, en même temps que la garnison, constituait le seul
pouvoir politique capable de se faire écouter du pays, et eux seuls
disposaient de la force, par leur milice, par leur association
étroite avec les soldats, par leur cohésion surtout et leur
propension à agir de concert.
Il
n'y avait ni police ni garde d'aucune espèce ; il n'y avait pas non
plus d'autorité régulière, d'autorité morale reconnue, d'autorité
traditionnelle subsistante, pour s'opposer à leurs volontés.»
Ils
décrivent l'émergence dans les usines des comités d'usine et des
comités d'atelier , les soviets ouvriers, élus au suffrage
universel, et les compétences qu'ils se sont données, dans cette
période de double pouvoir :
On
trouve dans la plupart des établissements un Comité d'usine élu au
suffrage universel des travailleurs des deux sexes, sans distinction
d'âge, d'ancienneté ou de capacité technique, sous le régime de
l'égalité la plus absolue.
Il
contrôle toute l'activité de l'établissement [...]non plus dans
l'intérêt des actionnaires, mais dans celui des ouvriers. Il
s'intéresse moins aux conséquences financières de l'exploitation
qu'aux conditions de travail qu'elle crée. La différence principale
consiste en ceci que les « recommandations » des travailleurs sont,
dans les circonstances actuelles, bien plus impérieuses que celles
des actionnaires et qu'il est autrement plus difficile de les
éluder. »
«
Les comités d'atelier : on en trouve dans tous les ateliers
importants.
Ils
sont élus, comme les précédents, au suffrage universel.
Ils
exercent le pouvoir disciplinaire en lieu et place du contremaître.
Ils ont en général le droit exclusif d'embaucher,de débaucher,
d'admonester et de punir. Le contremaître n'exerce plus qu'une
autorité technique. »
Ils
décrivent la soif révolutionnaire d'égalité et de partage des
compétences qui balaie les usines , le combat aussi contre les
contremaîtres despotes notamment dans les entreprises contrôlées
par les capitalistes étrangers :
« Tel
ingénieur fut obligé de prendre pour de longues semaines la place
d'un manoeuvre.
Dans
certaines mines du Donetz, tout le personnel des bureaux, le
directeur- gérant compris, dut descendre à la fosse et connut
expérimentalement les douceurs de l'abattage, tandis que des
mineurs, dont certains étaient illettrés, siégeaient gravement
dans le fauteuil directorial, sur la chaise haute du comptable ou
autour de la table du Conseil d'administration. »
« Il
( le contremaître ) est
presque toujours mal vu[ ...]à fortiori , quand il est brutal, quand
il est injuste, quand il abuse de son pouvoir, très étendu en
somme, pour favoriser ses créatures ou rendre la vie impossible à
ceux qui se refusent à faire le sacrifice de leur dignité d'homme.
[...]le
contremaître expert et exercé dominait son monde [...] enfin et
surtout, parce que, une proportion considérable des surveillants et
techniciens étaient des étrangers, Anglais, Français ou Belges, un
peu trop tentés, dans la naïveté de leur orgueil national, de
considérer leurs hommes comme les représentants d'une humanité
inférieure et de se conduire comme des « civilisateurs » aux
colonies. »
Bien
sûr, ce reportage du plus grand intérêt, transmettant, on
peut le supposer, assez fidèlement la réalité révolutionnaire
des usines , est émaillé de considérations raisonnables sur la
« bonne
volonté réciproque, chez les patrons comme chez les ouvriers, qui
fera que la Russie échappera au chaos industriel » ; traversée aussi par cette arrogance des socialistes des pays développés d'Occident sur l'improbable « révolution sociale
telle que prévue par les théoriciens du socialisme »:
« La
Révolution ouvrière suppose des conditions positives, constructives
; elle exige une capacité industrielle et politique dont le
prolétariat urbain de la Russie n'a pas encore fourni la preuve et
qu'il ne saurait acquérir en un jour." (sic)
Il
n'empêche, il met en évidence la vague de fond ouvrière et
populaire , la soif de révolution traversant toute la société
russe, qui finalement porta les bolchéviks au pouvoir grâce à leur
fermeté sur les principes , grâce à leur programme – le paix, le
pain et la terre – le seul répondant aux aspirations des masses
les plus larges de la classe ouvrière et de la paysannerie , et à
leur maîtrise tactique des réactions à l'évolution politique
des événements , rapide, faite d'avancées et de reculs .
VANDERVELDE
&Co : « PREDICATEURS DE LA GUERRE SAINTE »
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1917 VANDERVELDE s'adressant aux soldats russes pour continuer la guerre. |
Passons
maintenant à l'étape militaire , but principal de leur voyage
Savourons
, avec stupéfaction quand même dans ce cadre, cet « éloge
de la guerre » présentée comme une guerre sainte, salvatrice
de la révolution :
Vandervelde
reprend à son compte ces horribles lignes sur la guerre, qu'il
attribue de façon énigmatique à George Bernard Shaw ,
pourtant, par ailleurs, pacifiste britannique et plus tard ami de
l'Union Soviétique.
»[...]
Pour avoir un gouvernement uni et omnipotent, il faut commencer par
avoir une guerre. Si la Révolution veut être délivrée de la
réaction et si la République russe veut éviter de s'effondrer par
le mécontentement de la asse ouvrière, le gouvernement
révolutionnaire doit se fortifier par la guerre.[...]
Un
hasard providentiel épargne aux
dirigeants
de la Russie l'horrible nécessité de provoquer cyniquement une
guerre pour sauver le pays . La guerre est toute faite pour eux
,[...] et
la Révolution l'a transformée d'une guerre dynastique pan-slave en
une croisade pour la liberté et l'égalité dans le monde.
Et
c'est dans cette guerre sainte que réside le salut de la Russie
délivrée de l'anarchie »
Vandervelde
poursuit :
« C'est
en prédicateurs de cette guerre sainte que nous allions sur le
front.
Notre
voyage ne devait être ni une excursion d'amateurs, ni un simple
moyen de satisfaire notre curiosité. Le généralissime Alexeieff
qui nous y avait invités entendait que ce fut une véritable
mission de propagande (5)
Et
de décrire les artifices utilisés par ces prédicateurs de mort ,
au cours des centaines de meetings tenus parmi les troupes russes
pour les pousser au combat .
D'abord
leur faire croire , avec des contes et légendes à dormir debout ,
comme à des enfants , que la poursuite de la guerre est la poursuite
de leur révolution contre le tsar, alors que dés avant 1914, les
gouvernements anglais et français qu'ils défendaient n'avaient
pas hésité à s'allier aux Romanov et à signer avec eux des
traités secrets de partage du monde.
Et
n'était
ce pas le même Emile Vandervelde qui, en octobre 1914, devant le
refus des 2 fractions parlementaires bolchevik ET menchevik de
voter les crédits de guerre à la Douma russe , avait appelé à
« suspendre la lutte contre le tsar » ,pourtant
3ème tête du monstre de la légende ci dessous ?!
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VANDERVELDE au corps belge en Russie des Auto - Canons Mitrailleuses (6)( Jezerna 12/06/1917) |
La
tyrannie en Europe est comme ce monstre dont parle une vieille
légende. Il avait trois têtes. Chaque fois qu'un héroïque
chevalier en abattait une, elle repoussait. Pour le tuer, il fallait
les lui abattre toutes les trois. Eh bien ! le monstre du despotisme
européen a également trois têtes.
Elles
s'appellent Romanoff, Hohenzollern et Habsbourg. Ce sont celles du
tsar de Petrograd, du tsar de Berlin, du tsar de Vienne.
Le
peuple russe a abattu l'une des trois têtes. Mais prenez garde !
Elle repoussera, si vous ne
tranchez
pas aussi les deux autres ! »
Ensuite
combattre la fraternisation avec les frères soldats allemands ou
autrichiens, qui se répandait dans les tranchées , et qui était
encouragée par Lénine et les bolchéviks , encore une fois avec
des contes pour enfants...
Les
Allemands qui essaient de fraterniser avec vous sont comme le loup
qui voulait manger
Chaperon
Rouge. Le loup, pour tromper Chaperon Rouge, mit le bonnet de nuit et
les lunettes de la grand'mère. Chaperon Rouge lui demanda : Pourquoi
as-tu de si grands yeux,
grand'mère
?[etc.etc.] Et le loup dévora la trop confiante enfant. Eh bien !
prenez garde au loup allemand ! Pendant qu'il essaie de vous attirer
par de belles paroles, il aiguise ses crocs pour mieux vous déchirer
! »
Et
de décrire les « scènes d' enthousiasme
inouïes. » :
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Meeting de soldats à Tarnopol durant la visite de Vandervelde |
«
Il n'est guère de grands meetings qui ne se soient terminés sans
que, après des ovations sans fin entrecoupant les discours et
appuyées par les musiques militaires jouant la Brabançonne et la
Marseillaise, nous ne fussions portés en triomphe par les soldats.
Le tout aux cris de «Vive la Russie libre ! Vive la Belgique ! Vive
le socialisme ! Vive l'Internationale !» ...
En
voyant ces masses de soldats, sous les plis des drapeaux rouges, aux
inscriptions «Liberté, égalité, fraternité», «Vaincre ou
mourir», «Mourons pour la liberté», «La Patrie est en danger»,
et aux sons de la Marseillaise, manifester leur volonté de lutter
pour la liberté de leur pays et du monde, nous ne pouvions nous
empêcher de nous reporter en pensée aux grandes journées de
l'épopée française de 1792»
Et
c'est là sans doute la mystification la plus honteuse de la
social démocratie belge : transformer cette guerre initiée avec
l'autocratie tsariste – avec ses traités secrets de partage
notamment du Moyen Orient - cette guerre de brigandage impérialiste
, la maquiller en guerre révolutionnaire pour la liberté, comme
les armées de la République partant au combat en 1792 contre l'
intervention étrangère des prussiens et autrichiens afin de
restaurer Louis XVI sur le trône !
Quoi
qu'il en soit , les trois prédicateurs quittent la Russie, le 25
juin satisfaits d'eux mêmes et confiants, en paroles du moins,
dans la réalisation de leur rêve : une révolution
démocratique bourgeoise, installant de manière durable au pouvoir
d'une république parlementaire à l'occidentale – comme chez nous-
leurs amis réformistes mencheviks et socialistes –
révolutionnaires , enveloppés dans le drapeau rouge et
collaborant avec « les ministres capitalistes » , et
surtout, bonheur suprême, continuant la guerre jusqu'au bout.
![]() |
Alexandre Kerenski |
Las !
Leurs prêches s'avéreront inefficaces ; l'offensive
Kerenski, la dernière offensive russe dans cette sale guerre, début
juillet 1917 est un échec total, des troupes refusant de monter au
front.
La
contre offensive des austro- allemands repousse l'armée russe en
décomposition , dont les soldats , définitivement, refusent de «
vaincre ou mourir » pour les marchands de canon.
Le
vent a tourné ; la volonté de paix est portée politiquement par les bolchéviks qui
deviennent majoritaires dans les Soviets ; la situation mûrit pour
l'insurrection .
Et
ce fut Octobre...;et là commence une autre histoire!
LE
DECRET SUR LA PAIX
Il apparaît de toute évidence à
travers l'histoire de ces huit mois de révolution que la question
politique décisive , centrale et unificatrice a été la question
de la guerre et de la paix , tant l'aspiration à ce que cesse cet
enfer de mort, de faim et de misère au seul profit des puissants,
était inextinguible au sein des peuples de l'ex - empire tsariste
qui ont compté 3,3 millions de morts civils et militaires et 5
millions de blessés.
Le décret sur la paix , signé par
Lénine le 26 octobre (8/11) proclamait :
«
Le gouvernement ouvrier et paysan, issu de la
révolution
des 24 et 25 octobre, et qui s'appuie sur les
Soviets
des ouvriers et des soldats et des paysans
propose
à tous les peuples belligérants et à leur
gouvernement,
de commencer immédiatement des
pourparlers
relatifs à une paix juste et démocratique.
[...]
à laquelle aspire la majorité écrasante
des
travailleurs et des classes laborieuses, épuisées et
exténuées
par la guerre, la paix que les ouvriers et les
paysans
russes, après avoir abattu la monarchie tsariste,
n'ont
pas cessé de demander de la façon la plus
catégorique,
la paix immédiate, sans annexions et sans
contributions.
«
Le fait de continuer cette guerre pour permettre
aux
nations fortes et riches de partager entre elles les
nationalités
faibles conquises, est considéré par le
gouvernement
comme le crime le plus grand contre
l'humanité,
et le gouvernement proclame solennellement
sa
décision de signer immédiatement les conditions
d'une
paix,mettant fin à cette guerre, aux conditions
indiquées
ci-dessus, également équitables pour
toutes
les nationalités sans exception.
Le
gouvernement supprime la diplomatie secrète,
en
exprimant devant tous les pays sa ferme décision de
mener
tous les pourparlers au grand jour, devant le
peuple
et en procédant immédiatement à la publication
complète
de tous les traités secrets[...]
«
Le gouvernement propose à tous les gouvernements
et
à tous les peuples de tous les pays belligérants
de
conclure un armistice immédiat...»(7)
![]() |
Les Izvestia publient le décret sur la paix le 27 octobre 1917 (9/11) |
Décret pour la paix « qui ne
manque pas de grandeur » comme le reconnaîtra Jules Destrée
, quand ministre de Belgique à Petrograd, il en reçoit officiellement
le texte de la part de Léon Trotski, commissaire du peuple aux
Affaires Etrangères.
En notant avec lucidité :
« Les
bolchéviks ont promis la paix immédiate, reconnaissons qu'ils font
ce qu'ils peuvent pour tenir parole. » (
Et c'est pourtant ce surgissement d'une
lueur de paix dans cette longue nuit de malheur et de guerre, dont
on parle le moins 100 ans après, entre les commémorations convenues
et patriotardes du 4 août 1914 et celle encore à venir du 11
novembre 1918 .
Sans
doute parce qu' il met en cause les engagements dans la « grande
guerre de classe » de la plupart des gouvernements bourgeois
(incluant des socialistes) européens et autres (anglais, français,
belge, allemand , autrichien , italien , grec, portugais, ottoman,
roumain, bulgare , américain, japonais , chinois etc) et leur
refus ( plus ou moins catégorique selon leur situation militaire du
moment) de tout processus de paix.
A suivre... "Jules Destree , infatigable pélerin de la guerre "
(1) sur Arthur TONDEUR voir: ROUGEs FLAMMEs ARTHUR TONDEUR ( 1908 - 1999) TEMOIN DE « L'AGE DES EXTREMES »
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/05/arthur-tondeur-boma-1908-menton-1999.html
(2) texte intégral :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3723396
(3) sur l'intervention de Destrée en Italie : voir ROUGEs FLAMMEs : JULES DESTREE en ITALIE
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/07/1914-1918-uomini-contro-et-un-homme.html
(4)Jean Stengers : Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique
(1) sur Arthur TONDEUR voir: ROUGEs FLAMMEs ARTHUR TONDEUR ( 1908 - 1999) TEMOIN DE « L'AGE DES EXTREMES »
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/05/arthur-tondeur-boma-1908-menton-1999.html
(2) texte intégral :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3723396
(3) sur l'intervention de Destrée en Italie : voir ROUGEs FLAMMEs : JULES DESTREE en ITALIE
https://rouges-flammes.blogspot.be/2014/07/1914-1918-uomini-contro-et-un-homme.html
(4)Jean Stengers : Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique
Revue belge de philologie et d'histoire Année 1988 Volume 66 Numéro 2 pp. 296-328
(5)toutes les citations suivantes sont extraites de Emile Vandervelde « Trois aspects de la
révolution russe . 7 mai – 25 juin 1917» :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3723396
(6) sur le bataillon belge d'auto canon mitrailleuses, auquel appartenait Julien Lahaut voir
le blog de Hubert Hedebouw http://hachhachhh.blogspot.be/2014/04/julien-lahaut-et-le-corps-acm-autos.html
(7) texte intégral dans Jules Destrée "Les fondeurs de neige" p184
A lire aussi sur le POB et la guerre de 1914-1918:
Herwig Lerouge ;Le mouvement socialiste et la Première Guerre mondialeEtudes marxistes n°106
sur la conférence de Stockholm:
Maxime Tondeur : Minoritaires socialistes — pacifistes, flamingants et révolutionnaires — contre la guerre études marxistes n°112http://www.marx.be/fr/content/%C2%AB%C2%A0des-hommes-contre%C2%A0%C2%BB-deuxi%C3%A8me-partie
sur la mission Vandervelde , voir sur le site de la VRT en néerlandais: "Socialisten in de bres vóór de oorlog" 17/06/2017: http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/14-18/1.3003201
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